‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 136 sur 148 · V. Bôhm.-Miihlb., n · texte numérisé non relu

V. Bôhm.-Miihlb., n

Sa fidélité, du reste, n'en souffrit pas, et, le sacrifice une fois accompli, Charles le Gros fut pour lui le seul et véritable empereur et roi ^. Vers la fin même, Jean VIII aurait pu se consoler en voyant l'Empire, grâce au dépérissement des maisons carolingiennes, tendre à redevenir une monarchie universelle, et s'acheminer de nouveau vers cet idéal, qui avait été longtemps son idéal à lui. Mais quelle monarchie et quel empereur! C'est vraiment sous Charles le Gros, prince germanique, mais incapable et mou, que l'Empire n'est plus qu'une ombre vaine.

« Le sommeil fuit de mes yeux, et la nourriture n'a plus de goût pour moi. Personne ne vient plus à mon secours, ni l'empereur, ni aucun homme d'autre nation. » Ces paroles douloureuses, Jean VIII les adressait à l'impératrice Richarde, quelques mois avant de mourir-, mettant ainsi comme dans une plainte suprême tout le regret de ses espérances brisées, tout le désenchantement de ses rêves évanouis.

Néanmoins, dans l'isolement dont il gémit, une certaine compensation lui est laissée. Si la royauté d'Italie, si l'Empire sont impuissants à morigéner efficacement les provinces du Nord et du Centre, à réprimer en particulier les rapines des Spolétains ^, du moins laissent-ils au Saint-Siège toute liberté de réglera son gré les affaires de l'Italie méridionale,

1. Comme le prouve la correspondance que Jean VIII échangea avec Charles le Gros, durant les années 880, 881, 882. V. Migne, ep. cclx, cclxi,

CCLXXV, CGLXXVI, CCLXXXIX, CCXCII, CCXCV, CCXGVIII, CGCI, CCCXX, CCXXVIII, CCCXXX,

cccLiv, cccLxv. Alors même que Charles le Gros n'était encore que roi d'Italie, le pape lui demandait de vouloir bien lui envoyer des missi pour rendre la justice dans ses états, en collaboration avec les missi pontificaux (Migne, ep. CCXCV, p. 908). Jean VIII avait donc un peu rabattu de sa théorie de l'indépendance de l'état pontifical vis-à-vis de la royauté d'Italie, ou plutôt il avait été convenu que, tout en n'étant que roi, Charles exercerait le protectorat du Saint-Siège, comme l'avait fait autrefois Charlemagne, avant d être empereur.

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