‹ L'Europe pendant de consulat et l'empire de Napoléon (volume 2)Chapitre 22 sur 53 · ORIGINE ET DESTINÉE DE NAPOLÉON BONAPARTE · texte numérisé non relu

ORIGINE ET DESTINÉE DE NAPOLÉON BONAPARTE

La Corse. — Les Bonaparte. — Les Pozzo di Borgo. — Paoli. — Les Salicetti. — Les pauvres gentilshommes. — Brienne et les Minimes. — La royauté et les écoles militaires. — Fortes éludes. — Vendetta des Paoii et des Pozzo di Borgo contre les Bonaparte. — Décret d'infamie dans l'assemblée populaire. — Exil d'une pauvre et noble famille. — Jeune gloire de son puîné. — Bonaparte devine la force des jacobins. — Sa puissance de répression. — Idées de gouvernement. — 14 vendémiaire. — Pensée diplomatique. — La campagne d'Italie. — Pensée d'antiquité et de grandeur. — Campagne d'Egypte.

Lorsqu'un vent favorable pousse loin de terre les navires au pavillon flottant, vingt heures de navigation suffisent pour toucher la Corse. Les enfants qui jouent sur la vigie du cap Cipied, ou sur les hauteurs embaumées des îles d'Hyères, peuvent également apercevoir les montagnes de l'île couvertes de châtaigniers sauvages , noires et primitives forêts qui se mêlent à l'histoire de toutes les vendette. Là, au pied des monts, dans un golfe admirable, où l'eau est si claire qu'on croirait un bassin de marbre , s'élève la ville d'Ajaccio , riche cité qu'embellissent des jardins de citronniers, d'orangers, de figuiers, de jujubiers, et ce palmier d'Orient, qu'on voit apparaître en Sicile, en Sardaigne, à Valence et dans l'Andalousie , comme un héritage d'Afrique. Si vous parcourez cette terre, tout y reluit au soleil, le buis, les myrtes, les lauriers, et ces grenades rouges, et ces arbousiers sauvages qui répandent une atmosphère de parfums. Sur la montagne, la chèvre broute de rocher en rocher ; des pâtres à l'aspect inculte, la tête couverte d'un large bonnet de poils de chevreau , conduisent des troupeaux de moutons à la laine noire tout à côté des ruches où le miel abonde. Au sein de ces solitudes on entend le roucoulement du ramier, le sifflement des grives et des merles , durant les belles nuits d'été,

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éclairées par hluciola, mouche brillante, qui est comme la bougie du ciel sous le firmament resplendissant d'étoiles ' .

Dans cette ville d'Ajaccio, aux maisons blanches, au golfe si heureux, s'élevait une petite habitation destinée au logement d'une belle et nombreuse famille; en Corse l'esprit de race vit profondément; comme dans les sociétés primitives, la famille est un foyer que nul n'ose outrager. Là vivait donc un homme de bonne origine dans le pays; son nom était Carlo Buonaparte, sa généalogie était antique, car on le disait originaire de Toscane; les tempêtes publiques, si fréquentes en Italie, avaient jeté ses ancêtres exilés en Corse. La preuve de sa noblesse résultait de plusieurs titres inscrits dans les archives: Carlo Buonaparte avait représenté à Paris l'ordre des gentilshommes dans l'assemblée générale de l'île de Corse ; ses frères étaient chanoines des cathédrales *. La souche noble des Buonaparte était incontestable : j'aime à remonter dans les races; quand un fleuve majestueux a débordé sur le monde, on veut en voir la source ; on remonte le Nil pour en sonder les flots mystérieux. Carlo Buonaparte avait épousé Lœtitia Ramolini, aux traits largement dessinés, comme ces femmes que l'on voit dans les Apennins ; Laetitia Ramolini, depuis la mère de l'empereur Napoléon, ressemblait aux figures de Poppéa et d'Agrippine, telles qu'on les trouve sur les camées antiques.

Ce noble ménage comptait huit enfants, cinq garçons et trois tilles, tous vivants et à l'image de leur mère ! L'aîné des garçons avait nom Giuseppe, le second Napolione ; puis venaient Luciano , Luiggi , Girolamo ; les filles se nommaient Marianna, Anonciada, Carletta. Une si belle lignée avait. gagné l'affection du comte de Marbœuf, gouverneur général de l'île de Corse, récemment domptée. Les ordres de la

1 J'ai visité la Corse pour me donner une grande impression de l'enfance de Bonaparte. J'ai salué la place des maisons des Bonaparte, des Pozzodi Borgo.car je croîs qu'elles n'existent plus.

