CHAPITRE VIL
ENTRÉE EN CAMPAGNE DE L'ARMÉE FRANÇAISE, CAPITULATION d'DLM.
Départ du camp de Boulogne. — Les divers corps de l'armée. — Les maréchaux Soult, Davoust, Ney, Larmes. — Les corps de Bcrnadotte et de Marmont. — Violât iou de la neutralité. — Passage de l'armée française. — L'empereur Napoléon à Strasbourg. — Marche sur la Bavière. — Position de l'armée française.
— Bernadolteà Munich. — Situation du général Mark dans Ulm. — Premiers faits d'armes. — Négociations secrètes. — Mission de M. de Ségur. — Rapport de la conversation du général Mack. — Capitulation. — Le prince Jean de Lichtensteiii.
— Ouverture de la campagne en Italie. — L'archiduc Charles. — Masséna.
Septembre et octobre 1803.
Le camp de Boulogne était levé aux ordres de son empereur. L'armée française se mettait en mouvement sous ses aigles; jamais spectacle militaire comparable dans l'histoire; il fallait voir ces beaux régiments se déployer pleins de jeunesse et de vie; la joie la plus active se peignait dans tous les traits, un bruit inaccoutumé d'acclamations se faisait entendre; le son des tambours, les fanfares des trompette» se mêlaient au joyeux refrain des soldats impatients de marcher à l'ennemi. Les tentes étaient ployées sur le rivage; on n'entendrait plus le monotone battement des vagues sur le rocher et le sifflement des vents dans les cordages; on n'éprouverait plus ce mal de mer qui secoue et déchire les entrailles ! Que s'était-il donc passé depuis deux jours? Quel ordre subit avait changé la destination de l'armée d'Angleterre? Où l'appelait la volonté de l'empereur, et sur quel champ de gloire allait-elle manœuvrer en quittant Boulogne?
Au commencement d'août le bruit d'une descente en Angleterre avait pris une certaine consistance ; on le mit à l'ordre du jour de l'armée; la flotte, activement équipée, s'exerçait avec prestesse; officiers, soldats, s'habituaient aux manœuvres de mer avec l'activité traditionnelle des Français. Toutefois, dans leur dévouement à l'empereur et à la patrie, un certain doute, une inquiétude secrète dominait !e
<rur et l'esprit de l'armée. Cet Océan avec ses vagues n'allait point i son courage; habitués aux maruein res régulières des champs de bataille, elle hésitait à se confier aux flots capricieux. Le soldat français a un instinct magique de ce qu'il peut faire; sans doute il obéissait avec enthousiasme à Napoléon , mais il se défiait de ses forces, il n'avait point foi dans cette expédition d'Angleterre, car il fallait traverser l'Océan couvert de vaisseaux au pavillon britannique; la présence seule de Napoléon soutint ce courage lorsqu'il vint visiter les tentes et donner une forte impulsion à cette magnifique armée sur le rivage.
L'affectation que mettait l'empereur à s'occuper de l'expédition ^'Angleterre cachait de plus grands desseins; il espérait par ce moyen donner une profonde sécurité à l'Europe et tromper le comte; Philippe de Cobentzel, ambassadeur d'Autriche à Paris. L'empereur paraissait absorbé par l'expédition de la Manche et plein de tranquillité pour le continent. Les dépèches du comte témoignaient de cette sécurité; les journaux furent complices à ce point, qu'ils annoncèrent le voyage de l'empereur à Boulogne comme le prélude de l'expédition dirigée contre Londres : le signal allait être donné par le souverain lui-même. Au milieu de ce mois d'août, les maréchaux chefs de corps reçurent néanmoins les ordres de se tenir prêts ; on passa des inspections d'armes, des revues, comme pour se préparer à une longue marche; l'empereur dit aux généraux : « Nous allons entrer en campagne, » sans indiquer encore le but de l'expédition. Quel ennemi allait se présenter devant le drapeau? Quelle victoire inaugurera l'aigle d'or déployée sur les étendards, et quel bouquet d'immortelles les soldats donneront-ils au nouvel empereur?
Le 28 août, on apprend enfin que ce n'est pas contre l'xVngleterre \\w tant de préparatifs s'accomplissent; joyeuse et bonne nouvelle! il ne s'agit plus de cette expédition incertaine sur les flots ; on part, >'l «est contre l'Autriche qu'on va combattre au delà du Rhin : le ontiîient est en feu, l'armée plie ses tentes. On ne peut dire alors ^'allégresse du soldat; ce terrain d'Allemagne lui est connu ; on aura donc encore affaire à l'Autriche; l'armée va retrouver ces villages riches et attrayants, cette population si bonne et si confiante qui, plus d'une fois déjà, a vu les drapeaux de la France flotter sur les presbytèroa. 140)000 ' hommes étaient répartis en divisions et groupés sur
1 LVtat ofliciel porte 127,300 bommi
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le rivage depuis dix-huit mois; les hommes étaient forts, robustes, on comptait à peine un vingtième de malades, l'âge commun était de vingt-deux à vingt-sept ans ; la taille moyenne de cinq pieds quatre pouces; il n'y avait pas un grenadier dans la division conliée au gênénéral Oudinot, qui n'eut cinq pieds sept pouces, les épaules larges, la mine de soldat martialement exercé. Habitués à la fatigue, à l'exercice, ils manœuvraient avec une précision telle, que le rang de chacun était assigné dans un vaste champ de manœuvres; la plupart, au service depuis cinq ou six ans, apportaient avec eux-mêmes toutes les traditions de victoire; les vieux parlaient de l'Italie et de l'Egypte, les jeunes de Marengoelde Hohenlinden; généraux, colonels, officiers et soldats étaient dans cet heureux âge de la vie où les forces se déploient et les espérances viennent. Toutes les fortunes paraissaient possibles à cette génération belliqueuse, et en parlant de Boulogne on était sûr de ces magnifiques succès qui en finissent avec l'ennemi; aussi l'aigle des régiments, sur les drapeaux déployés, fut-elle saluée par des milliers d'acclamations, et le Chant du départ fut entonné par les belles troupes qui allaient de nouveau visiter le Rhin et le Danube. D'après l'ordre de l'empereur, l'armée de Boulogne se forma en cinq corps ', sans y comprendre les deux armées de Bernadotte en Hanovre et de Marmont en Hollande : l'un fut donné au maréchal Soult, renommée déjà grande au milieu des camps, figure mâle et militaire après les gloires et les fatigues de six campagnes. A trente-
' Composition de la grande armée :
Corps du Hanovre. — Bernadotte : divisions d'infanterie , Drouet, Rivaud; cavalerie, Kellennann.
Corps de Hollande. — Marmont : divisions d'infanterie, Boudet, Grouchy, Dumonceau ; cavalerie, Guérin.
3e corps. — Davoust : divisions d'infanterie, Bisson, Friant, Gudin; cavalerie , Fauconnet.
il corps. — Soult : divisions d'infanterie, Saint-Hilaire, Vandamme, Legrand: cavalerie, Margaron.
5e corps. — Lannes : divisions d'infanterie, Suchet, Gazan; grenadiers réunis, Oudinot.
«»c corps. — N'ey : divisions d'infanterie, Dupont, Loison, Malher; cavalerie, Colbert : dragons à pied, Baraguay-d'Hilliers.
7e corps. — Augcreau : divisions d'infanterie, Desjardins, Mathieu. — Réserve. .Vîurat : diwsions de cuirassiers, Nansouly, d'Hautpoult; divisions de dragons, Klein, Waither, Beaumont, Bourcier; division de cavalerie légère, Treilhard.
Garde impériale : garde à pied, Mortier, huit bataillons; garde à cheval, Bessière . quatorze escadrons.
cinq ans maréchal de l'empire, après avoir commandé en chef en Suisse, en Italie, le maréchal Soult était peut-être, avec Masséna, le militaire le plus fort en stratégie, l'organisateur le plus puissant; la haute direction du camp de Boulogne lui avait été presque entièrement dévolue. Un autre corps fut confié au maréchal Davoust : l'empereur pouvait compter sur lui comme fermeté et dévouement militaire; plus âgé que le maréchal Soult, sa tenue était moins martiale, moins régulière; sur un champ de bataille, Davoust était habile manœuvrier, avec une ténacité de caractère appréciée par l'empereur, et sa position d'officier d'état-major le mettait à même de s'enquérir et de connaître tous les faits de guerre; de sa nature il était un peu tète de police et courtisan. Ney et Lannes reçurent également le commandement d'un corps d'armée : Ney, brave de sa personne, le front large et haut, magnifique au feu des batailles; Lannes, frondeur, mécontent, mais admirable général, à la manière de ces divisionnaires dont l'époque républicaine avait fourni les plus brillants modèles sous Bonaparte général en chef de l'armée d'Italie. Murât reçut le commandement supérieur de toute la cavalerie. Et quelle cavalerie ! les cuirassiers de Nansouty , d'Hautpoult; les dragons de Klein et de Bourcier, de Beaumont et de Walther !
L'infanterie offrait ses belles divisions ; chaque régiment portait sa date et son baptême de gloire; il y avait là de ces numéros retentissants aux campagnes d'Italie et d'Egypte , quand ils étaient portés parles demi-brigades : la 32e, la 27e, la 5Gr, la 72u. Merveilleuse histoire que celle de chaque régiment de l'armée et de ces drapeaux qu'ils gardaient, comme les légions de Rome conservaient leur insigne militaire auprès de l'autel des dieux, dans les rangs des vieux prétoriens. Au corps du maréchal Soult on comptait les divisions Vandamme, Legrand et Saint-Iïilaire. Davoust conduisait les superbes troupes de Friant, Gudin, Bisson. Ney menait les divisions Dupont, Loison et Malher ; 3,000 dragons à pied suivaient le maréchal Ney sous les ordres de Baraguay-d'IIilliers. Enfin Lannes, le brave des braves, n'avait avec lui que trois divisions, les intrépides de l'armée, les grenadiers du général Oudinot et l'infanterie des généraux Suchet et Ga/an. L'histoire ne présenta jamais une entrée en campagne plus solennelle : ces troupes toutes remplies d'ardeur auraient gravi les montagnes, franchi les rivières : qui aurait pu résister à leur bravoure impétueuse sous les yeux de leur empereur?
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La mise en marche de tous ces corps d'armée fut réglée par Napoléon avec une grande précision , et Berthier transmit aux maréchaux l'ordre de leur itinéraire. Tout se fit avec une régularité parfaite, comme si l'on était resté sous les tentes de Boulogne; à point nommé chacun arriva sur le Rhin; Lannes, avec ses beaux grenadiers réunis, déboucha par Kehl pour se déployer dans les plaines qui s'étendent vers Carfsruhe ; le corps du maréchal Ney marcha sur Stuttgard. La vieille cité de Spire fut choisie pour le passage du maréchal Soult, qui précipita son mouvement sur Heilbronn ; Davoust prit la route d'Heidelberg, la cité des grandes études, au pied des châteaux féeriques de la montagne où se montre le grand tonneau. Le corps hollandais du général Marmont descendait le Rhin pour occuper Mayence et se joindre à Bernadotte; Marmont, jeune et brillant officier en qui Napoléon avait la plus absolue confiance , et qui avait à gagner son bâton de maréchal ' .
