V. Hincm. ann., a. 877, p. 506, et a. 879, p
2. V. Lettre de Jean VIII à Engelberge (Migne, ep. cxxvii, p. 784); Lettre à Support [ihid., ep. cxxxviii, p. 784); Lettre à Carloman [ibid,, ep. cxxxix, p. 785).
3. V. Lettre de Jean VIII à l'archevêque de Mayence, Liutbert (Migne , ep. cxxxvi, p. 783; Lettre à Louis de Germanie [ibid.^ ep. cxli, p. 786); Lettre à Charles le Gros {ibid., ep. cxl, p. 785).
4. La lettre que Jean VIII écrivit à Charles le Gros, à l'issue du concile de Troyes, trahit tout le fond de sa pensée ; elle laisse voir à la fois pour-
L'EMPIRK CAROLINGIEN 347
Dans le mois de février ou de mars de l'année suivante, après son retour à Rome, il écrira au duc Boson : « Hâtezvous de mettre à exécution la convention secrète que nous avons conclue ensemble à Troyes et qui reste immuablement fixée dans mon cœur, comme un trésor caché ^ ». Nous avons donc la certitude que la partie avait été irrévocablement; liée entre le pape et Boson, à l'époque de l'assemblée et du concile de Troyes, en août ou en septembre 878. Quanta l'objet de cette entente, il n'est que trop facile de le deviner, quoique les événements n'aient pas permis aux ^contractants de le produire complètement au grand jour. Il s'agissait, à n'en pas douter, d'amener les grands dignitaires italiens à faire choix d'un nouveau roi en la place de Garloman, que la maladie rendait de plus en plus incapable. Il s'agissait de disposer les esprits à accepter la candidature de l'ancien duc de Lombardie, et, l'Italie une fois gagnée à sa cause, de compléter sa fortune par le couronnement impérial. Voilà pourquoi Jean VIII, à son retour, avait eu soin de se faire accompagner par Boson jusqu'à Pavie. Voilà pourquoi, aussitôt arrivé à
quoi, ayant fait tout son devoir, le Pape se croit dégagé de sa parole envers les rois francs, et vers quel nouvel espoir de salut il s'est tourné : « Servans fîdem Francorum regibus, secundum prœdecessorum meorum pontificium, multos et duros labores in mari et in terra pertuli ; ab urbe et Romana sede in Franciam veni ; omnes vos legatorum viva voce quam epistolis studui convocare, ut pactum quod avi et patres vestri sanctae Romanae Ecclesiae jurejurando promiserunt, adimplere contenderetis. Sed heu, proh dolor ! cuncli venire per inobedientiam neglexistis, praeter Ludovicum regem divœ memoriae Caroli imperatoris filium, cujus consilio et hortatu, Bosonem gloriosum principem per adoptionis gratiara fîliutn meum effeci, ut ille in mundanis discursibus, nos libère in his quœ ad Deum pertinent, vacare valeamus. » (Migne, ep. cxlii, p.*786. )
1. « Secretum quod, Deo auxiliante, vobiscum Trecis existentes habuimus, immulilatum ac fixum nostro apostolico pectore, quasi quoddam thesaurum reconditum procul dubio retinemus, et totis^ vita comité, nisibus illud, quantum in nobis est, alacriter optamus perficere... » Lettre à Boson (Migne, ep. ccxxii, p. 836). Cette lettre n'est pas du mois de mai 879, comme l'a pensé Ewald [Reg,, n° 3251); Dùmmler la met en mars [Gesch. d, ostfr. Reichs^ t. III, p. 99, n^ 1), mais elle pourrait être aussi bien, ce me semble, du mois de février. En tout cas, elle est certainement antérieure au 3 avril, date de la lettre à Charles le Gros (Migne, ep. cciv, p. 825).
348 L;E pape JEAN VIII
Turin, vers le milieu du mois de novembre, il avait lancé
partout, aux évoques, aux ducs, aux comtes, aux marquis, — sans oublier l'ex-impératrice Engelberge^, — l'invitation à se
réunir en assemblée générale-. L'objet des délibérations futures n'était même pas dissimulé. On traiterait des moyens de ramener l'ordre dans l'Église et dans l'État^; et à la façon dont Jean VIII essayait surtout de gagner à ses vues le duc Suppon*, alors chargé en Lombardie d'une fonction assez semblable à celle qu'avait remplie Boson^, on pouvait se convaincre qu'il était question, non de l'ordre ecclésiastique, mais de l'ordre politique.
