V. Hincm. ann., a. 878, p. 506, 508; a. 879, p
3. « Ad fascem (et non : facem, comme porte le texte courant), ut vera fama volitat, sustollere Romani imperii. » Lettre à Louis le Bègue (Migne, ep. cxv, p. 768 ).
luer du nom d'empereur des Romains un mince potentat qu'on eût été en droit de traiter en sujet. Cette fierté, Lambert l'avait déjà sentie à l'époque de la mort de Charles le Chauve, lorsqu'ayant élevé la prétention de se rendre à Rome en arbitre, et exigé qu'on lui livrât d'abord des otages, il s'était attiré du pape Jean VIII une réponse indignée, et d'un ton aussi superbe que l'auraient pu prendre les anciens maîtres du monde*. Il y avait en outre une méfiance trop justifiée à l'égard de ce duc de Spolète, qui n'avait guère montré jusque-là au Saint-Siège que de la duplicité et de la malveillance. Mais le fond le plus solide de cette résistance était d'une autre matière. Par ses engagements, par les engagements de ses prédécesseurs, Jean VIll se savait tenu de n'accorder l'investiture impériale qu'à la dynastie de Charlemagne. Le droit, à ses yeux, restait de ce côté, tant que l'espoir y resterait, tant que l'impossibilité d'avoir un empereur de cette famille ne lui apparaîtrait pas clairement.
Aussi Lambert en fut-il pour ses frais d'intimidation. Vainement ses soldats s'emparèrent de la cité Léonine, vainement il les maintint là durant trente jours, aux portes de la basilique de Saint-Pierre, vexant les pèlerins, arrêtant les manifestations de la piété romaine, introduisant même dans Rome les plus mortels ennemis de Jean VIII, les Formosiens^. Le pontife demeura immobile sous cette tempête.
A la fin cependant, il comprit qu'une situation aussi désespérée exigeait une résolution extrême. Les Francs l'abandonnaient ; il irait à eux, s'entendrait avec eux et, à tout prix, ramènerait l'empereur dont la Papauté et l'Italie avaient besoin. Pour un vieillard maladif, le projet était hardi, surtout dans
1. « Roman orum fllios sub isto cœlo non legitur fuisse obsides dates... antea Romani ovilis senatus mortem eligant, quara liane inauditam et pessi mam rem fieri quocumque modo consentiant. » Lettre de Jean VI II au comte Lambert (Migne, ep. xci^ p. 742). Jean VIII aurait peut-être montré moins d'étonnement s'il s'était souvenu que du temps du pape Hadrien P"", le duc de Spolète, Hildebrand, avait pareillement exigé des otages avant de se rendre à Rome. V. Jafifé-Ewald, n° 2419.
2. V. Lettre de Jean VIII à Engelherge (Migne, ep. cv, p. 754), Lettre à Bérenger {ibid,, ep. cvi, p. 755), Lettre à Jean, évêque de Ravenne (ep. cvn, p. 757), Lettre à Louis le Bègue (ep. cxv, p. 768); Lettre à Louis de Bavière (ep. cxvi,p. 770); Lettre à Carloman [ep. cxvii, p. 771); mais on s'est trompé
les conditions où il se présentait. Du côté de la terre, un chemin étroit, surveillé par les Spolétains d'une part, de l'autre, par les gens d'Adalbert de Toscane, que sa femme Rotilde, sœur de Lambert, une vraie « fille de joie », comme disait Jean VIII ^, venait de lancer à son tour dans l'opposition au Saint-Siège. Aucune sécurité non plus sur la mer, où l'on pouvait craindre à chaque instant de tomber sur quelques corsaires sarrasins. Jean VIII cependant choisit cette dernière voie, heureux sans doute de pouvoir ainsi arriver tout d'abord dans cette Gaule qu'il préférait, et mettre le rendez-vous général des Carolingiens chez celui d'entre eux qui demeurait encore sa principale espérance.
