‹ L'Europe pendant de consulat et l'empire de Napoléon (volume 2)Chapitre 23 sur 53 · BONAPARTE · texte numérisé non relu

BONAPARTE

Chute des rois de Naples et de Piémont. — Rupture de la république avec l'Autriche. — Rapprochement des cabinets de Vienne et de Saint-Pétersbourg. — Mission du comte de Cobentzel. — Marche et résultat du congrès de Rastadt. — Assassinat des plénipotentiaires. — La Prusse. — Mission du prince Repnin et de l'abbé Sieyés à Rerlin. — Les forces de l'Angleterre. — Lutte acharnée. — Alliance de l'Espagne. — Déclaration de guerre de Paul Ier contre Charles IV.

Des faits diplomatiques d'un immense intérêt avaient brisé tous les éléments de la paix générale , parce qu'ils révélaient la politique envahissante du directoire. Le traité de Campo-Formio avait respecté deux royautés intermédiaires : Naples et le Piémont, nécessaires à l'équilibre général de l'Italie ; eh bien ! ces gouvernements étaient impitoyablement renversés par les ordres delà république. Le général Championnet foulait aux pieds la couronne de Naples, et le général de Grouchy chassait la maison de Carignan. Rien n'avait plus vivement frappé l'esprit des cabinets que ces envahissements successifs en pleine paix ; ils ne permettaient jamais le repos et la sécurité des États, car, à peine un traité était-il signé que déjà l'on songeait à sa violation. A Campo-Formio on avait promis de maintenir l'état des choses en Italie, et, depuis deux ans que ce traité était signé, que d'événements accomplis et capables de bouleverser le statu guo des Etats intermédiaires ! On avait détruit la puissance du pape, et Pie VI gémissait dans une dure captivité ; Rome avait constitué sa liberté, ses consuls et ses tribuns ; Naples, envahie par les généraux Championnet et Macdonald, renversait sa royauté, pour proclamer la république Parthénopéenne, tandis que les démocrates en finissaient avec

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la maison de Savoie-Carignan dans le Piémont. Le directoire répondait à tous les reproches des cabinets , «que ces changement ic pouvaient être imputés à sa politique ;si Kome avait fait ni ié\o!ulion, c'est que les Italiens, maîtres de changer la forme de leur gouverne ment, exerçaient le principe de la sou\eraiuelé du peuple ; à Napies, les hostilités n'avaient point été provoquées par les Français leg Kapelitains eux-mêmes, prenant l'initiative, avaient envahi Kome boui 1 • roi ; leur drapeau avait été arboré sur Saint-Pierre et les basiliques ; le général Mack n'était-il pas au service de l'Autriche? L'occupation deNaplesélait donc la conséquence d'un événement militaire que la république n'avait pas amené; là, le peuple, comme à Home, sïlai! manifesté, et on l'avait laissé libre de renverser le gouvernement royal ; c'était son droit *. Dans le Piémont, le peuple avait également agi en vertu de cette souveraineté ; s'il renversait le> insignes de la maison de Savoie à Turin, le directoire n'avait rien à se reprocher ; il faisait encore un acte libre, spontané, dans la manifestation des principes invariables de la souveraineté républicaine, et d'ailleurs les conventions secrètes de Campo-Formio, et les pourparlers de Sellz entre 31. de Cobentzel et M. François de Ncufchàteau, permettaientils à l'Autriche de se plaindre? Le cabinet de Vienne n'a\ait-il pas consenti à la cession du Piémont à la Franec, pour reprendre le Milanais? La maison de Savoie-Carignan n'avait-elle pas été sacrifiée comme Venise et Raguse 2 ? »

