AU DÉBARQUEMENT DO GÉNÉRAL BONAPARTE
aux armes : elle était en Autriche, réunissant ses chevalen - [lies défenseurs autour d'elle, pour les faire entrer dans une lice commune contre la république française qui brisait sa couronne.
L'Autriche une fois décidée à commencer là guerre, le directoire fit tous ses efforts pour la retenir, avant qu'elle ae prît cette résolution. Le gant était jeté. On voit, par les négociations secrètes et dernières du congrès de Rastadt, que la France craint vivement une manifestation militaire de l'Autriche: M. de ïalleyrand écrit aux plénipotentiaires * à Rastadt : «de se départir, s'il le faut au besoin, de quelques prétentions sur la rive du Rhin pour retenir Vienne au moment où les hostilités peuvent éclater d'une manière si violente.)' On redoute un conflit général qui peut tout compromettre : on sait à Paris le départ du comte de Cobentzel pour Saint-Pétersbourg. De son côté, le comte de Kalitschef cimentait plus intimement encore l'union de la Russie et de l'Autriche. Une coalition, plus formidable que celle de 1792, était prête à éclater.
Les derniers actes du congrès de Rastadt deviennent importants ; ils révèlent les craintes de guerre dans l'esprit du directoire. Nulle puissance ne fut de bonne foi dans ce congrès; il s'agissait de décider du sort de l'Allemagne, et si l'on se rappelle les stipulations de Campo- Formio , on doit voir que ses destinées furent secrètement réglées entre les deux grandes puissances signataires, la France et l'Autriche. Vainqueur des armées impériales , le général Bonaparte obtint des concessions intimes ; le pacificateur de l'Italie n'avait eu qu'un seul but , s'assurer les frontières du Rhin * ; il oublia , dans les articles
1 Voici quelques dépêches de Rastadt :
« Nous ne connaissons pas encore la réponse que fera la députation de la diète ; mais nous craignons qu'elle ne soit pas plus satisfaisante que celles qui l'ont précédée. Les députés de Bade, de Darmstadt, de Francfort , ont dit assez nettement qu'il fallait se résoudre aux sacrifices. Celui de Brème ne s'éloigne pas de la cession, mais il a insinué que les Français ne devaient pas se mêler des indemnités, parce que c'était une affaire domestique. » (Dépêche des plénipotentiaires, du 13 février 1798. à M. de Talleyrand.)
« La sûreté de la France est compromise par la marche des troupes russes qui mtrouvent dans les États de l'empereur, et qui disaient hautement qu'elles venaient attaquer la république française, et par la sortie des troupes de l'empereur hors det pays héréditaires, au mépris d'une convention secrète du 11 frimaire (i« décembre 1797 ) signée à Rastadt, entre le général Bonaparte et les plenipotcnluun l autrichiens, MM. deCobenlzel, de la Tour, et de Mcerfeld. » (Ibid.)
3 « Je viens d'être instruit, citoyen ministre, que l'empire a enfin consenti à prendre pour base du traité de Rastadt , la cession de la rive gauche du Rhin. Le?
additionnels , les anciennes traditions du protectorat que la France exerçait depuis Richelieu sur les petites puissances allemandes contre l'Autriche. Pour obtenir les Pays-Bas, le général Bonaparte céda tout à M. de Cobentzel en ce qui touchait les intérêts germaniques. De son côté M. de Cobentzel, pour obtenir Venise et l'Adriatique, abandonna , et j'oserais presque dire trahit les intérêts de la confédération. tl en résultait qu'à Rastadt les deux grandes puissances principalement intéressées, la France et l'Autriche, avaient un besoin commun et exclusif de traîner en longueur les négociations, afin d'en rendre la solution impossible.
