V. JafFé-Ewald, p
3. Il ne s'agit ici, bien entendu, que des extraits qui ont quelque dépendance avec le registre pontifical, et non de ceux qui ont pu être faits sur les expéditions arrivées aux destinataires.
4. V. Deusdedit, Coll. can., liv. III, chap. cxxxii, p. 461-3. Ce deflorator apporte deux extraits d'une lettre de Jean VIII à l'impératrice Engclberge
p. 463 ), qui ont échappé à Ewald. Ou les retrouve, il est vrai, dans Gratien [P., 11, c. XXIII, q. 8, c. i), mais tronqués et altérés.
5. Sur Yves de Chartres, le Pseudo-Yves, la Collectio triiim partiiim et Gratien, voir Ewald, d:ins le Neiies Archiv, t. V, pp. 322-326, 395. Sur les fragments contenus dans le ms. de Turin, voir Diimmler, Gesla Berengarii, pp. 22-73, 156-157; Pflugk-Harttung, Iter ilalicuni, t. I, p. 170 ; Jeta i/icd. t. II, pp. 3'i-47. Anselme de Lucques, pour autant que l'on connaît sa Collection, nous donne sept extraits de lettres de Jean VIII ( V. lib. X, c. xxx ; 1. III, c. cvii ; !. XII, c, xxxii ; 1. IV, c. xlv ; 1. II, c. lxxiii ; 1. V, c. l; 1. VI, c. xcii ).
(lu pape Jean VIII se trouvait partagé en deux morceaux, dont Tun était resté dans la bibliothèque pontificale, dont l'autre s'en était allé, on ne sait comment, dans la célèbre abbaye bénédictine. Je pense qu'on ne soupçonnera pas les moines du Mont-Cassin de s'être introduits furtivement dans le Latran ou dans la Turris cliartularia^ et d'y avoir dérobé une partie du registre de Jean VllI. Pour tant faire, ils eussent emporté le tout. Il n'est pas non plus à croire qu'on soit en présence d'un de ces cas déjà signalés par M. de Rossi, où, pour mettre à l'abri certains registres pontificaux, on les faisait transporter dans quelque monastère bien fortifié'. Pour tant faire aussi, on eût mis tout le registre à l'abri. De quelque manière que les moines du Mont-Cassin aient obtenu leur précieux manuscrit, soit par dépôt officiel, soit plutôt par donation ou acquisition privée, le maintien dans les archives du Saint-Siège d'un fragment du même manuscrit ferme la porte à toute autre hypothèse qu'à celle d'une lacération antérieure, intentionnelle et d'un caractère clandestin.
J'ajouterai même, une lacération de vieille date, très voisine de l'époque de Jean VllI. On ne fait pas de ces coups-là, on ne mutile pas dans les archives du Saint-Siège un monument aussi solennel que le registre officiel d'un pape, sans des motifs graves et personnels. Or, je me demande quel intérêt l'on pouvait bien avoir au onzième, voire au dixième siècle, à s'attaquer à des documents qui ne regardaient plus personne, dont la matière était à peu près chose morte et oubliée. Ceux-là seulement ont osé l'entreprise, qui, parmi les contemporains, se sentaient atteints par quelques pièces du registre.
Ici intervient une remarque de premier ordre, que je n'ai encore rencontrée nulle part, mais qui, je l'espère, va mettre enfin la lumière sur le bon endroit. Il n'est pas rigoureusement exact de dire que le registre de Jean VIII avait été déchiré en deux morceaux. Les deux tronçons ne se rejoignent pas. Le manuscrit du Mont-Cassin commence seulement à la dixième indiction, et les lettres extraites du Latran par les
1. V. de Rossi, De Origine hihliolhecse Sedis apostolicx, p. xcv.
divers compilateurs n'arrivent à elles toutes que jusqu'à la fin de la huitième ^ Il y a une indiction, la neuvième, qui manque, un cahier entier qui a disparu. Il n'y a pas eu seulement lacération du registre, il y a eu destruction de l'une de ses parties. C'est donc à l'endroit mutilé qu'il faut chercher la main du coupable. Ceux là certainement ont fait le coup qui avaient un puissant intérêt à anéantir les documents de la neuvième indiction.
