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Total des acquisitions de la Bavière.
Part du Wurtemberg aux dépouilles de
l'Autriche.
En sus le comté de Bourdorff.
Tôt. des acquisitions du Wurtemberg.
Part de Bade aux dépouilles de l'Au-
triche.
En sus la commanderie deMeinaux.
Total des acquisitions de Bade.
Part du royaume d'Italie aux dépouilles
de l'Autriche.
Récapitulation des dépt
milles partagées.
De l'Autriche.
D'Augsbourg.
De Bondorff.
De Meinau.
De Mergentheim, etc.
de l'empereur ; pour les autres points , on s'en tenait à la paix de Lunéville. La vieille maison de Habsbourg perdait une population de plus de 2,700,000 âmes, treize cent quarante-cinq milles carrés , et plus de 14,000,000 de florins de revenu. Le royaume d'Italie seul , c'est-à-dire une des vassalités de Napoléon , acquérait 1 ,700,000 habitants et 10,000,000 de florins de revenu avec le beau golfe Adriatique, seul débouché de la maison d'Autriche dans la Méditerranée; les autres dépouilles de la vieille monarchie de Charles-Quint étaient distribuées à la Bavière , au Wurtemberg et à Bade.
Par des articles secrets , Napoléon avait exigé un changement dans le ministère et la démission du comte Louis de Cobentzel. François II confia la direction des affaires politiques au comte de Stadion , caractère mixte , un peu dévoué à la Russie ; s'il ne satisfaisait pas entièrement l'empereur des Français, le comte de Stadion penchait actuellement pour la paix , et c'était un motif pour le pousser aux affaires ; le comte de Colloredo, l'ami personnel de François II, dut prendre sa retraite. Enfin , 140,000,000 de francs étaient imposés aux États soumis par la victoire ; ils devaient servir d'indemnité pour la guerre. Ne fallait-il pas donner une récompense à cette glorieuse armée qui avait tout fait pour son empereur? L'ennemi payait les frais de la campagne ; Napoléon disait que cela était justice.
Le traité de Presbourg contenait en lui-même des germes de nouvelles hostilités pour l'avenir ; Napoléon avait trop profité de la situation abaissée de la maison d'Autriche , il voulut étouffer un corps plein de vie , et tôt ou tard , en politique , le sang devait faire éruption. L'empereur n'avait point tenu assez compte de l'esprit des peuples et des intérêts de chaque nationalité ; en perdant la Dalmatie et Venise , l'Autriche ne trouvait ni débouchés ni commerce , c'était un corps privé de la faculté de respirer. Le Tyrol était resté fidèle de cœur à la maison d'Autriche ; en le cédant à la Bavière on ne faisait que préparer une révolte ; bientôt la montagne se soulèverait à la première parole de Hofer. Les morcellements d'empires ne servent à rien quand il reste un principe d'unité ; les États ont des limites naturelles , et quand on ne les leur donne pas ils les prennent ; la guerre peut les abaisser un moment , ils se relèvent quand le temps est venu : ainsi le veut la force des choses , l'Autriche entrera donc encore dans la lice pour reconquérir ce qu'elle a perdu; nous l'y retrouverons prochainement; elle subit le traité de Presbourg comme une nécessité et jamais comme un principe.
Ce traité annonçait un autre résultat immense dans l'histoire moderne : la chute et la ruine delà vieille constitution germanique; l'édifice antique se liait aux premiers temps de l'indépendance allemande, à ces époques de grande féodalité qui se révèlent partout dans la Souabe, dans la Franconie. La confédération germanique était comme ces ruines des sept montagnes , géants du Rhin portant leurs tètes jusqu'aux cieux, magnifiques monuments des Ages qui disent tant d'héroïques histoires. Cette révolution était prévue du jour où les électeurs de Bavière et de Wurtemberg souhaitèrent le titre de roi en s'adressant à la Fiance. Dès que Bade se plaça sous l'influence du cabinet de Paris, quand la maison de Brandebourg proclama sa neutralité impartiale et sollicita même le titre d'empereur de Prusse, tout fut dit pour la diète germanique. François II , en prenant le titre d'empereur d'Autriche, ne préparait-il pas sa renonciation à ses prérogatives d'empereur d'Allemagne? Un autre ordre de choses commençait au delà du Rhin : les États se morcelaient, les intérêts étaient opposés aux intérêts ; et comme il fallait un centre commun, la pensée de Napoléon fut de fractionner l'Allemagne en plusieurs Etats secondaires pour faire entrer les principautés les plus rapprochées de la France dans un système fédératif, sous sa puissante épée , agrandissant ainsi la pensée du cardinal de Richelieu * . La Bavière , le Wurtemberg et Bade devaient tourner leurs espérances et leurs craintes vers la France ; ils recevaient tout de l'empereur.
1 Napoléon instruisait le sénat de la signature de la paii à Presbourg.
Lettre de S. M. l'empereur au sénat.
