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MUNICH, LA NOUVELLE VILLE ET L'ANCIENNE

vieilles maisons qui ont pu voir les tournois célébrés jadis sur cette place, où le gibet fonctionnait aussi à ses heures. Avec l'ancien Rathhaus et deux ou trois autres églises, datant de l'époque où Munich, tant pour sa ferveur anti-réformiste que pour sa nombreuse population d'ecclésiastiques et de moines, avait mérité le surnom de « Rome allemande », voilà tout ce que la ville de l'Isar a gardé de l'âge lointain où elle n'était que le chef-lieu d'un simple duché, non encore promu à l'électorat.

Lui ferons-nous le tort de la quitter sans mentionner, au moins en passant,

Statue de la Bavaria.

le plus beau peut-être de ses décors, un décor tout extérieur, il est vrai, où l'art luimain n'est pour rien, qui a préexisté et qui survivra à toutes les merveilles créées par le faste aidé du génie, et dont on a la lointaine vision quand, d'une des tours de Munich, on promène ses regards sur l'horizon sud? Ce décor, vous savez quel il est. Ce sont ces Alpes calcaires du Tyrol qui se dressent entre la Bavière et la vallée de l'Inn et dont les sommets, hauts de 2 500 mètres et plus, portent une couronne de neiges et de névés. Vous savez aussi quel charmant semis de lacs se cache au pied nord de ces monts ou dans les cirques du relief : en deçà de l'Isar, le Walchensee ; au delà, le Schliersee et le Tegernsee, séparés par une arête agreste de 1 200 mètres d'élévation, du haut de laquelle on aperçoit les rochers du Gamsjoch, les glaciers de l'âpre Zillerthal, et, plus à gauche, au midi, la corne des Tre Signori où s'amorce la chaîne carinthienne des Tauern. Puis la série de bassins idylliques se continue

ALLEMAGNE

par le Wiirmsee et le Chiemsee, les plus rapprochés de Munich, et, plus loin, par le Kœnigssee, que domine l'énorme Watzman à la double corne.

Le massif tyrolien, nous le parcourrons en allant du lac de Constance à Inns-

Munich. — Le Schrannenplatz et la colonne île Marie.

bruck; quant aux coupes lacustres qui s'étalent sous son revers septentrional, il nous faut renoncer à les visiter. C'est un crève-cœur; mais qu'y faire? le monde est trop grand et ce livre est trop petit. Notre étape obligatoire, pour l'instant, c'est de regagner au nord le Danube, dont le sillon supérieur va nous mener à la Forêt-Noire.

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Site de la Forêt-Noire.

aux sources du danube— traversée de la forèt-noire

de willingen a fribourg-en-brisgau — entre vieux-brisach et mayence

le rhin héroïque, châteaux et légendes

Nous sommes à Ulm, la plus importante place danubienne en amont de Ratisbonne. Cette cité souabe a eu autrefois plus de 100000 habitants; elle n'en compte guère aujourd'hui que 40000. C'est, avant tout, un camp retranché, dont l'office est de barrer aux années venant de l'ouest le chemin de Munich et de Vienne. Quelques vieilles maisons de bois, d'antiques échauguettes, une immense cathédrale, qui devait, d'après le devis primitif, humilier le Munster de Strasbourg, voilà, en dehors du Danube, ses curiosités principales. Mais c'est le Danube qui nous intéresse ici avant tout.

Les grands fleuves sont des personnages historiques ; à ce titre, ils ont quelque chose du prestige qui s'attache pour nous aux grands hommes. Nous aimons à savoir d'où ils sont sortis, aies reprendre à leur berceau même, à écouter leurs premiers vagissements, à les suivre dans la période obscure qui a précédé le rayonnement de

ALLEMAGNE

leur gloire. Au pont d'Ulm, à la limite du Wurtemberg, le Danube n'est encore qu'un tout petit garçon. Cet immense fleuve qui, clans son trajet de 2800 kilomètres, le double de celui du Rhin, arrose tour à tour des contrées germaniques, magyares, slaves, roumaines, bulgares, et unit l'Occident à l'Orient, a ici 50 mètres au plus de largeur. Déjà cependant, grâce à l'afflux de la rivière Bleue (la Blau), qui lui arrive à gauche d'une vallée, il est de force à porter de gros chalands marchant à la rame. Pour achever de devenir adulte, il n'attend plus que la généreuse infusion d'ondes alpestres dont le Lech, l'isar, l'Inn, et autres torrents issus du Tyrol, le gratifieront à son passage en Bavière.

Suivons à contre-courant ses méandres. A Donauwœrth, il a commencé d'infléchir au sud-ouest ; au delà d'Ulm, ce changement de direction s'accentue encore ; de plus en plus, le sillon que le fleuve dessine le rapproche du lac de Constance et du Rhin. Sur ses bords, désormais plus de grandes villes : Sigmaringen, l'ex-cheflieu, aujourd'hui prussien, de la principauté de Hohenzollern, Wildenstein, Hôchstedt, Tïittlingen, la cité coutelière, ne sont que de modestes localités dont le rôle peut être passé sous silence. Le Danube lui-même n'y est plus qu'une humble riviérette coulant solitaire par des cluses de rocher que trouent de jolis vallons ombragés de bouleaux et de hêtres. Bientôt même il va se diviser, et dans cette dispersion de ses ondes, sa trace se trouvera comme perdue.

Nous voici en effet à Donaueschingen, petite ville du cercle badois de Willingen, peuplée de 3 500 âmes et renommée pour ses nombreuses brasseries. Là, au milieu de la cour de la résidence du prince de Furstenberg, jaillit une source calcaire qu'on a enfermée dans un bassin de marbre et dont le touriste puise l'eau avec un gobelet. On la regarde généralement comme la véritable « tête » du Danube. Elle n'est pourtant qu'un des trois ruisseaux qui, en se confondant un peu plus en aval, près du village de Pforen, constituent le tronc initial du fleuve. Les deux autres jaillissent à plusieurs lieues de là, des flancs de la montagne de Triberg. Ce sont la Brigach et' la Brege. La première vient du nord et sort de terre sur la Sommerai! ; la seconde, la plus éloignée de Donaueschingen, naît à l'ouest sur le Hausebene, à une altitude de 875 mètres, et, prenant sa course derrière Fiirtwangen, dévale à son tour par les pentes, grossie en chemin de bachs jaseurs, et, comme elle, abondants en truites. C'est donc, en réalité, cette dernière qui est la gerbe mère du Danube. L'été, il est vrai, à ce qu'on prétend, la Brigach et la Brege sont parfois presque à sec. Pour moi, je les ai vues en plein mois de juillet aussi vives et aussi pétulantes que le furent jamais riviérettes de montagne. La fontaine du château, au contraire, ne tarit jamais.

A voir néanmoins, au fond de son puits, où l'on descend par un escalier, cette source princière qui paraît dormir et que nul frémissement perceptible n'agite, on ne croirait pas que son eau est mouvante. C'est pourtant bien une rivière qui prend naissance dans ce sombre bassin ; ses ondes d'abord roulent souterrainement; puis, à 300 mètres de distance environ, rendues à la liberté et au jour, elles rejoignent le courant de la Brigach, qui, elle-même, un peu plus en aval, se déverse dans le lit de la Brege son aînée.

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