1 <t C'est par une terreur panique très-naturelle, très-facile à comprendre et trèsexcusable, qu'il faut expliquer la perle du royaume de Etantes» l>u moment où su majesté l'empereur, ou pour mieux dire le cabinet autrichien, n'a pas jugé a propos de. coopérer avec le roi des Deux-Siciles, celui-ci a été détrône. Ce n'est plus le général Championne! qui a été en l'ace du générai Mack, c'est Jouliert, Aagereau, Uasfit M, Schawenbourg , Brune, Jourdan;que sais-jc? toutes les troupes de la république française, des républiques batave, ligurienne, cisalpine, lieUeu.jue. cl< ., Les gavées nationales, la gendarmerie, les conscrits, l'institut national, l'école polytechnique, etc. Chaque soldat, chaque officier napolitain, individuellement brave et tarai, n'a pluvu une colonne de deux mille Français devant la sienne quatre fois supérieure en nombre; son imagination effrayée a vu, des hauteurs d'Otricoli, une autre colonne idéale de soixante mille hommes descendant les Alpes pour venir I écraser deux mois plus tard, et il a préfère se rendre dès le premier jour. » (Dépêche d'un agent prussien à M. de Hardenbcrg, septembre 17'.t(J.)

- « Il y aurait beaucoup de réflexions à faire sur les articles secrets du traité de Campo-Formio, mais il vaut mieux passer sans rien dire sur une transaction MMBJ extraordinaire et aussi fatale. Elle explique maintenant l'irrésolution 61 ta longs refus du cabinet de Berlin. Heureusement que la déclaration de guerre de la Franec à

Ces raisonnements diplomatiques, que M. de Talleyrand répétait dons toutes ses notes, ne pouvaient apporter une profonde conviction ^lans l'esprit des cabinets : l'Autriche savait à quoi s'en tenir sur cette manifestation libre des populations pour le système républicain : elle était instruite que les propagandistes français parcouraient tous les royaumes d'Italie pour les exciter à la révolte, et qu'une fois la république proclamée, de nouveaux auxiliaires se donnaient à la France. Par le fait, n'était-elle pas maîtresse de Naples et du Piémont ? Quel diplomate pouvait se méprendre sur l'esprit et le but des nouvelles institutions dans les démocraties italiennes ? Toutes asservies à la France, elles lui payaient tribut : le directoire levait, dans les cités libres, des impôts en hommes et en fournitures de guerre ; il n'y avait, sur ce point, aucune illusion à se faire. D'autres motifs venaient encore se joindre pour déterminer l'Autriche à entrer franchement tlans une lutte contre l'influence absorbante de la France : la maison de Naples était intimement liée à la grande race impériale : l'impératrice lui était tendrement unie par le sang ; on la blessait au cœur en brisant le sceptre dans les mains des Bourbons des Deux-Siciles : l'impératrice avait une si grande puissance sur son époux et parmi le peuple de Vienne ! Enfin la reine Caroline, si fière, si impérative, cette femme forte et violente, parcourait le continent pour l'appeler

S. M. I. annule tous les traités patents et secrets, et remet les choses dans l'état où elles étaient en mai 1797. Espérons que le cabinet de Vienne, mieux instruit, par cette expérience, de la perfidie du gouvernementfrançais, ne se mettra* plus à sa discrétion comme il l'avait fait; que des négociateurs habiles éteindront les jalousies et les haines que ces conventions secrètes avaient allumées; que les souverains des divers États de l'Allemagne verront, dans ces articles mêmes, que la France, au milieu de ses protestations d'amitié, est toujours prête à les sacrificier indistinctement à sa politique du moment. Elle a beau faire pour aierrir les membres du corps germanique contre S. M. I. ; elle ne peut rien publier contre le cabinet de Vienne, qu'on ne puisse également l'objecter à celui du Luxembourg. Les articles secrets étaient synallagmatiques. Quoi qu'il en soit, mal connu, dit un proverbe trivial, est à moitié réparé. Il ne reste plus au directoire, dans son parc d'artillerie diplomatique •le réserve, qu'une seule pièce à faire jouer : c'est le procès-verbal des conférence* de Seltz, entre François de Ncufchâteau et M. de Cobentzcl. Quelques traits jetés comme au hasard dans le message du 11 mars, nous préparent à voir bientôt l'explosion de cette nouvelle mine, mais nous croyons d'avance qu'elle ne tuera que la réputation de M.deCobenlzel.qui, du reste, aura, danssonmalheur, la consolation de jouir du joli portrait de son ami Bonaparte, qu'il reçut à Seltz, delà munificence du directoire, pour prix de ses propositions et de ses complaisances. » (Dépêche secrète du prince Repnin à Paul Ier.)

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