Le plan de campagne de l'empereur n'était pas de prendre l'armée autrichienne de front ; il ne voulait pas imiter Moreau et ses savantes manœuvres dans la Souabe ; les rapports d'espions l'avaient parfaitement informé de la situation de l'armée autrichienne, et depuis que Mack s'était posé à Ulm, il eût été dangereux de franchir celte ligne formidablement défendue par le Danube. Le plan de campagne de Napoléon fut plus hardi , plus fièrement conçu : il n'aimait pas les routes déjà battues; la bataille de Marengo lui revint à la mémoire : il arrêta de se porter sur les derrières de l'armée autrichienne, afin de couper le feld-maréchal Mack de ses renforts, et d'empêcher toute espèce de communication avec les Russes. A Marengo, le premier consul avait sauté par-dessus le mont Saint-Bernard; l'entrée en campagne en Allemagne dut être marquée par une aussi grande hardiesse. Caressa par la fortune, il voulut l'essayer jusqu'au bout : il écrivit des dépêches secrètes à Bernadotte, commandant l'armée du Hanovre; on pouvait évaluer à 60,000 hommes cette armée, excellente troupe, sous un chef de la plus haute capacité2.
1 Extrait du dépôt de la guerre.
2 Cette irruption du corps de Bernadotte en pays neutre est expliquée dans une dépêche de Duroc à M. de Bourricnne.
« Le corps du maréchal Bernadotte a traversé le pays d'Anspach, et, par un malentendu ou un ordre donné de la meilleure foi du monde, sur des données certaines là-bas, qui ne se trouvent pas exister ici, cela a été regardé à Berlin comme une in-
La position d'un corps dans le Hanovre était bonne pour contenir la Prusse: comment amener cette armée dans un plan d'opérations contre Mack sur le Danube, tandis que la Prusse, incertaine déjà sur le parti à prendre, fortement pressée par la Russie et l'Autriche d'entrer en guerre, avait proclamé la neutralité du nord de l'Allemagne, et par conséquent celle de la Saxe et de Hesse-Cassel ? La neutralité supposait un territoire que nulle armée ne pouvait franchir ; c'était donc en s'appuj ant sur cette neutralité que Mack avait opéré; il se croyait suilisamment couvert par elle sur son flanc droit ; or, pour que l'armée de Bernadotte put opérer activement sur le Danube en vertu des ordres de Napoléon, et se déployât sur les derrières du général Mack, il fallait méconnaître la neutralité de Hesse-Cassel, franchir ses limites, blesser la Prusse, insulter aux traités , et, traversant les États neutres, se porter avec cette môme armée immédiatement vers Augsbourg et Munich1.
suite faite au roi, une 'violence faite à sa neutralité. Comment supposer que l'empereur, dans ces circonstances surtout, ait pu penser d'insulter son ami, ou de le violenter? En outre, les rapports ont été exagérés et faits par des gens qui aiment plus nos ennemis que nous. Je sais bien cependant que les 70,000 hommes du maréchal Bernadotte ne sont pas 10,000 uerges. Cjuoi qu'il en soit, cela a failli être tout à fait fatal ; cela nous est au inoins bien nuisible. Laforesl el moi nous nous en sommes le plus ressentis; et on nous traite bien durement, quoique nous ne le méritions guère. Tous les fagots que l'on fait ici te seront panenus.Il est probable que la Prusse n'oubliera pas que la France seule fut intéressée à sa gloire ela son agrandissement, et que seule elle peut s'y intéresser encore. Sur la nouvelle que j'ai reçue que les Russes débarqués à Stralsuud se mettaient en marche pour attaquer le Hanovre, j'en ai prévenu l'officier général qui y commande pour qu'il se tînt sur ses sardes, n Lettre du général Duroc, en date de Bénin , 19 octobre 1805, à M. de Nourrienne, ministre de France à Hambourg.)
' Une protestation fut immédiatement adressée par le cabinet prussien au général Duroc, envoyé à Berlin :
« Le roi me charge, disait 31. de Hardenberg, de faire connaître ce qui suit à LL. EE. M. le maréchal Duroc et M. de Laforest. Sa majesté ne sait si elle doit s ri'iimcr davantage des \iolences que les fermées françaises se soiil permises ou des arguments inconcevables par lesquels on prétend les justifier. La Prusse a\ait proclamé sa neutralité ; fidèle aux engagements qu'elle avait pris et dont tous les a^antages étaient pour la France, sa majesté lui avait fait des sacrifices qui pouvaient compromettre ses plus chers intérêts. Cette loyauté constante, ces relations qui, sans rien coûter à la France, lui valaient une sécurité si précieuse, de quel prix oii| ••lies été payées? Le roi n'a lu qu'avec un sentiment dont il voudrait en vain se défendre la dépêche justificative remise à son cabinet par la légation française. On s'appuie sur l'exemple des dernières guerres, comme si des exceptions admises alors n'avaient pas été annulées par la paivj comme si l'empereur se les était rappelées
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L'empereur Napoléon n'ignorait pas les principes du droit des gens ; il savait bien qu'en méconnaissant la neutralité de Hesse-Cassel , il les violait hautement et donnait un légitime prétexte à la Prusse pour prendre part à la coalition ; mais voici comment l'empereur raisonnait : « Il me faut la victoire, la victoire à tout prix ; si par de faux scrupules je la laisse échapper, si je suis battu, la Prusse s'unit à la coalition parce que je serai malheureux; si au contraire j'ai la victoire, je serai suffisamment justifié de l'infraction commise au droit des gens ; je ne craindrai plus la Prusse, elle n'osera remuer. » Aussi l'empereur n'avait pas hésité un instant à précipiter la marche de Bernadotte à travers les États neutres de Hesse-Cassel ; il lui écrivait : « Passez de toutes les manières, par la ruse, la force ou la bonne volonté. » Dans cet intervalle, une négociation s'ouvrit avec l'électeur pour la forme ; le ministre de France à Hesse-Cassel,
quand il prit possession du pays de Hanovre, pays depuis longtemps sous la protection de la Prusse! On allègue l'ignorance de nos intentions; comme si l'intention n était point ici dans le fait, et comme si la nature des choses pouvait changer avant toute stipulation contraire ! comme si les protestation^ solennelles des magistrats de la province et des ministres de S. M. près l'électeur de Bavière n'avaient point suffisamment proclamé ce qui n'avait pas besoin de l'être; et comme si moi-même, longtemps avant, la carte à la main, dans mes conférences avec leurs excellences, je n'avais pas hautement déclare i inadmissibilité d un passage par les margraviats, en leur désignant la route de communication convenue avec la Bavière comme la seule par laquelle les troupes frain;ai=es pussent passer. On observe qu'il eût fallu s'expliquer d'avanceei catégoriquement, comme si celte explication était un devoir pour celui qui se repose sur la foi d'un principe, et non pour celui qui se propose de le violer ! On prétexte des faits qui n'ont jamais existé que dans des rapports infidèles : et en prêtant aux Autrichiens des torts qu'ils n'eurent jamais, l'on ne faii que dmuer les réflexions de S. M. sur la différence, envers elle, de la conduite d'eux et des armées françaises. Le roi aurait pu tirer de ce contraste les plus graves conclusions sur les vues de l'empereur Napoléon ; mais il se borne à penser que sa majesté a eu des raisons de considérer ses engagements positifs avec la Prusse comme n'ayant plus aucun prix à ses yeux dans les circonstances actuelles, et le roi, par conséquent, se regarde dès aujourd nui comme libre de toute obligation envers elle. Rentré ainsi dans un ordre de choses où l'on n'a plus de devoirs que ceux de veiller à sa propre sûreté et de se conformer aux règles de la justice éternelle, le roi n'eu prouvera pas moins sa tidelite à de tels principes. Voir l'Europe participer à la paix qu'il désire conserver à ses peuples ; contribuer de tout son pouvoir à une pacification solide et durable, consacrer a ce grand ouvrage son active médiation et ses soins les plus ardents, tels seront désormais ses vœux et se» devoirs. Mais entrave de toutes parts dans ses généreuses intentions, il doit avant tout veiller à la sûreté de ses peuples, et, sans garantie comme sans autre obligation, il se voit contraint à faire prendre à ses armées des positions devenues indispensables pour la défense de l'État. » Haroenberg. »
M. Bignon, remit les notes explicatives; on présenta l'obéissance à une force majeure comme un consentement ; la diplomatie n'allait pas plus loin.
Que pouvait faire l'électeur? La volonté de Napoléon était impêralive? que la liesse permit ou qu'elle refusât, Bernadotte devait passer outre. La note du ministre de France fut plutôt une notification qu'une justification raisonnée ; l'empereur s' empressa de dire que l'électeur avait consenti au passage des troupes; M. Bignon dut écrire à sa cour qu'il avait obtenu ce consentement. Bernadotte traversa Hesse-Cassel avec ses 60,000 hommes, division par division, pour se porter sur la Bavière , nul ne pouvait s'y opposer, et il aurait passé sur le ventre à toute armée qui lui aurait barré le passage. Arrivé à Weissembourg, le maréchal Bernadotte réunit à ses drapeaux l'armée bavaroise par un coup de main, ce qui porta son effectif à 70 ou 75,000 hommes; à la tète d'un corps si redoutable, il put se porter librement sur Munich, tourner Mack, tandis que les divisionsdu camp de Boulogne, se déployant sur le Rhin , manœuvraient pour cerner l'armée autrichienne dans ses différentes positions du Danube.
Au moment où toutes ces dispositions étaient faites, Napoléon arrivait à Strasbourg, point central du mouvement militaire ; présent partout, il inspecta les corps à mesure qu'ils traversaient le pont de Kehl ; il ne négligea aucune partie du service ; les estafettes étaient au courant de toutes les contre-marches. A Strasbourg, l'empereur embrasse l'ensemble des opérations diplomatiques et militaires ; c'est là qu'il commence la correspondance intime avec M. Otto, ministre près de l'électeur de Bavière, afin de le renseigner sur chaque mouvement de l'armée ; Maximilien- Joseph a besoin d'être rassuré, et de prendre confiance en la fortune de Napoléon ; il faut le raffermir dans sa résolution de joindre les troupes bavaroises à l'armée française, résultat immense pour assurer le succès de la campagne; l'empereur envoie à l'électeur un bulletin exact de toutes les opérations militaires ; il exagère sa bonne situation diplomatique, afin d'entraîner la Bavière à lui, chose importante, avant l'entrée en campagne l.
' Lettre de Strasbourg, du 28 septembre 180o.
« Monsieur OUo , » Enfin tout prend ici une couleur; toute mon armée est arrivée, et en marche pour aLordcr le Necker. Vos lettres du 23 septembre m'ont fait plaisir. Vous vous
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A Strasbourg, il mit aussi la dernière main au gouvernement de la France. Il va passer le Rhin ; quelle destinée lui réserve sa fortune? Quel sera l'esprit de Paris ? Peut-il compter sur la fidélité et la fermeté de son gouvernement? Il demeure en rapport constant avec ses ministres, il écrit à l'archichancelier, et adresse un message au sénat pour confirmer la nomination de son frère Joseph comme son lieutenant d'empire pendant son absence : « Il ne dissimule pas la longue et périlleuse campagne qui s'ouvre devant lui ; tous les corps poli tiques, le sénat, les législateurs, le tribunat, doivent redoubler de zèle pendant son absence ; il exige que le ministre de la police lui envoie des rapports journaliers sur l'esprit public, sur ce qu'il y a à craindre ou à espérer dans toutes les éventualités de la crise militaire : sur le champ de bataille, sa pensée sera toujours la France l. »
Avant tout, il faut vaincre ; il n'y a pas de force politique à Paris sans des succès en Allemagne ; l'empire est fragile encore, tout dépend donc de l'armée et de ses premiers coups; l'artillerie est-elle bien équipée, et la cavalerie a-t-elle des remontes? Napoléon ne met point
êtes comporté, dans cette circonstance délicate, comme je devais m'y attendre. Je saisirai la première occasion pour vous le témoigner publiquement. S'il est vrai que les Russes avancent, peut-être serait-il convenable que l'électeur se rendît à Kalkreuth ; c'est surtout par des manœuvres et par des marches que je veux en venir facilement à bout. Le maréchal Bernadotte est en marche avec le général Marmont et les troupes bavaroises pour se porter sur le Danube. Toute mon armée se lie à ce mouvement ; je serai moi-même en peu de jours en position de la dir.'ger. Je me tlatte qu'après la première bataille je pourrai remettre l'électeur à Munich. Je désire savoir si son intention est d'y rentrer de suite. Envoyez-moi, par courrier extraordinaire, toutes les nouvelles un peu sûres que vous pourrez avoir de Vienne et de Prague. Bade a conclu un traité d'alliance avec nous, il y a longtemps; un pareil doit èirc signe avec Wurtemberg et Hesse-Darmstadt. Envoyez quelques courriers extraordinaires à Berlin, lorsque les circonstances le nécessiteront, pour donner des nouvelles de l'armée.
» Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
» Signé : Napoléon. »
1 Voici le message officiel de Napoléon au sénat :
« Sénateurs, j'ai délégué au grand électeur les pouvoirs nécessaires pour présider les séances et les conseils d'administration du sénat. J'ai été fort aise de trouver l'occasion de donner à ce prince une preuve de mon estime pour ses talents, et de ma confiance illimitée dans son attachement à ma personne, et à vous, sénateurs, un garant que mon absence ne retardera en rien la marche des affaires. J'ai pensé aussi que le bien de la patrie exigeait que pendant que je serai sur les frontières, le grand électeur restât au milieu de vous.
» A notre quartier général impérial de Strasbourg, le 30 septembre ISOo.
» Signé .-Napoléon. »
en doute le courage de ses braves troupes, et leur dévouement aux aigles : rien ne doit leur manquer; à mesure qu'un régiment passe le Rhin, il en salue les glorieux drapeau», il le baptise par un souvenir; il réveille enfin l'esprit des soldats par des proclamations antiques. Dans le solennel langage des consuls de Rome, il annonce à l'armée que la troisième coalition a commencé : « Les Autrichiens ont violé les traités, l'armée française passe le Rhin pour les punir ; elle ne s'arrêtera plus qu'elle n'ait assuré l'indépendance germanique ; on ne fera plus de paix sans garantie ; l'empereur est au milieu d'eux ; soldats, ils forment l'avant-garde du peuple; ils ont des fatigues à subir, des difficultés à vaincre, mais ils ne prendront de repos que sur le territoire de leurs ennemis ' . »
Le 1er octobre 1805, Napoléon passa le Rhin de sa personne ; le 5, il était à Wurtzbourg pour diriger de ce centre commun toutes les opérations de l'armée; Bernadotte, avec son corps fortifié des divisions bavaroises des généraux de Wrèdeet Deroi, se porta subitement et à marches forcées sur Nuremberg, la vieille cité, où il rallia l'armée de Hollande du général Marmont, descendue sur le Rhin jusqu'à Mayence ; 80,000 hommes manœuvrèrent ainsi à trente lieues sur le derrière du feld-maréchal Mack, et se placèrent entre Ulm, Munich et Vienne. Les corps des maréchaux Soult, Davoust, Ney et Lannes opéraient simultanément et avec une admirable précision un mouvement circulaire qui les portait en Bavière , en évitant les défilés de la Souabe et de la Franconie. Ainsi, la tête du mouvement était confiée à Bernadotte, et la queue au maréchal Davoust, appuyés
1 Voici la proclamation de l'empereur à l'armée : « Soldats,
» La guerre de la troisième coalition est commencée. L'armée autrichienne a passé l'Inn, violé les traités, attaqué cl chassé de sa capitale notre allié... Vousmêmes, vous avez dû accourir à marches forcées à la défense de nos frontières. Mais déjà vous avez passé le Rhin : nous ne nous arrêterons plus que nous n'ayons assuré i'u.i.épendance du corps germanique, secouru nos alliés, et confondu l'orgueil des iaji 3tes agresseurs. Noos ne ferons plus de pais sans garantie : noire générosité ne trompera plus notre politique. Soldats, votre ampères* est au milieu de vous. Vous n'êtes que lavant-garde du grand peuple; s'il est nécessaire, il se lè\era tout entier a ma voi\ pour confondre et dissoudre cette nouvelle ligue qu'ont tissue la haine et l'or de l'Angleterre. Mais, soldats, nous aurons des marches forcées à faire, des fatigues et des privations de toute espèce à endurer : quelques obstacles qu'on nous oppose, nous les vaincrons et nous ne prendrons de repos que nous n'avons planté nos aigles sur le territoire de nos ennemis. » Napoléon. »
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sur le centre des maréchaux Lannes et Soull. Getle manœuvre si simple, si active et si belle, déroutait toute la stratégie du feldmaréchal Mack, qui avait fait des dispositions comme si toute l'armée française devait déboucher par la forêt Noire, à sa face. Complètement déroutés dans leurs plans, les généraux autrichiens durent dès lors se concentrer dans Ulm, et chercher un dégagement pour se joindre à l'armée du Tyrol ou de la Bohème.
Les premiers coups de l'armée française, vigouieux et fermes, furent portés à Donavverth. Vandamme, fougueux et dur à la tète de ses troupes impatientes, se précipite sur Donavverth ; là se trouvait en bataille, sur le pont, le régiment de Colloredoqui se défendit avec vaillance; cédant au nombre, les Autrichiens firent leur retraite, tandis que le maréchal Soult se portait vigoureusement sur Augsbourg. En continuant sa marche circulaire, un autre engagement impétueux eut lieu encore à Donavverth entre une division de dragons et un régiment de cuirassiers autrichiens sur le pont du Lech ; rude croisement de fer : dragons et cuirassiers se mêlèrent, chacun conserva son honneur. On aurait dit un combat de la vieille chevalerie, un vaste choc de poitrails de chevaux, lorsque au moyen âge les Francs et les Germains en venaient aux prises sur le Rhin et la Moselle.
Chaque jour amenait son combat ; on était au 8 octobre ; Murât guidait, avec sa fierté martiale, une brigade de carabiniers, une autre de cuirassiers, superbes troupes. Les divisions des dragons Klein et Beaumont, grosse cavalerie de l'armée, formaient quatre-vingts escadrons pleins d'énergie ; arriv ée à Wertingen, cette belle troupe rencontra douze bataillons de grenadiers hongrois soutenus par quatre escadrons de cuirassiers du régiment d'Albert. Tout aussitôt l'immense masse de cavalerie se déploie autour de ces huit mille grenadiers qui se forment en un vaste carré flanqué de droite et de gauche par des cuirassiers ; des charges successives vinrent mourir sur les baïonnettes autrichiennes ; un combat corps à corps s'engagea entre les deux cavaleries allemande et française ; les colonels donnèrent l'exemple : Maupety fut blessé, Arrighi eut deux chevaux tués sous lui : et Beaumont fit prisonnier de sa main, un capitaine des cuirassiers autrichiens. A la fin, le carré ennemi fut enfoncé et mis en pleine déroute ; la perte fut grande des deux côtés, et ce combat fut célèbre sous le nom de Wertingen. Les Hongrois ne cédèrent qu'à une charge à la baïonnette des grenadiers d'Oudinot arrivés sur le champ de
bataille à la fin du combat. Wertingen fut le premier engagement sérieux depuis l'ouverture de la campagne, et Napoléon dut en féliciter l'armée comme d'un beau fait d'armes ; il se montra familier avec tous, il le devait, car il fallait inspirer confiance ; dans la revue qu'il passa de sa personne, il distribua des croix pour entretenir dans l'armée ce feu de gloire qui brillait depuis l'ouverture de la campagne. Les troupes s'étaient bien battues ; ces corps d'élite reçurent les éloges de l'empereur qui, le 10 octobre, était à Augsbourg, pour présider à cette circonvallation militaire qui déjà entourait Mack comme d'un cercle de feu !.
Cependant chaque corps rivalisait d'énergie, chaque maréchal donnait ses gages à la victoire, le maréchal Soult à Memmingen prit une division autrichienne; le général Dupont, avec G, 000 braves soldats, s'opposait au passage de l'archiduc Ferdinand, qui l'attaquait avec ^5,000 hommes. Puis eut lieu le combat d'Elchingen : le viliage d'Elchingen, où se voit le monastère aux murs blancs sur la montagne, s'élève en vaste amphithéâtre ; au bas coule le Danube aux flots agités; des jardins pleins de fleurs et de vignes forment comme des espaliers en terrasses superposées. Le couvent couronne cette hauteur. 10,000 Autrichiens défendaient ce passage, flanqué de quarante pièces de canon ; Ney les attaqua de face, comme un preux chevalier ; on se battit vigoureusement sur le plateau ; les Autrichiens, cernés par quatre divisions d'infanterie, firent leur retraite ; on les refoula vers Ulm, point central de leur défense.
L'armée de France manœuvrait ainsi sur le flanc, la droite, la
1 Napoléon adressa même une proclamation aux Bavarois en ces termes :
« Soldats bavarois, » Je nie suis mis à la tête de mon armée pour délivrer ^tre patrie d'injustes oppressons. La maison d'Autriche veut détruire, votre indépendance et vous incorporer à ses ^astcs États. Vous serez fidèles à la mémoire de vos ancêtres qui, quelquefois opprimés, ne lurent jamais abattus et conservèrent toujours leur indépendance, leur existence politique, premier bien des nations, comme la fidélité à la mais) ii palatine est le premier de vos devoirs. En bon allié de votre souverain, j'ai élé louché des marques d'amour que vous lui avez données dans cette circonstance importante. Je connais votre bravoure; je me Halte qu'après la première bataille je prouverai à >otrc prince et à mon peuple que vous êtes dignes de combattre dans les rangs de la grande armée. » Signe : Napoléon.
» Par ordre de l'empereur et roi :
o Le major général de l'armée,
» Maréchal Bfrtiueb. »
gauche et les derrières du feld-maréciial Mack obligé de se renfermer dans Ulm; les marches savamment calculées de l'empereur avaient pour objet de préparer la capitulation de l'armée autrichienne en Souabe sans verser de sang. Tout avait réussi à souhait avec une armée si bonne manœuvrière : Mack, huit jours après l'ouverture de la campagne, était déjà compromis ; il fallait le pousser vite à mettre bas les armes; on avait des renseignements précis sur la situation des alliés : douze régiments détachés de l'armée autrichienne d'Italie s'avançaient peur soutenir la position d'Ulm; le premier corps russe entrait en Moravie, sa marche avait éprouvé un long retard par l'opposition qu'avait mise le gouvernement prussien à donner passage à cette armée russe, sous prétexte de la neutralité. Le plan de la coalition trouvait partout ainsi des obstacles à son développement stratégique.
Napoléon, au contraire, était secondé en toute chose ; ce qui était obstacle à ses ennemis faisait sa force ; il avait foulé aux pieds le principe de la neutralité. Jamais il ne s'était montré plus infatigable ; sachant qu'il y avait quelque incertitude dans l'ennemi, que devait-il faire, lui? Agir avec vigueur, dominer toutes les résolutions par la promptitude et l'activité de ses manœuvres. Jour et nuit il était à cheval, répondant aux soldats et aux officiers, couvert de boue, sous la tente, au bivac, familier avec le dernier grenadier de l'armée , ses paroles étaient de feu. De certaines journées Napoléon fit jusqu'à dix-huit lieues par des chemins affreux ; et dans cette brûlante activité des camps, il continuait sa correspondance diplomatique avec l'électeur de Bavière et M. Otto. Afin que rien ne gênât le libre développement de sa pensée militaire, il devait avant tout rassurer Maximilien- Joseph, toujours inquiet du résultat de la guerre. Napoléon eut besoin de son corps de fer ; il lui importait de montrer qu'il était partout ; pour mériter sa couronne, il fallait consacrer sa vie à la grande armée. Le soldat devait dire : « Ces lauriers qui surmontent son diadème d'or, il les mérite, il est le seul digne de conduire nos aigles. » C'est un trait caractéristique de cette campagne d'Austerlitz que la familiarité intime de Napoléon avec ses soldats ; raffermi sur le trône, il eut plus de fierté.
