V. Bœhmer-Mûhlbacher, Reg., n
2. « Nos si incompetenter aliquid egimus, et in subditis justae legis tramiteiii non conservavimus, vestro ac missorum vestrorum cuncta volumus emendare judicio. » JafFé-Ewald, n" 2646.
3. « Sine litteris ad Romanum directis pontificem et senatum. » Vita Leonis IV, c. ex [Lih. pontif., t. II, p. 134). Cette mention du « sénat » sous la plume du biographe pontifical est ici bien significative : elle montre clairement quelle place dominante l'aristocratie romaine s'était arrogée dans le gouvernement pontifical.
4. V. Vitcl Benedicti III, c. xi sqq. [Lib, pontif., t. 11^ p. 142 sqq.),
5. Aussi Louis II et le parti impérial avaient-ils fortement appuyé sa candidature. Y. Prudence, Annales, a. 858 (Pertz. SaS., t. I, p. 452).
6. V. JafFé-Ewald, p. 352. Le récit du Libelle impérialiste de Spolète provient ici d'une bonne information. (V. Migne, t. CXXXIX, p. 55.)
reste la désespérante condition du nouvel Empire qu'il semblait ne pouvoir atteindre l'un de ses buts, sans risquer de manquer l'autre, s'immiscer dans le domaine temporel sans entrer dans le domaine religieux, juger, châtier les subordonnés sans se faire juge et censeur de leur supérieur.
Il semble cependant que l'excès même du système appliqué à l'Etat romain par Louis II et Engelberge ait eu pour effet de le ramener à une mesure plus sage ^. L'Empire garda ses positions sur le terrain politique ; il y fit même un pas plus avant. Jusque-là, les frontières pontificales n'avaient pas été amoindries. L^empereur Lothaire avait respecté le pacte de 817 dans ses dispositions territoriales 2, et ce n'était pas de sa faute si la papauté n'avait pu entrer en jouissance de tout ce qui lui avait été concédé, si, par exemple, Gapoue et les autres cités campaniennes étaient restées sous la domination du duc de Bénévent, pour passer ensuite dans les mains des princes de Salerne^. Louis II se montra moins scrupuleux. Non seulement il se réserva l'investiture des charges et honneurs en Gampanie, dès que les circonstances l'eurent rendu maître de cette région, mais il en agit de même dans la Pentapole qui était bien effectivement au pape*. Toutefois la fin du pontificat de Nicolas I s'était
1. A noter, en faveur de l'impératrice Engelberge, que c'est elle qui s'interposa pour amener une entente entre le pape Nicolas et son mari, V. Hincmari Annales, a. 864 (Pertz, SS., t. I, p. 463).
2. En 846, dans son ordonnance pour l'expédition contre les Sarrasins, Lothaire donne des instructions au pape, comme à celui qui gouverne effectivement la Pentapole : « Mandamus.... similiter Apostolico et Petro Veneciarum duci, ut adjutorium in Pentapoli et Venecia navali expeditione faciant ad opprimendos in Benevento Sarracenos. » Capitulare de expeditione contra Sarracenos [Mon. Gerjn., Leg. Sect. II, t. II, I, pars p. 67).
3. Jusqu'au temps d'Adémar (853-860), Capoue et les villes campaniennes cédées au pape par le privilège de 817, restèrent sous la domination de Salerne, après avoir été sous celle de Bénévent à l'époque où tout ce pays lombard ne formait qu'une seule principauté. C'est Adémar de Salerne qui, vers 860, remit une partie de ces villes à l'empereur Louis II, par l'intermédiaire du comte Guy. V. Chron. S. Bened. Casin., c. xiii [Mon. Germ., Script, rer. Lang., p. 475).
4. Nam Pentapoli beneficiales ordines suis distribuit, praecipiens nullam administrationem impendere Romae, exceptis suffragiis navali deportatione.... Fecit etiam occupare nonnulla patrimonia in Campaniae partibus regio usui
passée dans une paix relative, sans cordialité, mais sans troubles.
Hadrien II fut plus heureux encore. Il vit s'ouvrir entre le Saint-Siège et l'Empire une période de concorde parfaite, où lui-même, à vrai dire, moitié par tempérament et moitié par prudence, fît souvent les principaux frais. Sous ce pontificat, dont Jean VIII sera l'héritier direct, la papauté redevint ce qu'elle était dans l'intention du pacte primitif, l'auxiliaire dévoué de l'Empire, comme l'Empire devait l'être de la papauté.
Il était temps du reste que le Saint-Siège employât toutes ses forces à soutenir l'Empire, s'il ne voulait pas assister prochainement à la ruine d'une institution qu'il avait lui-même relevée, et dont le maintien lui paraissait encore, malgré d'assez gros embarras, la meilleure garantie de sa propre sécurité. Depuis le moment où l'autorité de l'Empire avait commencé à grandir dans Rome, elle n'avait cessé de subir par ailleurs un dépérissement progressif, suite inévitable du vice originel dont l'œuvre entière était atteinte. L'idée impériale n'avait pas réussi à s'acclimater chez les Francs, du moins dans ce qu'elle avait de plus essentiel, de plus indispensable à la conservation du nouveau titre. Habitués à voir les fils se partager également l'héritage de leur père, ils n'avaient pu se plier àd'obligation de laisser tout le domaine paternel en la possession, ni même sous le haut patronage d'un seul. Ils s'intéressaient médiocrement à cette unité romaine, qui ne leur représentait qu'un souvenir à demi effacé, et dont rien, dans la réalité présente, ne sollicitait le rétablissement, ni la communauté de race ou de langage, ni la similitude des mœurs et des civilisations, ni même la nécessité d'un but commun à poursuivre. Si l'on vit un moment, sous Louis le Pieux, quelques personnages se passionner pour elle, c'était ou des grands seigneurs qui, attachés à la fortune du jeune empereur Lothaire, tiraient profit de cette attitude, ou des ecclésiastiques que hantait le souvenir de l'ancienne union de l'Empire avec l'Eglise, et qui fondaient
suorumque. » V. Libelle impérialiste (Migne, t. CXXXIX, p. 54). On ne voit en effet aucune raison de rejeter ici le témoignage du Libelle,
sur sa restauration les plus belles espérances religieuses ^ Mais la masse des esprits restait fermée à des notions qui ne lui disaient rien.