2 J'ai trouvé tous les noms de la famille Bonaparte, dans un acte notarié ainsi conçu :

« Le 1G août 1785, par-devant Dominique Forcioli, avoeat au conseil supérieur delà juridiction royale d'Ajaccio, en 1 île de Corse, luisant fonctions de procureur du roi, attendu l'absence de J.-B. Orto, procureur du roi de l'amirauté de cette rille, est comparu le sieur Luciano de Buonaparte, archidiacre de .Mathieu Costa, François Puravicini, tous deux chanoines, Jean-Jérôme l.eca, François-Félix, parents au plus proche degré paternel des sieurs Joseph, Napolione, Luciano, Luip-'i , (iirolamo, Marianna, Carletta et Anonciada, tous lils et fillt > mineurs de défunt messire Charles de Buonaparte. »

cour de Versailles étaient positifs : le gouverneur devait attirer à des sentiments tout français les principaux gentilshommes influents du pays, et le comte de Marbœuf se lia d'une vive affection avec la casa des Buonaparte. Charles, le père, vint en France pour y faire foi et hommage à Louis XVI, l'année de son avènement au trône ; il fut, au retour, nommé assesseur près la cour de justice d'Ajaccio ' .

C'était reprendre des habitudes pacifiques , car Carlo Buonaparte avait servi avec honneur comme un digne patriote sous Paoli, lors de la guerre de l'indépendance. Paoli , l'image vénérée de la Corse , aimait Buonaparte ; son palais fastueux était entouré de ces familles patriciennes qui vivent là, dans les montagnes, avec les patres, âmes trempées de fer qui ne pardonnent jamais. Paoli fut le saint de ces bergers qui avaient pris pour drapeau la Vierge immaculée. Depuis, exilé en Angleterre , il avait juré de ne jamais toucher la Corse que pour la rendre indépendante. Tout à côté de la casa des Buonaparte, en était alors une autre , surnommée Pozzo di Borgo. Ces deux familles étaient alliées, jusqu'alors il n'y avait eu aucune division entre elles ; reconnus nobles et gentilshommes par arrêt du conseil, les Pozzo di Borgo vivaient en bonne harmonie avec les Buonaparte, ils avaient servi également sous Paoli 2, et ce nom qui inspirait tous les respects, suspendait aussi'tousles ressentiments. II en était de même de la casa di Salicetti, famille renommée à Ajaccio et à Corte, la cité de la montagne. Tous ces noms de Pozzo di Borgo, de Paoli, de Salicetti, ont exercé une trop grande influence sur la vie de Napoléon, pour qu'il soit possible d'oublier leur origine commune et nationale.

Tel fut le berceau de notre héros : quand l'enfant grandit, sa physionomie prit de plus en plus le caractère corse, le front large, les yeux beaux et perçants, le nez bien fait, les membres forts, la chair basanée , la taille petite pour son âge , mais parfaitement proportionnée. Il avait huit ans quand il vit la France pour la première fois; selon les ordres de la cour, M. de Marbœuf attirait la jeune noblesse corse en France ; on a dit qu'un sentiment plus intime l'unissait au

1 Charles Buonaparte, né à Ajaccio , en 17 ■riH, avait étudié le droit à Rome, et se destinait à la carrière du barreau ; mais le goût des armes et l'amour de la patrie lui firent changer ces premières dispositions. Charles Buonaparte est peu connu. ■

2 Voir sur M. le comte Pozzo di Borgo, une notice que j'ai publiée dans la Revw des Deux-Momies , avril îS.'îo. Je dois à M. le comte Pozzo de curieux renseignements.

DE NAPOLÉON BONAPÀMfB. jj.'jfy

glorieux enfant; je ne fouille point dans ces m\ stères: quand un homme est grand, il subit le malheur des investigations de toi», el l.i famille n'est plus un sanctuaire impénétrable. Le petit Napolionc vint à Autun, et y resta six mois auprès de M. de Marfaœuf, pieux é\èque. qui en prit tous les soins qu'appelait cet enfant jeté loin de toi tbya Il existait alors une école militaire à Brienne, sous la dire» lion des pères minimes ; dans l'admirable organisation que le catholicisme avait imprimée parmi les ordres religieux, les capucins avaient prit tout ce qui touchait au peuple et à l'armée; les minimes étaient trèsavancés en mathématiques, comme les carmes dans la médecine et la chirurgie; sortis du peuple, ces religieux se consacraient à lui. Les minimes dirigèrent l'école de Brienne; d'habiles professeur prirent un grand soin de Napoléon, qui n'oublia jamais dans sa vie ce qu'il devait aux ordres religieux *.

