Jaffé-Ewald, n
nous reviendrons à l'examen de cette Italie en décomposition, de cet Empire et de cette société qui agonisent, l'homme que nous trouverons dans la chaire de saint Pierre, gouvernant et luttant à son tour, sera celui-là même que Jean VIII avait écarté si obstinément des affaires, dont il avait en quelque sorte marqué l'épaule d'une flétrissure indélébile. A peine son terrible juge a-t-il disparu, que Formose est sur les Alpes, en chemin vers cette Rome qu'il avait juré de ne plus revoir, et où l'attend la plus étrange des destinées.
APPENDICE
Maintenant que nous avons vu Jean VIII à l'œuvre, que nous savons, pour l'avoir examiné de près, quel homme c'était, de quelle vigueur d'esprit et de volonté il a fait preuve toute sa vie, il nous sera facile de juger la profondeur de l'illusion où sont tombés, à son sujet, des historiens de grand mérite, mais n'ayant pas en mains les éléments nécessaires d'appréciation.
Diaprés Baronius, la conduite de Jean YIII à l'égard de Photius lui aurait valu, parmi ses contemporains, une telle réputation de mollesse, qu'au lieu de lui donner le nom de pape, on ne l'aurait plus désigné que du méprisant sobriquet de papesse. De là à faire de lui une vraie femme, il n'y avait qu'un pas, et c'est ainsi, paraît-il, que serait née la fameuse légende de la papesse Jeanne ^ Jeanne, cette femelle burlesque que l'imagination du moyen âge faisait asseoir indécemment dans la chaire vénérable de saint Pierre, ne serait ni plus ni moins que le pape Jean VIII, changé de sexe par la puissance d'une métaphore.
On n'aurait qu'à sourire de la singulière découverte du grand annaliste, si d'autres, après lui, ne s'étaient mis en devoir de la consolider, de lui trouver même, dans un écrit de l'époque, un argument assez inattendu.
De tous les contemporains de Jean YIII qui nous ont laissé un jugement sur lui, il n'en est pas qui l'ait apprécié avec plus de justesse que Photius. En deux mots, il nous le dépeint tout entier, avec la tournure propre de son esprit et la trempe particulière de son caractère, tel exactement qu'il nous apparaît à nous-meme après l'avoir dévisagé de notre mieux, dans chacun de ses actes et dans chacune de ses paroles. Ce fut, dit-il, un politique habile et une âme virile-.