A Ulm, le général Mack avait rappelé toutes les forces dispersées ; son but semblait être, en concentrant ses moyens militaires, de se porter en masse sur le corps français le plus rapproché, le refouler
sur le Danube afin de rétablir ses communications, soit avec la Bavière, soit avec le Tyrol ; il devait s'ouvrir un passage et hasarder cette manœuvre par éventail du centre sur un point ou sur un antre, telle que Napoléon l'exécuta si merveilleusement à Dresde, en 1 813 ; c'était pour le fcld-maréchal Mackune nécessité d'honneur avec 36,000 hommes. Des informations lui firent connaître que le corps du maréchal Ney, le plus faible et le plus rapproché, pouvait être facilement attaqué ; Mack traça l'ordre de bataille : les Autrichiens déploieraient des masses de colonnes à Guntzbourg sous l'archiduc Ferdinand. La trouée fut violente, l'énergie des troupes françaises demeura victorieuse encore: il y eut plusieurs de ces combats partiels où les Autrichiens attaquèrent mollement et sans résultat ; qui pouvait passer sur le corps de l'armée française, si alerte et si ferme dans ses mouvements ?
Alors commença le système des capitulations par masses ; le corps autrichien qui se trouvait dans Memmingen mit bas les armes. Ces exemples sont contagieux dans la guerre ; les agents français s'introduisaient partout au milieu des rangs autrichiens ; on disait aux Allemands : « Pourquoi faisons-nous la guerre? \ous voulons la paix ; notre empereur désire voir le vôtre ; tout s'arrangera ; ce sont les Russes qui oppriment les Allemands ; chassez les Moscovites et la paix est faite. Pourquoi nous battons-nous? Évacuez la Bavière et tout est fini. » Quand les Autrichiens capitulèrent à Memmingen, le maréchal Bernadotte faisait son entrée à Munich ; le corps bavarois prit possession delà ville, et Napoléon déclara «que seul il respectait les traités, en rétablissant l'électeur dans tous ses droits et prérogatives * .
1 La plus active correspondance est suivie par Napoléon avec M. Otto; on voit tout l'intérêt que met Napoléon à ?c hien poser avec l'électeur. Lettre de Luùfsbourg, dit 20 octobre 1805. « Monsieur Otto, )) Je vous envoie n:es lettres pour MM. Duroc et de Laforcst. Il me devient instant d'être instruit du mouvement de l'ennemi sur la gauche du Danube. Envoyez-moi donc un m doua courriers par jour; vous donnerez à vos courrier*pour direction les avant-postes français. Je suis en pleine marche; je vais me rendre à Stultgard. J'imagine que le maréchal Bernadotte et le général Marmont j sont déjà.
» Signé : Napoléon. »
« i octobre 180o.
» M Mo,
w '« Ier. Les nouvelles que vous me donnez des Russes n<
CAP1TI -LAT10N d'ULM. 179
Ce qu'il faisait pour l'électeur, il le ferait pour François II alors à la discrétion des Russes. » Les Bavarois, dignes soldats allemands, avaient combattu sous le général de Wrède avec une ardeur égale à celle des troupes françaises ; ils fortifièrent Munich. Ulm se trouvait ainsi entouré comme d'un cercle d'acier ; sur toutes les directions il y avait des corps français qui se liaient les uns aux autres et poavaieni se prêter un mutuel appui jusqu'à Munich.
sont pas assez précises; je tous mais mandé d'envoyer quelqu'un à Tescher, a Olmutz, afin de savoir positivement quand ils arrivent. Je recevrai avec plaisir le baron Gravenreuth, et je lui accorderai ma confiance, d'après le bien que vous m'en <-itcs. Tout le mon. le e>t en marche. J'espère fortement qu'avant le 7 octobre, je pourrai remettre l'électeur à Munich. Faîtes-moi connaître si son intention est d'v venir ou a qui il veut donner la régence. L'affaire d'Anspach ne peut être un sujet de querelle avec la Prusse, d'abord parce que je n'en ai pas été prévenu, et qu'il ne suffisait pas de prévenir mon général ; ensuite parce que j'ai dû suivre les errements delà dernière guerre, pendant laquelle on a passé à Anspach autant qu'on a voulu ; c'est dans ce sens nue vous devez en parler avec le ministre de Prusse et avec l'électeur. Deux patrouilles ennemies ont été coupées, ce qui nous a valu un détachement d'une quarantaine de prisonniers à cheval. Assurez bien 1 électeur que je ne poserai plus les armes que je ne l'aie mis en état d'entretenir une année de 30,000 hommes, et de n'avoir plus aucune espèce de lien ni de dépendance avec la maison d'Autriche. Les princes de Wurtemberg trouvent ici que l'électeur a tort de ne point porter des plaintes à Ratisbonne, et même des plaintes énergiques. Vous recevrez ce courrier de vendredi à samedi ; je désire que vous me le renvoyiez, pour que je le reçoive avant le 7, et que je sache ce qu'il y a de nouveau de vos côtés. II serait assez convenable que l'électeur fît une proclamation à son peuple , où il fit sentir toutes les vexations qu'a commises envers lui la maison d'Autriche, etc.
» Signé : Napoléon. »
Lettre de Luidsbourg, du 5 octobre 1805. <r Monsieur Otto,
» L'aidede camp de l'électeur m'a apporté votre dépèche. Il paraîtqu il est resté plus de 6,000 hommes à Wurlzbourg, cela est trop ; je pars à l'instant même de Luidsbourg ; je serai à Wonllingen, sur le territoire de Bavière, demain 0; mes corps d'armée sont en très-grande marche. Les corps bavarois et ceux des généraux Bernadotte et Marmont sont appuyés par les généraux Ney et Soult. Le 7 et le 8, nous serons tous depuis Donawerth jusqu'à Ingolstadl; jamais une aussi grand* quantité de troupes n'aura occupé un si petit espace. Pourquoi l'électeur ne viendrait-il pas assister au passage du Danube et à notre entrée chez lui? Je n'attache, au reste, aucune importance à ce que je dis là.
» Signe : Napoléon, o Lettre de Donawerth, du 8 octobre ISOo.
« Monsieur Otto,
» Les événements se pressent avec rapidité; j'ai passé hier le Danube et le Leehj'ai fait attaquer Augslîours et Aicha, où on doit être à l'heure qu'il est ; il serait possible qu'on eût enveloppé un corps de 10,000 hommes qui, du Danube, •sa retraite sur cette position ; douze bataillons de grenadiers viennent d'être enve-
180 ENTRÉE EN CAMPAGNE HE l.' ARMÉE FRANÇAISE.
Nul ne pouvait secourir le général Mack ; les Russes étaient trop éloignes pour arriver à temps au pied des murailles, et d'ailleurs Bernadotte, réuni au corps de Marmont et aux Bavarois, pouvait offrir un front de 80,000 hommes à l'armée russe de Bohême. Serait-ce l'armée autrichienne du Tyrol , inférieure en force à tous les corps qui pourraient s'apposer à elle? L'empereur pouvait disposer de
loppés à Wertingen, entre le Lech et le Danube : artillerie, drapeau*, et la plu^ grande partie du corps a été pris (Napoléon ajoute ici de sa main : Et plus que compromis). Le maréchal Bernadotte et les Bavarois devront être demain à Ingolstadt; je me porte sur les derrières d'Ulm. Tous les jours deviennent plus intéressants ; si l'ennemi fait quelques fautes, elles pourront avoir des résultats funestes pour lui. Faites connaître ce premier succès au général Duroc, à Berlin, et à l'électeur, auquel jet rirai quand je pourrai lui annoncer que son pays est reconquis, après une grande bataille qui aura lieu un de ces jours.
» Signé : Napoléon. »
« 11 octobre 1805 (Augsbourg).
» Monsieur Otto,
» Je voue ai fait instruire des résultats du combat de Wertingen et de Guntzbourg ; l'armée du prince Ferdinand est entièrement coupée , et le prince Murât, avec une division de dragons et les corps des maréchaux Lannes et Ney, est à sa suite. Tous les débouchés, le long du Lech, sont coupés par le maréchal Soult ; le maréchal Bernadotte a dû entrer aujourd'hui à Munich. J'ai fait la galanterie à l'électeur d'y faire entrer, le premier, son corps de Bavarois. Du moment que j'aurai la nouvelle de l'entrée de ces troupes à Munich, j'écrirai à l'électeur d'y venir; il peut toujours faire préparer ses équipages. J'en serai d'autant plus aise que les 7 à 8,000 hommes qu'il a gardes à Wurtzhourg le suivront, ce qui sera un accroissement pour l'armée. Envoyez un courrier extraordinaire à Berlin, au général Duroc, et à M. de Laforest, en cas que le général Duroc n'y soit plus, pour l'instruire de ces nouvelles ; écrivez aussi une longue dépêche au général de division Barbou, qui commande en Hanovre, pour lui donner tous ces renseignements. 20,000 hommes de l'armée autrichienne d'Italie filent sur l'Allemagne : mon armée d'Italie doit attaquer demain, et après l'affaiblissement qu'a éprouvé l'armée autrichienne, je suis fondé à espérer des succès. J'attends d'a\oir des nouvelles plus positives des Busses pour pouvoir marcher à eux, et m'en débarrasser le plus tôt possible. J'ai besoin de chevaux; que tous ceux que l'on pourra me fournir soient envoyés à Augsbourg où je les payerai : faites-les donc conduire à Augsbourg, j'en prendrai autant (mon m en fournira de bons.
» Signé : Napoléon. »
Autre lettre a" Augsbourg, du 12 octobre 180o. « Monsieur Otto,
» Je vous réponds par votre courrier deux mots, car je pars dans une heure pour me rendre à Burgau. La lenteur de la marche des Bavarois et le temps affreux qu'il fait ont retardé le général Bernadotte; son avant-garde était hier à deux lieues de Munich, il a dû y entrer aujourd'hui : je n'en ai point de nouvelles. Vous trouverez ci-joint un bulletin qui vous fera connaître la situation des choses. La bataille aura lieu après-demain 14 ; j'espère que l'armée autrichienne sera détruite ou faite pri-
CAPITULATION D'iILM. 181
1)0 à 80,000 hommes pour se porter à la renrontre des Autrichiens. Dans celte situation, que fallait-il faire? Le ile\oir d'hommes de courage sous un énergique général , je le répète, c'était de faire une trouée, de se porter sur un point en masse serrée, afin de s'ouvrir un passage sur le corps des ennemis, et en pareil cas on réussit toujours à la tête de 30,000 hommes. Il y avait avec Mack deux généraux d'un mérite distingué, le feld-maréchal comte de Giulay et le comte de Klénau. L'archiduc Ferdinand était parvenu à faire sa retraite; d'autres auraient pu opérer comme lui ; mais le général qui exerça une fatale influence sur toute la campagne , fut le prince Jean de Lichtenstein, objet constant d'éloges dans les bulletins français. Napoléon le connaissait bien; brave de sa personne, faible de caractère, il était dévoué au parti français et à la paix ; avec quelques paroles on pouvait lui persuader que l'empereur Napoléon \oulait traiter a\ec François II, et que, par son influence, il pouvait ramener la paix en séparant la cause autrichienne de celle des Russes. «Les Allemands,
sunnière, et que l'armée russe ne tardera pas à avoir le même sort, toutefois avec l'aide de Dieu, qui est le Dieu des armées.