Ici commencent les légendes sur la jeunesse de César; on a fouillé pour rencontrer quelqnes traits merveilleux dans les premiers bégaiements de cette vie si extraordinaire; les uns font de Bonaparte un écolier morose et rêveur qui se sépare de ses camarades pour méditer ses plans d'avenir; les autres révèlent en lui sa destinée militaire: enfant il élevait des forts de neige , les défendait , les attaquait et le< ! lisait; on a fait môme des légendes d'amour sur Napoléon ; il s'éprit d'une jeune fille , et la séduisit avec la bouillante passion des Corses : tout cela s'explique par cette grande fortune. Les légendes peuvent se colorer au milieu de tant de merveilles ; on a remué cette existence jusque dans ses derniers replis pour l'éloge ou pour la calomnie. Sept ans se passèrent à Brienne où de fortes études furent faites sou* les minimes; Bonaparte ne quitta ces exercices que pour entrer à l'Ecole militaire, belle création de Louis XV; le roi voulait eonierver l'esprit chevaleresque dans la noblesse de France. Quand vous passe/ devant l'École militaire, vous pouvez voir les débris de la cour d'honneur où Bonaparte enfant, jouait sous l'écusson lleurdelisé , alors ombragé du drapeau blanc4. De l'École militaire, Napoléon passa

1 Son professeur fut le P. Patrault, qui, dans le coins do^ campagnes d'Italie . écrivit pour Bonaparte, comme secrétaire, toute 90 gOIIISBUMtaWM IVM k pa|H Pie VI.

2 Voici la note de l'inspecteur de l'école Sait Napoléon : a M. Btwatportfl N polèon), né le 15 août 176<>, taille «fe-qwMre pied» di\ ptmees tfta lignes, a Baffe quatrième armée. Bonne conslitution, santé excellente, eiXBCtère soumis, honnête et reconnaissant; toujours distinguo par 900 apçtîrattam tfOfl mathématiques. Il sri;

dans l'armée avec le titre de sous-lieutenant ', au régiment de la Fère artillerie; cette arme avait fait des progrès immenses depuis l'avénement de Louis XVI : un travail intellectuel remarquable se développait dans l'artillerie, le génie, la marine ; ces diverses branches de l'art de la guerre étonnaient déjà l'Europe.

Deux années de garnison à Grenoble influèrent profondément sur toute la vie de Bonaparte ; tandis qu'une noblesse folle et bruyante dissipait son temps dans les plaisirs, le jeune sous-lieutenant aimait à étudier ; il se passionnait pour l'antiquité. Home fut l'objet de ses contemplations méditatives , et Rome devint la passion de sa vie; les vastes conquêtes troublaient son sommeil ; plus tard il aimait à voir ses armées imiter les vieilles légions, il semblait leur dire : « Vous n'avez rien fait comparativement à Rome, ni ses grands travaux, ni les marches militaires de ses légions. » Les Césars lui paraissaient seuls gigantesques ; il présentait pour exemple à ses soldats , ces cohortes qui des rives de la Bretagne brumeuse allaient conquérir Jérusalem et les pays brûlants de la Syrie * . Napoléon aima Corneille pour Rome, Talma pour Rome, David pour Rome ; esprit marqué à l'antique , il fut comme une de ces figures de consuls que l'on retrouve sur les arcs de triomphe au Campo-Vaccino. Ces études de Plutarque et des Romains, Bonaparte les poussa fort loin à Grenoble ; il lisait avec passion ; il s'essayait même à jeter ses idées sur des compositions ardentes, car sa pensée débordait.

Pendant ce temps, la famille Bonaparte faisait une grande perte; Carlo, le père commun , passait sur le continent, et portait dans son sein le germe d'une cruelle maladie ; il vint à Montpellier pour se faire guérir ; il y mourut lentement de cette plaie à l'estomac qui se développa terrible chez son glorieux fils , sous le climat de Sainte- Hélène. Ainsi, les minimes élevèrent l'enfant à Brienne,les cordeliers

passablement son histoire et sa géographie, il est assez faible dans tous les exercices d'agrément et pour le latin, où il n'a fait que sa quatrième classe; sera un excellent marin. »

' Il eut la huitième place dans l'examen de l'école.

2 Ses proclamations attestent son culte pour les Romains; il ne fut préoccupé que de cette grande idée; on en lr( uve !,; trace tlans sa correspondance de Vérone :

« Je viens de voir l'amphithéâtre, ci1 reste du peuple romain est digne de lui. Jo n'ai pu m'empécher <!;• nie trouver humilié de la mesquinerie de notre Champ-de- Mars. Ici cent mille spectateurs sont assis, et entendraient facilement l'orateur qui leur parlerait. » (Lettre du général Bonaparte au directoire.)

de Montpellier inhumèrent le père dans les caveaux de leur couvent ' : l'homme de génie qui devait restaurer la France, avait en les premières émotions de la vie dans la pensée religieuse. Carlo Buonaparte n'avait alors que trente-neuf ans; la pauvre et noble famille, privée de son chef, sollicita de la cour la laveur d'une nouvelle place à Brienne pour Luigi Buonaparte; Napoléon était déjà sous-lieutenant; on espérait que sa place à Brienne serait donnée à Louis.

