‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 105 sur 148 · nomen qui nomine duxit · texte numérisé non relu

nomen qui nomine duxit

De Magni Magnus, de Caroli Carolus, ( Epilaphiiun Drogonis et Pippini, ap. Bouquet, t. VII, p. 322.)

V. la mention de plusieurs autres témoignages, ihid., p. 321, n^ a.

Était-ce pour le relèvement ou l'abaissement de l'autorité impériale que Jean YIII l'avait choisi, pour donner à l'Empire un maître intelligent, actif, capable, par ses qualités supérieures, de lui restituer son ancienne gloire perdue, ou simplement pour disposer à son gré d'une vanité impuissante, d'un ambitieux frivole et lâche, toujours disposé à céder la réalité de la grandeur pourvu qu'il en eût la fumée ? Jamais le grand pontife n'avait fait voir encore autant de joie qu'à l'occasion de ce couronnement, jamais pareil enthousiasme n'avait éclaté dans ses paroles. Toute la vie de Charles le Chauve lui apparaît (( comme une trame merveilleuse tissée par les mains de la Providence, et dont la puissance diabolique a vainement essayé de troubler le dessin ; ce sont les anges du ciel qui ont favorisé son entrée en Italie, le guidant par des sentiers jusque-là impraticables, déjouant les embuscades, desséchant les marais sous le pas de ses chevaux, lui faisant trouver aux fleuves profonds des gués inconnus durant des siècles ; pour lui la nature a suspendu ses lois, et les peuples émerveillés ont applaudi avec joie à l'arrivée du pacifique triomphateur des éléments^ ». Qu'y avait-il au fond de ce grand bonheur du pape Jean VIII ? Quelle pensée intime lui mettait ce jourlà tant de rayonnement sur le visage et tant de fanfares dans la voix?

L'idéal de Jean VlJl. — Aussi longtemps qu'on a pu croire que Jean Vlïl avait inauguré ses relations avec Charles le Chauve en lui imposant le pacte célèbre dont le Libelle impérialiste nous a conservé la substance, l'enthousiasme du pontife pour l'empereur de son choix ne s'expliquait que trop aisément. Le moyen en effet, quand on aspire à régner en maître, de ne pas trouver toutes les vertus à un homme qui vient de vous assurer, avec l'indépendance, la domination sur une belle moitié de l'Italie ? Et faut-il tant d'efforts pour voir la main des anges dans les aventures d'autrui, lorsqu'elles vous ont conduit vous-même au terme de vos ambitions? Fût-on homme d'esprit et sincère, — Jean YIII était ici, je crois, l'un et l'autre, — il vous vient de ce fond d'amour-propre satisfait

1. Lettre de Jean VIII aux évêques du royaume de Louis le Germanique ( Migne, ep. 22, p. 669). Cf. ep. 22, p. 673-4.

des illusions étranges qui troublent la sûreté du jugement sans inquiéter sa bonne foi. C'est maintenant une nécessité rigoureuse d'abandonner cette exégèse commode, si bien appropriée qu'elle soit au plan de démolition de l'Empire soi-disant poursuivi par Jean VllI '.

Au moment où le pontife se livrait à toutes ces effusions d'une âme pleinement satisfaite, le 17 février 876, le pacte n'existait pas. Ni avant de procéder au couronnement, ni après l'avoir fait, Jean VIII n'avait songé à un tel état de choses, quand cependant il lui eût été si facile de tout obtenir, en utilisant les convoitises du candidat ou la joie toute fraîche du nouveau couronné. Il fallut plusieurs mois et l'expérience d'une situation intenable, pour lui inspirer le désir de disposer de plus de liberté et de puissance. Ce qu'il avait réellement sollicité et acquis à l'avènement de Charles le Chauve, nous ne pouvons le dire en détail et avec précision : nous sommes sûrs du moins que ce premier accord ne soustrayait pas les Romains à la juridiction de l'Empire, et qu'en fait de réclamations territoriales, Jean VIII n'avait même pas essayé de revenir au pacte de 817, accordé par Louis le Pieux.