» Je désire que l'électeur attende ma lettre pour venir. Je sais qu'il doit être accompagné par sa Camille, et je suis trop gp.lant pour vouloir exposer ces dame? ;. je lui écrirai le 14 au soir, du champ de bataille, ce que je pense qu'il sera con\enable qu'il fasse. Failes passer ces nouvelles à Berlin et au général qui commande en Hanovre. Le découragement de l'armée autrichienne n'a pas d'exemple. Nos plus mauvais régiment:; de < has-curs attaquent, en nombre inférieur, les gros régiments de cuirassier? et le? mettent en déroute: l'infanterie ne tient nulle part. » Sur ce, etc.
» Signé : Napoléon.
» P. S. Annoncez à l'électeur que l'armée bavaroise et française est entrée aujourd'hui à Munich, à six heures (in matin ; elle a fait 800 prisonniers. Le maréchal Bernadotte me mande qu'il est à cheval, suivant un parc de cent pièces de canon qui n'est pas éloigné. Le prince Ferdinand se trouvait à Munich, il avait donc quitté son armée de l'iller. La confusion des Autrichiens paraît extrême ; il y aura bien des nouvelles d'ici à huit ou dix jours. »
Lettre de iahbaye d'Elcliingen, du 18 octobre 1805. « Monsieur Otto, » Je vous envoie un nouveau bulletin, vous y verrez que nos succès ne sauraient être plus complets. Dite? n l'électeur qu'il ne s'inquiète point de la retraite du prince Ferdinand, qui e.-t sor'J d'Ulm avec 12,000 hommes, mais qu'il ne lui en reste plus que f», 000; je serai dans peu de jours à Munich. Du moment que je saurai le sort que le prince Murât et le maréchal Lannes, que j'ai mis à la poursuite du prince Ferdinand, lui auront fait essuyer, j'écrirai à l'électeur. » Sur ce, etc.
yi. 9
disait-on, étaient trop intelligents pour être confondus avec les barbares du Nord qui s'avançaient en Moravie. » Paroles que Napoléon faisait traduire incessamment aux officiers autrichiens à qui l'épée était rendue. Mack n'était pas dépourvu de talent ; tour à tour décidé et faible , il était impressionnable à tous les événements ; un jour, plciu d'énergie, il proclamait qu'on devait se défendre jusqu'à la dernière extrémité, menaçant d'une peine sévère quiconque parlerait de se rendre ; le lendemain la terreur venait, ou bien quelque voix mystérieuse se faisait entendre, celle de Schulmeister peut-être, le démo» tentateur de l'état-major autrichien, et qui passa plus d'une fois par les poternes d'Ulm ; alors Mack perdait la tète et demandait à capituler. Un ordre du 15 octobre constate l'état de faiblesse et de désorganisation morale de cet esprit mal fait. Le général Mack « déclarait responsable sur le devoir et l'honneur tous les officiers généraux supérieurs qui prononceraient le mot reddition; l'armée russe et allemande allait venir à son secours; les Français étaient dans le plus pitoyable état ; les Autrichiens d'Ulm ne pouvaient manquer de vivres, car on avait plus de 3,000 chevaux à manger. » Après toutes ces belles protestations, le général Mack reçoit, sans rougir, sans murmurer, les propositions que lui envoie l'empereur des Français avec cette habileté et cette finesse insinuante qu'il savait employer. Napoléon ne perdit pas un seul moment de vue la position de Mack ; il lui plaisait d'avoir toute cette armée sans coup férir.
M. de Ségur fut chargé d'entamer les premières propositions avec le général Mack. Dans un rapport adressé à l'empereur, l'aide de camp donne avec esprit et exactitude le journal de cette capitulation minute par minute. « Hier, 16 octobre, l'empereur m'a fait appeler dans son cabinet ; il m'a ordonné d'aller à Ulm , de décider Mack à se rendre dans cinq jours, et, s'il en exigeait absolument six, de les Jui accorder. Je n'ai pas reçu d'autres instructions. La nuit était noire ; un ouragan terrible venait de s'élever, il pleuvait à flots ; il fallait, passer par des chemins de traverse et éviter des bourbiers où l'homme, le cheval et la mission pouvaient finir avant terme. J'ai été presque jusqu'aux portes de la ville sans trouver nos avant-postes ; il D'yen avait plus : factionnaires, vedettes, grand'gardes, tout s'était mis à couvert ; les parcs d'artillerie même étaient abandonnés ; point de feux , point d'étoiles. Il a fallu errer pendant trois heures pour trouver un général. J'ai traversé plusieurs villages et questionné inu-
tilemcnt ceux qui les remplissaient. J'ai enfin trouvé un trompette d'artillerie à moitié noyé dans la boue sous son caisson ; il était roide de froid. Nous nous sommes approchés des remparts d'Ulm. On nous attendait sans doute, car au premier appel, M. de Latour, officier parlant bien français , s'est présenté. Il m'a bandé les yeux , et m'a fait gravir par-dessus les fortifications. J'observai à mon conducteur que la nuit était si noire qu'elle rendait le bandeau inutile, mais il m'objecta l'usage. La course me paraissait longue. Je fis causer mon guide : mon but était de savoir quelles troupes renfermait la ville. Je lui demandai si nous étions encore loin de la demeure du général Mack et de celle de l'archiduc : « C'est tout près, » me répondit mon guide. J'en conclus que nous tenions dans Ulm tout le reste de l'armée autrichienne. La suite de la conversation me confirma dans cette conjecture. Nous arrivâmes enfin dans l'auberge où le général en chef demeurait. Il m'a paru grand, âgé, pâle; l'expression de sa figure annonce une imagination vive. Ses traits étaient tourmentés par une anxiété qu'il cherchait à cacher. Après avoir échangé quelques compliments, je me nommai ; puis entrant en matière, je lui dis que je venais de la part de l'empereur le sommer de se rendre, et régler avec lui les conditions de la capitulation. Ces expressions lui parurent insupportables, et il ne convint pas d'abord de la nécessité de les entendre. J'insistai, en lui observant qu'ayant été reçu, je devais supposer, ainsi que l'empereur, qu'il avait apprécié sa position ; mais il me répondit vivement : « Qu'elle allait bien changer ; que l'armée russe s'approchait pour le secourir, qu'elle nous mettrait entre deux feux, et que peutêtre ce serait bientôt à nous à capituler. » Je lui répliquai : « Que, dans sa position, il n'était pas étonnant qu'il ignorât ce qui se passait en Allemagne; qu'en conséquence je devais lui apprendre que le général Bernadotte occupait Ingolstadt et Munich, et qu'il avait se* avant-postes sur l'Ion, où les Russes ne s'étaient pas encore montrés, i Ici le général Mack montra de la colère : « Que je sois le plus grand..., s'écria-t-il, si je ne sais pas par des rapports certains que les Ilusses sont à Dachau î Croit-on m'abuser ainsi? Me traite-t-on comme un enfant? Non, M. de Ségur. Si dans huit jours je ne suis pa* secouru , je consens à rendre ma place , 5 ce que mes soldats soient prisonniers de guerre, et leurs officiers prisonniers sur parole. Alors on aura eu le temps de me secourir, j'aurai satisfait à mon devoir : mais on me secourra, j'en suis certain! — J'ai l'honneur de vous
répéter, M. le général, que nous sommes non-seulement maîtres de Dachau, mais de Munich : d'ailleurs en supposant vraie votre erreur, si les Russes sont à Dachau, cinq jours leur suffisent pour venir nous attaquer , et S. 31. vous les accorde. — Non , monsieur , reprit le maréchal; je demande huit jours, ils sont indispensables à ma responsabilité.— Ainsi, repris-je, toute la difficulté consiste datis cette différence de cinq à huit jours ! mais je ne conçois pas l'importance que votre excellence y attache, quand S. M. est devant vous, à la tète de plus de cent mille hommes, et quand le corps du maréchal Bernadotte et du général Marmont suffisent pour retarder de ces trois jours la marche des Russes, même en les supposant où ils sont encore bien loin d'être. — Us sont à Dachau , répéta le général Mack. — Bien ! soit! 31. le baron, et même à Augsbourg: nous en sommes d'autant plus pressés de terminer avec vous : ne nous forcez donc pas d'emporter Ulm d'assaut; car, au lieu de cinq jours d'attente, l'empereur y serait dans une matinée. — Ah ! monsieur , ne pensez pas que 15,000 hommes se laissent ainsi forcer si facilement. Il vous en coûterait cher ! — Quelques centaines d'hommes, lui répondis-je, et à vous votre armée et la destruction d'Ulm, que l'Allemagne vous reprocherait; enfin tous les malheurs d'an assaut, que S. 31. veut prévenir par la proposition qu'elle m'a chargé de vous faire. — Dites, s'écria le maréchal , qu'il vous en coûterait dix. mille hommes ! la réputation d'Ulm est assez connue. — Elle consiste dans les hauteurs qui l'environnent, et nous les occupons. — Allons donc, monsieur, il est impossible que vous ne connaissiez pas la force d'L'lm ! — Sans doute, 31. le maréchal , et d'autant mieux que nous voyons dedans. — Eh bien ! monsieur, dit alors ce malheureux maréchal, vous y voyez des hommes prêts à se défendre jusqu'à la dernière extrémité ! , si
1 Voici l'étrange ordre du jour publié par le général Mack.
« Ordre général du 15 octobre 1803.
» Au nom de S. M., je ronds responsables sur leur honneur, sur leurs devoirs et leur propre bonheur, tous les généraux, olliciers supérieurs el officiers qui prononceraient encore le mot de reddition, et qui penseraient encore à autre chose qu'à la défense la plus opiniâtre ; défense qui ne pourra durer longtemps, vu que dans très-peu de jours les avant-gardes des deux grandes armées, savoir, d'une année impériale-royale, et d'une armée russe, paraîtront devant Ulm poir nous té i rer. L'armée ennemie est dans la situation la plus horrible, tant par le mauvais temps que par le manque de vivres. Il est impossible qu'elle puisse encore rester dans nos contrées au delà de quelques jours. Elle ne peut teuter l'assaut qu'en petits déta-
voire empereur ne leur accorde pas huit jours. Je tiendrai longtemps ici. Il y a dans Ulm 3,000 chevaux que nous mangerons, avec autant de plaisir que vous le feriez à notre place. — Trois mille chevaux? répliquai-jc, ah! M. le maréchal, la disette que vous devez éprouver est donc déjà bien grande , puisque vous songez à une si triste ressource ! »
M. de Ségur montrait ici l'homme d'esprit vif, le caractère français en un mot. Il continue : « Le maréchal se dépêcha de m'assurer qu'il avait pour dix jours de vivres ; mais je n'en crus rien. Le jour commençait à poindre, nous n'avancions pas. Je pouvais accorder six jours ; mais le générai Mack tenait si obstinément à ses huit jours, que je jugeai cette concession d'un jour inutile, je ne la risquai pas. Je me levai, en disant que mes instructions m'ordonnaient d'être revenu avant le jour, et, en cas de refus, de transmettre, en passant, au maréchal Ney l'ordre de commencer l'attaque. Ici le général Mack se plaignit de la violence de ce maréchal envers un de ses parlementaires qu'il n'avait pas voulu écouter. Je profitai de cet incident pour bien faire remarquer qu'en effet le caractère du maréchal était bouillant, impétueux, impossible à contenir ; qu'il commandait le corps le plus nombreux et le plus rapproché ; qu'il attendait avec impatience l'ordre de livrer l'assaut, et que c'était à lui que je devais le transmettre en sortant d'Ulm. Le vieux général, ne se laissant point effrayer, insista sur les huit jours , en me pressant d'en porter la proposition à l'empereur. »
H'y avait ici une aberration d'esprit inexplicable, ou bien un jeu joué. Que signifiaient toutes ces conversations, et où tendaient-elles? M. de Ségur continue : « Le général Mack est prêt à signer la perte de l'Autriche et la sienne ; et pourtant dans cette position désespérée , où tout en lui doit souffrir cruellement, il ne s'abandonne pas encore; son esprit conserve ses facultés , sa discussion est vive et tenace ; il défend la seule chose qui lui reste à défendre, le temps. Il cherche à
chements, vu que presque partout nos fossés sont très-larges : rien n'est, en conséquence, plus facile que de tuer des assaillants, et de les faire prisonniers. Si les vivres venaient à nous manquer, nous avons pour nous nourrir plus de 3,000 chevaux. Moi-même je serai le premier à me nourrir de la chair de cheval, et j'espère que chacun fera volontiers cause commune avec moi. J'espère la même la chose des bons habitants de la ville, et je leur réitère l'assurance qu'ils seront libéralement dédommagés et indemnisés de tout.
