‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 40 sur 148 · V. Jager, Histoire de Photius, 2^ éd., p · texte numérisé non relu

V. Jager, Histoire de Photius, 2^ éd., p

3. Il a fait des miracles, disaient ses amis. V. le continuateur de Georges le Moine, Vie de Michel, c. 21 (Migne, P. G., t. CLX, p. 887). Il a assassiné son prédécesseur Ignace, disaient ses ennemis. V. Stylien, Lettre à Etienne V (Coleti, Concilia, t. X, p. 907). C'était, selon les uns, un homme de beaucoup de savoir et de piété. V. Vie de S. Nicolas Studite (Migne, P. G., t. CV, p. 907), Selon les autres, le grand mérite de Photius consistait à vider soixante coupes suis être ivre. V. Syméon Magister, Vie de Michel, c. 19 (Migne, t. CIX, p. 726).

sa situation extérieure, mais pour son mérite personnel, pour la prééminence de son savoir et de ses mœurs. Et cette passion ne fut si forte que parce qu'elle tirait son aliment, je dirais presque sa sincérité, de la foi robuste qu'avait Photius dans Tinfaillibilité de sa science, comme dans l'impeccabilité de sa conduite.

Toute sa vie est là, avec ses apparentes contradictions, ses excès et ses mérites. 11 n'est pas le moins du monde prouvé que Photius ait menti autant qu'on le pense lorsqu'il affirma n'avoir accepté la dignité patriarcale qu'à son corps défendant i. Quand on a conscience de briller par soi-même, on se soucie moins d'emprunter à des titres officiels un reflet inutile et d'essence inférieure. Il semble même que, pour les orgueilleux de grande race, à qui les honneurs n'agréent qu'autant qu'ils s'adressent à leur seul mérite, il y ait plus à perdre qu'à gagner dans ces hautes charges qui attirent à elles toLi-te la considération, et servent moins à mettre en relief qu'à faire oublier la valeur de la personne. Photius s'est vanté dans ses lettres de n'aimer ni le faste ni l'argent^. On peut Ten croire, car ce n'était pas par cet endroit-là que le venin perçait. Pour expliquer le renom d'humilité qu'il a conquis parmi beaucoup de ses contemporains, et dont le pape Jean YIII lui-même s'est fait l'écho^, il n'est pas nécessaire non plus de recourir aux calculs profonds d'une incomparable hypocrisie. Gomme tous les hommes chez qui la passion s'est concentrée sur un point unique, Photius eut par ailleurs des renoncements faciles peut-être, mais sincères.

S'il se cramponna énergiquement à son siège patriarcal, sous le feu des anathèmes lancés par le pape Nicolas P*"; si plus tard, dépouillé de sa charge, il aspira sans cesse à la reprendre, ce fut moins pour jouir du pouvoir suprême que pour établir son bon droit, pour qu'il devînt évident aux yeux de tous qu'on avait frappé en lui un innocent, le plus

1. V. Lettre de Photius à V Église d'Antioche (Migne, P, G., t. Cil, p. 1019) ; Actes du synode de 879 (Coleti, t. XI, p, 389).

2. V. Lettre de Photius aux évêques (Migne, ibid., ep. xiv, p. 745); Lettre à l'empereur Basile [ibid., ep. xvi, p. 769).

3. « Tua prudentia, quaî dicitur humilitatem scire. )y Lettre de Jean VIII à Photius (Migne, />. L., t. CXXVI, ep. 297, p. 911).

innocent et le plus juste des condamnés après Jésus-Christ' bon mépris des jugements du Saint-Siège avait été plus apparent que réel. Il ne s'était tant ingénié à les déprécier que parce qu'il en sentait mieux le prix. Rien ne lui eût été plus agréable, au contraire, que de pouvoir se recommander de 1 approbation du pontife romain.

Jean VIII sutcomprendre cet état d'esprit et l'utiliser Sans taire plus de fonds qu'il ne convenait sur le repentir de t-bolms, Il se persuada que ce grand contempteur de l'autorite pontificale serait le premier à la célébrer, le jour où il pourrait la tourner à son profit. Sachant quel en était l'objet et 1 endroit sensible, l'orgueil du patriarche, bien loin de 1 effrayer, lui parut d'un bon emploi, en ce qui concernait spécialement l'affaire bulgare. De ce côté-là, en effet, l'amourpropre de Photius était peu ou point en cause. La hiérarchie installée en Bulgarie n'était pas son œuvre, mais celle d Ignace. En la désavouant, il ne désavouait que son prédécesseur et ancien rival. La grande satisfaction d'être enfin reconnu par le pape de Rome devait le résigner plus facilement à un sacrifice d'autorité qu'il eût été sans doute impossible d arracher à une ambition de l'espèce commune, ou même a 1 entêtement étroit de l'humble Ignace