Les Formosiens. — Or, ceux-là nous les connaissons bien, car ils ont fait assez de bruit dans l'histoire de cette terrible fin du neuvième siècle. On les nomme Formose, plus tard pape, alors évéque de Porto; Grégoire, nomenclateur du Saint-Siège ; Georges de Aventino, maître de la milice ; Sergius, autre maître de la milice; Etienne, secondicier de l'Eglise romaine ; Gonstantina, noble patricienne et fille du nomenclateur Grégoire ; toute une fraction enfin de l'aristo-
1. Ici, je dois me séparer d'Ewald, qui a certainement mal daté quatre lettres de Jean YIII, dont une nous est venue par Deusdedit, et les trois autres par le manuscrit de Turin. La dernière en date que nous ayons de Deusdedit (p. 419) est adressée à Charles le Chauve, et non à Charles le Gros, comme le dit Ewald (Jaffé-Ewald, n® 3019). C'est une invitation à venir recevoir la couronne impériale. Ewald l'a placée dubitativement, il est vrai, en septembre 875, et partant dans la neuvième indiction. Il y a erreur. On sait en effet combien Jean VIII était pressé de donner la succession de l'empire à Charles le Chauve. Or, l'empereur Louis II étant mort le 12 août 875, il 'n'est pas vraisemblable que l'ardent pontife ait retardé son appel jusqu'en septembre. La lettre en question est du mois d'août, c'est-à-dire de la huitième indiction. Parmi les lettres tirées du manuscrit de Turin, qui a certainement aussi un rapport d'origine avec le registre de Jean VIII, Ew^ld a eu le tort d'en ranger trois sous l'année 876 (V. Jaffé- Ewald, no" 3029, 3030, 3031 .) En supposant que la première est adressée à l'empereur Charles le Chauve ( v. Neiies Archiv, t. VIII. p. 363 ), Ewald a fait œuvre de pure imagination. Il y a autant de raison, et même davantage, de la supposer écrite à l'empereur Louis II. Quant aux deux autres lettres adressées à Engelberge, leur contenu indique qu'à cette date l'impératrice était encore au pouvoir, et par conséquent que l'empereur Louis II, son mari, «'était pas encore mort. M. Dûmmler avait donc été mieux inspiré en les disant écrites avant le 12 août 875, V. Dûmmler, Gesta Bereiigarii, p. 73. Ewald en laisse flotter six autres (n"^ 3023-3028) entre les années 873 et 876. Il aurait pu tout aussi bien, et même mieux, les laisser flotter entre 873 et septembre 875. Deux d'entre elles au moins, les n**' 3023 et 3028, ne peuvent pas avoir été écrites après la mort do Louis II.
cratie et du haut clergé de Rome. C'est en effet durant cetle neuvième indiction, au printemps de l'année 876, que le pape Jean YIII, pour des motifs insuffisamment pénétrés par les historiens 1, se décidait à frapper un grand coup sur les plus hautes têtes de son entourage, jugeait, excommuniait, condamnait à l'exil perpétuel ces mômes grands dignitaires qu'il avait retenus jusque-là dans ses conseils et comblés de ses meilleures faveurs. C'est au milieu de cette indiction-là que le pontife irrité, dans des lettres fameuses arrivées jusqu'à nous par leurs expéditions, dénonçait au monde chrétien, avec les circonstances de leur jugement, les crimes inouïs dont s'étaient rendus coupables les amis de Formose, et, dans une certaine mesure, Formose lui-môme, leurs menées ambitieuses, leurs parjures, leurs adultères, leurs assassinats par le fer et le poison^. Pour être juste, le monument élevé à l'infamie de ce parti dans la correspondance de Jean YIII était tellement écrasant, tellement intolérable, qu'il était impossible qu'un jour ou l'autre ces flétris ne tentassent point de le détruire, et, si la fortune les favorisait, qu'ils n'y réussissent.
La fortune les favorisa largement. Peu de temps après la mort de Jean YIII, Marin P*", son successeur, rappelait Formose de l'exiF. Avec lui les autres condamnés de la neuvième indiction rentraient dans Rome, reprenaient leurs premières fonctions, et obtenaient ainsi, dans le palais du Latran, assez d'accès pour atteindre le registre du pape défunt et en effacer la trace de leur déshonneur*.
Tout d'ailleurs, jusqu'à la façon dont les auteurs de la mutilation ont procédé dans leur œuvre, porte la marque des anciens proscrits de Jean YIII. S'ils ont laissé aux archives
1. On y voit généralement une luUc entre le parti français, que représentait Jean VIII, et le parti allemand, que représentait Formose. V. Diimmler, Gesckichte des ostfrœnkischen Reiclis, t. II. p. 27 (1''*' édit.) ; Gregorovius, Gescliichle der Stadt Rom, t. V, p. 176-178 (4 édit.). J'espère que l'opinion que j'émettrai plus loin paraîtra se rapprocher davantage de la réalité.
2. V. Migne, ep. 24. Cf. Jaffé-Ewald, n» 3041. Cette lettre nous est parvenue au moyen de l'exemplaire lu au concile de Ponlion en 876.