Dans un seul cas peut-être, l'Empire aurait eu des chances de vivre conformément à sa conception primitive : il eût fallu que, dès l'origine, se succédât au nom et dans la dignité d'empereur une série de princes vigoureux et habiles, capables de pousser leur autorité jusqu'aux extrémités de leurs vastes possessions, amenant peu à peu leurs peuples divers à ce degré de cohésion sans lequel une nation n'existe pas, les habituant longuement à vénérer dans la personne impériale l'image de leur propre unité. Mais une telle fortune manqua au jeune Empire franco-romain. Une sorte de sénilité hâtive rendit inféconde, en hommes comme en actes, cette alliance mal préparée d'un vieux monde avec un nouveau. Louis le Pieux avait tenu le sceptre de Charlemagne avec tant de mollesse qu'il lui échappa un jour des mains. Son fils, Lothaire P'', après s'être beaucoup agité, aboutissait à n'être que l'un des copartageants de la succession carolingienne, avec un titre en plus et un « séniorat » plus nominal que réel. Moindre encore était la situation de l'empereur Louis II, réduit qu'il avait été à partager l'héritage paternel avec ses deux frères, Charles et Lothaire IL L'Italie formait son lot, et, pour bien marquer que son autorité n'avait pas à en sortir, on ne l'appelait plus guère que « l'empereur d'Italie^ », ou simplement « le roi des Italiens^ ». Encore toute la péninsule n'était-elle point à lui. Les principautés lombardes de Bénévent et de Salerne lui obéissaient peu ou pas du tout. Sur la côte, les populations restées romaines tantôt s'orientaient du côté du nouvel Empire, tantôt du côté de Byzance, cherchant en réalité à passer entre les deux dominations. Gaëte, Naples, Amalfî, Venise, ne se souciaient que rarement des ordres qui pouvaient leur venir de l'empereur
1. Comme, par exemple, Florus de Lyon, qui nous a laissé le témoignage de ses regrets dans un poème qu'on intitule d'ordinaire : Querela de divisiojie imperii (\. Mon. Germ., Poetx laf.ini œvi Caroliiii, t. I, p. 559-564), et Agobard (Migne, t. CIV, p. 287-292).
2. V. Hiiicmari Annales, a. 864 et 878 (Pertz, SS., t. I, p. 462 et 509). 3 V. Prudence, Annales, a. 859 (Pertz^ ibid,, p. 453).
des Romains sacré par le pape^. Les Grecs, il est vrai, gardaient à peine un pied dans l'extrémité méridionale de l'Italie; mais ils avaient fait place à un ennemi bien autrement redoutable. Les Sarrasins tenaient en grande partie la Fouille et la Galabre, et de Bari, où ils s'étaient solidement retranchés, menaçaient Bénévent; tandis que leurs rapides vaisseaux portaient la terreur sur les mers et jetaient des bandes de pillards jusque sous les murs de Rome, jusque dans la basilique de Saint-Pierre^.
Trente ans plus tôt, lorsque la noblesse romaine n'était pas encore façonnée au joug impérial, les origines aristocratiques d'Hadrien IP en auraient peut-être fait, comme de son parent et prédécesseur Sergius II, un pape médiocrement dévoué à l'Empire. Ce fut au contraire une bonne fortune pour Louis II et Engelberge que la présence dans la chaire de saint Pierre de ce grand seigneur, à l'esprit tolérant*, à la main généreuse^, et dont on peut dire justement qu'il a tout mis en œuvre pour agrandir et fortifier le pouvoir impérial. Suivant ses propres expressions, toutes les armes
i. En 846, l'empereur Lothaire peut se permettre encore de donner des ordres à Sergius, maître de la milice et duc de Naples, ainsi qu'au duc de Venise. V. Capitulave de expeditioiie contra Sarracenos, c. xii [Mon. Germ., in-4, Leg. Sect. II, t. II, part. I, p. 67). En 866, l'empereur Louis II ne le peut plus. V. Constitutio promotionis exercitus ohservatiojiis partihus Beneventi (Script, rer, Lang., p. 469-470). Le concours que lui donnent alors les Vénitiens et dont parle le Libelle impérialiste est bénévole (V. Migne, t. CXXXIX, p. 54 a). Le résultat de cette expédition de Louis II fut de remettre un moment les Napolitains sous l'influence de l'Empire franc, mais la balance penchera bientôt de nouveau du côté de Byzance. V. Lettre de L.ouis LI à l'empereur Basile (Pertz, SS.^ t. III, p. 526).
2. V. Jean diacre, Gesta episcop. Neapolitan., c. lx [Script, rer. Lang., p. 432-433) ; Chron, S. Bened. Casin., c. vi [ihid., p. 472); Vita Sergii II [Lib. pont., t. II, p. 99 sqq.) ; Vita Leonis IV [ibid., p. 106-107).