Les événements marchaient; la révolution se manifestait toutepuissante; les idées de liberté et d'égalité ne se concentraient pas seulement dans le peuple et les soldats; elles s'élevaient jusqu'i i gentilshommes et aux officiers ; la noblesse se suicidait à plaisir. Le jeune Bonaparte ne fut plus maître de sa destinée ; Paoli revenai: en France rappelé par un décret de l'assemblée constituante ; n'étail-il pas l'ami de Carlo Buonaparte son père? n'était-il pas Corse et le protecteur de sa famille? Le jeune sous-lieutenant n'hésita donc pas à le suivre ; il avait la patrie commune à défendre et son ambition à satisfaire ; Napoléon, attachée Paoli, le servit d'abord avec le dévouement d'une Ame ardente. Bientôt les événements si rapides, si inflexibles de la révolution, séparèrent les fiers amis; la Corse se di\ isa, comme la France, en deux partis : les aristocrates et les démocrates ; Paoli s'était d'abord placé à la tète du parti démocrate, mais homme habile et pratique, il comprit bientôt que l'anarchie menaçante allait compromettre la sûreté de l'île , et, quand Louis XVI fut traduit en jugement, Paoli se prononça pour le parti modéré en Corse 2 ; il protesta contre les jacobins. Des assemblées se formèrent partout dans un vaste plan de résistance ; si Paoli trouva pour lui le jeune et actif Pozzo di Borgo, Salicelti le démocrate vit se ranger sous ses drapeaux la casa de Buonaparte. Désormais voilà des hommes qu'un sentiment de vendetta corse va séparer; Salicelti et Bonaparte sont d'un coté, Paoli et Pozzo di Borgo de l'autre ; les partis sont en pré-

' Voici l'acte de décès : « Charles de Buonaparte, ancien députe de ta noblesse de Corse à la cour, assesseur à la justice royale d'Ajaccio, épou\ de dame Lstil molini, est décède, âgé d'environ trente-neuf ans. le 2'» février ITS.'i. sur 1 1 ; de Saint-Denis, à Montpellier; a été inhumé dans un des caveaui di s RU. PP. deliers de ladite ville. »

* L'homme qui connaît le plus profondément ces temps de Bozzo di Borgo. J'ai trouve bien du charme à l'écouter, avec sa parole vive, ingénieuse, ardente, pleine de sen t'.ons et d'images . qi in I il p trie de Pi oli.

sence , et l'orage gronde. Des assemblées départementales s'étaient formées en Corse; Paoli en fut élu président, et M. Pozzo di Borgo secrétaire. La Corse, déclarée nation, leva une armée régulière pour défendre son indépendance, et, chose curieuse ! dans une assemblée réunie tumultueusement, le peuple corse bannit avec solennité la famille des Bonaparte , et déclara frappé d'infamie ce nom qui fait aujourd'hui son éclat et son orgueil. Cette délibération, qui paraît si bizarre , expression des temps de troubles et de désorganisation , existe encore imprimée avec les autres actes de la consulte présidée par Paoli *.

La pauvre et noble famile, exilée comme les antiques patriciens de Borne , quitta donc Ajaccio , et vint , avec tant d'autres réfugiés corses, habiter Marseille 2, la ville de commerce, aux mœurs presque italiennes, et alors elle-même livrée aux partis; que d'intérêt devait s'attacher à elle! Madame Laetitia, belle encore, veuve et malheureuse , était entourée de ses enfants, parmi lesquels trois jeunes filles si gracieuses ; Marianna avait dix-huit ans , Anonciada quinze , Car- Jetta treize; Gierolamo, le jeune fils, était auprès d'elle; Joseph avait quitté la famille; Lucien obtint un tout petit emploi ; l'abbé Feseh , le frère de Laetitia Ramolini , d'abord élevé au séminaire d'Aix, avait quitté la robe au moment de la révolution 3. Ces pauvres réfugiés étaient ainsi bien intéressants ; la calomnie avait beau s'attacher à eux, parler des mœurs vm peu dissipées des jeunes filles , de Marianna et d'Anonciada , nées sous le soleil de la Corse , quel intérêt ne suivait pas la misère de ce petit ménage de proscrits, jetés par la tempête à Marseille , comme leurs ancêtres de Florence avaient été exilés en Corse? Les flots furent continuellement agités dans la terre d'Italie, Je n'oublie aucune circonstance ; la tradition veut qu'à Marseille , Caiietta , la plus jeune , avec ses noirs cheveux d' Ajaccio et de Corse , se soit consacrée à tous les soins de la domesticité envers sa mère ; elle allait chercher les petits fagots , les provisions du ménage : beau dévouement dans un enfant de noblesse,

1 J'ai vu l'original italien do cotte délibération; elle est dans les mains du comte Pozzo, avec un code tout entier de lois, que Paoli proclama pour la Corse.