Peut-être pensera-t-on que Jean VIII n'avait pas pris la mesure exacte de l'estime profonde que Photius avait de luimême, puisqu'il semble avoir attendu de lui un aveu public de ses fautes passées^? J'inclinerais plutôt à croire que, sans avoir la certitude de n'être point obéi sur ce point, le pontife romain estima qu'il valait la peine de tenter l'épreuve se reservant, après le fait accompli, de retirer ou de maintenir sa décision suivant qu'il serait possible ou non de concilier 1 honneur du Saint-Siège avec les avantages obtenus. C'est du moins 1 opinion que suggère une connaissance plus pré-

sv!;,^""""',,',' ''"'"'"" """"'" ««"""^'»q"e où il fut coudamné, Photius s etud.a v.s,bleme„t à copier l'attitude du Sauvou,- dcvaut ses juges Un

de Jésus . „ Regnum ,„eum non est de hoe mundo. „ V. Mies du VIII' coucUe œcumeinque, sess. V (Migne, P. /.., t. CXXFX, p. 81).

2. „ Misericordiam quœrendo. » lettre -de Jean VIII au dc-^f d,. r. tant^nople (Migne, t. CXXVI, ep. 2/.5, p. 8S6|. ° "

cise des faits ultérieurs. Jean VIII, cela est incontestable cise aes ^„ffl.„„te la vague profession d'humilite que

ne trouva pas sutlisame id vag t-

Photius avait faite dans le concile byzantin de 879 . La lettre Photius aval triarche, amicalement du reste, est

:Lore u Ctre. 'Quelques mois plus tard, autant pour encore au n g ^^^^^^ ^^^ exigences d une

remplir «on devo^J qu p ^^^.^^^^ ^^^^^ ^^^ ^^^^^^.^^

opposition ^^;1;"\«; j;\^^ „^iiieux romains, et à qui l'avène- L^ÏtritTre^duVlte carolingien Charles le Gros 'venait rdonnei une audace nouvelle, le pontife accentuait davanfage ses réclamations*. Les légats pontificaux, qui avaient nrîsidé à la réintégration de Photius, se voyaient publipreside « ^ , j^ pas exécuté rigoureusement

Tu^rin t^^^c ionsV^L'évéque Ma'rin aurait même été envoyé i Byzance avec la mission d'amener le patriarche a une satis-

'"iTs t;rJofégale-nt, si Je ne me trompe, demeurer incontestable, c'est que Jean YIH ne jugea pas nécessaire de dé "re so^ œuvre de pacification'; c'est que, par ai leurs fes calculs que le pontife avait fondés sur ^^ --^^^^^^^ natriarche byzantin se sont trouves exacts. Non seulement Pho dus ne tira pas occasion de sa rentrée en charge pour Lneùveler la guerre contre Rome; non seulement, tant que Tcut Jean Vifl, la papauté fut par lui respectée^ mais, si,

1 V Actes du synode byzantin de m, sess.lHCo^e^^. XI, ^^^^^^^^ i. V. Lettre de Jean VIII à Photius (Migne, t. CXXVI, ep. 297, p.

^"'■t o f- Vv 881 d'après les travaux récents. V. Jaffé-Ewald, p. 417. 3. Le 9 février 881, a après c ,„„,;„„ «p retrouvent dans la

obscur de la Lettre d'Etienne Va l empereur Bas.U V. H ■

conciles, éd. fr., t. VI, p. 55 ; Hergenrœther, Phot^us, t. II, p.

t. XI, p. 899.

,. V. ce qui est dit dans ^l^^^^^^^Xr^^oM.. se réolau>ait encore de 8. Longtemps après la mort de Jean Vlll i^^^épidité et son esprit

l'autorité de ce pape, et vantait, non -^ -'^^^^^^f^^P^. spiritus mysta-

ir So^IV^r le'an YIlÎ Photiui aurait tenu un tout autre langage.

