‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 43 sur 148 · V. Rambaud, l'Empire grec au dixième siècle^ p · texte numérisé non relu

V. Rambaud, l'Empire grec au dixième siècle^ p

3. On peut en juger par la riposte que lui fît à ce sujet l'empereur Romain Lacapène. V. Lettre de Romain à Syméon, dans le AeXtcov ty^ç laxop. xalè6vo)vOY. Ixaipiaç TYJç *EXXaôoç^ t. II, p. 41.

4. V. Lettre de Nicolas à Syméon (Migne, t. LXI, ép. 16, p. 111).

5. La fille de Georges Sursubulos. V. le continuateur de Georges le Moine, c. xxviii (Migne, P. G., t. CIX, p. 966).

6. Ainsi le qualifiait Romain Lacapène. V. Ae^Tiov, etc., t. II, p. 42.

7. V. Lettre de Nicolas à Syméon (Migne, t. CXI, ép. 21, p. 142).

•minorité de Constantin Porphyrogénète. Pour la première fois, Syméon s'était avancé jusque sous les murs de Gonstantinople avec une armée innombrable ; et, depuis le palais des Blachernes jusqu'à la Porte d'or, étincelait au soleil l'immeîise forêt des lances bulgares. Il avait bien fallu se résigner à faire quelque chose. On flatta d'abord l'amour-propre ■de l'archôn bulgare en invitant ses deux fils à venir s'asseoir à la table impériale, en compagnie du jeune basileus. Puis, à l'issue du festin, le patriarche Nicolas se rendait à l'Heb- •domon, hors les murs, où Syméon était resté. Alors, racontent avec ensemble les chroniqueurs byzantins, le roi bulgare «'étant incliné humblement, le patriarche récita sur lui des prières « eù^viv Troivîaaç ». Et ce qui prouve qu'il ne s'agissait jpas d'une bénédiction ordinaire, mais que l'on voulait donner à Syméon l'illusion d'un vrai sacre, c'est que les mêmes chroniqueurs ajoutent qu'aussitôt après avoir récité les prières, le patriarche byzantin prit sa propre coiffure, son « épirrhiptarion », et le posa sur la tête de Syméon, en guise

de couronne : « àvii ffT£{/.t/.aTOç , wç cpaai, to laurou ETiippiTCTagiov tïj

^uToû éTTiôsTo xEcpaXvi^ ». Dans le fait, il n'y eut là qu'une vaine •comédie, dont Nicolas, tout le premier, ne tint aucun compte ; mais cette comédie met en pleine évidence l'erreur de ceux qui s'imaginent qu'à pareille date Syméon avait reçu des pontifes romains la couronne et la dignité impériales. Sacré par le pape, et déjà basileus, Syméon n'aurait pas mendié ainsi la bénédiction du patriarche byzantin. Ce n'est qu'en 924 qu'on le voit tout d'un coup cesser cette sorte de mendicité à main armée, et retourner ses sollicitations du côté de l'Occident. Alors seulement son espoir s'évanouit de pouvoir obtenir la dignité impériale de la même source et au même titre que le basileus byzantin.

Syméon n'avait cependant rien négligé pour amener enfin Byzance à composition. Toute la Thrace, toute la Macédoine avaient été mises par lui à feu et à sang. Sur les rives de l'Achelous blanchissait l'immense ossuaire des stratiotes

1. V. Théophane contin., Règne de Constantin, c. v (Migne, P. G., t. CIX, jp. 402); et le continuateur de Georges le Moine, Règne de Constantin^ c. vu {ibid., p. 940).

grecs tombés là par milliers dans un désastre presque inouï*. Plus près de la ville sacrée, le long de ce rivage européen du Sténos, si riant naguère avec ses palais et ses jardins impériaux, ses sources, ses riches villas, ses laures monastiques cachées dans la verdure des bois, on ne voyait plus que des ruines fumantes, des parcs ravagés, partout l'image de la mort. Puis, quand le moment avait semblé venu de frapper le coup suprême, Syméon s'était présenté en personne devant Byzance, plus terrible que jamais. Entouré de guerriers aux cuirasses d'or et d'argent, il avait paradé devant les hautes murailles de Gonstantinople, au milieu de la clameur de ses Bulgares, qui pour mieux humilier les Byzantins, criaient en langue grecque : « gloire à Syméon le Basileus^ ! » Mais tout échoua devant l'indomptable fermeté de l'empereur Romain Lacapène. L'ambition bulgare dut s'avouer vaincue en face de cette majesté presque surhumaine, qui gardait, jusque dans la plus profonde humiliation, quelque chose du rayonnement de la Majesté divine dont elle se disait investie. Syméon, par l'effet même de son éducation byzantine, se sentit trop petit devant ce basileus romain qui venait à lui, la poitrine couverte du maphorium de la Vierge, cet antique palladium de l'Empire ^. Il sembla comprendre qu'une telle puissance ne pouvait être partagée et qu'il lui fallait désormais diriger d'un autre côté le développement de ses peuples, et chercher ailleurs le titre et la consécration des empereurs.

On raconta, dans ce temps là, que pendant l'entretien des deux monarques, au-dessus de la plage du Gosmidion, où l'entretien avait lieu, deux aigles étaient apparus dans le ciel, qui, après être restés quelque temps aux prises, s'étaient

1. V. le continuateur de Georges le Moine, Règne de Constantin, c. xvi (Migne, t. CIX, p. 941). Du temps de Léon Diacre, on voyait encore ces ossements. V. Léoji Diacre, ///s^orja?, lib. VII, c. vu (Migne, P. G., t. CXVII, p. 837).

2. V. Théophane contin.. Règne de Romain Lacapène , c. xv (Migne, t. CIX, p. 425) ; et le continuateur de Georges le Moine, Règne de Constantin, c. xx {ibid., p. 961).

3. Y. Théophane contin., ibid. ; et le continuateur de Georges le Moine, ibid.

séparés tout d'un coup, l'un dirigeant son vol vers Byzance, l'autre vers la Thrace. A vrai dire, on ne pouvait trouver un meilleur symbole de la destinée qui s'imposait dès lors aux Bulgares. Malheureusement il était déjà bien tard pour changer de direction. De toutes parts, l'horizon s'était refermé derrière eux, pendant qu'ils tenaient leurs regards fixement attachés sur le Bosphore. Au delà de la Save et du Danube, il ne leur restait plus rien de leurs anciennes possessions. Les Hongrois d'une part, les Petchénègues de l'autre, leur avaient tout enlevé. Ils les coupaient maintenant de toute communication avec les Slaves du centre, et la barrière était assez solide pour leur enlever toute envie de la renverser. Restait la marche vers l'Adriatique par l'annexion des Serbes et des Croates. La Serbie fut vite conquise, malgré la protestation de Byzance qui en avait fait sa cliente politique et religieuse. Mais au premier choc avec les Croates, en 827, la fortune de Syméon se brisa ^. Un immense désastre anéantit toute son armée; et lui-même ne survécut que peu de temps à la ruine d'espérances un moment si superbes ^. Il semble cependant que Syméon ait eu le temps, avant de mourir, de négocier avec Rome un pacte qui assurait à sa famille quelque chose comme un sacre royal, avec l'envoi d'une couronne et la bénédiction pontificale. Néanmoins j'inclinerais à croire que la concession n'arriva en Bulgarie qu'après la mort de Syméon, et qu'elle ne profita qu'à son fils Pierre^.

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