2 La famille Bonaparte logeait chez M. Gary, riche fabricant de savon, e!, depuis, hautement élevé dans ics grandeurs.

3 L'abbé Feseh fut très-avant dans ses liaisons avec la famille Isoard; le cardinal d'Isoard d'aujourd'hui fut son confident le plus intime. Les deux amis se sont peu survécu : la tombe décore vite.

pour laquelle M. de IMarbœuf aurait sollicité naguère une place dans une maison royale.

Ainsi vécut pauvre à Marseille la famille Bonaparte, tandis qui son puîné Napoléon saisissait l'épi' e et servait dans l'armée à Tooloe. Napoléon alors était franc jacobin ; son origine corse a\ail imprimé dans son âme une teinte romaine. Bonaparte avait déjà 1rs idées d'un pouvoir fort, les jacobins allaient à son esprit parc,' qu'il rencontrait dans cette vaste organisation un principe d'unité et d'énergie, l'objet de ses rêves. Dans le pamphlet du Souper de Tieaueaire , écrit par Bonaparte, ses sentiments se révèlent \ il n'aime point les fédéralistes et les girondins, parce qu'il trouve chez eux l'anarchie , le déeousu , l'absence de pouvoir. Au siège de Toulon, Bonaparte joue le tout pour le tout comme un cadet de race ; il a besoin de se montrer; sa fortune est à faire, il conçoit promptement et veut exécuter de même. Tout cet épisode de la vie. militaire de Napoléon se résume par l'impérative nécessité de réussir et de grandir; il se jette dans le parti des vainqueurs avec exaltation ; on ne peut lui reprocher les actes et les lettres de cette époque, alors même qu'il les eût signés du nom de Brutus Bonaparte 2. Chaque temps a ses mots qui lui sont propres, sa phraséologie qui passe avec les émotions du moment : les reprocher aux hommes c'est nier que le soleil brûle et que le cerveau s'enflamme.

Après la chute de Ilobcspierre, Bonaparte s'efface; il était trop lié aux jacobins pour ne pas éprouver le contre-coup de leur dis-

1 Le pamphlet révolutionnaire de Bonaparte intitule le Souper de Beaucaire , était un dialogue entre Marat st un fédéraliste, où tous les principes d." ta révi étaient exaltés comme les plus sublimes conceptions de l'esprit Humain. Marat j parlait d'une manière digne de lui et de son interprète; le parti de la gfronde y était voué à l'exécration des républicains. Ce petit écrit fut imprimé chez Sabio Tournai , a Avignon. J'en ai un exemplaire. M. Lucien Bonaparte dit que ce t

de lui.

2 On cite de lui la lettre qu'on va lire: il faut faire la part de l'époque:

« Citoyens représentants, » C'est du champ de gloire, marchant dans le saag des traitres, (pic je vous annonce avec joie que vos ordres sont e\< i utes, et que la Vrai. N ni le^exe n'ont été épargnés. Ceux qui avaient de seulement blessés par le caaan r publicain, ont été dépêchés par le glaive de la liberté et par la baïonnette oV léj

» Signé, Brutus Bonaparte ,

» i iinyen >ans-culolle.

» Aux représentants du peuple Robespierre jeune clFrerou. n

grâce ; il tombe avec la dictature du comité de salut public * , pour se relever avec le 14 vendémiaire qui est le retour vers l'énergie du pouvoir. L'idée de force gouvernementale platt toujours à Napoléon ; qu'est-ce que le 14 vendémiaire? des sections tumultueuses attaquent le gouvernement établi , la convention menacée a l'autorité en main et doit se défendre contre l'insubordination des assemblées électorales ; qu'importe qu'il s'agisse de frapper les citoyens de Paris et de verser le sang par la mitraille? C'est l'unité de pouvoir que le général Bonaparte défend. On le retrouve toujours lui-même ; naguère il combattait les fédéralistes au siège de Toulon, il marchait avec les jacobins; maintenant il défend la convention nationale, l'autorité constituée, par les moyens militaires les plus violents : il est ici dans sa nature. Napoléon tout-puissant ne fut, au reste, que la personnification du parti jacobin et de la force des comités ; empereur il fut l'unité dans la multitude 2.

Les liaisons de Bonaparte avec Barras partent du siège de Toulon ; le président du directoire fut son protecteur. On a voulu faire croire que le représentant du peuple Gasparin fut un des auteurs de la fortune du jeune général. Gasparin avait quitté le siège, et cet épisode fut ajouté pour décharger Bonaparte d'une reconnaissance importune envers Barras. Après le 14 vendémiaire, Napoléon reçoit le commandement de l'armée de l'intérieur, la garde réelle du directoire ; on le

1 Voici une de ses lettres après le 9 thermidor, plus dans son style :

« Nice , 20 thermidor an h.

