‹ L'Europe pendant de consulat et l'empire de NapoléonChapitre 5 sur 29 · POUR L'ANGLETERRE. POUR LIRLANDK · texte numérisé non relu

POUR L'ANGLETERRE. POUR LIRLANDK

In. -.U'i'l. li». sterl.

(iardo et punis., ris, etc., 14.'V->20. 3,717,528 1 8 -k 1.22 .,.;.,2 14 »

Forces dans les colonies, etc., 40,952. 1,424,920 11 7 — Officias généraux et eiat-major, etc. 212,160 18 G — 70,601 4 8

Forces de l'Inde, 20,143. 471,101 0 11 —

Troupes et compagnies pour le recrutement, 400. 2tyU0 ib 4 —

lorsque l'objet dont il s'agit sera soumis à l'examen de la chambre: mais dans la persuasion où je suis que relie mesure a déjà l'approbation unanime de la chambre, fespèfrC qu'elle reconnaîtra comme moi la nécessité de pourvoir aux moyens de nous procurer un subside pécuniaire propre à déterminer cette coopération qui est tant à désirer, et c'est dans cette vue que j'ai cru qu'il était de mon devoir de me procurer provisoirement une somme de 5 millions; il est certain que le vole de 5 millions dont il s'agit n'est que conditionnel, et je n'ai pas prétendu rien préjuger sur l'opinion de la chambre relativement à l'emploi de cette somme, avant que cette question lui soit soumise quand il en sera temps ; mais j'ai pensé que les circonstances étaient telles qu'il ne fallait pas différer de proposer ce vote, attendu qu'il ne peut survenir aucun changement dans la situation actuelle des choses, si ce n'est le refus ou le consentement des puissances continentales de contracter une alliance avec nous. » Les communes décrièrent : Ecoutez! écoutez!

Le ministre ne pouvait être plus positif dans ses déclarations, il révélait tous les engagements de la Grande-Bretagne ; la base de la

Recrutement et casualités.

Milice et fencibl. infant. 103,328.

Id. casualités.

M. habillement.

Paye des officias surnuméraires.

Bureaux.

Appointements des vivandiers, etc.

Demi-paye et appoint, milit.

Id. forces d'Amérique.

Id. brigade écossaise.

Pensionnaires intérieurs de Chelsea et de 1 hôpital de Kilmainham.

Pensionnaires extérieurs de Chelsea et de l'hôpital de Kilmainham.

Pensions des veuves.

Corps étrangers, 17,886.

Hôpital d'Irlande.

Le collège royal militaire, y compris l'étatinajor et les dép. des dép. anciens et nouv.

Retraite royale militaire.

Baraques d'Irlande.

10,059,764 3 4 — 2,807,187 5 3 Déduction des forces de l'Inde. 471, '«(il 0 11 —

Total. 9,588,303 2 3 — 2,807,187 5 3

politique de M. Pitt fut désormais ce mot sécurité, expression admirablement appropriée à la situation. Or, par sécurité, la Grande- Bretagne entendait un résultat d'équilibre sur le continent qui permît à chaque État le développement et la force des anciennes alliances commerciales et politiques. Ainsi une modilication essentielle dans l'esprit des coalitions s'opérait. 11 ne s'agissait plus du désir plus ou moins sincère delà restauration des Bourbons, cause compromise alors; on avait renoncé à donner à la politique ce sens exclusif; l'Europe pensait à sa propre sûreté, c'était bien assez déjà en face d'un colosse qui pouvait broyer tout de sa main de fer ; le mot sécurité répondait à tous les scrupules en permettant de traiter avec l'empereur Napoléon sur les bases d'une reconnaissance souveraine.

Ce principe politique une fois bien établi, il fut facile de négocier avec les puissances du continent ; les ministres anglais s'adressèrent d'abord à la Suède, à Gustave-Adolphe, le plus irrité des princes; ses griefs contre le nouvel empereur étaient sans limite et sans mesure; il s'exprimait sur sa personne d'une manière fière, énergique, folle ou moqueuse. La Suède ne pouvait apporter de grandes forces dans la coalition ; pauvre d'argent, elle n'avait pas 40,000 hommes, mais ses vastes États, ses mines, ses bois, ses lacs, ses golfes, étaient mis à la disposition de la Grande-Bretagne pour favoriser son action sur le continent. La Suède pouvait entrer en ligne au nord , et former la droite dans un mouvement armé contre la France. Pour cela il ne lui fallait que des subsides , et un traité arrêté dès le mois de décembre 1804 stipula une alliance défensive et offensive entre la Suède et la Grande-Bretagne *. On accordait un subside de 60,000 livres à

1 Convention préliminaire entre V Angleterre, et la Suède, en. date du 3 décembre 180'i.

« S. M., pour mettre le roi de Suède à même de pourvoir à la défende de Stralsund, consent à lui payer 60,000 liv. sterl. en trois termes; et le roi de Suède s'engage a permettre 1 étallissement d'un dépôt dans la Pomcranie suédoise, pour les besoins des troupes hanovriennes, et à accorder pendant la guerre le droit d'un entrepôt a Stralsund, pour y déposer les marchandises anglaises. »

Convention avec le roi de Suède, signée à Helsingbord, le. 31 août 180o.

« S. M. s'engage à payer par mois au roi de Suède la somme de 800 liv. steiï. pour chaque mille hommes de troupes régulières dont il renforcera la garnison de Stralsund, ledit renfort ne devant pas excéder 4,000 hommes de troupes régulières. Celte convention est garantie par l'empereur de Russie. »

Plus tard, on renouvelle la convention du 31 août, et la Suède s'engage à fournir

(iustave-Adolphe, afin qu'il mit ses troupes sur pied pour l'éventualité d'une coalition conclue entre les grands États, et surtout pour la défense de Slralsund.

L'adhésion de la Suède n'était pas une acquisition considérable, et certes M. Pitl n'avait pas jusqu'ici un résultat diplomatique en rapport avec le vote immense du parlement. Alors s'entamait une négociation plus vaste , plus effective entre la Russie et l'Angleterre , préliminaire d'un traité commun qu'on devait essayer vis-à-vis de l'Autriche, la Prusse, Naples, l'Espagne et le Danemarck, sur la garantie mutuelle des territoires ; les électorats intermédiaires de l'Allemagne devaient tout naturellement se placer à la suite des grands souverains. Quand on se rappelle l'aigreur des notes de la France et de îa Russie depuis l'avènement de l'empereur, on s'explique très-bien la tendance des négociations de Londres et de Saint-Pétersbourg. M. de Marcoff avait obtenu ses passe- ports, M. d'Oubrill quittait Paris, et les dernières notes de la Russie à la France témoignaient le désir de ressaisir par la guerre ce qu'on n'avait pu obtenir par une négociation régulière. Le chef du cabinet d'Alexandre, homme de prépondérance, était, depuis son avènement, le prince Czartorisky, Polonais d'origine, favorable à la France, aux idées libérales, et dans les meilleures grâces de l'empereur Napoléon. Alexandre avait en lui une confiance illimitée ; mais le parti véritablement russe, conduit par l'impératrice mère, accusait le prince de Czartorisky de faiblesse et d'impuissance en face d'une situation qui compromettait l'honneur et la sécurité de la Russie. Le prince de Czartorisky vit son influence s'effacer ', et un cabinet plus fortement prononcé dans le sens de la guerre se

12,000 hommes de plus pour agir de concert avec les alliés. Il lui sera payé 12 1/2 liv. sterl. par an pour chaque soldat, et cinq mois en sus pour l'équipement. Le subside ne cessera que trois mois après la paix.

' Le cabinet de Saint-Pétersbourg était ainsi composé :

M. le comte Alexandre de Woronzoff, ministre des affaires étrangères.

M. le prince Adam Czartorisky, adjoint.

M. Serge de Wiasmitinoff, ministre de la guerre.

AI. Paul de Tchitchakoff, adjoint au ministère de la marine.

M. le prince Lapouchin, ministre de la justice.

.'.ï. le comte Victor de Kotchoubey, ministre de l'intérieur.

M. le comte Alexis et Wassilieff, ministre des finances.

AI. le comte Nicolas de Romanzoff, ministre du commerce.

AI. le comte Pierre de Zawadowsky, ministre de l'instruction publique.

AI. Alichcld de Mourawicff, adjoint.

forma à Saint-Pétersbourg sous M. de Woronsovv. Dès ce moment les plaintes de la Russie devinrent plus aigres; elle rompit ses derniers rapports avec la France, et M. Pitt trouva accès auprès d'Alexandre ;>our arriver à un vaste armement. Bientôt tout fut public , et les demandes ollîcielles au parlement vinrent révéler l'état de la négociation.

Do jeune et habile diplomate, M. de Novosilzoff, fut chargé de se rendre directement à Londres afin d'arrêter avec M. Pitt les bases d'un traité de subsides et d'un plan de campagne que l'on se proposait de développer contre Napoléon. Les instructions de M. de Novosilzoff étaient fort étendues : on devait se tenir prêt pour une campagne d'hiver; la Russie ne cherchait qu'un moyen de multiplier ses levées et de grandir son système militaire à l'aide des subsides anglais. M. de Novosilzoff fut accueilli à Londres avec l'intérêt qu'inspirait sa mission ; admis dans les cercles torys , il vit plusieurs fois M. Pitt, et lui exprima la volonté expresse de l'empereur pour la conclusion d'un traité qui forcerait ia France à se restreindre dans son ambition. On s'entendit sur les bases; >m posa les questions suivantes : quel plan suivrait-on dans un mouvement armé contre la France? Agirait-on directement ou bien une démarche serait-elle faite en commun auprès du chef du gouvernement français pour indiquer les conditions d'un nouveau système diplomatique en Europe? 31. Pitt et M. de Novosilzoff s'entendirent parfaitement : le ministre anglais avait arrêté, point à point, un projet de coalition et de campagne ( il faut remarquer que ce plan se rapproche beaucoup de celui qui fut adopté en 1813 ) ; il ne demandait que le concours absolu des puissances dans un mouvement régulier contre la France ; M. Pitt le voulut énergique et simultané.