En 878, tout au commencement de mai, la petite flotille pontificale, c'est-à-dire les trois dromons prêtés par le nouveau duc-évêque de Naples Athanase^, faisait escale à Gênes, d'où elle expédiait des courriers dans la Haute-Italie et en Allemagne, pour avertir du voyage tous les principaux intéressés, Charles le Gros d'Alémannie, Louis III de Germanie, Carloman de Bavière, l'ex-impératrice Engelberge, l'arche-
jusqu'ici sur la date exacte de l'invasion de Rome par Lambert. Ewald {Reg.y p. 396) place le fait en février (878),- ce qui est une lourde faute. Dûmm- 1er le met en février ou en mars (Gesc/i. d. ostfr. Reichs, t. III, p. 73), et n'arrive pas encore ainsi à l'exactitude. L'invasion eut lieu exactement entre le 26 ou le 27 mars et le 26 ou le 27 avril (878). Nous savons en effet par une lettre de Jean VIII à Charles le Gros que l'occupation de Rome par Lambert dura trente jours (Migne, ep. cxxv, p. 779). Or, le 28 avril elle venait de cesser, comme le prouve une lettre de Jean YIII à l'empereur Basile (Migne, ep. cxiv, p. 767 ; Jaffé-Ewald^ n» 3119), écrite à cette date, et non le 26 février, comme le veut Ewald, en s'appuyant sur une leçon du manuscrit évidemment fautive. D'autre part, il ne paraît pas douteux qu'elle ne durât encore le 25 avril, car les mauvais traitements que les soldats de Lambert firent subir au clergé de Rome^ évéques, prêtres, religieux venus à Saint-Pierre en célébrant les saintes litanies d'usage « sacras litanias ex more célébrantes » (Migne, Lettre de Jean VIJI à Jean de Ravenne, ep. cvii, p. 757), ne peuvent s'appliquer qu'à la Litania major du 25 avril. Sur celte Litanie, V, Duchesne, Lih, pontif., t. II, p. 35, n® 17.
1. (( Lambertus — cum moecha sorore Rotilde, cumque complice suo infido Adalberto marchione. o Lettre de Jean VIII à Louis le Bègue (Migne, ep. Gxv, p. 768 ).
2. Ce détail est fourni par Auxilius, dans son : Tn defensioneni s. ordinationis Formosi, lib. I, c. iv, ap. Diimmler, Auxilius und Vulgarius, p. 63.
véque de Milan, Anspert*. Le 11 mai, fête de la Pentecôte, Jean VIII débarquait à Arles 2,
BosoN. — Boson était là avec sa femme Ermengarde, attendant le vieux pape et se préparant à l'envelopper de mille prévenances intéressées. L'ancien duc de Lombardie se trouvait maintenant réduit à ses possessions françaises, mais elles formaient un assez beau lot pour contenter une ambition même très exigeante. Outre la Provence proprement dite, Vienne, Lyon et le comté d'Autun étaient sous ses ordres^. Il est donc probable que Boson se serait contenté d'un tel sort, s'il avait été seul à faire la loi dans son ménage. Mais Ermengarde n'entendait nullement rester la femme d'un comte, ni même d'un duc. Elle était fille d'empereur; toute jeune on l'avait fiancée à un fils d'empereur byzantin, associé déjà lui-même à TEmpire*, et il était intolérable qu'on la laissât languir dans une situation sans éclat, qu'elle dût cette honte au choix qu'elle avait fait, et qu'on la payât de son amour par de l'humiliation ^. Or, il paraît que de pareils arguments sont toujours forts sur l'âme d'un mari. Boson, quoiqu'il en eût, se vit contraint de marcher au doigt de sa femme.
Tout cela, d'ailleurs, était surveillé, encouragé par la belle-mère, par la veuve de l'empereur Louis II, qui, pour s'être mise dans un cloître, n'en tenait pas moins l'œil très ouvert sur les affaires de ce monde. Elle finira même par l'ouvrir si fixement, qu'un jour le roi Charles le Gros, devenu maître de l'Italie, enverra cette mère ambitieuse rêver à la grandeur de ses enfants derrière les murs bien clos d'un couvent d'Alémannie ^.