SUR LA ROUTE DU JULIER
représentent, avant la tonte, des monceaux de laine inimaginables. Leur voix de bassetaille s'harmonise avec leur aspect, et leur humeur mélancolique répond à leur voix. Jamais on ne voit leurs petits gambader et caracoler, comme font d'ordinaire les agnelets. Ce sont bien les ouailles qui conviennent à de tels pasteurs, car jamais non
Route do Jouer.
Pâtre et moutons bergamasques
plus on n'entend leurs gardiens chanter et tyroliser aux échos, comme font volontiers les autres bergers. Majestueusement appuyés sur leur houlette, ils restent des heures entières immobiles, le regard fixé sur un point de l'horizon, l'âme perdue dans une contemplation silencieuse.
Nous voici enfin près du col. Au delà de Muotta, la route franchit le torrent du Val d'Agnelli, et se met à monter en lacets aux flancs rocailleux du Julier. Sur la rampe tordue à la manière d'un serpent, nous croisons la grosse diligence fédérale attelée de ces chevaux helvétiques à la forte charpente, à la lourde allure, qui n'en sont pas moins des bêtes sans pareilles auxquelles se peuvent seuls comparer, pour
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la sûreté de jarret et la capacité d'endurance, les mulets du Valais et du Tessin.
Grisons. — Au col du Julicr.
Derrière elle s'avancent, d'une allure plus posée, deux chariots chargés de fûts de Yeltliner.