» Mack. »
retarder la chute de l'Autriche, dont il est cause ; il veut lui donner quelques jours de plus pour s'y préparer : lui perdu , il dispute encore ])Our elle. Entraîné par son caractère plus politique que militaire, il veut encore jouer au plus fin contre le plus fort, sa tète s'égare dans une foule de conjectures. Le 17 , vers neuf heures du matin, j'ai retrouvé l'empereur à l'abbaye d'Elchingen, où je lui ai rendu compte de cette négociation : il en a paru satisfait : il m'a fait rappeler ; et , comme je tardais, il a envoyé le maréchal Berthier me porter par écrit les propositions nouvelles qu'il voulait que je fisse signer au général Mack sur-le-champ '. L'empereur accordait au général autrichien huit
1 Je donne ici les testes de la capitulation d'Ulm. Capitulation de la ville d'Ulm, occupée par les troupes de S. M. l'empereur d'Autriche et roi de Hongrie, et remise aux armes de S. M. l'empereur des Français
et roi d'Italie.
•< Entre nous, Alexandre Berthier, maréchal d'empire, commandant la première cohorte de la Légion d'honneur, grand cordon, grand veneur, grand officier de l'Aigle noir et de l'Aigle rouge; major-général de la grande armée, ministre de la guerre, chargé de stipuler pour S. M. l'empereur des Fiançais et roi d'Italie , et M. le fcldmaréchal baron de Mack, quartier-maître général des armées de S. M. l'empereur d'Autriche et roi de Hongrie, il a été convenu ce qui suit :
» Art. 1er. La place d'Ulm sera remise à l'armée française a>ec tous ses magasins et son artillerie. — Réponse du général autrichien. La moitié de l'artillerie de campagne restera aux troupes autrichiennes. — Refusé.
>» Art. 2. La garnison sortira de la place avec tous les honneurs de la guerre ; et après avoir défilé, elle remettra ses armes. MM. les officiers seront renvoyés sur parole en Autriche, et les soldats et sous-officiers seront conduits en France où ils resteront jusqu'à parfait échange. — Réponse. Tout le monde sera renvoyé en Allemagne, sous condition de ne pas servir contre la France jusqu'à l'échange. — Refusé.
» Art. 3. Tous les effets appartenant aux officiers et aux soldats leur seront laissés. — Réponse. Les caisses des régiments aussi. — Accordé.
» Art. 4. Les malades et les blessés autrichiens seront soignés comme les malades et les blessés français. — Réponse. Nous connaissons la loyauté et l'humanité françaises.
» Art. 5. Cependant s'il se présentait, le 3 brumaire an xiv (25 octobre 1805) avant midi, un corps d'armée capable de débloquer la \ille d'Ulm, alors la garnison de cette place serait dégagée de la présente capitulation, et serait libre de faire ce qu'elle voudrait. — Réponse. Si jusqu'au 25 octobre à minuit inclusivement, des troupes autrichiennes ou russes débloquaient la ville de quelque côté ou porte que ce soit, \i irarnison sortira librement avec ses armes, son artillerie et cavalerie, pour joindre Iflfl troupe-» qui l'ont débloquée. — Accordé.
» Art. 6. Une des portes de la ville d'Ulm (la porte de Stuttgard) sera remise, à sept heures du matin, à l'année française, ainsi qu'un quartier suffisant pour pouvoir contenir une bricrade. — Réponse. Oui.
» Art. 7. L'armée française pourra faire usage du grand pont sur le Danube et
CAPITULATION n'ULM. 187
jours, mais à dater du 15, premier jour du blocus, ce qui les réduisait en effet aux six jours que j'avais pu d'abord proposer, et que je n'avais pas voulu concéder. Toutefois en cas d'un refus obstiné, j'étais autorisé à dater ces huit jours du 17, et l'empereur gagnait encore un jour à cette concession. Il tenait à entrer promptement dans Ulm , pour augmenter l'importance de sa victoire par sa rapidité, aQn d'ar-
communiquer librement d'une rive à l'autre. — Réponse. Le pont est brûlé; on fera l'imposable pour le refaire.
» Art. 8. Le service sera réglé de part et d'autre, de manière à ce qu'il ne se ro:nmette aucun désordre, et que tout soit dans la meilleure harmonie entre les deux iirmées. — Réponse. La discipline française et autrichienne nous en Cht le sûr garant.
» Art. 9. Tous les chevaux de cavalerie, d'artillerie, de charrois, appartenant à S. M. l'empereur d'Autriche et roi de Hongrie, seront remis à l'armée française.
» Art. 10. Les articles 1, 2, 3, 4 et 9 n'auront leur exécution que lorsque le voudra 31. le général commandant les troupes autrichiennes, pourvu que cela ne puisse dépasser le 3 brumaire an xiv (25 octobre 1803), avant midi; et si à cette époque. une armée assez en force se présentait pour faire lever le blocus , la garnison serait libre, conformément à l'article 5, de faire ce qu'elle voudrait.
m Fait double à Ulm, le 25 vendémiaire an xiv (17 octobre 1805).
» Signé : le maréchal Berthier.
» Signé : Mack. »
État des régiments enfermés dans la ville d'Ulm.
Une partie du régiment de cavalerie de Schwartzenberg, hulans; les régiments de Hohenlohe, dragons; Mack, cuirassiers; Archiduc-François; un détachement des hussards de Blankenstein ; et plusieurs ordonnances, chez les généraux, des régiments de Latour, Rosemberg, Klénau, et de l'Archiduc-Albert. — Infanterie : chasseurs tyroliens; Collowrath; Manfredini; Frolich; Archiduc-Charles; un détachement du régiment de l'empereur. — Grenadiers: Hildbourghausen, ci-devant. Bender, un bataillon; Archiduc-Charles, un bataillon; Manfredini, un bataillon; Colloredo, un bataillon; Stuart, un bataillon.
Capitulation additionnelle sur la reddition d'Ulm.
a Le maréchal Berthier, major-général de l'armée française, autorisé par ordre exprès de l'empereur des Français, donne sa parole d'honneur : 1° que l'armée autrichienne est aujourd'hui au delà delTan, et que le maréchal Bernadotte, avec son armée, est en position entre Munich et l'Inn ; 2° que le maréchal Lannes, avec son corps d'armée, est à la poursuite du prince Ferdinand , et était hier à Aalen ; 3° que le prince Murât, avec son corps d'armée, était hier à Nordlingen ; que les lieutenants généraux "Werneck, Baillet, Hohenzollcrn et sept autres généraux ont capitulé avec leur corps d'armée au village de Trotztelfingen; 4° que le maréchal Souït est entre. Ulm etBregentz, surveillant la route du Tyrol; qu'il n'y a donc aucune possibilité à ce qu'Ulm soit secouru.
» M. le lieutenant général, quartier-maître général Mack, portant croyance aux déclarations ci-dessus, est prêt à évacuer dans la journée de demain la ville d'Ulm , y mettant pour condition que le corps entier de M. le maréchal >"ey, composé de douze régiments d'infanterie et de quatre régiments de troupes à cheval, ne quittera.
river à Vienne avant que cette ville fût remise de sa stupeur et que l'année russe eût pu se mettre en mesure, et enfin parce que les vivre.» commençaient à nous manquer. Le major-général maréchal Berthier me prévint qu'il s'approchait delà ville, et que, les conditions réglées, il sciait bien aise que je l'y fisse pénétrer. Je suis rentré dans Ulm vers midi, toujours avec les mêmes précautions; mais cette fois j'ai trou\é le général 31ack à la porle de la ville. Je lui ai remis l'ultimatum de l'empereur; il est allé le discuter avec plusieurs généraux, parmi lesquels je crus remarquer un prince de Lichtenstein et les .généraux Klénau et Giulay. Un quart d'heure après, il revint disputer encore avec moi sur la dale. Un malentendu lui persuada qu'il obtenait les huit jours entiers à partir du 17. Alors, avec une émotion de joie bien singulière : « M. deSégur ! mon cher monsieur! s'écriat-il, je comptais sur la générosité de l'empereur : je ne me suis pas trompé... Dites au maréchal Berthier que je le respecte... Dites à l'empereur que je n'ai plus que de légères observations à faire ; que je signerai tout ce que vous m'apporterez... Mais dites à sa majesté que le général Ney m'a traité bien durement; que ce n'est pas ainsi qu'on traite... Répétez bien à l'empereur que je comptais sur sa générosité... » Puis avec une effusion de cœur., il ajouta : « M. de Ségur, je tiens à votre estime... ; je liens beaucoup à l'opinion que vous aurez de moi; je veux vous faire voir l'écrit que j'avais signé ; car j'étais décidé. » En parlant ainsi il déploya une feuille de papier où je lus ces mots : Huit jours ou la mort ! Signé Mack. Je restai frappé d'étonnement en voyant l'expression de bonheur qui brillait sur sa figure ; j'étais saisi et comme consterné de cette puérile joie pour une si vaine concession. »
Cette partie du rapport de M. de Ségur constate la démoralisation slupide du général Ttlack ; cet homme n'était plus lui : « Dans un
pas rim et un rayon de dis lieues jusqu'au 25 octobre à minuit, époque où expire lu capitulation. MM. le maréchal Berthier, cl le baron de Mack, lieutenant général, quartier-maître général , conviennent (1rs articles ci-dessus. En conséquence, demain à :j heures après-midi, l'armée autrichienne défilera devant S. M. l'empereur des Français, avec tous les honneurs delà guerre; elle posera les armes, et des ordres de roule seront donnés à MM. les officiers, qui conseneront leurs armes pour se rendre en Autriche par les deux routes de Kenipten et de Bregentz, pour le Tyrol. » l'ait double à Elchingcn, le 1(J octobre 1803 (27 vendémiaire an xivj.
» Siijné : le maréchal Berthier.