Tout échoua par la faute des évêques et des grands seigneurs italiens, qui laissèrent le pape se morfondre à Pavie, en compagnie de son candidat royal et impérial. N'ayant point d'armée avec lui — car il avait fallu prendre garde à ne pas éveiller les soupçons de Louis le Bègue — Boson dut reprendre le chemin de la France^, heureux peut-être, dans le fond, de n'avoir pas à boire le calice douteux de cette gloire impériale. Aussi, quand Jean YIII, rentré à Rome, le pressa de revenir se mettre à l'exécution du plan convenu, eût-il soin de ne pas bouger^. Son ambition, du reste, pou-
1. Y. la Lettre au comte Suppon, écrite, celle-là, avant l'entrée du pape en Italie. ( Migne, ep. clxv, p. 806.)
2. V. Lettre à Wighod^ év. de Parme^ à Paul de Plaisance, etc., [ibid., ep. CLXvi, p. 806); Lettre à Jean, év. de Pavie (ihid.^ ep. clxvii, p. 806); Lettres à Ansbert de Milan [ibid., ep. clxviii, p. 807; ep. glxxi, p. 808); Lettres à Bérenger, duc de Frioul (ep. glxx, p. 808 ; ep. clxxii, p. 809).
3. « Non ob aliud vos alloqui cupimus, nisi ut sanctarum Dei ecclesiarum statum et quietem reipublicœ cum vestro honore una vobiscum tractemus. » Lettre à Bérenger ( ep. clxX; p. 908).
4. « Ante alios venire satage, ut quid cum aliis fecerimus tecum familiariter antea terminare queamus. » Lettre à Suppon (ep. clxix, p. 808).
5. C'est à lui en effet, comme au gouverneur supérieur de la région, que le pape demande de venir le prendre au Mont-Cenis, à sa rentrée en Italie. V. Lettre à Suppon (Migne, ep. clxv, p. 806).
6. Avec une belle lettre pour Louis le Bègue, où le pape vantait bien haut les services que lui avait rendus Boson, mais ne disait pas le fin mot du projet manqué. V. Lettre de Jean VllI à Louis le Bègue (Migne, ep. clxxiii, p. 810).
7. Il se contenta d'écrire au pape. Si la réponse de Jean VIII (Migne, ep. ccix, p. 827-828 ) est postérieure au 3 avril, comme je suis porté à le
vait maintenant changer d'objet. Au craquement qui se manifestait dès lors dans la monarchie gallo-franque , il pouvait juger que des morceaux précieux allaient s'en détacher, meilleurs à recueillir que toutes les promesses inconstantes de l'Italie. L'année 879 n'aura pas encore pris fin qu'il se sera formé un royaume à lui, avec la Provence et une bonne partie de la Bourgogne, enlevant ainsi pour longtemps l'un des beaux fleurons de la couronne de France^.
Ainsi donc, après tant d'eff'orts, Jean VIll se trouvait, en avril 879, au même point que l'année précédente, sans roi de fait, sans empereur, et avec une illusion de moins.
Le vieux pontife se rendait-il le témoignage d'avoir, dans cette rude campagne, sauvé complètement l'honneur? Je l'ignore. Toujours est-il que d'autres à sa place auraient peutêtre gardé quelques scrupules, sinon pour le fond même de la politique, du moins pour la forme qu'elle avait prise, à supposer bien entendu que le pacte de Jean VIII avec Boson soit demeuré un secret entre eux, comme l'aveu même du pontife semble le prouver^. Si la sécurité du Saint- Siège, si le salut de tout un peuple donnaient le droit de chercher le remède où il se présentait, il y avait quelque chose de peu délicat à mener toute l'entreprise à l'insu du
croire, on s'explique le vague où elle se renferme. Car Jean YIII venait d'accepter les offres de Charles le Gros {v. Migne, ep. cciv, p. 825 ),
1. Le 15 octobre 879. V. Acta concilii Mantalensis ( Mansi, Conc, t. XVII, p. 529). Mais autant Jean VIII avait désiré voir Boson à la tête de l'Italie, autant il s'indigna à la nouvelle que ce duc s'était taillé un royaume en France. Le nouveau roi de Provence-Bourgogne n'est plus pour lui qu'un « perturbateur et un tyran ». V. Lettre de Jean VIII à Vévêque de Vienne, Otrainne (Migne, ep. cccvi, p. 917).