La Russie ne demeurait pas étrangère à cette influence ; Paul IeT voyait aussi avec peine un arrangement définitif de l'Allemagne , dans lequel la France gagnait une si large part de territoire aux rives du Rhin ; la Russie rêvait le protectorat germanique , auquel semblait renoncer la maison d'Autriche , ne portait-elle pas aussi ses aigles éployées sur le drapeau national? Paul Ier écrivit à la confédération , pour la déterminer à un mouvement militaire contre la république française *. Le congrès de Rastadt fut donc un échange continu de notes, de projets, de contre-projets; les négociations devaient se continuer incessamment, sans jamais aboutir à un résultat. Ainsi le voulaient les puissances principalement intéressées à la guerre.
Le comte de Metternich 2 , présidant la députation autrichienne , ne fut à l'aise que lorsque le rapprochement de l'Autriche et de l'cm-
citoyens Treilhard et Bonnier achèveront sans difficulté ce qu'ils viennent de commencer si heureusement. Mon intervention désormais devient superflue; je vous prie \our de vouloir bien m'autoriscr à faire revenir de Rastadt une partie de ma maison lue j'y avais laissée, ma présence à Paris étant nécessaire pour différents ordres et différentes expéditions. » (Dépèche de Bonaparte à M. de Talleyrand, 5 mars 1798.)
' Les plénipotentiaires français adressent une note ainsi conçue :
« Les soussignés , ministres plénipotentiaires de la république française , sont ■harpes par leur gouvernement de faire, à la députation de l'empire, cette déclaration formelle, que si la diète de Ratisbonne consentait à l'entrée des troupes russes sur le territoire de l'empire, ou si même elle ne s'y opposait pas efficacement, la marche de l'armée russe sur le territoire germanique sera regardée comme une violation de neutralité de la part de l'empire; que la négociation qui se fait à Rastadt sera rompue, et que la république et l'empire se trouveront sur le pied où étaient les deux États avant la signature des préliminaires de Léobeu et la conclusion de l'armistice.
» Signé Bonnier, Jean Debry, Roberjot. n
(Note adressée à M. le comte de Metternich, ministre impérial.)
1 père du prince de Mctteroich actuel,
AU DÉBARQUEMENT DD QBXJKBAL UO.NAT.Yll l 'M. 251
pereurPaul put permettre la dissolution immédiate du congrès '; et, à ce moment, la guerre fut déclarée par une marche en avant de l'archiduc Charles, qui passa l'Inn avec vigueur. La cour de Vienne se trouvait néanmoins dans une position toujours fausse par rapport à la confédération germanique; les articles secrets de Campo-Formio, publiés tout exprès par le directoire , n'étaient pas les seules pièces qui prouvaient l'abandon que l'Autriche avait fait des intérêts de L'empire ; les plénipotentiaires français au congrès, Roberjot, Jean I)ebr\ et Bonnier pouvaient faire également des révélations de nature à coi promettre les négociations du cabinet de Vienne 2; ces plénipotentiaires persistaient à demeurer à Rastadt; leur attitude impérative, leur langage fier et hautain avaient profondément blessé les négocia-
' Le comte de Mctternich remit, le 9 avril 1799, la note suivante aux plénipotentiaires français.
Note de S. E. le comte de Mctternich , aux ministres plénipotentiaires de ta république française, du 8 avril.
« La guerre contre l'Allemagne existant de fait, maigre les protestations de |,i part du gouvernement français, de son désir vif et sincère de la paix avec l'empire , niais celle-ci n'ayant eu aucun égard à la convention par laqucUc on devait >e pi de la rupture de l'armistice, une parfaite sécurité pour la correspondance né< i ne pouvant continuer, et la sùrete du lieu même où siège le congres, laquelle, d..u> toutes les assemblées de cette nature, avait eu tout temps été prise eo considi i particulière, n'étant pas moins menacée, au milieu du bruit des armes : le sous en conséquence, a reçu ordre de sa majesté impériale, comme chef suprême de l'erapire, de ne plus prendre part aux négociations de paix, vu que les circon-lanee- el les rapports sous le.-quels le congrès s'était réuni, sont entièrement changés, et de faire part du contenu de cet ordre de sa majesté impériale aux ministros plénipotentiaires de la république française.