« Le général commandant l'artillerie de l'armée d'Italie, au citoyen Tilly.

» Tu auras appris la conspiration et la mort de Robespierre, Couthon, Saint- Just, etc. Il avait pour lui les jacobins, la municipalité de Paris, l'état-major de la garde nationale; mais après un moment de vacillation, le peuple s'est rallié à la convention.

» Barrère, Carnot, Prieur, Billaud-Varennes, etc., sont toujours au comité de salut public; cela n'apporte aucun changement aux affaires. Ricord, après avoir été chargé par le comité de salut public de la notification de la conspiration, a été rappelé dans le sein de la convention. Salicetti e?t dans ce moment-ci représentant à l'armée d'Italie. Nos opérations militaires seront, je crois, un peu contrariées, peutêtre même absolument changées.

» L'artillerie était en avant, et le tyran sarde allait recevoir un grand coup; mais j'espère que cela ne sera que retardé... J'ai été un peu affecté de la catastrophe de Robespierre le jeune, que j'aimais, et que je croyais pur. Mais, fùt-il mon père, je l'eusse moi-même poignardé, s'il aspirait à la tyrannie. » Bonaparte. »

2 II y a un grand sens dans l'expression de madame de Staël, qui dit de Napoléon : C'est Robespierre à cheval. » 11 y a plus que de la poésie dans cette phrase.

voit incessamment dans les salons de Barras, il est le liras droit de son pouvoir, il le défend; et, c'est moins son mariage avec Joséphine que sa position de confiance envers le directoire qui le fit nommer commandant en chef de l'armée d'Italie. En temps de révolution, les affaires militaires ne se traitent pas par les maîtresses; on pouvait ainsi obtenir une fourniture , mais le commandement d'une armée s'organisait dans une région plus sérieuse et plus élevée. Tallien »-t Barras sont les témoins qui signèrent l'acte de son mariage: tous deux furent proscrits '; le directoire et la convention se personnifient dans cet acte. Le commandement de l'armée d'Italie est la récompense du 14 vendémiaire ; après avoir affermi le pouvoir à l'intérieur , Bonaparte a besoin de faire respecter la république par la conquête et la victoire sur les frontières ; il part avec cette conviction profonde qu'il lui faut des succès a.

Quand la victoire vient et qu'elle lui donne une grande force, une immense popularité, le général parle en maître, il sent sa puissance et en use. D'abord il établit sa propre autorité dans le camp , il est entouré de généraux de division qui sont habitués comme lui à vaincre. Jaloux peut-être de voir ce jeune officier les conduire comme un chef à la bataille, Masséna, Augereau, Cervoni, Joubert, Rampon, ne subissent pas tout d'un coup le frein , il faut les dompter à force de merveilles 5; ils veulent rester camarades, et lui se pose en

1 Voici le lexte de l'acte civil de mariage de Bonaparte, tel qu'il est dans la mairie de Paris:

« Moi, Charles-Théodore-François Leclercq, officier public, j'ai prononcé, au nom delaloi,queNapolioncBuonapaite etMarie-Josèphe-Rose de Tascbi r,sont unis en mariage, e! ce, en présence des témoins majeurs ci-après nommes, savoir : Paul Barras, membre du directoire exécutif, domicilié palais du Luxembourg; Jean 1< Ma. rois, aide de camp capitaine, domicilié rue des Capucines: Jean Lambert Tallien, membre du corps législatif, domicilie à Chaillot ; Étienne-Jacques-Jérôme Cali homme de loi, domicilié rue de la place Vendôme, n" 207, qui tous ont signé avec les parties et moi, après lecture. Signé Tallien, M.-J.-Ii. Tascher, P. Barras, le Marrois le jeune, Napolione Buonaparle, Calmelêt, Lmtercq, officie* public. •

2 Bonaparte partit pour Nice, vers le milieu du mois de murs, ayant pour aidi camp son frère Louis, MM. dcMarinont, Junot, le Marrois, etc; et poui taire, son professeur de mathématiques, M. Patrault, homme d'un esprit Bu el étendu.

• Les généraux de l'armée de l'Italie étaient : Cervoni, Augereau, Joubert, M séna, Rampon, Berthier, la Harpe, etc. Le général Kellermann commandait L'armée des Alpes; le général Serrurier était à la tète de l'armée d'observation \