Une telle négociation, pour arriver à un résultat, efficace appelait le concours de l'Autriche, et pouvait-on compter sur elle dans la situation présente? Le caractère de la diplomatie autrichienne était pins prudent, moins enthousiaste1 que celui de la Russie ou de la

1 Voici la composition alors du cabinet autrichien :

M. le comte de Côlloredft, j;rand chambellan, ministre du cabinet.

M. le prince de Colloredo, vice-chancelier de l'empire.

M. le comte Louis de Cobe tzel, \icc-chancelier de cour et d'Étal.

M. le comte d'Ottingen-Wallerstein, président du conseil aulique de l'empire.

M. le comte de Kouwratb, ministre de l'intérieur.

.M. le comte de Rotlenham, président du conseil suprême de justice.

AI. le comte Cgarte, chancelier de Bohème et d'Autriche.

!>E ÏA COALITION. 91

Suède ; l'Autriche , exposée aux dangers d'une guerre sur ses frontières, ne pouvait se jeter dans une campagne improvisée; depuis six mois elle armait , elle avait sur pied 330,000 hommes prête à se porter sur le Danube et sur l'Adige. Sous prétexte d'une maladie contagieuse qui régnait en Italie, l'Autriche venait de former un cordon sanitaire, véritable armée, s'élevant à 1*25,000 hommes; elle ne voulait rien faire follement et imprudemment ; les bases de la mission de M. de Novosilzolf, à Londres, lui avaient été communiquées par le comte de Rasumowski , ambassadeur russe à Vienne. L'Autriche répondit d'abord « qu'on pouvait compter sur elle, pourvu qu'on lui laissât le temps moral et matériel de réunir de grandes ressources sur le champ de bataille, et qu'on lui donnât des garanties d'un vaste développement de moyens; il ne fallait pas s'essayer imprudemment contre Napoléon. » L'Autriche voulait aussi un large subside qui lui serait accordé par l'Angleterre et payé par avance. Quand ces négociations se poursuivaient, M. de Larochefaucauld, ambassadeur à Vienne, et M. de Cobentzel, à Paris, échangeaient des assurances de paix et de bon rapport. Ici, des paroles pacifiques ; là, des armements militaires et des préparatifs de guerre.

Aucune coalition ne pouvait être complète et formidable, si la Prusse n'y accédait formellement, comme condition essentielle du succès ; l'Angleterre en avait fait la triste expérience dans la coalition de 1799 ; toutes les causes de ruine pour les alliés étaient venues de la neutralité de Berlin. Depuis un an le cabinet de Londres travaillait la Prusse; l'avènement de M. Hardenberg avait certainement donné plus d'énergie à l'esprit de nationalité; mais jusqu'alors, loin de se prononcer, la cour de Berlin multipliait les armements dans le dessein de maintenir ce que la Prusse appelait la neutralité du Nord, en opposition avec l'Autriche , sous l'influence de laquelle s'était autrefois placé le midi de l'Allemagne. Cette situation timide du

M. le baron deSumereau, chancelier de Hongrie.

M. le comte de Teleky-Szck, chancelier de Transylvanie.

M. le comte deMailath, chancelier, pour les affaires d'Italie.

M. le comte de Zichy, président de la chambre des finances et de la banque.

S. A. R. M. l'archiduc Charles, président du conseil aulique de la guerre.

S. A. R. M. l'archiduc Jean, vice-président et chef du génie.

M. le comte de Pergen, ministre général de police.

Ministres d'État : M. le comte de Zinzendorf, M. le comte de Lerhbach.

M. le comte de Saurau, ministre d'État, maréchal des Élats de la basse Autriche,

cabinet de Berlin avait excité une certaine indignation dans l'amede Gustave-Adolphe, et il avait écrit des lettres à Frédéric-Guillaume pour accuser la trahison des minisires prussiens1. M. de Laforest à Berlin offrait à la cour de Frédéric-Guillaume, comme prix de sa neutralité, deux provinces magnifiques : le Hanovre confisqué sur l'Angleterre, et la Poméranie suédoise, et même les villes hanséatiques, qui arrondissaient parfaitement la Prusse héréditaire.

Par contraire, M. de Winzingerode, envoyé russe à Berlin, pressait le roi dans les termes les plus graves et les plus mesurés de prendre

1 Aussi Napoléon s'empressa de tirer parti de cette circonstance pour se rendre le rai iuet de Berlin favorable :

« Le roi de Suèùe a fait répandre une note où il a l'air d'insulter la Prusse. Mais ce qui pnmve à quel point toutes les démarches de ce prince sont irréfléchies, c'est qu'en insultant la Prusse il la menace de la Russie. 200,01)0 Prussiens sont toujours 200,000 soldats de Frédéric, et rien n'autorise aucune puissance à ne pas regarder i ne telle armée comme l'une des plus formidables de l'Europe; tandis que toutes les c( nsîdérations, et particulièrement ce qui s'est passé en 1799, apprennent suffisamment que la Finlande, qui n'est qu'à soixante lieues de Pétcrsbourg, ne pourrait être défendue parla Suède si elle était l'objet des désirs de la Russie. Quelque brave que soil l'armée suédoise, il y a dans les masses des deux États une telle disproportion, qu'elle n'est pas faite pour donner à la Suède une grande sécurité.

» Dans un tel état de choses, insulter à la Prusse, comme on a insulté à la France, c'est le comble du délire. Il est probable que la cour de Berlin fera ce qu'a fait l'empi reur Napoléon , et ne répondra que par le silence à de pareilles incartades. Mais rien ne décourage le roi de Suède ; ce prince n'est pas mieux avec l'empereur d'Au- ' riche, dont il n'a pas voulu reconnaître le nouveau titre. Au lieu de s'attacher aux véritables intérêts de sa couronne, il recherche le singulier avantage de se déclarer le vassal de la Russie pour assouvir des passions aveugles.

» Ce n'est pas avec cette politique que les grands rois de Suède avaient donué de l'éclat à leur trône, et quelles que soient les erreurs et leurs inspirations du moment, la géographie de ses Étals doit dire au roi de Suède qu'il n'a rien à craindre de la i'rance, de l'Autriche, de la Prusse, dont il ne peut recevoir que de l'appui , tandis • ju'il doit avoir sans cesse les yeux ouverts sur la Finlande. La Suède n'a pas eu de guerre avec la France depuis que l'un et l'autre État sont constitués en nation ; elle n'en a point eu avec l'Autriche depuis Gustave-Adolphe, encore était-ce une guerre «ic religion, et l'on vit marcher alors les troupes de Suède et de Rrandcbourg sous les même-, drapeaux. 11 n'en est pas de même à l'égard de la Russie : il y a à peine douze ans que les Suédois et les Russes se firent une guerre acharnée, et il y a peu de mois encore que ces deux Etats eurent des différends assez violents pour que de part et d'autre on courût aux armes et l'on fit marcher des troupes. Ainsi, lorsqu'on voit la Suède menacer la Prusse et la Russie, le blâme de celte conduite ridicule tombe en entier sur le cabinet de Stockholm, et fait ressortir à ia fois sa faiblesse et le peu de mesure de toutes ses délibérations; sa faiblesse, car on ne menace pas du courroux d'aulrui dans une querelle personnelle; son impolilique, car on ne cherche pasà agrandir un voisin pué ant lorsqu'il est déjà si dangereux. »

une résolution vigoureuse contre les usurpations toujours croissantes de la France, influence qui à la lin l'absorberait. Est-ce que la Prusse ne se croyait pas menacée par l'occupation du Hanovre? Comment pouvait-elle parler encore de la neutralité du nord de l'Allemagne, quand Bonaparte la violait si étrangement par ses occupations militaires et le despotisme de ses envoyés à Lubeck, Hambourg, Altona, autrefois villes libres , entièrement placées sous la protection de la maison de Brandebourg? La Prusse répondait par des faux-fuyants, et alors la Russie impatiente déclara qu'elle ferait marcher un corps sur les frontières prussiennes pour déterminer ce cabinet à se prononcer nettement soit pour la coalition, soit pour la France; sa situation mixte était dangereuse et sa neutralité importunait. A tout cela la Prusse répondait par des armements, mobilisait 100 mille hommes, et son effectif fut porté à 160 mille hommes dans les premiers six mois de l'année 1805.

Le théâtre des mouvements diplomatiques de l'Europe était Londres, d'où partaient toujours les inspirations du continent. M. Pitt voyait avec une satisfaction secrète se réaliser la pensée d'une coalition, et il put dès ce moment se montrer plus explicite dans ses rapports avec ses amis politiques. M. de Novosilzoff était reparti pour Saint-Pétersbourg, dans le dessein de prendre les ordres définitifs de son souverain. Devait-on brusquer Bonaparte, et arrêter contre lui des résolutions telles que l'on mettrait le droit de son côté? Les alliés devaientau moins témoigner publiquement leur modération, démarche nécessaire pour amener le concours efficace de l'Autriche et de la Prusse. Les articles confidentiels furent arrêtés dans le mois de mars par M. Pitt et M. de Novozilzoff, sous le plus profond secret, et ils devaient être assez largement conçus pour préparer à la fois et la paix et la guerre.