« Sénateurs, » La paix a été conclue à Presbourg et ratifiée à Vienne entre moi et l'empereur d'Autriche. Je voulais dans une séance solennelle vous en faire connaître moi-même les conditions ; mais ayant depuis longtemps arrêté avec le roi de Bavière le mariage de mon fils le prince Eugène avec la princesse Augusta sa fille, et me trouvant à Munich au moment où la célébration dudit mariage devait avoir lieu, je n'ai pu résister au plaisir d'unir moi-même les jeunes époux, qui sont tous deux le modèle de leur sexe. Je suis d'ailleurs bien aise de donner à la maison royale de Bavière, et à ce brave peuple bavarois, qui, dans cette circonstance, m'a rendu tant de services et montré tant d'amitié, et dont les ancêires furent constamment unis de politique et de cœur à la France, cette preuve de mon estime et de ma considération particulière. Le mariage aura lieu le lo janvier. Mon arrivée au milieu de mon peuple sera donc retardée de quelques jours. Ces jours paraîtront longs à mon cœur: mais, après avoir été sans cesse livré au devoir d'un soldat , j'éprouve un tendre délassement à
300 NÉGOCIATIONS DTJ TRAITÉ DE PIIESBOTJRG.
Pour les unir indissolublement à son système, Napoléon projetait des alliances de famille. Le nouveau roi de Bavière avait une fille, Augusta-Amélie , jeune fiancée d'Allemagne de dix-sept ans, issue de l'antique race que les ballades célèbrent comme contemporaine de Gbarlemagne; elle fut promise à Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie. Quand l'empereur était victorieux sur le champ de bataille d'Austerlitz , l'impératrice Joséphine s'était rendue à Munich ; accueillie en souveraine , la cour de Bavière lui fit mille fêtes, et par ses soins maternels fut préparé le mariage d'Eugène avec la douce princesse qui faisait les délices de Nymphembourg. Les Beauharnais s'élevaient bien haut ; simples gentilshommes, ils avaient une impératrice et un vice-roi qui s'unissait à la maison royale de Bavière. Napoléon promit d'assister aux grandes fiançailles , couvert des lauriers de la victoire et de la poussière des champs de guerre ; après la paix de Presbourg, il vint à Munich où il fut reçu par son vassal 3Iaximilien- Joseph. Napoléon resta dans la Bavière plus d'une semaine , visitant tout : la belle ville neuve et le vieux Munich si pittoresque, avec ses tombeaux des graffs armoriés dans les cimetières en plein vent , avec ses épitaphes noires , le sablier du temps et la danse des morts sur les murs des grandes basiliques. Eugène arriva lui-même à Munich; l'empereur était content du fils de Joséphine, et, dans les épanchements de ses joies victorieuses, il lui conféra l'adoption comme les empereurs romains la donnaient à leurs fils, aux jeunes césars, ainsi qu'on le lit aux Annales de Tacite '. Dans
ni'occuper des détails et des devoirs d'un père de famille. Mais ne voulant pas retarder davantage la publication du traité de paix, j'ai ordonné, en conséquence de nos statuts constitutionnels, qu'il vous fût communiqué sans délai pour être ensuite publié comme loi de l'empire.
» Donné à Munich, le 6 janvier 1806.
» Signé : Napoléon. »
Lettre de S. M. l'empereur et roi au sénat. « Sénateurs,
a Le sénatus-consulte organique du 1S floréal an xu a pourvu à tout ce qui était relatif à l'hérédité delà couronne impériale en France.
» Le premier statut constitutionnel de notre royaume d'Italie, en date du 19 mars 1805, a fixé l'hérédité de cette couronne dans notre descendance directe et légitime, soit naturelle, soit adoptive.
» Les dangers que nous avons courus au milieu de la guerre, et que se sont encore exagérés dos peuples d'Italie, ceux que nous pouvons courir en combattant les ennemis qui restent encore à la France, leur font concevoir de vives inquiétudes; ils ne jouissent pas de la sécurité que leur offrent la modération et la libéralité de nos lois,
une lettre écrite au sénat , Napoléon annonce le choix qu'il a l'ait et les fiançailles qui se préparent à Munich : « Bientôt il va se rendre dans sa capitale, et, en envoyant les drapeaux et les trophées, il annonce au peuple que leur empereur reverra la grande cité avec
parce que leur avenir est encore incertain. Nous avons considéré comme un de nos premiers devoirs de faire cesser ces inquiétudes.
» Nous sommes en conséquence déterminé à adopter comme notre fils le prince Eugène, archichancelicr d'État de notre empire et. vice-roi de notre royaume d'Italie. Nous l'avons appelé, après nous et nos enfants naturels et légitimes, au trône d'Italie, et nous avons statué qu'à défaut, soit de notre descendance directe, légitime cl naturelle, soit de la descendance du prince Eugène, notre fils, la couronne d'Italie sera dévolue au fils ou au parent le plus proche de celui des princes de notre sang qui, le cas arrivant, se trouvera alors régner en France.
