Migne, p. 52 a
4. V. Agnelli, Liber pontificalis eccles. Ravennatis, c. 155. {Script, rer. Lang., p. 378.)
princesse, et de lui mettre aux pieds ses mignonnes pantoufles d'or parées d'une hyacinthe ^ Souvenirs gracieux, et si bien empreints dans la mémoire du clerc ravennate qu'en rédigeant le grave Livre pontifical^ il se rappelait encore la robe claire que portait ce jour-là l'impératrice Ermengarde, les rubans qu'elle avait aux cheveux, les mille joyaux dont sa personne royale étincelait ^.
On peut donc se tromper, même lourdement, sans être à cent ans de distance des faits ^ ; et rien n'est plus délicat à manier que ces arguments de possibilité ou d^impossibilité, dont toute la force repose moins sur la réalité des choses que sur les idées, trop souvent imparfaites, que nous nous en faisons.
L'auteur du Libelle se trouvait d'autant plus exposé à des erreurs de ce genre, qu'il travaillait sans livres, sans apparatus d'aucune sorte, avec le seul souvenir de ce qu'il avait vu par lui-même ou appris verbalement des autres, en y joignant tout au plus le souvenir passablement effacé de lectures déjà anciennes. Ni Orose, le seul auteur du reste qu'il invoque*, ni le Liber pontificalis de l'Eglise romaine, dont il parait un moment s'inspirer, n'ont été sous ses yeux pendant qu'il écrivait. On peut même être sûr qu'il n'avait jamais lu le premier de ces ouvrages, car il lui en fut resté au moins une vague connaissance de l'ancien Empire romain, que cependant il ignore profondément. A l'égard du Liber pontificalis^ il faut convenir que, si le Lombard spolétain l'avait autrefois parcouru, ses souvenirs s'étaient, depuis, singulièrement brouillés dans son esprit. Une lecture toute fraîche l'aurait averti que le pape Silvère n'avait pas été mis en cause à propos des Lombards, mais des Goths; que la terrible ennemie du pontife n'était pas la femme du patrice Narsès, mais celle deBélisaire; qu'elle s'appelait Antonine, et non pas Polyxiane^. Pareillement, il eût trouvé dans le Liber
1. « Quam manibus meis vestivi et calciamenta in pedibus décora vi auro et iacintho ornata. » Ibid., c. 171, p. 388. ^