V. Mignc, ep. 2i3-2i
ont cru bon cependant d'en supprimer l'usage, en les enlevant de la bibliothèque pontificale.
En définitive, le seul point qui reste obscur, et il n'est pas sans importance, on va le voir, c'est la fixation précise du moment où la mutilation fut opérée. Les excommuniés de l'année 876 s'y sont-ils livrés dès que leur rentrée au Latran leur en eut donné les facilités? Ont-ils, au contraire, remis la partie à neuf années plus tard, lorsqu'un nouveau souffle de la fortune eut porté leur ancien compagnon d'exil, l'évêque Formose, jusque dans la chaire de saint Pierre, et remis entre ses mains un pouvoir discrétionnaire sur les archives du Saint-Siège? De ces deux suppositions, la première semble plus vraisemblable. Il y a des occasions qu'on saisit dès qu'on les rencontre, et l'on ne renvoie pas d'ordinaire à un avenir inconnu certaines satisfactions que l'on peut se donner dans le présent.
Plus vraisemblable en soi, cette hypothèse a de plus l'avantage de préparer une solution à l'un des plus épineux problèmes de ce temps. Quatre ans après la mort de Jean YIII, le pape Etienne Y, son troisième successeur, prenait une mesure de la plus haute gravité, dont l'émotion, prolongée à travers les âges, n'est pas encore calmée de nos jours. 11 interdisait aux nouvelles chrétientés slaves l'usage de leur langue maternelle dans la liturgie sacrée *. Assurément, cette décision n'est pas pour nous surprendre. De très sérieux motifs ont pu la justifier. Mais ce qui provoque un réel étonnement chez nous surtout, qui possédons la dernière partie du registre de Jean VIII, c'est qu'en édictant cette proscription, Etienne Y se recommandait de l'autorité de son prédécesseur, c'est qu'il affirmait que saint Méthode, en continuant d'user de la liturgie slavonne, avait violé le serment
1. Lettre d'Etienne V à Swatopluk, ap. Ginzel, Geschichte der Slavenapostel Cyrill und Method, 2 édit., Codex, p. 67. V. aussi le Conimonitorium ou Instructions remises par Etienne V à ses légats en Slavonie, dans le Neiies Archiv, t. Y, p. 409-410. C'est même ce Commonitorium, sûrement extrait du Registre pontifical, qui, par sa parfaite conformité avec la lettre d'Etienne V à Swatopluk et la mention expresse qu'il en fait, a mis définitivement hors de discussion l'authenticité de celle-ci, jusque-là contestée par plusieurs, par Ginzel, entre autres {Of). cit., p. 9-10), et par M. Louis Léger, dans son Cyrille et Méthode, p. L48-149.
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naguère prêté par lui entre les mains du pape Jean VIII. Comment Etienne V a-t-il osé dire qu'un pareil serment avait été exigé de l'illustre missionnaire, s'il avait à sa disposition le registre de Jean YIII, où l'on pouvait lire clairement le contraire^ ? Et s'il n'a pas puisé là ses renseignements, où les a-t-il puisés? N'y aurait-il pas eu, à la base de cet acte fameux d'interdiction, avec le rapt que nous savons, la falsification audacieuse d'une lettre de Jean Vïll, dont le pape Etienne V a été la première victime, et sans laquelle peut-être il eût pris d'autres mesures ou, du moins, tenu sur le compte de saint Méthode un tout autre langage? C'est ce qui apparaîtra nettement, je l'espère, au terme des recherches qui vont suivre.
1. V. la Lettre de Jean VIII à Méthode (Migne, ep. 319, p. 929), dont on trouvera du reste plus loin une analyse détaillée.
Jean VIÏI était déjà un vieillard lorsque le choix des Romains l'appela au souverain pontificat, dans le mois de décembre de l'année 872 ^ Depuis vingt ans au moins, il exerçait dans Rome les hautes fonctions d'archidiacre, qu'on n'avait pas Thabitude de confier à des débutants sans expérience-. A lire les fréquentes confidences qu'il a laissées dans ses lettres sur les accidents divers de sa santé, on a l'impression que ce vieillard était de plus un malade^.
Il est vrai que ce malade devait plus tard causer aux médecins d'assez singulières surprises, comme le jour où il s'échappa du lit pour courir à la mer, et, tremblant encore la fièvre, donna aux pirates sarrasins une si rude chasse, qu'ils en perdirent dix-huit vaisseaux, une bonne partie de leurs équipages, et six cents captifs de leur butin de guerre*. Mais, à l'heure de sa consécration pontificale, durant la pro-