Tout fut conclu et ratifié au mois d'avril 1805 : les hautes puissances contractantes disaient à la face de Dieu que leur traité n'avait pour objet que de rétablir la paix de l'Europe, et de lui rendre l'indépendance dont elle était privée par l'ambition sans bornes du gouvernement français. « En conséquence les deux puissances s'engagent à réunir des forces qui, indépendamment des troupes de la Grande- Bretagne, se monteront à 500,000 hommes effectifs, pour obtenir les résultats suivants : l'évacuation du Hanovre et du nord de L'Allemagne ; l'indépendance des républiques de la Hollande et de la Suisse,

le rétablissement du roi <le Sardaigue en Piémont, avec une augmentation de territoire telle que les circonstances pourront le permettre ; L'indépendance future du royaume de Naples; l'évacuation complète de l'Italie par les armées françaises, y compris l'île d'Elbe ; et enfin l'établissement en Europe d'un ordre de choses qui puisse désormais offrir une barrière à de nouvelles usurpations. Pour ce résultat, S. M. britannique s'obligeait à payer la somme d'un million deux cent mille livres sterling de subsides pour chaque cent mille hommes qui seraient fournis par la Russie, payables mois par mois. Nul ne pourrait traiter de la paix que du consentement de toutes les parties. Enfin, et attendu la grande difficulté de déployer sur-le-champ 500,000 hommes en campagne, on mettra en marche le plus tôt possible une armée de 400,000 hommes, qui sera composée de la manière suivante : l'Autriche fournira 250,000 hommes, la Russie 115,000 au moins, indépendamment des levées faites en Albanie, en Grèce, etc.; et le reste sera fourni par Naples, la Sardaigne, le Hanovre et autres. Les troupes russes recevront lesdits subsides jusqu'à leur retour dans leur patrie, et en outre un équivalent de trois mois de subsides pour une première mise en campagne. »

Un article formel déclarait « qu'il n'entrait nullement dans les principes des parties contractantes de se mêler de la forme du gouvernement de la France, ni de s'approprier aucune des conquêtes qui pourraient être faites ; et à la fin de la guerre, il serait rassemblé un congrès général pour donner à l'Europe une paix solide et durable ; les parties contractantes feront cause commune contre les puissances qui s'uniraient avec la France, de manière à entraver la marche des opérations combinées. Enfin l'Angleterre renouvelait la promesse de fournir au czar un million sterling pour la première armée qu'il mettrait en campagne, dans le cas où les propositions de paix qui devaient avoir lieu à cette époque , et dans lesquelles l'Autriche se trouverait comprise, n'auraient pas un résultat favorable. Ou ajoutait, par un dernier article , que l'Autriche et la Suède n'auraient aucune part aux avantages de la confédération , à moins que leurs troupes ne fussent en campagne dans quatre mois, à compter de la signature dudit article ! .

1 Voici au reste les articles séparés du traité de coopération. « Art. Ier. S. M. l'empereur de Russie ayant fait connaître à S. M. B. ses arrangements a>ec LL. MM. l'empereur d'Allemagne et le roi de Suède, S. M. B. s'engage

Les hostilités des grandes puissances devaient être précédées d'une démarche pacifique auprès de l'empereur Napoléon, afin qu'il accédât à l'ultimatum arrêté à Londres : les puissances voulaient se donner, par ce moyen, le temps de délibérer, afin qu'on pût réunir toutes les forces militaires disponibles. L'Angleterre, la Russie et la Suède, parfaitement d'accord pour adresser des demandes formulées au chef du gouvernement français, considéraient la guerre comme indispensable, à moins que Napoléon ne consentît à l'ultimatum qui lui serait présenté. Désormais les puissances alliées ne purent traiter séparément ; leur politique fut commune, et les ambassadeurs agirent avec une constante simultanéité. Il fallait ce concours sincère, énergique, pour faire marcher l'Autriche sans arrière-pensée dans la coalition.

Les cabinets de Londres et de Saint-Pétersbourg s'adressèrent à

à remplir ses engagements énoncés dans le présent traité de coopération à l'égard de chacune de ces puissances, si dans l'espace de quatre mois, à compter du jour de la signature du présent acte, ces deux puissances, ou l'une d'elles, ont fait agir leurs forces contre la France, en vertu des engagements qu'elles ont pris avec S. M. l'empereur de toutes les Russies.

» Art. 4. La réunion de 500,000 hommes effectifs n'étant pas aussi facile qu'elle est désirable, LL. MM. sont convenues qu'on opposerait le plus tôt possible à la France une armée de 400,000 hommes composée de la manière suivante : l'Autriche fournira 250,000 hommes, la Russie ne fournira pas moins de 115,000 hommes, indépendamment des levées qu'elle fera en Albanie, en Grèce, etc., et le reste des 400,000 hommes sera complété par IS'aples, le Hanovre, la Sardaigne et autres.

» Art. 5. S. M. l'empereur de toutes les Russies s'engage pareillement à faire marcher, le plus tôt possible, une armée qui ne sera pas moindre de 60,000 hommes vers les frontières d'Autriche , et une autre de 80,000 hommes au moins vers les frontières de Prusse, pour être prêtes à coopérer avec lesdites cours dans la proportion déterminée par le traité de coopération signé cejourd'hui, et à les défendre respectivement dans le cas où elles seraient attaquées par la France, qui pourrait les supposer engagées dans quelque négociation relative à un objet contraire à ses vues; mais il est entendu que, indépendamment des 115,000 hommes que S. M. I. de toutes les Russies doit faire agir coutre les Français, elle entretiendra des corps de réserve et d'observation sur ses frontières.

» Il est de plus convenu que, comme les forces promises par S. M. l'empereur de Russie quitteront en tout ou en partie les frontières de son empire, S. M. B. leur payera les subsides convenus par le présent traite jusqu'à leur retour en Russie, et de plus l'équivalent de trois mois de subsides comme première mise en campagne. Les troupes russes qui se trouvent actuellement dans les Sept-Iles, et celles qui peuvent y être encore envoyées, ne jouiront pas de l'avantage des subsides et de la première mise en campagne avant le jour de leur départ des Sept-Iles, pour commencer les opérations contre les Français.

» Art. 6. S. M. le roi du royaume uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, et S. M. l'empereur de toutes les Russies, étant disposés à former une coopération

Vienne par deux moyens : la Russie offrit d'abord un secours militaire dans des conditions assez larges pour soutenir une campagne en Allemagne et en Italie. Le comte de Rasumowsky déclara « qu'avant que l'Autriche et la France fussent prêtes à entrer en campagne, une armée russe serait sur le Danube et sur l'Inn ; comme on ne traiterait plus séparément, les intérêts seraient communs, les défauts de la coalition de 1799 seraient évités; on avait vu sous Suwarow ce que pouvaient faire les troupes russes bien conduites, elles ne seraient qu'auxiliaires de l'armée impériale ; on donnerait à l'Autriche de riches indemnités en Italie, étendant ses frontières jusqu'au Piémont ; on reconstituerait son influence germanique ; l'Adriatique serait à elle par Venise et la Dalmatie. L'ambassadeur d'Angleterre ajoutait une offre considérable de subsides; un million de livres sterling

énergique', dans la seule vue d'assurer à l'Europe une paix solide, fondée sur de? principes de justice, d'équité et de la loi des nations, par lesquels ils sont constamment guidés, sont pénétrés de la nécessité d'un accord mutuel, dans les circonstances . . nielles, sur les principes qui vont diriger leurs opérations. Ces principes ne sont en aucune manière de contrôler l'opinion publique en France, ni dans aucun auiie pays où les armées combinées peuvent diriger leurs opérations, relativement à la forme du gouvernement qu'il peut être convenable d'adopter, ni de s'approprier, jusqu'à la conclusion d'une paix, aucune des conquêtes faites par l'une ou l'autre des parties belligérantes; et de prendre possession des villes et territoires qui pourront être enlevés à l'ennemi commun, au nom du pays ou de l'Etat auxquels ils appartiennent par un droit reconnu, et dans tous les autres cas, au nom de tous les membres de la ligue; et, enfin, de réunir à la fin de la guerre un congrès général pour discuter et fixer le code de la loi des nations sur une base plus déterminée qu'on ne l'a pu faire malheureusement jusqu'à présent , et d'en garantir l'exécution par l'établissement d'un système fédératif adapté à la situation des différents États de l'Europe.

» Art. 8. Comme il est possible que l'influence que le gouvernement français cherche à exercer sur les conseils des différents États de l'Europe détermine l'un ou l'autre de ces États à mettre des entraves à l'accomplissement des effets salutaires qui sont l'objet de la présente coopération, et même à avoir recours à des mesures bcstiles contre l'une des hautes parties contractantes, nonobstant leurs efforts pour établir en Europe un ordre de choses équitable et permanent, S. M. B. et S. 31. l'empereur de Russie s'engagent à faire cause commune contre toute puissance qui, par l'emploi de ces forces, ou par une union trop intime avec la France, prétendrait mettre des obstacles essentiels au développement des mesures que les hautes parties contractantes croient devoir prendre pour obtenir les résultats qu'on se propose par la présente coopération.

» Art. H. Les hautes parties contractantes, reconnaissant la nécessité d'appuyer par des démonstrations énergiques les propositions de paix qu'elles ont l'intention de faire ;': Bonaparte, ont résolu d'inviter sa majesté apostolique, impériale et royale, à mettre ses armées en mesure d'agir sans délai, en les mettant au complet, et en les •poncent r:<nt dans le voisinage des frontières de France. »

serait donné par chaque cent mille hommes ; c'était plus qu'il n'en fallait pour entrer en campagne : l'Autriche, inquiète de l'avenir, se montrait exigeante et méfiante tout à la fois; elle voulait l'appui des Russes sans jamais dépendre d'eux; elle acceptait l'argent de l'Angleterre sans trouver le sacrifice suffisant. Tout cependant faisait croire à son accession complète au traité conclu par M. de Novosilzoff à Londres; au mois do juin, on pouvait compter sur le concours du cabinet de Vienne dans la coalition. Il ne s'agissait plus que d'organiser un plan de campagne qui recevrait son adhésion complète.