* Rampon u'étsil que colonel au commencement de la camp igné : e'eat en cette iraaliU qu'il l'eal

raaître ; il les éblouit de ses feux de gloire , il leur impose sa supériorité par des combinaisons stratégiques d'une telle force, d'une telle puissance de talent, que nul ne peut y atteindre ; il refoule les armées autrichiennes les unes sur les autres ; qui pourrait résister à un tel ascendant? Son autorité, reconnue par ses lieutenants, es! saluée par ses soldats , vieilles troupes habituées aux privations ; lui seul les conduit à l'abondance et à ce pillage bien ordonné qui donne à chacun sa part dans un riche butin l . Le voilà bien fort par sa toute-puissance militaire ! Comme César il dispose d'une arméo de vieux prétoriens , il leur a prodigué l'abondance et la victoire ; plus tard , en échange, ils lui donneront la couronne et la pourpre. Cependant, la crise augmente pour le directoire, il a besoin d'une armée afin de soutenir sa puissance chancelante; comme il est débordé partout dans les conseils, Barras s'ouvre au général Bonaparte, il lui écrit en Italie. Le directoire consulte l'impitoyable commandant qui sauva la convention au 14 vendémiaire ; l'armée d'Italie n'est-elle pas fortement républicaine ? On le sait et l'on vient à elle pour demander appui. Bonaparte saisit ces propositions avec joie ; en définitive le résultat lui assure le gouvernement. C'est au 18 fructidor que le directoire se met dans les mains de l'armée d'Italie et de son géné-

1 Sa correspondance d'Italie est sur le ton le plus impératif :

a J'arrive à Vérone pour en partir demain. Cette ville est grande et belle. J'y laisse une bonne garnison pour me tenir maître des trois ponts qui sont ici sur l'Adige.

» Je n'ai pas caché aux habitants que si le roi de France n'eût évacué leur ville avant mon passage du Pô, j'aurais mis le feu à une ville assez audacieuse pour se croire la capitale de l'empire français.

» Les émigrés fuient de l'Italie, plus de quinze cents sont partis cinq jours avant notre arrivée. Ils courent en Allemagne, porter leurs remords et leurs misère. »

Partout c'est le même ton impératif :

« Au cardinal Mattei.

» La cour de Rome a refusé d'accepter les conditions de paix que le directoire lui a offertes. Elle a rompu l'armistice; elle arme; clic ne respire que la guerre, et elle l'aura. Vous connaissez, cardinal, la force et la valeur de l'armée que je commandp : pour détruire la puissance temporelle du pape, je n'ai besoin que de le vouloir. Aile/ donc à Rome ; éclairez le saint-père sur ses vrais intérêts; écartez les intrigants qui l'assiègent. Le gouvernement français me permet de recevoir des propositions de paix, et tout peut bien s'arranger. Je souhaite, monsieur le cardinal, que vous ayez, dans votre mission, tous les succès que mérite la pureté de vos intentions. » (Du 22 octobre 1796.)

rendu célèbre, par la défeuse tle la redoute de Nontenoltc , combat héroïque, qui lui valut le grade de général de brigade. — La Harpe , qui se trouve ici mentionné le dernier, était général de division, taudis que Cervoni et Joubert n'étaient que généraux de brigade. (F. VV.)

DE NAPOLÉO .\ BOHAPABU. 1 |J

rai ; des clubs se forment dans les corps et on délibère des adre le pouvoir militaire exprime un vo'u, et ce vœu est un ordre, parce qu'il est soutenu par la force et les baïonnettes; désormais le gouvernement appartient au soldat l . C'est le général Augeicau qui \ ienl à Paris par les ordres de Bonaparte, et il met la main sur lesdépi comme pour essayer le 18 brumaire, où on les jeta par la croisée. ( le jour-là, c'en est fait du pouvoir civil, l'autorité est passée bu général heureux et ferme. Quand un homme s'est placé ainsi dans une i supérieure, que peuvent les petites oppositions, et le* répugnances? Il marche à son résultat par la propre impulsion des choses ; l.i dictature existe par le fait.

Ce grand éclat qui environne le général Bonaparte rejaillit sur sa pauvre et noble famille ; la mère, les frères, les sœurs ont quitté Marseille, où leur misère ne leur a pas été pardonnée ; ils fixent leur séjour à Paris, et, comme l'union la plus intime règne là, tous s'efforcent de grandir encore la fortune et la popularité de Napoléon, qui est leur orgueil. Le général a des frères admirables pour conduire et dominer les esprits ; Joseph, Lucien, ne parlent que de la gloire de celui qui s'élève si haut; Lucien sera du conseil des Cinq-Cents; Joseph est intime avec les fournisseurs et les financiers; madame Beauharnais-Bonaparte réunit dans son gracieux salon tout ce que la mode d'alors a d'élégant, les gens d'esprit et les hommes du jour ; on influence partout les journaux et les écrivains : « Parlez do moi, toujoursde moi , » a dit Bonaparte à ses amis. Un agit sur la presse, ou ne cause que du général Bonaparte, desagloire, de ses men cilles: partout, en France comme à l'étranger, on jette à pleines mains l'éloge ; à l'extérieur surtout, parce que le général est le vainqueur d'Italie, et qu'il a conservé, dans ses succès inouïs, les formes jusqu'alors inconnues parmi les généraux de la république. On sent qu'il est bien né ; en Italie, il a traité le pape et les prêtres avec un respect