A l'égard des droits impériaux sur les sujets du pape, la chose est évidente. Bien loin d'avoir renoncé, sur les instances de Jean VIII, à sa fonction de grand justicier des Romains, le nouvel empereur n'avait point encore quitté ritalie qu'il s'empressait de l'exercer. Dès le mois de février, à l'annonce que l'agitation règne dans Rome, que plusieurs personnages considérables de l'Eglise et de l'État, parmi lesquels Formose, sont sous la menace d'une poursuite judiciaire, Charles le Chauve, alors àPavie^, évoque la cause

1. On s'était laissé tromper par le Libelle impérialiste, qui place en effet la conclusion du pacte à Rome, lors de la venue de Charles le Chauve dans cette ville : « Qui (Carolus) veniens Romam, renovavit pactum cum Romanis. » (Migne, t. CXXXIX, p. 56.) Mais il est clair que l'on ne doit pas attendre de cette source lombarde, si rapprochée qu'elle soit des événements, une exactitude rigoureuse dans ce genre de détails, Hirsch l'a déjà dit et démontré. Y. Die Schenkung Kaiser Karls des Kahlen fur Papst Johann VIU und der Libellas etc.; dans les Forschungen zur deutschen Geschichte, t. XX, p. 157.

2. Parti de Rome le 5 janvier 876, Charles le Chauve se rendit à Pavio

par devers lui, et c'est à la fois par son initiative et grâce au zèle empressé de l'Eglise romaine que l'acte d'accusation, porté par Tévêque de Fossombrone, arrive au tribunal impérial ^ L'affaire n'est soumise au tribunal pontifical qu'un mois après, le 31 mars 2, et de plus, à la qualité de la peine qui consiste en anathèmes et en excommunications, sans atteindre les coupables dans leur fortune ou leur vie, il est facile de constater que la justice de l'empereur restait encore saisie de la cause à la date du 19 avril ^, et même à celle du 30 juin^. Jean YIII agit là en vertu de son pouvoir civil aussi bien qu'en vertu de son pouvoir ecclésiastique, synodice siniulque et legaliter^^ mais dans les limites de la constitution de 824, et conformément à la procédure suivie par son prédécesseur et par lui-même. Formose et ses amis ne sont pas poursuivis autrement que ne l'avaient été, par Hadrien II, les ennemis de sa famille, Éleuthère et le bibliothécaire Anastase^, autrement que ne l'avait été, par Jean VIII, un

(V. Hincm. annal., a. 876, p. 498). Il se trouvait encore dans cette ville, le 27 lévrier (V. Bœhmer, Regest . , n. 1792) ; mais le 1^^ mars, il est à Verceil, en route pour la France [ihid., n, 1793).

1. « Zelo christianœ religionis Ecclesia Dei quœ pênes nos est, instinctuque dilecti filii nostri serenissimi imperatoris... praeterito mense februario prœsenlis nonoe indiclionis per Petrum venerabilem Forosemproniatem episcopum pênes praefatum spiritalem fîlium lacrymabilem suggestioneni deposuit. » Lettre de Jean Vlll à tout le peuple de Gaule et de Germanie. (Migne, ep. 24, p. 675.)

2. « Ecclesia Dei quae pênes nos est... nostram quoque pontificalem suggestionem pridie kalendas Aprilis die contra eosdem per semetipsam ofFerre curavit. » Même lettre, ihid.

3. V. la première sentence rendue ce jour-là par Jean VIII contre Formose et ses coaccusés, dans un concile tenu à Rome en l'église de Sainte- Marie-aux-Martyrs (Panthéon). Même lettre, ihid., p. 676,677, 678.

4. V. la seconde senlence que prononça contre les mêmes le concile réuni à Saint-Pierre, le 30 juin 876, ap. Diimmler, Auxilius und Vulgarius, p. 158. Cf. Jaffé-Ewald, p. 388.

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