‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 5 sur 148 · V. V Appendice de ce volume · texte numérisé non relu

V. V Appendice de ce volume

La correspondance du pape Jean VIII nous est arrivée de trois côtés différents. Tout d'abord et principalement, par le manuscrit très connu, actuellement aux archives vaticanes (n° 1), qui contient, sous forme de registre, les lettres écrites par Jean VIII durant les six dernières années, ou mieux les six dernières indictions de son pontificat ^ Qu'entre ce registre fragmentaire et le registre officiel rédigé autrefois par la chancellerie de Jean VIII, selon l'usage en vigueur depuis au moins le pape Damase, il y ait un lien quelconque d'origine, c'est ce que personne ne conteste. Quelques-uns même crurent, un moment, que l'on avait affaire au manuscrit original. Viennent ensuite les diverses compilations canoniques où se rencontrent d'assez nombreux extraits de lettres, de dates que je préciserai par la suite, et qui dérivent, elles aussi, plus ou moins directement, de l'ancien registre pontifical. Parmi ces compilations , les deux plus importantes sont la Collectio caiionum de Deusdedit, achevée sous le pape Victor III (1086-1087), et surtout la Collection britannique, formée au commencement du douzième siècle, et si bien décrite par Ewald^. Il nous reste enfin quelques épîtres, empruntées aux expéditions, c'est-à-dire aux authentiques expédiés jadis à leurs destinataires.

De ces dernières, je n'ai rien à dire, puisqu'elles n'ont rien

1. Elles ont été éditées pour la première fois, à Rome, en 1591. V. Epistolaram decretaUiim sumniorwn pontificiimy t. III. — C'est ce qu'on appelle communément Védition romaine. Dans cette étude, je me réfère toujours au texte de Migne [P. Z., t. CXXVl), mais en le rectifiant d'après un collationnement très soigné du manuscrit du Vatican.

2. V. Evvald, Neiies Archiv, t. V, p. 316-326. On trouvera les textes, soit dans le Neues Archiv (lOid.y p, 298-316), soit chez Lœwenfeld [Epistolœ romanoriun ponlificuin incdltx, p. 24-3'*), soit dans le Rcgesia de Jaffé- Ewald, p. 376 sqq,

à voir avec le recueil primitif de la chancellerie romaine, dont on se propose uniquement ici de retrouver la composition et de raconter les singulières aventures. Je ne parlerai même des compilations canoniques que plus tard, au moment précis où leur intervention pourra apporter plus de force et de lumière aux données déjà fournies par le manuscrit du Vatican, source première de nos informations et point de départ de toutes ces recherches.

La description du manuscrit du Vatican n'est plus à faire. M. Guido Levi s'en est acquitté depuis longlemps déjà, avec un soin et une exactitude dignes de tout éloge ^ Après lui d'autres encore ont repassé sur le môme volume et en ont achevé l'étude. Ainsi le cardinal Pitra^, ainsi, plus récemment, le P. Denifle^. Tous ces travaux, malheureusement, s'arrêtent au même point. S'ils donnent du registre fragmentaire des archives vaticanes une connaissance aussi parfaite que possible, ils ne vont pas jusqu'à nous dire dans quel rapport il se trouve avec le registre original aujourd'hui perdu; ou s'ils le disent, c'est, à mon avis, pour se tromper. D'après l'opinion qui semble dominer, le manuscrit du Vatican ne représenterait qu'une compilation postérieure, formée, il est vrai, au moyen d'éléments tirés du registre original, mais dont on ne sait ni où, ni à quelle époque elle a été composée.

La question, pour l'historien, n'est pas sans conséquence. Du moment que l'on n'a devant soi qu'un recueil privé et d'origine inconnue , il est clair que la seule présence dans ce recueil d'une pièce quelconque ne constitue pas en sa faveur une garantie absolue d'authenticité. Les gens mal informés, ou mal impressionnés, peuvent continuer à en suspecter les plus importantes. Cela est tellement vrai que M. Guido Levi lui-même nous a laissés, au bout de son excellent travail, en suspens devant l'authenticité des lettres slaves, et de celles qui ont trait à la primatie d'Arles*. Il me semble donc que je

1. V. G. Levi, Il tomo I dei regesti vaticani, Roma, 1881. (Extrait de YArchivio délia società romana di storia patria, vol. IV).

Page 1