» Signe : le lieutenant général Mack. »
naufrage si considérable, à quelle faible branche le malheureux général croyait-il donc pouvoir rattacher son honneur , celui de son année et le salut de l'Autriche? Il me prenait les mains, me les serrait, me permettait de sortir d'Ulm les yeux libres; il me laissait introduire le maréchal Berthier dans cette place sans formalités. Enfin il était heureux ! Il y eut encore, devant le maréchal Berthier, une discussion sur les dates. J'expliquai le malentendu : on s'en remit à l'empereur. Le général Mack m'avait assuré le matin qu'il lui restait pour dix jours de vivres ; il en avait si peu, comme au reste j'en avais prévenu sa majesté, qu'il demanda devant moi la permission d'en faire entrer le jour même. Mack, se voyant tourné, s'est imaginé qu'en se jetant dans Ulm, il attirerait l'empereur devant ses remparts, l'y retiendrait, et favoriserait ainsi la fuite que tenteraient ses autres corps par différentes directions. Il pense s'être dévoué : c'est ce qui soutient son courage. Lorsque je négocie avec lui, il croit notre armée immobile, et comme en arrêt devant Ulm. Il en a fait sortir furtivement l'archiduc et Werneck ; une autre division avait tenté de s'évader vers Memmingen , une autre encore fuyait vers les montagnes du Tyrol : toutes sont ou vont être faites prisonnières. Aujourd'hui 19, le général Mack est venu voir l'empereur à Elchingen. Toutes se* illusions se sont évanouies. Sa majesté, pour le persuader de ne plus le retenir inutilement devant Ulm ' , lui a fait envisager sa position
' L'empereur avait dit au prince Jean de Lichtenstein :
« Dans huit jours, vous êtes à moi sans condition. Vous attendez l'armée russe qui est à peine eu Bohème ; et d'ailleurs si je vous laisse sortir, quelle garantie ai-je qu'on ne fera pas servir vos troupes, une fois qu'elles seront réunies aux Russes? Jt me souviens de Marengo ; je laissai passer M. de Mêlas, et il fallut que Moreau combattît ses troupes au bout de deux mois, malgré les promesses les plus solennelles' de traiter de la paix. D'ailleurs, il n'y a point de lois de guerre à invoquer après une conduite comme celle de votre gouvernement envers moi. Certainement je ne vous ai pas cherchés; je ne puis d'ailleurs me fier à aucun des engagements que prendrait avec moi votre général, parce qu'il ne dépendra pas de lui de tenir sa parole. Ah ! si vous aviez dans Ulm un de vos princes, et qu'il s'engageât, je me fierais à sa parole, parce qu'il en serait responsable, et qu'il ne permettrait pas qu'on le déshonorai; mais je crois que l'archiduc est sorti. »
Le prince répliqua du mieux qu'il lui fut possible, et protesta que, sans les conditions qu'il demandait , l'armée ne sortirait pas. « Je ne vous les accorderai pas, reprit l'empereur. Voilà la capitulation de votre général qui commandait à Memmingen; portez-la au général Mack, et quelles que soient vos résolutions dans Ulm, je ne lui accorderai pas d'autres conditions. D'ailleurs , je ne suis pas pressé ; plus ii tardera, plus il rendra sa position mauraise, et par conséquent la vôtre à tous. Au surplus, j'aurai demain ici le corp« qui a pris Memmingen, et nous verrons. »
et colle de l'Autriche dans toute son horreur. Il lui a appris nos succès sur tous les points ; que le corps de Wcrneck, toute son artillerie et huit généraux capitulaient; que l'archiduc lui-même était atteint, et qu'on n'entendait pas parler des Russes. Tant de coups ont anéanti le général en chef, les forces lui ont manqué, il a été obligé de s'appuyer contre la muraille ; il s'est affaissé sous le poids de son malheur. Il est convenu de sa détresse, et qu'il n'avait plus de vivres dans Ulm ; qu'au lieu de 15,000 hommes il s'y trouvait 24,000 combattants et 3,000 blessés ; qu'au reste la confusion était telle qu'à chaque instant on en découvrait davantage ; qu'il voyait bien qu'il n'avait plus d'espoir, et qu'il consentait à rendre Ulm dès le lendemain 20, à trois heures. En sortant de chez sa majesté , il nous vit et je l'entendis dire : « Il est xruel d'être déshonoré dans l'esprit de tant de braves officiers. J'ai pourtant dans ma poche mon opinion écrite et signée, par laquelle je me refusais à ce que l'on disséminât mon armée; mais je ne la commandais pas, l'archiduc Ferdinand étaiî là. » Il se peut qu'on n'ait obéi à Mack qu'avec répugnance. Aujourd'hui 20 octobre , 33,000 Autrichiens se sont rendus prisonniers , ils ont défilé devant l'empereur. L'infanterie a jeté les armes sur le revers du fossé ; la cavalerie a mis pied à terre, s'est désarmée, et a livré ses chevaux à nos cavaliers à pied. Ces soldats, en se dépouillant de leurs armes, criaient : « Vive l'empereur ! » Mack était là, il répondait aux officiers qui s'adressaient à lui sans le connaître : « Vous voyez devant vous le malheureux Mack '. »
Rien n'est plus complet sur la capitulation d'Ulm que ce récit d'un
1 En Allemagne voici comment fut jugée la conduite de Mack : « Mack fut plus malheureux que coupable ; né et demeuré pauvre, ce fait répond a de lâches calomnies. Bon officier d'état-major, il fut, ainsi que plusieurs autres qu'on pourrait citer, très-incapahle de commander en chef une grande armée, surtout en face du plus grand général de cette époque, et l'erreur qui le nomma l'emporte sur celle qu'il commit. D'ailleurs, aimé des officiers inférieurs de sou armée,
il contre lui ceux d'un grade supérieur, qui lui obéissaient à regret, le servaient peu, mal ou point du tout, voulaient le perdre et rejetaicul sur lui leurs propres
-. Ce ne fut pas Mack, mais le prince de Lichtcnstcin , qui le premier parla de capitulation et la déclara indispensable; les généraux autrichiens ne firent rien pour
.poser; cependant eux et le cabinet le rendirent responsable d'une catastrophe dont le plan \icieux de campagne, les lenteurs du gouvernement, l'impéritie des ministres, furent les seules et vcritaliîcs causes. Un étranger d'une nation rivale •Time à donner ici son opinion sur le compte d'un homme malheureux et persécuté
in ïi! calcul d'intérêt per onncl. » (Note marginale trouvée dans un portefeuille ministériel ; elle est attribuée à M. dellardenberg.)
CAPITULATION DULM. 191
témoin oculaire. M. deSégur a-t-il tout dit? N'y eut-il pas des menées secrètes qui lui furent inconnues? Quel moyen prit-on pour séduire et démoraliser l'état-major? Les juifs de Bavière, le fin Schulmcister ne firent-ils pas luire les napoléons d'or à travers les poternes et les remparts? En résultat, l'empereur s'emparait, sans coup férir, de toute l'année autrichienne destinée au\ opérations sur le Danube ; on avait déployé des manœuvres hardies que Napoléon seul pouvait oser. Qui aurait jamais pensé à la violation du territoire neutre lorsqu'il sollicitait lui-même formellement la neutralité du nord de l'Allemagne contre les Russes? Llm paraissait inexpugnable et parfaitement appuyé; il fallait franchir le Danube de front, et, par un mouvement de circonvallation , l'empereur Napoléon l'entourait par trois armées. D'un autre coté, si les Français n'hésitaient pas à violer le territoire neutre, les Russes s'arrêtaient devant les frontières prussiennes, et par un scrupule diplomatique ils étaient retardés de huit jours dans leur marche. Le maréchal Bernadotte, avec GO, 000 hommes, se plaça ainsi paisiblement entre eux et le corps du général Mack. Le caractère résigné des officiers autrichiens, l'absence de toute émulation, le faible esprit de Mack, avaient beaucoup aidé l'événement; l'empereur Napoléon avait habilement démoralisé l'armée autrichienne, et par des menaces, et par des pourparlers, et par des corruptions secrètement jetées dans les états-majors.
Comment expliquer ces conférences si fréquentes du prince Jean de Lichtenstein avec Napoléon? Que signifiaient cette conduite pacifique , ces constants pourparlers en campagne? Quoi! un général écoute de sang-froid et discute les griefs diplomatiques contre son souverain ! Napoléon profite ici de son avantage : il sait qu'il a des caractères pusillanimes à dompter et des généraux qui détestent les Slusses ; il exploite le parti de la peur, il donne la liberté sur parole à tous les officiers, il ne s'empare que des drapeaux et des soldats *. Ces
1 Récit d'un témoin oculaire.
« Tous les généraux autrichiens, au nombre de 17, étaient fort tristes; ce fut l'empereur qui soutint la conversation ; il leur dit, entre autres choses : « Il est malheureux que d'aussi braves gens que vous, dont les noms sont honorablement cités partout où vous avez combattu, soient les victimes des sottises d'un cabinet qui ne rêve que des projets insensés, et qui ne rougit pas de compromettre la dignité de l'État et de la nation en trafiquant des services de ceux qui sont destinés à la défendre. C'est déjà une chose inique que de venir, sans déclaration de guerre, me prendre a la gorge ; mais c'est être coupable envers ses peuples que d'appeler chez eux une
192 ENTRÉE EN CAMPAGNE DE l'aRMÉE FRANÇAISE.
officiers vont partout répandre en Autriche les opinions de la paix <>t la magnanimité du vainqueur; Napoléon démontre aux Allemands qu'il n'en veut pas à eux, mais aux Russes ; le prince Jean de Lichtenstcin devient un négociateur armé ; toujours aux avant-postes, il se bat, mais mollement, avec la paix dans la pensée, et Napoléon au oeur.. C'est moins un général qu'un intermédiaire pacifique : il va dire partout que l'empereur des Français ne veut que l'exécution des traités ; Napoléon lui a dit : « Qu'on me fixe des conférences diplomatiques, et j'y enverrai mes plénipotentiaires. » M. de Talleyrand le suit, et il est prêt à négocier sur-le-champ. Ainsi parle le prince Jean de Lichtenstein : est-ce là faire la guerre?
Dans tout ce bruit d'état-major et de campement militaire , M. de Talleyrand n'abandonne jamais l'idée d'un traité ; sa correspondance avec les affaires étrangères est rédigée en ce sens : « L'empereur a déjà des plans sur l'Allemagne tout entière , il veut porter la main
invasion étrangère; c'est trahir l'Europe que d'immiscer les hordes asiatiques dans nos débats. Au lieu de m'attaquer sans motif, le conseil aulique eut dû s'allier à moi pour repousser l'armée russe, ("est une chose monstrueuse pour l'histoire que celle alliance de votre cabinet; elle ne peut être l'ouvrage des hommes d'État de votre nation: c'est, en un mot, l'alliance des chiens et des bergers avec les loups, contre les moutons. En supposant que la France eût succombé dans cette lutte, vous n'auriez pas tardé à vous apercevoir de la faute que vous aviez faite. »
(Elchingen, 21 octobre 1805.)
L'empereur a dit aux généraux autrichiens qu'il avait appelés près de lui, pendant que l'armée ennemie défilait :
« Messieurs, votre maître me fait une guerre injuste : je vous le dis franchement, je ne sais pas pourquoi je me bals; je ne sais ce qu'on veut de moi. Ce n'est pas dans celle seule armée que consistent mes ressources. Cela serait-il vrai, mon armée et moi ferions Lien du chemin. Mais j'en appelle au rapport de vos propres prisonniers, qui vont bientôt traverser la France; ils verront quel esprit anime mon peuple, et i\( c quel empressement il viendra se ranger sous mes drapeaux. Voilà lavant-garde de ma nation et de ma position : avec un mot 200,000 hommes de bonne volonté accourront près de moi, et en six semaines seront de bons soldats; au lieu que vos recrues ne marcheront que par force, et ne pourront qu'après plusieurs années faire ■ es >( Idats.
» Je donne encore un conseil à mon frère l'empereur d'Allemagne : qu'il se hâte • le faire la paix. C'est le moment de se rappeler que tous les empires ont un terme: lidée que la lin de la dynastie de la maison de Lorraine serait arrivée doit l'effrayer. Je ne veux rien sur le continent ; ce sont des vaisseaux, des colonies, du commerce que je veui ; et cela vous c*i avantageux comme à nous *. »
* Touli: cette harangue est littéralement extraite du IXe Bulletin «le la grande armée. Je sm» parvenu à rassembler, à quelques num.'ros iir.'-s, (otite la collection orijjinile des bulletins de» .armées franciiscs, tels qu'ils furent afli lés Jans 1 < s -.il! <• » socs Tt-mpire. (F. W.)