» Nous avons jugé de notre dignité que le prince Eugène jouisse de toutes les honneurs attachés à notre adoption, quoiqu'elle ne lui donne des droits que sur notre royaume d'Italie; entendant que dans aucun cas, ni dans aucune circonstance, notre adoption ne puisse autoriser ni lui ni ses descendants à élever des prétentions sur la couronne de France, dont la succession est irrévocablement réglée par les constitutions de l'empire.
» L'histoire de tous les siècles nous apprend que l'uniformité des lois nuit essentiellement à la force et à la bonne organisation des empires, lorsqu'elle s'étend au delà de ce que permettent, soit les mœurs des nations, soit les considérations géographiques.
» Nous nous réservons, d'ailleurs, de faire connaître par des dispositions ultérieures les liaisons que nous entendons qu'il existe après nous, entre tous les États fédératifs de l'empire français. Les différentes parties indépendantes entre elles, ayant un intérêt commun, doivent avoir un lien commun.
» Nos peuples d'Italie accueilleront avec des transports de joie les nouveaux témoignages de notre sollicitude. Ils verront un garant de la félicité dont ils jouissent dans la permanence du gouvernement de ce jeune prince, qui, dans des circonstances si orageuses, et surtout dans ces premiers moments si difficiles pour les hommes même expérimentés, a su gouverner par l'amour, et faire chérir nos lois.
» 11 nous a offert un spectacle dont tous les instants nous ont vivement intéressé. Nous l'avons vu mettre en pratique dans des circonstances nouvelles les principes que nous nous étions étudié à inculquer dans son esprit et dans son cœur pendant tout le temps où il a été sous nos yeux. Lorsqu'il s'agira de défendre nos peuples d'Italie, il se montrera également digne d'imiter et de renouveler ce que nous pouvons avoir fait de bien dans l'art si difficile des batailles.
» Au même moment où nous avons ordonné que notre quatrième statut constitutionnel fût communiqué aux trois collèges d'Italie, il nous a paru indispensable de ne pas différer un instant à vous instruire des dispositions qui assoient la prospérité et la durée de l'empire sur l'amour et l'intérêt de toutes les nations qui le composent. Nous avons aussi été persuadé que tout ce qui est pour nous un sujet de bonheur et de joie, ne saurait être indifférent ni à vous, ni à mon peuple.
» Donné à Munich, le 12 janvier 1806.
u Signé : Napoléon. »
vi. li
joie. » Là l'encens fume dans les cathédrales en l'honneur du Dieu des armées et du souverain donné par la Providence; à Munich, Napoléon prépare, par des alliances de famille, la confédération du Rhin , son moyen d'influence en Allemagne.
Si Eugène était donné à une fille de Bavière, sa jeune cousine Stéphanie de Beauharnais était destinée à l'héritier du grand-duc de Bade qui sollicitait l'honneur de s'allier à la famille de Napoléon ; un instinct disait à tous ces vassaux qu'une puissante dynastie s'élevait, et le meilleur moyen de se sauver du naufrage n'était-ce pas de s'allier à cette magnifique intelligence qui plaçait sa famille au-dessus des races royales ébranlées? Stéphanie de Beauharnais avait seize ans, avec cette chair blanche et rose de l'époque impériale , fleur à peine épanouie au pensionnat chez madame Campan. La princesse Stéphanie devait plus tard orner les cours d'Allemagne, où ses portraits de jeune fille peints par Isabey circulaient déjà ; comme aux époques de chevalerie , la noblesse allemande s'éprenait de la fiancée du grand-duc * qui allait bientôt embellir la résidence de Bade , la ville aux délices, et Carlsruhe, la cité toute neuve. Napoléon songeait aussi à une alliance avec le Wurtemberg qu'on verra plus tard s'accomplir ; il se plaçait ainsi sur la même ligne que les czars de Russie, qui tous choisissaient leurs fiancées en Allemagne , parmi ces princesses au cœur naïf et doux, fières et soumises tout à la fois , enthousiastes et bonnes. La race de Napoléon allait devenir l'alliée de cette hautaine impératrice de Russie , la mère d'Alexandre , qui rougissait de ces humiliations pour la famille slave.
Ce fut au milieu de ces cours plénières d'Allemagne , entouré des écussons de noblesse , des blasons au pal , des lions et des licornes en support , des couronnes féodales , des merlettes de la croisade , des coquilles de pèlerinage , des épées flamboyantes et de ces signes tout héraldiques, que l'empereur Napoléon conçut sa première idée d'une noblesse et des hauts feudataires de sa couronne , illustre cortège de son avènement. Tout ce travail de féodalité n'était encore qu'un projet d'avenir; à cette époque l'empereur, tout-puissant par ses victoires , n'osait point rompre de face avec les idées républicaines; il allait droit à son but, mais lentement ; tant de ménagements devaient
1 J'ai vu en 1839, au Johannisberg, chez le prince de Mellernieh, la princesse Stéphanie de Bade; elle est restée Française par la grâce, l'esprit et le cœur.
être gardés; il ne fallait point troubler l'enthousiasme, et César, couvert de la pourpre, devait traverser les ares de triomphe sans qu'un murmure de la république mourante troublât les cris de joie de ce peuple si glorieux de son empereur !