‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 110 sur 148 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

2. V. les Actes de l'assemblée de Ponthion, tels que les a rédigés Hincmar dans ses Annales, sous l'année 876 (Pertz, SS., t. I, p. 499). Pour la séance particulière du 22 juin, voir en outre la Confirmatio pontigonensis dans les Mon. Germ., Leg. sect. If, t. II, part. II, p. 347 sqq.

3. « Karolus..,. Romam profectus est., omnemque senatum populi Romani pecunia more lugurthino corrupit sibique sociavit, ita ut etiam Johannes papa votis ejus annuens, corona capiti ejus imposita, eum imperatorem et augustum appellare prœcepisset. » Ann. Fiild., a. 875, éd. Kurze, p. 85.

4. Je déduis cette information d'une lettre d'Hadrien II, où ce pape témoigne de l'espoir où il est que Charles le Chauve se montrera aussi généreux envers les siens qu'il Ta été envers les parents et amis de son prédécesseur Nicolas : v Quem (Carolum C.) speramus, si nobis superstes fuerit, nostris omnibus propinquis et amicis manum porrigere consolationis, indolem et fidem ejus cémentes in affinitalem propinquorum nostri decessor\s.ï> Lettre d'Hadrien II à Charles le Cliauve (Wi^nQ^ t. CXXII, ep. 41,

France. La douce Ermentrude, longtemps laissée par son mari dans l'ombre de la vie domestique \ utilisa souvent pour le pape de Rome ses longs loisirs et l'habileté d'une main à , rendre jalouses Pallas et Arachné 2. Un jour, c'était un splen- ■ dide vêtement qu'elle préparait avec mille soins, et dont les pierres précieuses jetaient sur un fond d'or leurs lumières vertes, blanches et bleues : riche cadeau destiné à réjouir le cœur du Saint-Père, et à graver le nom du roi Charles dans la mémoire des Romains^. Une autre fois, elle choisissait dans le vestiaire de son mari quelque bel habit de drap d'or et l'accommodait adroitement en couverture d'autel que l'on envoyait à la basilique de Saint-Pierre. Ansegise, le futur vicaire du Saint-Siège, était porteur d'un présent de ce genre, lorsqu'il vint à Rome pour la première fois en 870*.

On aura cependant de la peine à se représenter le grand pape Nicolas s'inspirant principalement de ces petites choses pour décider de la succession à l'Empire. C'est en effet Nicolas P*", et non Jean VIII, qui avait eu, le premier, l'idée d'élever Charles le Chauve à la dignité impériale ^. Hadrien II l'eut aussi, mais il n'était plus qu'un vieillard infirme et af-

1. Elle ne fut couronnée reine et appelée à participer aux affaires de l'Etat qu'en 866, au bout de vingt-cinq ans de mariage et après avoir donné cinq enfants à Charles le Chauve. V. Hincin. ami., a. 866, p. 472, et VAdnuntiatio Herardi (Migne, t. GXXI, p. 777-8).

2. Ingens ingenium perfecta Palladis arte Auro subtili serica fila parans...

Miratur fugitans nunquainque propinquat Arachne, Quamvis palladios sequiparat digitos.

Jean Scot, Elogium Irmindrudis (Mai, Aiict. class., t. V, p. 435)

3. « Interea Karolus rex sancto apostolo optulit purissimo auro et gemmis constructam vestam, habentem gemmas prasinas, hiacinthinas et albas. » Vita Nicolai /, c. lxii. [Lib. pontif., éd. Duchesne. t. II, p. 161). D'après

LSteinmeyer (V. Zeitsclirift fiir deutscher Alterthum, t. XIX, p. 146), ce vêtement aurait été d'abord confectionné par Ermentrude à l'intention de son mari. 4. «c Postea (Carolus ) legatos suos Ansegisilum videlicet presbyterum, monasterii S. Michaelis abbatera, et Lotharium laicum cum epistoHsad domnum apostolicum ( Hadrianum II) pannum ad altare sancti Pétri de vestimentis suis aureis compositum cum duabus eoronis aureis et gemmis ornatis misit. » Uincm. annal., a. 87(', p. 490.

5. Jean YIIl aimait à répéter que le premier auteur de cette candidature

faibli lorsqu'il écrivit en France cette lettre assez étrange où sa résolution de donner l'Empire à Charles le Chauve aurait pu être exposée en termes moins modestes ^. S'il est bien clair que, dans ce brillant concert d'éloges dont parle Jean VIII et d'où sortit l'élection du roi de la France occidentale, plus d'une voix devait sa force et son entrain aux largesses du candidat, il est tout aussi évident que ces largesses ont peu de chose à voir avec la décision personnelle de Jean VIII, qui était prise du reste avant cette distribution d'argent et de faveurs dont parlent les contemporains. Alors et plus tard, ce pape et cet empereur se témoignèrent leur amitié, suivant les mœurs du temps, par l'échange de riches cadeaux. Rome ne fut pas en reste avec la France, et la nouvelle reine et impératrice Richilde pouvait montrer avec orgueil le superbe bracelet qu'elle tenait du pape Jean VHP. La dernière fois qu'ils se virent, et quand déjà la catastrophe qui allait briser cette alliance était tout près, Charles le Chauve offrit au pontife romain, pour le trésor de Saint- Pierre, un magnifique crucifix d'or enrichi de perles de toute beauté 3.

Ce n'en est pas moins ailleurs qu'il faut chercher la source ^ d'un sentiment qui fut trop durable pour n'être point inspiré ^ par des motifs d'un ordre plus élevé. L'admiration de

était le pape Nicolas, sachant bien que l'autorité d'un tel nom en imposerait à plusieurs (V. Migne, ep. . 22, p. 669). Il allait même jusqu'à se donner pour assuré que son prédécesseur n'avait ainsi agi que par révélation divine : « Et quia pridem apostolicse memoriae decessori nostro papae Nicolao idipsum jam inspiratione caelesti revelatum fuisse comperimus, elegimus hune merito. » Discours de Jean VII J au concile de Ravenne en 811 ( Sirmond, Conc. Gallise, t. III, p. 458).

1. Après avoir demandé à Charles le Chauve de veiller sur sa famille, Hadrien II lui promettait l'Empire en ces termes : « Igitur ergo intégra fide, et sincera mente devotaque fidelitate, ut sermo sit secretior et litterœ clandestinœ, nullique nisi fidelissimis publicandœ, vobis confitemur devovendo et notescimus affîrmando, salva flde imperatoris nostri, quia si superstes ei fuerit vestra nobilitas, vita nobis comité, si dederit nobis quislibet mullorum modiorum auri cumulum, nunquam acquiescemus, exposcemus, aut sponte suscipiemus alium in regnum et imperium Romanum, nisi teipsum. » Lettre d'Hadrien II à Charles le Chauve (Migne, t. CXXII, ep. 41, p. 1320).

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