‹ L'Europe pendant de consulat et l'empire de Napoléon (volume 2)Chapitre 25 sur 53 · AU DEBARQUEMENT DTJ GÉNÉRAL BONAPARTE · texte numérisé non relu

AU DEBARQUEMENT DTJ GÉNÉRAL BONAPARTE

celte catastrophe, il y a deux faits hien constatés : l 'l'enlèvement des

papiers par la maison d'Autriche et le besoin qu'elle a\ait de dérober certaines pièces du congres compromettantes pour elle; 2 la rencontre furtive des plénipotentiaires et des hussards de Szeckler : ce fut parce que les plénipotentiaires se défendirent qu'ils reçurent la mort comme un hasard et non point par dessein concerté l. Au rote, cet événement fit une sensation profonde en Allemagne, et toutes les personnes de quelque dignité se firent un devoir de désavouer un assassinat inouï dans le droit des gens. L'archiduc Charles, si fier de son rang , si noble de caractère , s'exprima avec un sentiment d'indignation bien naturel à son cœur, en face du camp français , il donna sa parole d'honneur au général Masséna que l'armée autrichienne tout entière restait étrangère à l'acte de violence commis par les hussards de Szeckler : l'archiduc se donnait d'autres destinées à accomplir 2 et d'autres ennemis à vaincre.

1 « Que dire maintenant de l'Autriche? Coites, elle parait avoir eu seule un puisant intérêt à commettre cette horrible action; seule . elle n\ai! à cacher des menée» secrète» et basses; seule, elle devait vouloir faire taire le- négociateurs français et s'emparer de leurs papiers. Elle ne pouvait se disculper d'une terrible el publique récusation que par la recherche, le procès et la punition des assassins. Est-ce de cette manière qu'elle en agit? Qui maintenant aurions-nous à désigner comme l'auteur du crime? Ce n'est assurément point l'empereur François II, le plus honnête homme d'un empire peuplé de gens très- honorables; non, < e n'est point cet auguste modèle de probité, de justice, d'humanité! Mais a-t-il jamais sondé toutes les profondeurs de la conscience de son ministre Thugut, comme les sale» menées de I agent révolutionnaire l'oterat, sur les négociations entamées près du directoire et de Bonaparte pour le partage des États pontificaux? Ce. ne sérail pas d n tntage le loyal archiduc Charles que nous oserions désigner ici; mais avait-il découvert dans 8 s campagnes de Flandre le- coupables intrigues deFischerîSoupçoni ait-il 1

de l'évacuation de la Belgique, et la vente pour six millions des quatre ; Il es i mquises sur [a frontière du nord de la France, au prix de tant de sang autrii hien? Je n'en dirai pas davantage; car qui se permettrait , -ans preuves positives, d'accuser un gouvernement toujours respectable et des ministres dont plusieurs méritt ni notre c Lime ? Mais si le tribunal de Berlin ne condamnait pas sur d'aussi fortes apparent es, un jury anglais, dans son âme et conscience, prononcerait hardiment, a Dépécbi d'un agent prussien à sa cour.)

2 Lettre de l'archiduc Charles, au commandant en chef de l'année française général Masséna), au quartier de Stokach, le 2 mai IT'J'J.

« Général,

» Les rapports que je reçois aujourd'hui m'apprennent un événement qui B'esi

pa >sé dans la ligne de mes axant-poste-;. Le commandant me rend compte, que l< »

ministres français Bonnier et Roberjot, ayant traversé pendant la nuit la «haine de

ses postes, y ont été attaqués par des hussards et ont malheureusement péri. Us i a-

La Prusse avait un trop grand intérêt à compromettre la maison d'Autriche avec l'Allemagne , pour ne pas profiter de tous ces abandons du corps germanique , consommés par le traité de Campo-Formio. Les articles secrets furent révélés par M. de Hardenberg à toutes les légations; M. de Haugwitz, plus avant encore dans le système français , communiqua intimement aux cours de Bavière , de Wurtemberg , de Saxe , de Bade , les stipulations qui cédaient à la France la rive gauche du Rhin , au préjudice des possesseurs des terres féodales, des évèchés sécularisés et des villes libres; d'où le cabinet de Berlin concluait qu'une couronne qui abandonnait si étrangement le corps germanique ne pouvait plus être dignement portée par un empereur.

L'Autriche et la Prusse demeurant fermes dans leur rivalité, le cabinet de Berlin voulut profiter de la circonstance pour abaisser à jamais la maison de Lorraine. J'ai dit comment l'abbé Sieyès, dans son ambassade à Berlin , parvint à maintenir la neutralité , objet si précieux à conserver pour la république française ; la politique russe échoua devant l'immobilité. La Prusse n'osa point se lier intimement avec le directoire par une neutralité bienveillante , qui était pour elle un agrandissement d'influence politique sur l'Allemagne; elle recevait des subsides de Paris , et , par le seul fait de cette situation neutre , elle gagnait du terrain sur les Etats secondaires de la confédération germanique ; elle les protégeait vis-à-vis de la France. La Prusse, dans sa neutralité, devenait l'arbitre de la coalition; elle pouvait faire pencher la balance ; si elle s'était prononcée favorablement pour la Russie et l'Autriche , elle n'eût été qu'auxiliaire ; en gardant son système , elle devenait partie principale dans une négociation définitive ou dans le remaniement de l'Europe. Tout nouveau

constances de cet événement ne me sont pas encore connues; en attendant, j'ai fait arrêter le commandant de ces avant-postes , et j'ai en même temps nommé une commission pour faire les recherches les plus exactes et les plus sévères sur les causes •le cet accident. Je m'empresse de vous faire d'avance la promesse, qu'autant que mes postes avancés se seraient le moins du monde rendus coupahles dans cette affaire, j'en donnerai une satisfaction tout aussi éclatante que mes ordres relatifs à la sûreté personnelle des ministres français étaient précis et réitérés. — Je ne puis assez vous exprimer combien je regrette qu'un tel désastre ait eu lieu dans la ligne de mes avant-postes; je me réserve, général, de vous faire connaître sans délai le résultat des recherches que j'ai ordonnées dès le premier avis qui m'est parvenu.