n En exécutant cet ordre, par la présente déclaration , il assure les ministres plénipotentiaire^ de la république française de sa considération distinguée. » Le comte de Metternich-Winnebourg (7 aYril
* Le message de guerre du directoire à l'empereur et au grand-duc de Toscane, portait àpeuprès: «Que l'empereur a méconnu leprincipe du traité de Campo-Formio, ctquil a refusé d'en exécuter un des articles principaux; que la conduite <lu cabinet autrichien a toujours été opposée à lapaix;puis, partant de la froideur de ta réception faite à l'ambassadeur de la république, Bernadotte, à Vienne: de l'affront qu le drapeau national; de l'hypocrisie de la cour de Vienne, lors des négociatii Scltz; du refus fait d'envoyer le baron Degelinan , a Taris, comme ambassadeur de S. M. L: du voyage du comte de Cobentzel à Berlin et à Saint-Pétersbourg; des difficultés élevées à Vienne pour ne pas recevoir l'ambassadeur de h république cis Ipine, etc., enfin le directoire démontre que les disposition- hostiles de loin j s'étaient manifestées suffisamment par la marche des troupes russes à traten l'Autriche et la Moravie, pour arriver aux frontières de la Bavière, déjà occupée par u:i •: armée de cent mille Autrichiens. »
teurs. L'histoire a dit que les plénipotentiaires français, revêtus du caractère sacré d'ambassadeurs , furent impitoyablement massacrés presque à la sortie de Rastadt, dans ce bois touffu que l'on voit toul près des eaux de Baden : des hussards de Szeckler les frappèrent de mort ; Jean Debry seul se sauva ; les papiers de la légation tombèrent au pouvoir de l'Autriche. Cet attentat sauvage, par qui fut-il provoqué? Quelle fut la main homicide qui dirigea cette fatale mesure?... Bientôt l'Europe répondit par la guerre. Tout le monde fut accusé , tout le monde désavoua , cela devait être. Comme le pouvoir était tombé bien bas en France , on rejeta même sur le directoire la pensée secrète d'un horrible assassinat, destiné, disait-on, à réveiller l'esprit public pour une guerre générale; l'Autriche fut aussi accusée, et mille conjectures s'élevèrent sur les motifs d'un acte de violence inouï ' dans les fastes diplomatiques. La version allemande, telle qu'elle résulte des pièces secrètes, se résume ainsi : a L'Autriche avait résolu d'enlever les papiers de la légation française, parce qu'ils pouvaient compromettre ses rapports avec le corps germanique au moment des hostilités. » Les plénipotentiaires cherchèrent à se défendre, et les hussards les frappèrent de mort dans un engagement; le cabinet de Vienne se saisit des papiers de la légation, l'objet de ses craintes. Les rapports de quelques agents attribuent à la reine Caroline , qui parcourait l'Allemagne en héroïne chevaleresque, une participation active à cet attentat : comme dans toutes les violences de gouvernement, il y a toujours un mystère qui environne les coupables, on peut indiquer beaucoup de causes, mais on ne peut pas signaler la main. Dans une dépèche secrète adressée à M. de Hardenberg, un agent intime parcourt toutes les échelles de probabilité, et il croit que, dans
1 Les démentis furent attestes par les cerliUcals de tout le congrès : « Les soussignés attestent, sur leur honneur et leur devoir, que tous les faits énoncés dans le rapport des plénipotentiaires sont de la plus exacte vérité. Nous avons été témoins oculaires de la majeure partie de ces événements, et nous avons vérifié les autres avec l'attention la plus scrupuleuse, d'après les personnes qui étaient présentes et qui y ont joué un rôle. Nous n'avons en vue que de constater les faits dans toute leur pureté, et de les mettre de bonne heure à l'abri de toute altération. Autaut qu'il était possible, nous avons supprimé tout jugement, toute observation, tout accès de sensibilité.
» Signe le comte de Goërtz; le baron de Jacobi, de Dohm, de Roscnkranz, de Rachberg, de Reeden; baron de Galzerl; comte de Solms-Laubach, Otto de Gernmiugen; baron de Kreusn, comte de Taube. »