Le comte de Stadion transmit à lord Gower, ambassadeur d'Angleterre à Saint-Pétersbourg, les intentions définitives de sa cour : « L'empereur d'Allemagne demandait, par cette déclaration, trois millions sterling de subsides pour l'année 1805, et quatre millions pour l'année 1806, et moitié de trois millions payés comptant pour la première armée qui serait mise en mouvement. » La réponse de lord Gower, en date du 9 août, porte « qu'il n'est point autorisé à accéder à cette demande de la cour de Vienne ; mais qu'en vertu de la convention du 11 avril, entre M. de Novosilzoff et M. Pitt, les subsides seront payés mois par mois, à compter du 1er octobre 1805, avec cinq mois d'avance pour la première armée qui entrera en campagne, S. M. I. s'étant engagée à mettre sur pied au moins 320,000 hommes. »

Par les ordres de sa cour, le comte de Stadion, admettant ces bases en elles-mêmes, envoya dans les termes suivants son adhésion au traité anglo-russe : « L'autriche accède au traité conclu entre la Russie et l'Angleterre, le 11 avril de cette année, ainsi qu'au dernier plan que le ministère russe a fait présenter à Vienne. L'Autriche promet d'en remplir les conditions, à l'exception des modifications , clauses et demandes renfermées dans les différentes pièces officielles; l'Autriche s'engage à exécuter sans délai les dispositions militaires arrêtées à Vienne, le 1G juillet, soit pour les démonstrations qui doivent faciliter les négociations, soit pour les opérations contre l'ennemi qui peuvent s'ensuivre, dans la confiance et la certitude que la présente convention sera exécutée en tout point et littéralement, et que l'arrangement définitif sera conclu sans délai et sur la môme base entre les trois puissances. En fait, l'Autriche s'engage, aussitôt que la totalité ou même une partie des troupes russes auront quitté leurs frontières, à ne traiter de la paix que sur la base que la Russie a

reconnue elle-même être indispensable pour la sûreté de l'Europe ; et si les hostilités ont lieu, à ne souscrire ni paix ni trêve que du consentement des alliés, selon les conditions du traité anglo-russe de cette année '. »

1 Les pièces diplomatiques de cetle négociation avec l'Autriche offrent la plus grande curiosité. Les voici textuelles.

Déclarut iun dit comte de Stadion, ambassadeur d'Aatric}ie,àlord Grenville-Lewison- Gower, datée de Saint- l'etersbonry, le 9 août 1805.

» S. M. I. et R., en accédant au traite conclu le 11 avril 1805, et subséqueinment ratifié parlcscours dcLondres et de Saint-Pétersbourg, limiie les secours pécuniaires qu'elle attend de S. M. le roi de !;i Grande-Bretagne, pour l'année courante 1805, à li Minime de 3,000,000 livres sterling, dont un million et demi pour première mise en campagne, laquelle somme sera pavée le plus tôt possible ; et l'autre million et demi, pour les subsides, sera soldé en payements égaux, chaque mois, jusqu'à la fin de l'année. Ces subsides, ainsi qu'un million de la somme allouée pour première mise en campagne, seront fournis à S. M. I, et resteront en sa possession, quand bien même ses démonstrations vigoureuses n'éclateraient pas en hostilités, et ne tendraient qu'à appuyer les négociations pour le rétablissement de la paix. De plus, comme ces démonstrations hostiles serviront très-efficacement à arriver au but qu'on s'est proposé, par le traité de coopération auquel S.M.I.a accédé, elle espère que tant qu'elles continueront , les subsides continueront pareillement à lui être payés de la même manière que si les armées étaient employées dans une guerre active, et que pour l'année 1806 et les années suivantes, eu égard au grand nombre de troupes qu'elle oppose à l'ennemi commun, ce subside sera porte à 4,000,000 sterling, payables comme il acte stipulé ci-dessus, jusqu'au retour des régiments dans les États héréditaires.

» Son excellence l'ambassadeur de la Grande-Bretagne ayant déclaré que les ordres formels de sa cour l'empêchaient d'accéder sans restriction aux demandes susdites, et s'étant engagé par un acte préliminaire , échangé a^ant le présent, à des conditions qui en diffèrent considérablement, le soussigné accepte cet acte qui lui a été délivré par 1 ambassadeur d'Angleterre; mais il déclare, en même temps, qu'il ne regarde pas les sommes qui y sont stipulées comme suffisantes, et qu'il réserve expressément à sa cour le droit de réclamer à cet effet l'entière exécution de ses demandes. En transmettant cette déclaration préliminaire , qui doit être regardée comme aussi valide que le traite le plus solennel , le soussigné est autorisé à lui d< •< larer en même temps qu'il est prêt à procéder immédiatement, sur lesdites bases, à la conclusion de l'acte formel d'accession de l'Autriche au traité du 11 avril 1805.

» Stadiox. »

Déclaration adressée le 9 août 1805 par le prince Czartorisky à l'ambassadeur comte

de Stadion.

■' 1" Les diverses observations et propositions énoncées par la cour de Vienne dans la déclaration préliminaire remise le 7 juillet par le vice-chancelier d'État comte de Cobentzel à l'ambassadeur comte de Rasumowski, sont regardées par S. M. l'empereur de toutes les Russies comme devant servir de base aux mesures qui auront lieu de concert entre les cours de Russie, de Vienne et de Londres. Sont adoptées pareillement les modifications qui y sont proposées par S. M. I. et R. pour l'arran-

M LA COAI.ITIO. 99

Dès ce moment, toutes les forces diplomatiques, toute l'action des cabinets se concentra une fois encore vers la cour de Berlin. On lui disait : « Vous voyez ! nous sommes tous d'accord, le moment est arrivé de proclamer l'indépendance de l'Europe ; il faut abattre le système d'envahissement du gouvernement fraucais. La Prusse estelle exempte de l'abaissement général? La ménage-t-on lorsqu'on envahit le Hanovre à ses portes? On intrigue en Saxe, on enlève des plénipotentiaires à Hambourg, dans les villes hanséa tiques ; on lève des contributions partout en Allemagne ; si on laisse le système français se développer, la Prusse sera réduite, comme les États des rives du Rhin, à n'être plus qu'une annexe à l'empire d'Occident, le dernier vœu de l'ambition de Bonaparte désormais sans bornes. La Prusse pouvait-elle hésiter à entrer dans la coalition? La Russie mettait à sa disposition <J0 à 80,000 hommes; avait-elle besoin d'argent, l'Angleterre lui en donnerait à pleines mains. »

A tout cela, M. de Hardenberg répondait toujours « que le temps n'était pas venu ; » la Prusse, prête à toute éventualité, ne voulait pas cependant perdre ce caractère de neutralité impartiale qui avait marqué sa politique depuis le traité de Bàle. Toutefois le roi Frédéric- Guillaume laissait entrevoir aux alliés qu'au moment où ils se mettraient en campagne, la Prusse pourrait les seconder par une heu-

tçement des affaires du continent, dans le cas où il y aurait quelque espoir d'éviter la guerre, au moyen des négociations;

» 2° S. M. l'empereur de toutes les Russies confirme les arrangements militaires détaillés dans le protocole des conférences qui ont eu lieu entre le général comte de Winzingerode, d'une part, et le prince de Scbwartzemherg et le général Mack, d'autre part, lequel a ete signé le 10 juillet, et S. M. I. s'engage formellement à l'entière exécution des mesures qu'il renferme.

» 3° S. M. l'empereur de toutes les Russies s'engage en outre à employer ses bons offices auprès de S. M. B. pour obteuir son consentement aui modifications et demandes contenues dans la pièce déjà citée.

» 4° S. M. l'empereur de toutes les Russies promet d'employer ses bons offices pour engager S. M. B. à accorder à la cour de Vienne la totalité des subsides par elle demandés, à condition néanmoins que, dans le cas de non-succès, cette circon~ stance n'occasionnera pas un changement essentiel dans les mesures concertées entre Ja Russie et l'Autriche.

» 5° S. M. l'empereur de toutes les Russies s'engage, aussitôt que tout ou partie des troupes russes auront quitte leurs frontières, de ne traiter de la paix que sur les bases qui ont été reconnues par S. M. I. comme indispensables pour la sûreté de l'Europe, et lorsque la guerre aura éclaté, de ne souscrire à aucune paix ni trêve sans le consentement des alliés. »

rame diversion en Allemagne ; elle voulait attendre, pour se prononcer, le moment opportun ; et tandis que la Russie, la Suède et l'Autriche adhéraient au plan politique arrêté par M. Pitt, le cabinet de Berlin se réservait un système de modération qui deviendrait prépondérant au premier revers de l'une des puissances engagées dans la guerre.

