Constantin, fils de l'empereur Basile
5. « Boso, persuadente uxore sua, quse nolle vivere se dicebat, si, filia imperatoris Italiœ et desponsata imperatori Grœciae, maritum suum regem non faceret. » Hincm. ann., a. 879, p. 512.
6. Engelberge ne recouvra même sa liberté que sur les instances de
Pour le moment, il ne s'agissait encore que de préparer les voies, en charmant le pape, en faisant étalage de dévouement à son égard, en mettant au vent toutes les bonnes qualités dont on disposait, afin qu'à l'occasion l'idée vînt comme d'ellemême au pontife romain d'avoir pour protecteurs officiels un couple aussi accompli. Jean VIII se laissa prendre. Tombant sur l'âme endolorie de ce vieillard, qui, depuis trop longtemps, ne connaissait plus que les heurts, les caresses de Boson et de sa femme produisirent un effet merveilleux. Jean VIII avait à peine passé quelques jours en Provence, qu'il écrivait à sa vieille amie, l'impératrice Engelberge, une lettre débordante d'affection pour elle et pour ses enfants. A certaines de ses phrases, peu équivoques, on voyait même clairement que le travail de séduction était assez avancé pour que la pensée de donner la couronne impériale à Boson ne l'effrayât plus. Il disait textuellement : « Mon désir, si je le puis sans manquer à l'honneur, est de chercher dans vos enfants la consolation et la protection de la sainte Église romaine, de les promouvoir, si Dieu le permet, à un degré plus grand et plus élevé^ ». Dans le même ordre de préoccupations, le Pape s'empressait de renouveler en faveur de l'évéque d'Arles les anciens privilèges du vicariat apostolique^.
Jean VIII, au moment où il laissait ce projet se former dans son esprit, ne pouvait plus ignorer la maladie incurable
Jean VIII, qui s'engagea à la tenir sous bonne garde, à surveiller de près sa langue et sa correspondance : « Quia si hic apud nos rediens habitaverit, tanta custodia circumspecta, nobis crédite, erit, ut nec Bosoni, nec alii homini, ad perturbationem imperii sive regni^ quodlibet adjutorium vel auxilium verbis aut scriptis praebere quoquomodo valeat ». Lettre de Jean VI H aux rois Louis et Carloman (Migne, ep. cccxv, p. 924). Cf. Lettre aux évêques et aux comtes d'Italie (ihid., cp. ccxvi, p. 925); et Hincm. anii,^ a. 882, p. 514.
1. « Pro amore vestro, vestri nuper et piissimi conjugis, illos tanquam fîlios amplectentes, pro eorum consulte, illorum cum honore cuncta faciemus : quoniam ceu per vos, haud secus per istos consolationem et defensionem sanctae Romanœ Ecclesiœ quaerimus, eosdemque permissu Dei ad majores excelsioresque gradus modis omnibus, salvo nostro honore, promovere nihilominus desideramus. » Ze^fre de Jean VIII à Engelberge [Migne, ep. cxxi, p. 774).
2. V. Lettre de Jean VIII à l'évéque d'Arles, Rostan ( Migne, ep. cxxiii, p. 11^-11^), et Lettre aux évêques des Gaules [ihid., ep. cxxiv, p. 777-779).
dont Louis le Bègue venait d'être frappé, — on parlait même d'empoisonnement, — et dont il était difficile de ne pas prévoir l'issue fatale à bref délaie La maison de France allait lui manquer sûrement, et sans espoir, car il n'y avait pas à compter sur les fils de Louis le Bègue, Louis III et Garloman, trop jeunes encore et trop peu expérimentés pour prendre le lourd fardeau de l'Empire. Je n'oserais pas affirmer que Jean VIII désirât beaucoup voir les princes de la maison de Germanie se prêter à ses vues et l'obliger ainsi à prendre un empereur parmi eux. Il est fort croyable, au contraire, que la perspective d'un échec de ce côté lui ait été plutôt agréable, ce que nous savons de ses idées et de ses sympathies autorisant à penser qu'il voyait dans l'élévation de Boson une solution plus heureuse, une solution qui maintiendrait le lien de l'Empire avec la France romane, en même temps que par Ermengarde elle mettrait dans la nouvelle dynastie impériale le sang des Carolingiens d'Italie, restés plus particulièrement chers à Jean YIII et aux Italiens. Mais on n'est pas non plus en droit de dire que Jean VIII ait été dès lors, et avant toute épreuve, décidé à sacrifier le droit de la maison de Germanie à ses propres préférences. Sa lettre parlait d'honneur à sauvegarder, et le droit des Allemands faisait partie de cet honneur.
Les princes germaniques se chargèrent eux-mêmes de lever les derniers scrupules du pape. Le rendez-vous avait été fixé à Troyes, pour le premier jour d'août^. Aucun ne s'y rendit, malgré les instances nouvelles du pontife^. Seul, Louis le Bègue fut présent, mais épuisé par la maladie, incapable de rien entreprendre, et, pour ainsi dire, sous les prises de la mort. Jean VIII n'hésita plus *.