LE GOUVERNEMENT DU DIRECTOIRE
Treilhard , le procureur du Chàtelet , avec son esprit processif, ses manières tranchantes, absolues; et Merlin (de Douai), le légiste ergoteur, qui justifiait les proscriptions par le texte des lois, et la tyrannie par le Digeste et le droit coutumier i ! et Rewbell , qui s'élevait aux premières dignités de France, à la royauté politique sur le pays, à travers les concussions que son avarice alsacienne avait, disait-on , préparées ; et Laréveillère-Lépeaux, avec sa robe blanche et candide , ses sermons sur la théophilanthropie et les puérilités de l'époque !
Avant la journée du 30 prairial , si décisive , je dirai comment l'abbé Sieyès entra au directoire et après lui le général Moulins, si inconnu, et M. Gohier, l'avocat républicain, étrangement mystifié par Bonaparte. M. Gohier avait trop de naïveté pour comprendre la portée des événements ; il croyait à une constitution appuyée sur un pouvoir expirant2. Tous ces hommes et toutes ces choses ne prêtaientelles pas profondément au ridicule? N'était-ce pas pitié de voir la société exposée à ces incapacités et le gouvernement en de telles mains? Barras seul avait de la force et de l'esprit; mais insouciant par nature , peu disposé à s'occuper de ces intrigues qui préparent les coups d'État , il n'était pas redoutable au parti militaire qui devait bientôt triompher. La constitution de l'an m était faite par les légistes , dans la crainte d'une dictature soldatesque; après le 18 fructidor, tout change de face; le triomphe du parti militaire devient une nécessité impérative ; on peut le retarder , mais il est impossible de l'éviter dans un temps plus ou moins prochain !
' On disait de M. Merlin :
Merlin n'aura plus la justice, Mais la justice aura Meiïin.
2 Je réserve pour un chapitre à part l'histoire curieuse de la révolution du 30 praiial, événement qui prépara le 18 brumaire.