AU DÉBARQUEMENT DU GÉNÉRAI IIONAPVKIT
assez dans la balance de l'Europe pour compter activement au milii o d'une coalition qui embrassait l'Angleterre et le continent : les Si •'dois et les Danois formaient comme une ligne commerciale imposante, et ils trouvaient un immense intérêt à maintenir leur p,i\ill<m sous un système de neutralité entre les puissances ennemies; ils servaient de navires intermédiaires. A cette époque, les bâtiments danois et suédois transportaient de port en port les marchandises, même les contrebandes de guerre, source de bénéfices immenses, pourquoi auraient-ils échangé cette situation pourun système politique tranché? Leur neutralité tenait à leur existence , à leur industrie, à leurs richesses. Plus tard, lorsque Gustave IV sortit de i situation impartiale et lucrative, une révolution politique bouleversa sa couronne : le roi voulut donner de la chevalerie à un peuple qui n'était plus que commerçant. Les Suédois de Gustave-Adolphe avaient disparu !
Le simple exposé de la situation diplomatique de l'Europe, en l'année 1779, constate qu'un changement considérable s'était opéré depuis le départ du général Bonaparte pour l'Egypte jusqu'à son débarquement à Fréjus. Quand le général quitta le sol français, indépendamment de la neutralité bien reconnue de la Prusse, l'Autriche avait traité avec la France à Gampo-Formio , après la conquête de L'Italie, la paix faite, l'on ne parlait plus d'hostilités. La Russie n'intervenail que faiblement dans les affaires occidentales; Paul Pr, demeuré neutre, laissait l'Autriche seule se débattre dans la querelle s'agitant entre le cabinet de Vienne et la France , le congres de Rastadt, tentative de paix avec le corps germanique, établissait une suspension de batailles avec les puissances intermédiaires, la Porte ottomane n'était point engagée dans la coalition , et l'Angleterre se trouvait la seule puissance fortement hostile. La disposition des forces était telle, que le directoire pouvait attaquer de front la puissance britannique : n'avait-on pas organisé une armée d'Angleterre?
Quel changement s'était donc opéré pendant l'absence du générai Bonaparte? Il avait laissé la France en part avec tout le monde, il la retrouve vivement agitée par une nouvelle coalition. Sa is 'Ion exagérait à dessein la différence des temps! J'ajoute que l' dition d'Egypte et la prise de Malte, sous les ordres du général I parte, avaient puissamment contribuéaux hostilités de l'Europe et de la Turquie surtout contre la république; mais, en aucun cas, les
époques ne pouvaient être comparées ; la France était en paix , et on la retrouvait en face d'un ennemi victorieux par les armes ! Quelle force morale ne dut pas recevoir Bonaparte de cette situation ! Tous considéraient le général comme un homme de guerre remarquable , un diplomate habile et un noble paciGcateur ! L'Europe et la France avaient confiance en lui ; il avait mis des formes nouvelles et jusqu'alors inconnues dans les rapports de la république avec les cabinets ; l'Europe pouvait traiter avec Bonaparte , vainqueur aux larges idées, tandis qu'elle mettait une certaine répugnance à négocier avec les agents discrédités du directoire ; et, cette circonstance d'une opinion publique si favorable ne laissera pas d'influer sur le 18 brumaire!
La paix était, en ce moment, un besoin aussi impérieux que le rétablissement de l'ordre et d'un gouvernement fort. Bonaparte tirait sa puissance des doubles titres de vainqueur et de pacificateur, légende inséparable dans l'enthousiasme public qui le salua sur le rivage de Fréjus !