» Recevez, général, etc.. »

AD DEBARQUEMENT 1)C GÉNÉRAL IlONAPARTE.

traité pouvait lui donner une meilleure position sur le Rhin el sur ses frontières de Saxe et de Hanovre.

Ainsi la Prusse ne se prononçait pas dans le mouvement inné, elle restait immobile devant les \ives sollicitations de la Russie ; Paul ! habile même dans ses écarts , suivait les vieilles truies de la politique de Saint-Pétersbourg, qui consiste à cacher l'influence positive et militaire sous des paroles de modération et de générosité chevaleresque. Paul Ier résolut de tout entraîner dans une grande croisa le pour la restauration des trônes, poétique passion qui parlait à son inné. Les hommes d'État de Saint-Pétersbourg voyaient loin et haut ; ils savaient qu'en intervenant en Allemagne et en Italie, les Russes se faisaient connaître à l'Europe occidentale, et qu'en se posant ainsi ils devenaient les arbitres du Midi ; leur cabinet prenait de l'intluence dans tous les rapports, môme les plus lointains; il cessait d'être puissance orientale : le feld-maréchal Suvvarow ne recevait-il pas le commandement de l'armée coalisée des Autrichiens, des Bavarois et des Russes? Une fois cette campagne achevée, rien ne se faisait plus désormais en France, en Italie, que par l'influence de la Russie. Naguère on soupçonnait à peine la grandeur de cette cour ; sous Louis XIV on la désignait avec mépris sous le nom de Moscovite, elle était absorbée par les guerres contre les Turcs; un siècle après, elle allait devenir la pensée souveraine de toutes les résolutions de paix ou de guerre en Occident.

In tel agrandissement était le résultat de la bonne position prise par Paul Ie* : ce prince entrait en première ligne dans la coalition, avec le désir d'en finir par un coup de massue porté à la face de la révolution française, l'objet de sa haine. Dans ce but, il avait déclaré prendre sous son épée la cause de Louis XVIII et du rétablissement des Bourbons en France, à Naples , et de la maison de Savoie en Italie. La Russie cherchait un appui à son vaste système dans l'Occident; la restauration des vieilles dynasties lui créai! des alliés fidèles en lui donnant d'utiles auxiliaires dans ses propres guerres. Une fois les Bourbons restaurés, la Russie trouvait une alliance toute faite contre l'Autriche , et Paul fournit dès lors un généreux asile i Louis XVIII. Le frère de Louis XVI put habiter Mittau ; le prétendant cessa de s'exiler de ville en ville, et de mendier l'hospitalité : la Russie prit à sa solde l'armée de Condé, el recueillît beaucoup de gentilshommes dans ses armées : les Richelieu, les Langerai, les

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Damas , dignes de leur nom et de leur rang. Le corps des émigrés , qui s'élevait encore à 10,000 hommes, fut incorporé à la grande armée de Suwarow : la Russie obtint la grande place dans la coalition, et fut en première ligne dans le mouvement européen. Ainsi, la croisade contre la république aurait enlacé ses frontières d'une vaste enceinte d'acier , si la Prusse y avait pris une part active. Berlin garda son immobilité, et par là cette force immense, se déployant contre la révolution , trouvait un vide à son extrémité nord. Le cabinet de Prusse attendait qu'une circonstance décisive fît pencher la balance d'un coté; il comptait sur la promesse d'agrandissement que lui avait faite la France. Plus tard cette politique expectante perdit la cour de Berlin ; elle l'entraîna de faute en faute dans l'abaissement absolu de la monarchie prussienne sous l'épée de Napoléon l .

La puissance la plus active, la plus remuante, dans ce mouvement européen, fut toujours l'Angleterre; Pitt avait redoublé d'efforts pour arriver à la ruine de la France. Jamais sa politique habile n'avait produit une œuvre plus complète; ses deux ambassadeurs à Saint- Pétersbourg et à Vienne , lord Whitworth et Sir Morton Eden , avaient déployé de remarquables talents pour cimenter des liens si difik i'.es à former entre ces deux cours ; William Pitt envoya les pleins pouvoirs pour promettre des subsides proportionnés aux services ; on ne devait rien négliger afin de rendre la coalition décisive 2. Plus on en savait les éléments disparates, incohérents , les parties mal jointes, plus i! fallait redoubler d'attention et de zèle pour rattacher les liens d'un édifice composé de pierres si mobiles et si menacées; chose inouïe ! les Russes et les Turcs marchaient sous le même drapeau ; leurs flottes naviguaient simultanément sur la mer Noire; ou avait vu dans les Dardanelles leurs deux escadres sous un commun amiral ; on parlait d'un débarquement de Turcs , de Russes et d'Anglais, prêt à s'effectuer en Italie; l'Autriche et la Russie, naguère décidées à se disputer les lambeaux de la Pologne, s'étaient entendues à ce point de confier le commandement suprême à Suwarow; l'orgueil autrichien avait cédé à des nécessités impératives. Cette fusion d'intérêts si différents pourrait-elle se prolonger? Les antipathies de

1 Je distingue très-particulièrement la politique de M. de Hardenberg, de celle de M. Haugwitz; il est incontestable que M. de Hardenberg doit être placé parmi les premiers diplomates de l'Europe.

a Dépêche de M. Pitt à lord YYIntw orth, juin 1799.

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