Ton était parvenu à mieux déterminer la date de chacun de ses ouvrages, on aurait constaté que le patriarche byzantin ne reprit la plume pour attaquer les Occidentaux, que lorsque le pape Marin P'', lorsque le pape Formose surtout, trop peu oublieux peut-être des injures reçues par l'évêque de Porto, eurent remis en vigueur contre lui et ses ordinations toutes les anciennes sentences et tous les anathèmes d'autrefois^

Pour extraordinaire que paraisse le fait, il faut reconnaître que c'est à l'orgueilleux Photius que Rome dut l'abandon des prétentions byzantines sur l'Eglise bulgare. Photius et le synode de 879, inspiré par lui, avaient promis de s'entendre à ce sujet avec l'empereur 2. La promesse fut tenue, et l'année suivante Jean VIII pouvait écrire à Basile : « Je vous rends de nombreuses actions de grâces de ce que, par amour pour nous, et comme le demandait la justice, vous

1. Il nous reste deux écrits de ce genre, composés par Photius depuis son absolution par Jean VIII : la Lettre au patriarche d'Aquilée (Migne, P. G., t. Cil, p. 794-822), et le lYaité de la Mystagogia du Saint-Esprit [ibid., p. 279 sqq.). De ce dernier ouvrage, je me contente de dire ici brièvement que l'allusion contenue dans son chapitre lxxxviii (Migne, p. 377) ne se réfère pas au sort du glorieux pape Nicolas I«^, comme on l'a cru jusqu'ici (Y. Hergenrœther, Photius, t. I, p. 708), mais à la lugubre tragédie qui se joua à Rome autour du cadavre de Formose. D'où il suit que sa publication doit être reportée après l'année 896. Je crois également pouvoir affirmer que la Lettre au patriarche d'Aquilée a été écrite entre la mort de Jean VIII et l'avènement d'Hadrien III, c'est-à-dire sous le pontificat de Marin pr (882-884). Jean VIII n'existe certainement plus à ce moment là, car Photius dit de lui qu'il est èv àytoiç (Migne, p. 829), formule consacrée pour désigner les défunts, dans le langage ecclésiastique. Hadrien III n'a pas encore occupé le Saint-Siège, car Photius n'eût pas manqué, en cette circonstance, comme ille fera plus tard dans sa Mystagogia (Migne, t. Cil, p. 381 ), de tirer un argument en faveur de sa théorie sur le Saint-Esprit, de la lettre synodique qu'il avait reçue de ce pape. Quant à l'opuscule intitulé : EPfllTHMATA AEKA, Photius l'a sans doute rédigé après sa rentrée en charge, puisqu'il y qualifie Ignace de èv àyioiç (Migne, t. CIV, ch. ix, p. 1232), mais il ne me paraît pas douteux non plus que ce soit à la fin de l'année 877 ou dans le courant de l'année 878, avant la sentence d'absolution prononcée par Jean VIII. Car l'un des desseins de l'auteur est précisément de se justifier d'avoir repris la dignité patriarcale, quoique déposé par les pontifes romains.

2. V. Actes du Synode de 879, sess. I et IV. (Coleti, t. XI, p. 386 et 460-461.)

nous avez permis de posséder le diocèse des Bulgares ^. )> Le sacrifice n'était pas absolument sans mérite de la part de Photius ; car on ne croyait pas à Byzance que le territoire alors occupé par les Bulgares eût été autrefois, pour toutes ses parties, dans les limites du patriarcat romain^. N'exagérons rien cependant.

A en juger par le langage que tinrent certains évêques grecs au concile de 879, on était persuadé à Constantinople, du moins dans les milieux ecclésiastiques, que le glorieux empereur Basile aurait bientôt reconquis tout l'ancien territoire de, l'Empire, et qu'on pourrait à ce moment-là refaire d'une façon définitive le partage des juridictions, en Bulgarie comme ailleurs^. Mais il est peu probable que l'empereur, que Photius lui-môme aient tiré de pareilles illusions le motif de leur conduite. C'est plutôt parce que l'espoir s'éloignait de plus en plus de soumettre les Bulgares, qu'il parut indifférent à Basile de laisser la direction religieuse de ces peuples au pontificat romain. Aux yeux de Tautocrator, le gouvernement ecclésiastique perdait de son prix du moment où il ne menait pas à la domination politique. De même, dans les idées de Photius, comme dans celles de la plupart des Byzantins de ce temps, la juridiction ecclésiastique se réglant d'ordinaire sur l'étendue et les limites de l'État, ce n'était pas diminuer sérieusement le patrimoine du patriarcat de Constantinople, que d'abandonner à Rome un pays placé, pour longtemps sans doute, en dehors de l'Empire. Il n'en demeure pas moins vrai que la renonciation fut faite : dès lors, la Bulgarie cesse de figurer sur les listes épiscopales du patriarcat byzantin*.

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