Maître de la politique des grands États, M. Pitt résolut de réunir dans la coalition les souverainetés secondaires qui pourraient prêter quelque appui, et il tourna les yeux d'abord vers l'Espagne ; les armements vigoureux; que la Grande-Bretagne avait faits contre la Péninsule étaient à plusieurs fins. M. Pitt connaissait le traité secret de subsides et d'alliance qui avait uni la France à l'Espagne ; jusque-là il considérait donc le cabinet de Madrid comme une proie sur laquelle il devait frapper ; son système fut de faire le plus de mal possible à la marine et au commerce espagnol, afin de réduire la Péninsule à une situation misérable qui lui fît désirer un changement politique; en conséquence, les flottes anglaises prirent les galions chargés d'or et les frégates du Mexique, source de richesses pour le gouvernement espagnol. Le roi Charles IV et le prince de la Paix, poussés par l'ambassadeur Beurnonville, répondirent à ces hostilités par une déclaration de guerre. Les griefs de l'Espagne ' étaient étalés avec ostentation :

1 Manifeste du roi d'Espagne contre le roi d'Angleterre.

(t Madrid, 12 décembre 1804.

» Le rétablissement delà paix, que les puissances de l'Europe avaient vu avec tant de plaisir par le traité d'Amiens, a été malheureusement de courte durée pour le bien des peuples. Les réjouissances publiques par lesquelles on célébrait de si grands succès n'étaient pas encore finies , lorsque la guerre a commencé de nouveau à i rouhicr la tranquillité publique, et le bien que la paix offrait commença à s'évanouir.

» Les cabinets de Paris et de Londres tenaient l'Europe en suspens et dans l'indécision entre la crainte et l'espoir, voyant chaque jour plus incertaine l'exécution de leurs négociations, jusqu'à ce que la discorde vînt rallumer entre eux le feu d'une guerre qui naturellement devait se communiquera d'autres puissances, l'Espagne et la Hollande, qui traitèrent avec la France à Amiens, et que leurs intérêts et leurs relations politiques tiennent si particulièrement unies, qu'il était très-difïicile qu'elles ne pussent à la lin prendre part dans les agressions et offenses faites à leur alliée.

» Dans cette Circonstance, S. SI., fondée dans les plus solides principes d'une bonne politique, a préféré le subside pécuniaire au contingent de troupes et navires qu'elle devait fournir h la France en vertu du traité d'alliance de tT9!i ; ainsi, par te moyen de son ministre à Londres, comme par le moyen des agents anglais à Madrid, «■lie donna à connaître delà façon la plus positive, au gouvernement britannique, sa décisive et ferme résolution de demeurer neutre pendant la guerre, ayant pour W

« On en appelait au droit des gens sur la violation de tous les principes que l'Angleterre avait méconnus. »

Ce manifeste diplomatique cachait des négociations intimes entre les deux: cabinets de Londres et de Madrid. L'Angleterre savait, par ses intelligences, la fausse position dans laquelle se trouvaient les Bourbons en Espagne. Ce n'était point un sentiment d'admiration ou

moment la consolation de voir que cette ingénue sécurité était en apparence bien .1 la cour de Londres.

» Mais ce cabinet, qui avait prémédité d'avance le renouvellement de la guerre avec l'Espagne aussitôt qu'il serait en étal de la déclarer, non pas avec les formules et les solennités prescrites parle droit des gens, mais par les moyens d'agression qui pussent lui être avantageux, chercha le plus frivole prétexte pour mettre en doute la conduite vraiment neutre de l'Espagne, et pour donner plus d'importance en même temps aux désirs de la Grande-Bretagne de conserver la paix : le tout aQn de gagner du temps, en endormant le gouvernement espagnol, et de maintenir dans l'incertitude L'opinion publique de la nation anglaise sur ses desseins injustes et prémédités, qu'elle ne pourrait approuver d'aucune façon.

» Le roi, encouragé par ces sentiments, après avoir épuisé, pour conserver la paix, toutes les ressources compatibles avec la dignité de sa couronne, se trouve dans la dure nécessité de faire la guerre au roi de la Grande-Bretagne, à ses sujets et peuples, et de supprimer les formalités d'usage concernant la déclaration et la publication solennelles, puisque le cabinet anglais a commencé et continue à faire la guerre sans la déclarer.

»En conséquence, S. M., après avoir fait mettre 1 embargo, par voie de représailles, jur toutes les propriétés anglaises qui se trouvent dans ses domaines, a ordonné qu'on fît passer aux vice-roi, capitaines généraux, et autres commandants, tant de mer que de terre, les ordres les plus convenables pour la défense du royaume et les hostilités contre l'ennemi ; le roi a ordonné à son ministre de se retirer avec toute la légation espagnole. S. M. ne doute point que lorsque les sujets de ses royaumes seront informés de la juste indignation que la conduite violente de l'Angleterre a dû lui inspirer, ils n'épargneront aucun moyen de tous ceux que leur suggérera leur valeur pour contribuer avec S. M. à la plus complète vengeance de l'insulte faite au pavillon espagnol ; il les autorise, à cet effet, à armer en course contre la Grande-Bretagne et à s'emparer a\cc courage de ses embarcations et propriétés, avec les pou\oirs de la plus grande étendue; S. M. offre en même temps la plus grande célérité pour l'adjudication des prises, pour lesquelles on ne sera tenu que de justifier de la propriété anglaise. S. M. renonce expressément, en faveur des armateurs, à tous les droits que dans de semblables occasions elle se serait réservés sur de semblables prises, de manière qu'ils en jouiront eu leur entier et sans aucun escompte.

» Enfin, S. M. a ordonné que tout ce qui a été rapporté ci-dessus soit inséré dans ics papiers publics, pour qu'il puisse parvenir à la connaissance de tout le monde, et qu'on le fasse passer aux ambassadeurs et ministres du roi dans les cours étrangères, aliii que toutes les puissances soient informées de ces faits, et qu'elles s'intéressent à cette cause si juste. Espérons que la divine Providence bénira les armes espagnoles» pour obtenir Injuste et convenable satisfaction de ces injures.

» moi le ko:. »

d'amitié politique qui portait Charles IV et son favori, le prince de la Paix, vers le système de Napoléon : historiquement, il y avait d'invincibles répugnances entre la vieille dynastie et la tète glorieuse qui s'élevait sur le trône de Charlemagne. Rarement deux pouvoirs d'origines diverses sympathisent entre eux ; le mobile qui dominait la tour de Madrid était la peur; si elle prenait les armes, si elle signait des traités d'alliance et de subsides avec les Tuileries, c'était par crainte d'une invasion française; en rassurant le cabinet de Madrid, en lui accordant sécurité territoriale, peut-être l'arracherait-on à cette alliance française si nuisible à la politique générale de la coalition. Quelle force l'Europe n'aurait-elle pas lorsque 80,000 hommes feraient diversion sur les Pyrénées? Si le prince de la Paix, par des motifs particuliers, se refusait actuellement à toutes négociations intimes entre la Grande-Bretagne et l'Espagne, il fallait, par des actes vigoureux et une guerre persévérante, déterminer la cour d'Espagne à se séparer du favori en soulevant le peuple ; on avait tout à gagner dans une telle guerre. Il existait au Ferrol une belle et grande flotte ; les galions de l'Inde étaient une riche proie pour les corsaires et la marine anglaise : en faisant beaucoup de mal, on pourrait obtenir du cabinet de Madrid de se séparer de l'alliance française.

Quand les hostilités commençaient contre la marine espagnole, l'Angleterre agissait sous main , auprès du prince de la Paix, pour l'engager dans un système commun. Pourquoi ne profiterait-on pas de la diversion qu'allait faire une guerre active au nord de l'Europe pour secouer le joug si pesant de l'empereur des Français? Une campagne aux Pyrénées était facile à l'Espagne ; on promettait sécurité au prince de la Paix pour ses propres intérêts ; voulait-il une principauté indépendante , il l'aurait. L'Angleterre favorisait aussi les partisans du prince des Asturies, Ferdinand, héritier présomptif de ia couronne. Une révolution à 3Iadrid pouvait fouler le pricado sous les pieds du peuple ou le forcer à servir le système européen, et alors un mouvement national éclaterait derrière les Pyrénées. En attendant, !'E.>pagne le\ait de toutes parts ses vieux régiments sous prétexte de défendre le littoral de la Péninsule, le Ferrol et Cadix contre les Anglais; la coalition ne pouvait compter sur l'Espagne, trop engagée dans le système politique du gouvernement français ; mais au premier revers de l'empereur Napoléon, au prochain échec sur le Rhin ou le Danube, l'Espagne se lèverait en masse, et c'était pour la France une

de ces alliances périlleuses qui, faciles dans les jours heureux, devien* nent des dangers considérables lorsque les disgrâces de la fortune arrivent pour abaisser les plus glorieux drapeaux f .