2. V. la Lettre à Boson citée plus haut, p. 347, n« 1. Jean VIII, il est vrai, s'était appliqué à convaincre les Italiens et les Allemands que Boson n'était venu en Italie qu'avec l'agrément de Louis le Bègue, que c'était le roi de France qui lui avait permis de le prendre pour fils adoptif et pour protecteur (v. ep. cxLii,p. 786 ; ep. clxviii, p. 807; ep. clxix, p. 808 ; ep. clxxii, p. 809). Mais il s'était bien gardé de dire que Louis le Bègue était allé jusqu'à réserver à Boson la royauté de l'Italie. Car, à cette date même, avait lieu entre Louis III de Germanie et Louis le Bègue, la Convention par laquelle celui-ci déclarait que le moment de régler les affaires de l'Italie n'était pas encore venu, mais qu'il réservait son droit au partage futur. V. Hincm. ann., a. 878, p. 509.
roi de France, à prendre, sans son consentement^ un de ses fidèles pour le dépouiller, et d'une certaine manière pour le trahir. Jean YIII avait beau se dire que les intérêts de Boson étaient ceux de la maison de France, qu'il avait lui-même, à Troyes, préparé pour l'avenir une fusion plus intime de ces intérêts, en fiançant la fille de Boson au prince Carloman, fils de Louis le Bègue ^. Il avait beau aussi se persuader que les antiques donations de Pépin et de Gharlemagne n'étaient pas entièrement abolies, qu'il en avait à dessein renouvelé la force en les faisant lire publiquement devant l'assemblée de Troyes^, et qu'en somme ce qu'il abandonnait à Boson était pour une bonne part à lui. Tout cela n'effaçait pas la singularité du procédé suivi dans l'exécution.
Jean VIII en eut peut-être conscience. En tout cas, le sentiment de ce dernier et cuisant échec eut pour effet de mettre fin à ce qu'on pourrait appeler la période de sa politique française.
RÉSIGNATION. — Par nécessité, sinon par goût, les pensées du pontife ne sont plus tpurnéesque du côté des princes germaniques, qui du reste recommencent à donner signe de vie.
1. V. Hincm. ann., a. 878, p. 508. Quant au refus de couronner reine la seconde femme de Louis le Bègue, Adélaïde, il s'explique de la part de Jean VIII, par de légitimes scrupules, Louis le Bègue ayant répudié sa première femme sans raison acceptable, aux yeux de l'Eglise. Hincmar conte aussi [ibid.) qu'il y aurait eu à Troyes une certaine contestation entre Jean VIII et Louis le Bègue, le roi demandant au pape de confirmer les droits au trône que lui avait légués son père, et le pape ne voulant y consensentir que si on lui confirmait à lui-même la possession de l'abbaye de Saint-Denis. Mais outre l'obscurité du récit qui empêche de voir clair dans cette affaire, on y respire un air de rancune qui met en défiance.
2. « Deinde promissio regum lecta est, et sacramenta, quae Pippinus et Carolus obtulerunt beato Petro, lecta sunt. » Acta concilii Tricassini, Act. IV (Mansi, t. XVII, p. 347). On peut ainsi apprécier le peu de solidité de la thèse récemment soutenue par A. Schaube, d'après laquelle la Papauté, après avoir extorqué à Gharlemagne la ratification des soi-disant promesses de Quierzy sur la présentation d'un faux acte de Pépin fabriqué dans la curie romaine, aurait vu sa fraude promptement découverte, et se serait en conséquence abstenue pour longtemps d'invoquer ces donations discréditées, les réservant pour des temps meilleurs et plus éloignés des événements. V. Zur Verstândigung ûher das Schenkiingsversprechen von Kiersy und Bom, dans VHistorische Zeitschrift de v. Sybel, t. LXXII, p. 210.
C'est d'abord Charles d'Alémannie qui, vers la fin de mars 879, annonce son intention de se rendre en Italie, ou tout au moins d'y envoyer ses légats. Jean VIII l'encourage à venir « sauver l'Eglise de son bras puissant » et lui promet en retour de le porter au comble de la grandeur ^ Puis, après le 10 avril, c'est le tour de Charles III de Germanie, sur qui vient de passer soudainement un vent d'orgueil et d'ambition, et qui, poussé par sa femme Liutgarde, plus ambitieuse encore et surtout plus intelligente que lui, n'aspire à rien moins qu'à recueillir tout l'héritage de Louis le Bègue, avec l'Empire pour couronnement de sa fortune^. Lui aussi, voit sa demande d'intervention bien accueillie par le pontife romain, mieux même que celle de Charles le Gros ; car dans ce prince qui possède déjà une partie de la Gaule et qui promet de la posséder bientôt tout entière, Jean VIII a retrouvé son rêve favori. « Venez, lui écrit-il, et tous les royaumes vous seront soumi^^^ yy A vrai dire, aucune de ces propositions n'était parfaitement sérieuse. Ni Louis III, ni Charles le Gros n'osaient toucher à l'Italie, du vivant ou sans le consentement de leur frère aîné Carloman.