Sûr Tédifice '. » M. de Tallcyrand diffère de lui sur quelques points : Napoléon paraît pencher pour l'alliance russe ; le ministre , au contraire, voudrait grandir l'Autriche afin d'en faire une barrière contre le Nord : ce qu'on lui ôte en Allemagne , il faudrait le lui donner sur les provinces turques, établir une permanente rivalité entre Vienne et Saint-Pétersbourg par la cession de la Valachie, de la Mol-
1 Correspondance de M. de Talleyrand avec M. d'Hauterive.
« Voici ce que je voudrais faire des succès de l'empereur, je les suppose grands. Je i (nuirais que, le lendemain d'une grande victoire, qui ne me paraît plus douteuse, il dît au prince Charles : « Vous voilà aux abois, je ne veux pas abu£cr de mes victoires. J'ai voulu la paix, et ce qui le prouve c'est que je la veux encore. Les conditions d'un arrangement ne. peuvent plus être les mêmes que celles que je vous aurais proposées il y a deux mois. Venise sera indépendante [sic) et ne sera réunie ni à. l'Italie ni à l'Autriche. J'abandonne la couronne d'Italie, comme je l'ai promis. La Souabe, qui est un éternel sujet de discordes entre l'électeur de Bavière et vous, sera réunie à la Bavière ou à tel autre prince. Je vous aiderai pour vous emparer (sic) de la Valachie et de la Moldavie. A ces conditions, je ferai avec vous un traité offensif et défensif, et toute idée d'alliance avec la Prusse ira au diable. Voulez-vous cela dans vingt-quatre heures ? J'y consens; sinon craignez les chances qui appartiennent presque de droit à une armée victorieuse. Voilà m on rêve de ce soir. Mille amitiés. » ; Du quartier général de Strasbourg, Il octobre J80o.)
« Nous travaillons tous les jours à des plans de pacification. En voici un nouveau que je vous laisse à faire , envoyez-m'en le tracé. Plus d'empereur d'Allemagne 1 Trois empereurs en Allemagne : France, Autriche et Prusse. Plus de Ratisbonnel Le système fédératif de la France est compote de la Bavière , qui comprend la Bavière telle qu'elle est, Eichstadt de plus, ainsi que tout l'évêché de Passau, tout le Tyrol, c'est-à-dire le Tyrol allemand. Tout le Tyrol italien serait réuni au royaume d'Italie, ainsi que Venise et toute la côte adriatique. Les réunions sont décidées contre mon avis. L'Ortenau et le Brisgau , ainsi que les villes de Constance et de Lindau, seraient données à l'électeur de Bade ; l'Autriche antérieure à l'électeur de Wurtemberg, ainsi que le Vorarlberg. Tout cela donné, les biens domaniaux, ou de l'ordre de Malte, ou de l'ordre Teutonique, ou grande dotation ecclésiastique dans l'État de Venise, dans l'Autriche antérieure, dans le Brisgau ou l'Ortenau, seraient, par portions, érigés en principautés, et chacune de ces principautés serait donnée par l'empereur à un maréchal de l'empire, ou à quelque homme qu'il voudrait récompenser et qui s'appellerait prince, ce qui ne les empêcherait pas de rester au service de la France. Ce fief relevant de la couronne de France passerait de mâle en mâle dans les familles. L'aîné en jouirait. Pour donner à tout cela quelque forme, il faudrait d'abord connaître tout ce que l'on pourrait appeler domaines nationaux dans tous les pays que j'ai nommés plus haut, ensuite en faire, des lots à peu près égaux, si cela est possible, niais en se soumettant aux localités. Les biens des moines, les biens de la noblesse immédiate (on veut la comprendre), les biens de l'ordre Teutonique, tous ceux de l'ordre de Malte situés dans ces pays, doivent être la récompense des vainqueurs. Un traité d'alliance avec l'Autriche, en lui donnant la Valachie et la Moldavie, ainsi que la Bessarabie et la Bulgarie, a été rejeté malgré dix mille bonnes raisons. Ou préfère un traité avec b Russie après avoir affaibli l'Au-
194 ENTiiÉE EN CAMPAGNE DIÎ L'ARMEE FRANÇAISE.
•iavie et de la Bosnie. Ce partage pourrait permettre de grandir la Bavière , et d'en faire elle-même un contre-poids à l'Autriche en Allemagne; on disposerait des provinces de Souabe au profit de Wurtemberg et de Bade ; on ferait un empereur de Crusse et des rois de Bavière et de Wurtemberg , enfin ou créerait quelques principautés pour les généraux français en reconstruisant un système féodal. Cette idée de fief prend tout à coup à Napoléon à l'aspect de l'Allemagne , le pays des souvenirs du moyen âge.
Napoléon ouvre cette campagne par tous les moyens : la force militaire d'abord , la victoire , sœur glorieuse de l'armée française ; la plus belle réunion d'hommes se groupe sous les drapeaux ; il y a union de cœur et d'esprit sous des généraux pleins de vie et d'activité, qui tous obéissent au plus vaste génie militaire des temps modernes. Aucun moyen intime de succès n'est négligé ; Napoléon est rusé comme l'Italien, à la face de ces bons Allemands froids dans la bataille , et qui se découragent avec tant de facilité ; il est comme le fin Lombard du xme siècle qui opposait l'astuce à l'invasion des guerriers d'Othon se précipitant , bardés de fer , du Tyrol et des montagnes de la Souabe sur le Milanais. L'empereur connaît tous les ressorts du cœur humain ; il les exploite : les promesses , la corruption , la crainte et les paroles de paix retentissent dans tous les cœurs ; il marche ainsi droit à son but ; il a poussé la Prusse à la neutralité afin d'éviter les efforts réunis de la coalition, et lui-même viole ouvertement cette neutralité. Pour envelopper le général 3Iack et l'armée de Bavière dans Ulm , sa diplomatie s'est attaché l'appui des grands-ducs de Wurtemberg et de Bade , il a détourné la Bavière de toute alliance
triche; ce n'est pas là mon opinion; mais la mienne à cet égard est rejetée. Voyez ce |M vou:» pouvez Caire sur le plan indiqué. Il n'y a point, ou presque point de disours à faire, pour le développement. Deux pages qui annoncent le plan ; des chiffres pour ■filimtf les lots! un titre bien choisi pour chacun, une chaîne féodale bien l'talilie a\cc l'empire français. Une table de revenus ! C'est en tout notre noblesse immédiate ; les titres de princes, de chevaliers n'effrayent personne. On ne veut ni marquisats, ni comtés. Je n'ai pas le temps de relire parce que le courrier part. Les 'rois quarts de ceci est dicte par i empereur. Cette lettre est pour vous seul. On ferait tout cela après une première victoire sur les Russes, et on daterait de Munich. Cela mcait fait avant de retourner à Paris. J'ai oublié de dire que les biens domaniaux . nationaux, je ne sais comment on les appelle, du Tyrol, doivent être compris dans le nombre de nos principautés.
• Munich, 27 octobre 1805.
» Cu.-M. Taxleyr.vnd. n
CAi'iruLAuos d'oui. 195
avec l'Autriche, et, par un mouvement rapide de diplomatie et d'armée, il a forcé les Bavarois à marcher sous ses drapeaux.
Maintenant qu'il est en présence des Autrichiens, que fait-il encore? Non-seulement il attaque et hrise leurs bataillons étonnés , mais encore il les démoralise , il les invite à se séparer de la Russie ; il faut qu'il puisse isoler tous les cabinets et les vaincre l'un après l'autre. L'Angleterre agglomère la coalition parles subsides, l'empereur la dissout par la victoire et l'habileté. Ce qu'il réalise dans les batailles, ïl s'en sert pour la diplomatie : sa tactique en stratégie est de séparer les corps ennemis , et de tomber sur eux à l'improviste , de telle manière que souvent , avec une force numériquement inférieure , il bat chaque division isolée ; son art en diplomatie consiste à empocher ies jonctions ; il sépare l'Autriche de la Russie , la Russie de la Prusse, pour les vaincre plus facilement l'une après l'autre : admirable composé d'habileté et de vaillance ; les Commentaires de César , si rusé avec les Gaulois , lui servent de manuel dans cette campagne où il isole incessamment les alliés.
Partout où se trouvait l'empereur , l'éclat brillait sur toutes les actions militaires ; ses campagnes absorbaient les faits d'armes de ses lieutenants. Le maréchal Masséna déployait pourtant sa capacité de grand capitaine en Italie ; il commandait alors près de 60,000 hommes de vieilles troupes. Parmi tous les maréchaux , Masséna fut choisi pour conduire en chef l'armée où l'empereur ne se trouverait pas ; honneur alors immense, hommage à son incontestable supériorité. Bernadotte et 3ïasséna seuls guidèrent à la victoire les armées indépendantes dans cette campagne, et Masséna, par une noble distinction, se trouvait à la face de l'archiduc Charles , le plus habile des feldmaréchaux de l'armée autrichienne. Mack ne pouvait , en aucun cas, tenir tête à un génie militaire de la force de Napoléon ; l'empereur se donnait une tache facile ; mais Masséna , avec les divisions de Duhesme, Gardanne, Molitor, Verdier, Partouneaux et Seras, devait combattre l'archiduc Charles à la tète de 70,000 hommes d'élite. Masséna n'avait que trois divisions de cavalerie à opposer aux lourds cuirassiers allemands et aux agiles hussards hongrois ; 18,000 hommes de l'armée de Naples , sous Gouvion-Saint-Cyr , vinrent le joindre pour occuper , sur l'Adige , une ligne parallèle à celle des Autrichiens. Derrière cette ligne , Eugène Beauharnais réunissait une réserve à Milan , comme vice-roi d'Italie , pour soutenir les opérations
de Masséna. Le prince Charles, très-mou dans cette campagne, ne prit point l'offensive ; Masséna passa l'Adige ' au pont du vieux château de Vérone, et bientôt les deux armées s'attaquèrent partiellement ; le bruit de l'artillerie retentit, on échangea quelques coups de canon ; mais la campagne allait faiblement ; il semblait que le prince Charles, partisan de la paix , n'allait aux batailles que forcément ; les succès varièrent ; le pont fut traversé , et l'Adige au pouvoir de l'armée française.
Là se bornèrent les opérations de Masséna ; trop habile pour compromettre ses mouvements, il devait attendre les succès de Napoléon en BaA ière et en Autriche , s'avancer en ligne parallèle pour se mettre en communication avec la grande armée. Le corps que commandait Masséna formait , pour ainsi dire , l'aile droite de Napoléon ; pour le rejoindre ensuite dans sa marche sur Vienne , le maréchal fit construire une tète de pont pour garantir l'Adige , prêt à suivre le prince Charles opérant sa retraite sur ses renforts. L'archiduc savait faire surtout une guerre défensive , souvent la seule possible devant l'impétuosité française qui éclate et s'éteint successivement. Masséna et l'archiduc s'observaient en attendant les opérations de la grande campagne ; quand Napoléon était sur un point de l'armée , toute l'attention se concentrait sur lui ; il n'y avait pas d'autre gloire que la sienne, pas d'autre résultat que celui de ces conceptions rapides , improvisées , qui en finissaient par un coup de foudre.
1 Masséna s'était fait précéder d'une proclamation modeste, mais expressive.
« Vérone, 13 septembre 1805.
» Soldats de l'armée d'Italie, S. M. l'empereur et roi m'a nommé votre général en chef. 11 m'est doux de revoir mes anciens compagnons d'armes, et de retrouver en eux les sentiments que je leur ai connus, l'attachement à la discipline, et le dévouement à leur devoir : je leur en parlerai toujours le langage, et j'aime à croire qu'ils sauront y répondre, si les circonstances politiques obligent S. M. l'empereur et roi à donner le signal des combats, malgré le désir qu'elle a constamment manifesté d» maintenir la paix. Soldats ! vous vous souviendrez que vous êtes sur un champ de bataille illustré par ses victoires, et qu'à chaque pas nous trouverons les traces de sa magnanimité et de son génie. Je remplace à votre tète un général distingué par ses services; il est appelé à une autre destination, où sans doute vos vœux l'accompagneront : sur quelque théâtre que sa majesté nous place, soldats, justiGons son choix, et n'ayons jamais qu'une pensée : notre patrie et notre empereur !
» Masséna. »