Le Portugal restait fidèle à l'alliance anglaise; l'empereur \enait de designer le général Junot pour l'ambassade de Lisbonne ; maladresse diplomatique que de choisir sans cesse des généraux braves , mais à l'esprit peu cultivé, pour suivre les détails d'une diplomatie habilement conduite par les agents du premier ordre au nom de i'Angleterre. Le général Launes, héroïque et rude soldat, avait eu d'abord l'ambassade de Lisbonne, et l'on sait s'il pouvait être capable de conduire une négociation. Junot le remplaça avec plus de formes et peut-être moins de raison et de gravité ; l'habitude était d'envoyer à Lisbonne les généraux prodigues pour y refaire leur fortune. Napoléon , plein de l'idée d'une campagne plus ou moins prochaine en

1 Les motifs que donne l'Angleterre sur se- hostilités sont détaillés dans plusieurs notes :

« Le cabinet de Madrid ayant violé une des conditions dont dépendait l'indulgence de S. M., l'Angleterre s'était vue dans la nécessité de prévenir la continuation des secours fournis par l'Espagne à la France, en vaisseaux et en argent; que S. M. s'était prêtée, par une modération sans exemple, au payement du subside; mais que, du moment où l'Espagne manifestait l'intention de joindre ses forces maritimes à celles de la France , en équipant une escadre considérable dans le port du Ferroi , prèle à se rallier à une escadre française et en nombre supérieur alors aux forces britanniques chargées de la bloquer, sa majesté u'a>ait pu différer de prendre des mesures de précaution; qu'elle était en droit de retenir l'argent destiné à accroître les moyens de ses ennemis et d'attaquer les vaisseaux espagnols qui feraient voile avec reux de la France. » M. d'Anduaga répondit : « Que tas unanenta avaient pour objet de porter des troupes en Biscaye aûn d'y étouffer des révoltes. » Harrow'.v lui répliqua : « Qu'il eût fallu alors en prévenir les amiraux anglais, mais que la rupture semblait inévitable. »

» Je n'examine pas si l'Espagne est liée par le traité qui l'unit à la France, ni si elle doit en exécuter scrupuleusement tous les articles ; mais il me reste à remarquer que cette obligation est étrangère à l'Angleterre, qui D'est pas tenue à respecter un traité auquel elle a été loin de contribuer, qui a été fait à son insu, contre sa vo'onté et même en haine de sa puissance. Un volontaire à l'armée monte à l'assaut par devoir, mais l'assiégé n'est pas tenu à le respecter. Quant au Portugaise me suis conformé aux ordres de ma cour en déclarant à V. E. que le non-passage des troupes françaises par le territoire d'Espagne est une condition indispensable à la neutralité de cette cour, et que toute infraction à cet égard déciderait le gouvernement britannique à ne plus considérer l'Espagne comme une puissance neutre. En réponse aux arguments de V. E. sur l'existence de traités antérieurs, je lui dirai que les traités antérieurs du Portugal existent envers l'Angleterre qui lui doit des secours, et qu'il n'a aucune neutralité à acheter. »

(Réplique de AI. Frère.]

Espagne et en Portugal, voulait faire prendre les positions, dessiner les routes militaires, de manière à suivre avec sécurité un plan de conquête sur la Péninsule. Tant il y a que si les protestations du Portugal , si les notes du marquis de Lima étaient toutes favorables à la France , la réalité des affections et des intérêts portait la cour de Lisbonne vers l'alliance anglaise; M. Pitt pouvait disposer de la flotte et de l'armée portugaise dans un mouvement de coalition. Le général Junol n'avait, en aucun cas, la capacité suffisante pour comprendre et deviner le sens de cette position; heureusement, rour les affaires sérieuses il avait dans sa légation M. de Rayneval, jeune homme aux fortes études, aux traditions des affaires étrangères, très-apte à juger sous le point de vue réel la tendance de la cour de Lisbonne. La Péninsule inquiétait l'empereur en commençant une campagne au nord de son empire ; c'était un embarras qu'il avait résolu déjà de secouer.

Dans le plan de sa coalition, M. Pitt faisait entrer naturellement la maison régnante de Naples. Après le traité de Lunéville et les négociai ions suivies avec la Russie, la royauté de Naples avait été reconstituée en faveur des Bourbons de la branche cadette ; l'énergique reine Caroline reprit le sceptre avec une certaine vigueur , sous la protection de la Russie et de l'Autriche. Caroline et Gustave-Adolphe furent deux tètes royales d'exception au milieu de la faiblesse générale des couronnes. Hélas ! la reine de Naples vit bientôt ce que sa position avait de précaire et de subordonné ; elle n'espérait pas d'avenir pour une couronne posée sur son front humilié , et qui n'avait pour appui que la foi des engagements pris par Napoléon envers les cours de Pétersbourg et de Vienne. Quelle était la réalité de son pouvoir ? Le ministre Acton , esprit ferme et décidé comme elle, dut être exilé ' ; la France exigea la fermeture des ports à l'Angle-

1 Voici comment alors se composait le conseil du roi de Naples :

.M. le marquis de Sambuca ;

M. le chevalier Acton, honoraire;

Aï. le duc de Saint-Nicolas ;

M. le marquis de Gallo;

-M. le prince de C astelcicala;

If. le prince deLuzzi ;

M. h- prince de Belmonle;

M. le chevalier Seratti;

Ai. le marquis de Circcllo;

terre, ce qui détruisait le commerce napolitain ; il y eut partout garnison française, occupation militaire des places fortes. L'armée du général Gouvion-Saint-Cyr, sous le prétexte de surveiller les Anglais, campa jusqu'à Portici , et l'aigle impériale se montra au-dessus du drapeau napolitain; le roi de Naples ne put désormais agir que sur les conseils impératifs de l'envoyé Alquier, diplomate du second ordre , républicain rallié à Bonaparte comme une foule d'autres jacobins. Le cabinet de Paris imposa un ministère de son choix à Ferdinand ; il voulut que toutes les forces du royaume fussent à la disposition de ses généraux; Naples était à peu près dans la même situation que la frêle royauté d'Étrurie.

Nelson , si puissant sur l'esprit de la reine Caroline, eut mission de relever cette situation abaissée de la branche cadette des Bourbons ; pouvait-on se laisser tromper encore? lot ou tard un décret de Bonaparte suffirait pour briser ce trône ; l'Autriche entrant dans la coalition devait entraîner la maison de Naples dans sa ruine ou dans son triomphe; la reine Caroline était, si rapprochée de l'impératrice, femme de François II; le cabinet de Vienne l'avait protégée tant qu'il avait pu ; un corps anglo-russe devait soutenir un mouvement armé dans le royaume de Naples. L'Angleterre déclara que Ferdinand n'avait rien à craindre , le succès reposait sur des bases certaines ; toute l'Europe prenait les armes. De telles idées allaient trop bien aux sentiments de la reine Caroline , pour qu'elle résistât longtemps aux propositions de l'Angleterre , Naples se lia secrètement à la Russie, à l'Autriche et à l'Angleterre, pendant que le marquis de G allô s'avançait jusqu'à signer ' un traité de neutralité absolue avec

M. le prince del Cassaro; M. le bailli Pignatelli; M. le prince Pantellaria.

Secrétaires d'État.

M. le chevalier Micheroux, chargé des affaires étrangères;

M. le chevalier Seratli, chargé du département de la maison royale:

M. le chevalier Fortegucrri, chargé de la guerre, de la marine et du commerce;

M. le chevalier Medici, chargé des finance^;

M. le chevalier Migliorini, chargé de la justice et des affaires ecclésiastiques.

1 Napoléon annonça la signature de ce traité :

« S. 31. Icmpcreur a consenti à retirer ses troupes de l'État de N.iples. Elles y étaient stationnées en vertu des stipulations du traité de Florence. Les motifs de prudence, de garantie et de sûreté qui avaient déterminé cette mesure acquéraient sans doute une nouvelle force par la circonstance d'une guerre continentale. Sans

M. de Talleyrand; Napoléon voulut le compromettre et l'engager dans la lutte; d'après ce traité, dicté à Paris, le corps du "général (Îouvion-Saint-Cyr évacuait Napïes, pour se porter à la rencontre de l'archiduc Charles.

La reine Caroline , désavouant le marquis de Gallo , consentit à ce qu'un corps anglo-russe débarquât dans le midi de l'Italie , pour faire une diversion favorable à l'archiduc. La condition des États du second ordre est de n'avoir jamais une absolue franchise , placés entre des intérêts considérables et absorbants , ils ne savent plus comment se déterminer et en faveur de qui on se prononcera quand éclate un conflit général ; les Bourbons de >Taples traitèrent ainsi , tout à la fois , avec la coalition et la France ; la reine Caroline se montra favorable aux Anglais , tandis que le roi , plus prudent et plus faible , ratifiait le traité de neutralité signé à Paris avec M. de Talleyrand. Caroline, envisageant de haut la situation, sentait bien que la royauté des Bourbons s'en allait peu a peu , il valait mieux la jouer tout d'un coup et franchement sur une carte , qu'elle tournât bien ou mal , la fierté était sauvée.

Au nord, le Danemarck restait fermedans une neutralité reconnue,

doute aussi l'intérêt de la France conseillait de s'assurer, par une eonemète utile et facile, d'un royaume qui touche de si près au\ États de S. M. en Italie. Mais elle n'a pas voulu qu'on piV lui imputer d'avoir mis un obstacle à la pais générale: elle a suivi les principes de la politique généreuse et modérée qui lui sert de régie dans toute- ses déterminations, et elle a consenti à conclure le traité suivant avec S. M. le roi des Peu\-Siciles.

» S. M. le roi des Deui-Sicilc= et S. M. l'empereur de« Français et roi d'Italie, voulant empêcher que les rapports d'amitié qui unissent leurs États ne soient compromis par les événements d'une guerre dont il est dans leurs vœux de diminuer les maux, en restreignant, autant qu'il est cm eux. le théâtre des hostilités présentes, ont nommé pour ministres plénipotentiaires, savoir : S. M. le roi des Dcux-Sicilrs. S. F. M. le marquis de Gallo, son ambassadeur à Paris près S. M. l'empereur des Français, tant en cette qualité qu'en celle de roi d'Italie; et S. M. l'empereur. S. F. M. Charlc<-Mauricp TanVyrniH ministre des relations extérieures ; lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoir-, sont convenus de ce qui suit :

» Art. 4Hr. S. M. le roi de« Deux-SîcîTes promet de rester neutre pendant le cour^ de la guerre actuelle entre la Franco d'une part, et l'Angleterre. l'Autriche, la Russie et toutes les pni-=ancns helliurérr'nie< de l'autre part. File s'engage ,à repousser, par la force et par l'emploi de ton- les moyens qui =ont en son pouvoir, toute atteinte qui -orait portée aux droits 01 ;>m devoir- de la neutralité.