1 La correspondance de Barras et de Bonaparte, après le 18 frui tidor, est des plus intimes : voici quelques-unes de ces lettres : « Les infâmes journalistes auront leur tour, la résolution des Cinq-Cents sera adoptée, mon cher général; termine la paix, que le Rhin soit la limite et que Venise ne soit pas à la maison d'Autriche : >oilà le vœu du directoire épuré. »

Autre lettre : « Ton silence est bien étrange, mon (lier général; les déportés son) partis hier; Augcrcau se conduit on ne peut mieux; il a la confiance des deui : les Bourbons partent demain pour 1'Kspagnc. » (Lettres de Ltin;i^ i Bonaparte, 20 et 21 fructidor.)

qui se ressent de son éducation première, il n'a pas ces préjugés grossiers des avocats du directoire ; il a tendu la main à l'Autriche, et M. Louis de Cobentzel a trouvé dans ses rapports des formes de politesse qu'on n'était point habitué à rencontrer dans les généraux improvisés de la convention et du directoire.

A cette époque, Bonaparte esta peu près maître de la position qu'il choisira ; on lui donne l'option d'une armée, et il prend un moment le titre de général en chef de l'armée d'Angleterre, puérile dénomination qui n'est qu'un jeu d'enfant pour cacher un plus grand dessein. Bonaparte éprouve la nécessité d'accomplir une campagne historique à la suite d'une de ces expéditions grandioses qui frappent vivement les générations; il lui faut quelque chose de magnifique qu'on ne puisse regarder qu'avec un sentiment d'admiration sublime. C'est alors qu'il préparc la campagne d'Egypte ; les idées de Pompée et de €ésar se marient dans sa vaste intelligence ; l'Orient a quelque chose de riche et de mystérieux qui frappe vivement son imagination : les .sphinx, les pyramides, les villes aux cent portes avec leur myriade d'habitants, leurs soldats et leurs esclaves noirs aux colliers d'or; toutes ces pompes se déroulent majestueusement devant lui ; il sait que c'est de l'Orient que sont venus tous les hommes qui ont parlé aux croyances et aux grandes idées du peuple ; c'est de l'Orient aussi que partaient ces légions qui remuaient le monde et faisaient les empereurs ; Bonaparte révèles grandes effigies des Alexandre. Par la Syrie il veut agir, comme un colosse, un pied sur l'Asie, un pied sur l'Europe*. Avec quel soin il prépare cette expédition, comme il la fait venir de loin, comme il en caresse la partie scientifique et le côté militaire ! Quand il touche l'Egypte, il veut être, tout à la fois, le général habile, l'administrateur exercé , l'homme de gouvernement et d'histoire, le savant enfin qui demande à l'Institut la solution de quelques problèmes que les Ptolémées ont laissés au monde dans les écoles d'Alexandrie avec les oracles et la statue de Memnon.

En Egypte , le général Bonaparte ne cesse d'avoir les yeux sur la

France, il caresse l'opinion publique avec un soin tout particulier, il

veut la frapper vivement par des bulletins gigantesques. Dans les

revers comme dans les victoires il est grand, il emprunte à l'orienta-

1 Voilà ce qui explique la haute prédilection de Bmaparte pour les souvenirs de «jypte. C'est sa campagne de prédilection et sa poétique idée.

lisme ses formes et ses figures, il se déclare l'ami da prophète, il prend

dans son langage quelque chose de pompeux ; tout se ressent du sole ardent, et de ces sables immenses qui se déploient au désert, ot de ces quarante siècles qui le contemplent. Il n'est pas an seul discours du général qui n'ait pour objet de jeter sur sa personne quelque chose de plus grandiose, s'il est possible, que ses actions; il veut que l'humanité disparaisse pour ne plus laisser que le héros, le sage, le législateur ; il veut que le peuple français l'invoque, dans les malheurs de la patrie comme le seul bras assez puissant pour le sauver de la crise: l'exagération, l'hyperbole, tout lui est bon ; il marche si bien ;i ses desseins que plus les nouvelles sontrares, plus on parle de lui. Bonaparte, essaie tous les prestiges : l'éloquence et la victoire; il laine à propos ses prophéties, ses inquiétudeset ses paroles d'amour, d'espérance et de dépit pour la France. Il ne veut pas qu'on le considèn comme ces généraux qui brillent autour de lui, mais bien comme la seule pensée rationnelle et haute qui doit finir la tourmente publique et le dernier mot de la révolution. Quand cette opinion est bien faite, quand elle est devenue populaire en France, tout à coup, sans préparatifs, comme un éclat de tonnerre, on apprend, par le télégraphe, que le général Bonaparte est débarqué à Fréjus, et que, sans préparation , sans quarantaine , il marche triomphalement vers Paris !

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