Plus abandonné que jamais, Jean VIII se vit réduit, vers le milieu de l'année 879, à s'adresser lui-même à Carloman *. La démarche était délicate, et il fallait être fort habile pour persuader au malade de Bavière que le Saint-Siège lui avait
1. V. Lettre de Jean VIII à Charles le Gros, du 3 avril 879 ( Migne, ep. Gciy, p. 825).
2. V. Hincjn. ann., a. 879, p. 511; a. 880, p. 812; a. 882, p. 513; Ann. Fuld., pars m, a. 879, p. 92-93; a. 880, p. 94.
3. (( Sedes apostolica... vos magno desiderio quasi unicum et carissimum filium praestolatur ; quoniam si, Deo favente, Romanum sumpseritis imperium, omnia vobis régna subjecta existent. » Lettre à Louis de Germanie (Migne, ep. cclii, p. 852-853.) Cette lettre est postérieure au 10 avril 879, puisqu'il y est fait allusion à la mort de Louis le Bègue arrivée à cette date.
4. A la date du 7 juin, ou approximativement, Jean VIII écrit trois lettres à Carloman (v. Migne, ep. ccxiv, ccxxvii, ccxviii) ; ce qui ne l'empêche pas d'écrire vers le même temps à Charles le Gros, au cas où Carloman serait toujours impotent (v, Migne, ep. ccxv), et à l'évêque de Parme, Wigbod, son agent auprès des princes germaniques [ibid., ep. ccxvi ), pour qu'il s'entende, soit avec Carloman, soit avec Charles le Gros.
352 LE PAPE JEAN VIll
toujours été favorable. Jean VIII y réussit cependant *, si bien môme que Carloman le chargea de tenir sa place en Italie, d'y exercer en son nom une véritable viceroyauté -.
11 est à regretter, pour l'historien, que Jean VIII n'ait pas eu le temps de donner sa mesure dans cette haute fonction. On voudrait savoir ce que pouvait devenir l'Italie sous la direction suprême d'un pape. Mais, avant la fin de l'année 879, Jean VIII avait dû s'effacer devant celui des rois carolingiens qui lui était peut-être le moins sympathique. Charles d'Alémannie, muni du consentement de son frère Carloman, s'était empressé de revendiquer l'Italie ^, et le pontife romain, malgré de visibles répugnances*, s'était vu dans la nécessité de le reconnaître d'abord comme roi au commencement de l'année 880^, puis comme empereur en février 881^. Au terme de tant de combinaisons et de labeurs, l'ami de Charles le Chauve et de Boson, le pape aux tendances françaises, se trouvait conduit à mettre la couronne impériale sur la tête d'un prince allemand.
1. « Testamur namqiie Deum, cui occulta omnium manifesta existunt, quod vestro desiderabiii honore, nullius hominis nisi vestrum prœpotens adjutorium avida mente quœrere voluimus, sed malorum hominum, quos ipsi scitis, praepediti insidiis, hoc agere non valuimus, » Lettre de JeanVIIl à Carloman, da 7 juin 879 (Migne,ep. ccxxviii, p. 840). Jean VIII ne parle sans doute ici que de ses sentiments à une époque déterminée, par exemple, au moment de l'invasion de Rome par Lambert. Autrement, son langage serait fort éloigné de la vérité.
2. « Quia dilectus ac spiritualis filius noster Carolomannus gloriosus rex suis regalibus litteris, et missorura nostrorum verbo, nostro praesulatui pio mentis affectu commisit, ut nos curam hujus Italici regni haberemus, tam pro divinitus nobis commissa pastorali soUicitudine omnium Christi ovium, quant etiam pro prœfati régis cura concessa. » Lettre de Jean VI 11 a Antoine^ eV. de Brescia et au comte Bérenger (Migne, ep. cclxxxi, p. 897). Cette lettre fut écrite vers le mois de septembre 879.
3. L'entrée de Charles le Gros en Italie eut lieu en octobre 879. V. Bôhmer-Mûhlbacher, Reg., n» I546«i .
4. V. la lettre que Jean VIII écrivit à Charles le Gros à son entrée en Italie, octobre 879 (Migne, ep. cclxxv. p. 894), et celle qu'il lui écrivit le 25 janvier 881, au moment où Charles venait demander la couronne impériale (Migne, ep. cccix, p. 919).