» Art. 2. nnv Miite de cet engagement, S. M. le roi des Deut-Sicfles ne permettra qu'aucun corps de troupes rppnrtonan» à aucune puissance belligérante débarque on pénètre sur aucune partie de son territoire, et elle s'engage à observer, tant sur terrt

l'Angleterre avait agi avec vigueur contre le Danemurck, comme elle allait agir contre l'Espagne au Ferrol, ce qu'elle avait à redouter, c'était l'union île la flotte danoise avec les Hollandais, les escadres de France et d'Espagne, elle s'empara des vaisseaux du Danemarck p.ir un coup de main. Une l'ois qu'elle eut ainsi imprimé la terreur à Copenhague, elle Ot proposer à cette cour des subsides de guerre , pour entrer dans une ligue contre l'empereur des Français. Le Danemarck résista , et ses motifs furent raisonnes : la nation danoise conservait un ressentiment profond des outrages faits à sa marine, et il eut été difficile d'effacer cette vengeance au cœur du peuple en le jetant dans l'alliance anglaise , puis la situation géographique du Danemarck l'exposait, comme le Hanovre, à une invasion rapide, immédiate, de la part des Français, quelques marches militaires devaient suffire à l'armée campée en Hollande pour atteindre Copenhague. Tout ce que pouvait faire le Danemarck, c'était donc de se placer dans !a neutralité armée au nord de l'Allemagne , sous la protection de la Prusse *. Par ce moyen, on ne s'exposait plus au revers d'une guerre

<fuc sur nier, et dans la police des ports, les principes et les lois de la plus stricte neutralité.

» De plus, S. M. s'engage à ne confier le commandement de ses armées et de ses places à aucun officier russe, autrichien ou appartenant à d'autres puissances belligérantes: les émigrés français sont compris dans la même exclusion.

» Art. 4. Le roi des Deux-Sieiles s'engage à ne permettre l'entrée de ses ports a aucune escadre appartenant aux puissances belligérantes.

» Art. 5. L'empereur des Français, se confiant aux promesses et aux engagement* ci-dessus exprimés, consent à ordonner l'évacuation du royaume de Naples par ses troupes. Cette évacuation sera entièrement terminée un mois après L'échange des ratifications; à cette même époque, les places et postes militaires seront remis aux officiers de S. M. le roi des Dcux-Siciles, dans l'état où ils sont, et il est convenu ({ne dans l'interv aile du moi;- employé à ces opérations, l'armée française sera nourrie et traitée comme elle l'a été par le passe.

» S. M. l'empereur des Français s'engage, de plus, à reconnaître la neutralité du royaume des Deux-Siciles, tant sur terre que sur mer, pendant la durée de la guerre actuelle. Les ratifications de la présente convention seront échangées à Naplcs damle plus court délai.

» Fait à Paris, le 21 septembre 1805.

» Le marquis de Gallo. Ch.-Mai r. Talleyr and.

» Ratifié à Portici, le 8 octobre 1805.

» Signé : Ferdinand. »

1 Le général de division Victor, grand officier de la Légion d'honneur, fut nommé à l'ambassade de Danemarck, à la place de ~M. d'Agucsseau, appelé au sénat conser •valeur. (Paris, 27 février 1805.)

continentale. Le prince royal , homme sage, trouvait cette position de neutralité parfaitement en harmonie avec les intérêts du peup'e. Le commerce danois recevait un large développement sous l'indépendance du pavillon *.

La position des électeurs d'Allemagne devenait aussi à chaque moment plus délicate, à la face d'une guerre qui allait prendre pour théâtre leur territoire; il n'y avait pas d'hésitation possible ; le grandduc de Bade et l'électeur de Wurtemberg étaient placés presque sur les frontières de France, et, comme le prince primat, ils restaient iidèles à la politique indiquée par l'empereur lors de son voyage sur les bords du Rhin ; ils avaient un contingent sous les armes, et toute leur habileté consistait à ne point, trop exposer leurs troupes ni trop pressurer leurs sujets, en servant leur fier et impérieux protecteur, le puissant souverain de la France. Quant à la Bavière, qu'allait-elle faire dans une guerre active et menaçante? D'après les informations que l'électeur avait prises à Vienne, il savait positivement que son électorat serait choisi comme le premier théâtre des hostilités. Les mouvements militaires s'accompliraient sur ce territoire ; l'armée autrichienne devait l'envahir, et les Français accouraient en toute hâte pour passer le Danube. Dans cette alternative comment maintenir une neutralité impartiale? Il fallait prendre un parti, repousser les Autrichiens ou les Français qui menaçaient et caressaient également, et c'est ici que la position de l'électeur devenait inextricable. Pouvait-on garder un système moyen entre deux nations en armes sur l'État neutre? Au moment de la campagne, Maximilien-.îoseph exprime ses douleurs ; sa correspondance est alors des plus curieuses , il ne sait plus à quelle puissance recourir; ira-t-il à Napoléon ou à François II ? Ce conflit dure jusqu'à ce que les Bavarois se déterminent pour la grande ot forte alliance de Napoléon, car la neutralité devient impossible. La Saxe demeure inflexible dans l'idée d'une neu-

1 Le ministère danois était ainsi composé : M. de Knasc, président de la chancellerie danoise:

M. le comte de BernsiorfT, secrétaire d'État, ayant le département des affaires étrangères; M. le comte de Schimmelmiuin, pn-iden? du département des finances; .M. le comte Ciirélien Reventlau, chef de la chambre des domaines ; M. de Mollke, président de la chambre des douanes et des Indes; Le prince Charles de liesse, président au collège de la guerre; Le prince royal, président au collège de l'amirauté.

tralité du Nord telle que la Prusse l'avait posée en retour de son alliîude pacifique ; une portion de la Germanie espère rester neutre au milieu des combats qui vont se livrer dans l'Allemagne méridionale ; une telle situation ne pouvait durer qu'un temps ; la division des intérêts était trop grande pour qu'il n'y eût pas deux partis.

Dès que la Russie se disposait à entrer en campagne , il était de la plus haute importance pour la diplomatie française de savoir quelle serait l'attitude du divan. La guerre de la Turquie sur le Danube pouvait opérer une grande diversion au moment où une coalition se formait contre la France. Les traditions politiques indiquaient que toutes les fois que l'Autriche ou la Russie avaient pris parti contre la France, la maison de Bourbon leur avait suscité des embarras pour une guerre inspirée au divan. Les instructions avaient été envoyées dans cet esprit au maréchal Brune , ambassadeur à Constantinople, chargé de déterminer la Turquie à une levée de boucliers contre les Russes. Sélim 111 était un prince éclairé ; la Porte , très-disposée pour l'Angleterre . n'était point d'avis d'une guerre immédiate, qui aurait pu compromettre la sécurité territoriale de l'empire ottoman. Déjà on craignait la révolte des Grecs , l'émancipation chrétienne même dans les îles de l'Archipel. Ali , pacha de Janina , sous la protection des Anglais , devenait une puissance formidable contre le sultan ; il se liait à tous les mécontents; l'Egypte elle-même n'était pas paisible. Aussi les notifications du maréchal Brune , même pour annoncer l'avènement de Napoléon , furent-elles reçues avec une évidente froideur.

La Porte ne répondit pas, comme l'usage le voulait, par une lettre de félicitations ; le maréchal Brune menaça de quitter Constantinople , et le divan , après quelques excuses , le laissa s'éloigner sans. prendre parti pour les intérêts français. Brune , plus instruit que Lannes et Junot , n'était cependant pas de force à lutter contre la diplomatie anglaise et russe; homme d'esprit, brave militaire, le maréchal n'avait pas l'habileté de ces diplomates qui connaissaient les hommes, leurs faiblesses, leurs intrigues, et surtout l'avidité des membres du di\an. A Constantinople, la politique des présents exerce une active iniluence, c'est par l'exacte distribution de quelques bourses d'or que les cabinets conquièrent une domination intime sur les décisions de la Porte. Il fut donc facile de démoraliser toute l'influence de Brune à Constantinople; il se retira mécontent \ et

1 « M. le maréchal Brune, ambassadeur de France, reçut, la semaine dernière, le vu 6

Sélim se prononça pour la coalition ; il devait joindre , au besoin , une armée ottomane aux Anglais et aux Russes qui débarqueraient par Corfou en Italie , sorte de renouvellement de la campagne de 1799.

Ainsi l'œuvre de M. Pitt se réalisait; les bases de la coalition étaient fort larges , et embrassaient à peu près toute l'Europe. Le traité d'alliance entre la Russie et l'Angleterre, signé le 11 avril 1805, et ratifié le 8 mai, avait trouvé l'adhésion de l'Autriche et le concours actif de la Suède ; il ne s'agissait plus que d'adopter un mode d'exécution , un plan de campagne. Les difficultés soulevées sur le but de la guerre furent résolues à Londres et à Vienne ; la Grande-Bretagne et la Russie n'avaient point hésité à donner des explications sur le résultat définitif d'une campagne. M. Pitt développa même, dans une note fort étendue, ce qu'il entendait par le mot sécurité au moment d'une guerre générale. Il ne s'agissait plus d'élever ou de faire tomber une dynastie, on ne voulait gêner en rien le vœu national de la France ni des autres pays , on ne voulait s'approprier rien avant la paix sur des bases reconnues. Enfin , tous les membres de la ligue s'engageaient à se réunir en congrès après la campagne accomplie , pour assurer les principes d'un système fédératif , calculé sur le rapg et l'état des différents pays de l'Europe. Cette idée fut incessamment

eourricr qu'il attendait de Paris : il lui apportait l'ordre positif de quitter Constantinople, si, dans le délai de quatre jours après la réception de cette dépêche, la Porte ottomane n'avait reconnu formellement l'empereur héréditaire de France. II lui était en même temps enjoint de laisser à Constantinople, comme chargé d'affaires, non M. Ruffin, mais M. Parandier, secrétaire de la légation française. L'ambassadeur communiqua aussitôt au ministère turc cette décision suprême; et, comme il ne lui fut fait aucune réponse satisfaisante dans le terme fixé, il quitta Constantinople le 13 décembre, laissant sa femme et une partie de sa suite. Il avait annoncé la vcillv son départ aux ministres étrangers, ainsi que la nomination de M. Parandier.

» Le maréchal Brune coucha la première nuit dans un village situé à une lieue de Constantinople. La Porte lui envoya un interprète avec la prière que S. E. voulût bien attendre encore quatre jours avant de continuer 6a route. L'ambassadeur se décida à donner cette nouvelle preuve de condescendance, dans la parsuasion que la Porte, consultant mieux sis véritables intérêts, lui enverrait enfin une déclaration catégorique, et telle qu'il l'avait demandée; mais celte déclaration n 'arrivant pas après ce nouveau délai de quatre jours, M. le maréchal fit venir de Constantinople sa femme avec tous les gens qu'il y avait laissés, et se remit en route. La Porte a donné ordre aux officiers de l'escorte de De rien négliger pour que le maréchal Brune et sa suite jouissent de la plus grande sûreté et de toulcs les commodité- possibles dans leur route à travers le territoire ottoman. » (DeConslanlinople, 20 décembre 1804.)

renouvelée par la coalition jusqu'en 1811, au congrès de Vienne, où elle triompha.

L'Autriche demanda encore des explications à la Russie et à l'Angleterre : 1° Ne paraissait-il pas utile d'adresser quelques propositions de paix à Bonaparte avant de commencer les hostilités ? 2° Avec quelles forces agirait-on contre l'ennemi commun? car il ne fallait pas s'engager sans un large développement de moyens. Sur le premier point les réponses de l'Angleterre et de la Russie furent précises : « Des notes communes seraient adressées par les coalisés sur la nécessité d'établir un système fédératif , et dans un ultimatum, on poserait les bases d'après lesquelles seulement la France serait admise à traiter. » Quant au second point , la Russie et l'Angleterre entraient dans des détails d'une remarquable précision. Bonaparte pouvait disposer de 650,000 hommes , 500,000 étaient disponibles ; l'Autriche exigeait que des armées égales au moins lui fussent opposées ; il y avait imprudence à entrer en campagne avec des forces inférieures ; elle accédait au traité de Londres, mais à la condition expresse qu'on maintiendrait la paix par des négociations masquées , jusqu'au moment où la coalition serait prête à déployer un effectif au moins de 500,000 hommes1.

1 Voici le plan de campagne extrêmement curieux des Autrichiens et qu'ils communiquèrent à la Russie :

« Une invasion par la Suisse, du côté de la Franche-Comté, serait facile, car cette partie des frontières françaises est ouverte ; mais ce projet ne peut être tenté qu'en traversant la Souabe par le Voralberg, ou au-dessous du lac de Constance, à cause de l'impossibilité de recevoir des secours du Tyrol. Il serait donc nécessaire de se rendre, avant toute chose, maître de la Souabe, et d'avoir une armée d'observation devant Strasbourg, et même d'avoir obtenu des avantages en Italie, avant de hasarder une attaque par la Suisse. La marche de l'armée d'Italie vers Clagenfurt serait le signal pour celle du Tyrol de seconder les opérations de la Suisse. Il faut maintenant faire la part des inconvénients que présente ce projet. L'ennemi s'emparerait de Puster-Thal, communiquant au val de l'Adige : il nous obligerait à détacher des troupes de l'armée d'Allemagne, pour la défense intérieure de l'Autriche, d'abandonner nos opérations offensives, de nous confiner dans la ligne du Lvch, peut-être de l'Inn en Allemagne, de nous y mettre sur la défensive, pour ne pas trop nous éloigner de l'Autriche, et être à portée d'envoyer de prompts secours partout où ils seraient nécessaires. Il résulte de toutes ces considérations que la guerre deYr.i commencer par une vigoureuse attaque en Italie, où nous sommes supérieurs en forces; le gain d'une seule bataille nous donnera les moyens de poursuivre n< s opérations offensives contre la France, comme la perte d'une bataille donner.; à celle-ci les moyens de pénétrer dans les États héréditaires. S'il nous est impossible d'être sur les frontières de l'ennemi aussitôt qu'il sera sur les nôtres, il est Lien

112 OlUGINE ET DÉVELOl'PEMEXT

Négocier fut alors la préoccupation des trois cabinets d'Angleterre, de Russie et d'Autriche ; mais négocier en commun d'après des bases tellement fixes, qu'on présentât un ultimatum dont l'adoption ou le refus entraînerait la paix ou la guerre. Ce mode avait plusieurs avantages : le premier consistait à ramener la France dans des conditions modérées , en arrêtant, par l'union des puissances, la politique envahissante de l'empereur Napoléon ; et le second consistait a se donner le temps nécessaire pour compléter les armements par d'incessantes levées ; dans cet intervalle , on pouvait seconder le parti militaire en Prusse et convaincre le roi Frédéric-Guillaume de la

plus difficile d'espérer que les troupes russes puissent y arriver avant le commencement des hostilités. Il faut s'attendre que la France s'empressera de les prévenir, eu nou^ attaquant avec vigueur. La marche de nos troupes pour se concentrer, el celle des Russes pour nous joindre, seront un prétexte spécieux que Bonaparte ne manquera pas de saisir pour nous déclarer la guerre. Il faut donc nous y préparer comme devant la commencer seuls.

» Il est à propos que l'armée d'Italie commence par forcer le passage de l'Adige, éloigner l'ennemi des rives duMincio, investir .Wantoue et Pcschiera, détacher un corps d'armée sur le Pô, observer le midi de l'Italie, et se diriger sur l'Adda, pour couvrir le blocus de ces deux places dont la prise serait d'une conséquence majeure, et nous assurerait une suite de succès infaillibles.

» L'année d'Allemagne passera l'Inn, entrera en Bavière, et attendra sur le Lech l'arrivée des Russes ; l'armée du Tyrol subordonnera ses mouvements à ceux de l'armée d'Allemagne et d'Italie.

» Dans le cas où une attaque serait tentée par la Suisse, une partie de l'armée du Tyrol soumettra les Grisons et les petits cantons ; l'autre partie ira joindre l'armée d'Italie, et secondera ses efforts dans le cas où ils seraient heureux. Telles sont les premières dispositions dont nous croyons devoir faire précéder la mise en activité du vaste plan de la coalition. Si l'Italie doit être le premier théâtre des hostilités, la Suisse doit aussi le devenir d'opérations importantes, aussitôt que nous aurons réussi à nous avancer à travers la Souabe. La Suisse offre le précieux avantage de faciliter les communications avec l'Allemagne et l'Italie, l'envoi de prompts secours à ces deux pays, et l'entrée en France par la Franche-Comté. Il faudra donc couvrir l'Alsace par la prise de Béfort et d'Huningae ; lnisser en même temps un gros corps de troupes en Souabe, pour protéger l'aile droite de notre armée en Suisse, s'opposer a la marche des troupes françaises qu'on pourrait envoyer en Suisse de Strasbourg, et maintenir nos communications.

» Quant aux opérations des armées d'Autriche et de Russie, on ne peut les déterminer que d'après la résolution que l'on attend du roi de Prusse. Grâce aux sages mesures de l'empereur Alexandre, nous saurons bientôt si cette puissance veut faire cause commune avec nous, ou rester neutre... Dès que nous connaîtrons le résultat du voyage de S. M. l'empereur de toutes les Russics à Berlin, nous nous empresserons de joindre aux présentes propositions les communications que non- nous réservons de faire sur le plan d'opérations des deux cours d'Allemagne, et nous en soumettrons l'ensemble à celle de Russie. »

vanité puérile d'une neutralité au nord de l'Allemagne. L'adhésion de la Prusse aujoutait au mouvement suédois une immense portée ; les deu\ nations marchant ensemble pouvaient commencer une campagne au nord, tandis que l'Autriche, la Russie et l'Angleterre paraissaient en Allemagne, en Suisse et en Italie.

Jusqu'ici, on n'avait pu obtenir du cabinet de Berlin qu'une seule concession, c'était d'intervenir comme médiateur pour empêcher les hostilités. Cette médiation flatteuse pour M. de Hardenberg plaça la Prusse dans une position considérable, en la faisant l'arbitre des destinées de la coalition. Une puissance médiatrice qui possédait 150,000 hommes sous les armes, ne pouvait conquérir qu'une grande importance ; de son côté, M. de Talleyrand favorisait les appétits de conquête du cabinet de Berlin, par l'appât du Hanovre et de la Poméranie suédoise; les alliés lui offraient également une meilleure frontière sur le Rhin, en Pologne et en Saxe; tout le monde caressait la Prusse, parce qu'elle allait porter un poids immense dans la balance. M. de Hardenberg, satisfait jusqu'ici du caractère de médiateur, demandait des pleins pouvoirs à Paris, à Londres, à Saint-Pétersbourg et à Vienne , il voulait rester l'arbitre souverain ; pour garder une position si haute, la Prusse était-elle assez indépendante et impartiale? On la caressait de toute part, mais on la jouait ; on avait besoin d'elle ; comme elle n'était franchement avec personne , chacun des vainqueurs dans la lutte devait lui faire un mauvais parti : si l'Angleterre, la Russie et l'Autriche avaient vaincu, elles se seraient indemnisées sur la Prusse , et Napoléon victorieux de la coalition l'entraînait rapidement dans sa ruine. Un an après, l'empereur datait se» décrets de Berlin !

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