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DEUX VILLES DORMANTES : LOUVAIN ET MALINES

Autrefois la capitale du Brabant, c'était Louvain, ou Leuwen, la vieille cité universitaire, que nous rencontrons sur la Dyle, un peu à l'est de Bruxelles.

Au xiv e siècle, Louvain comptait près de 100000 âmes et 3 ou 4 000 métiers, rien que pour le tissage des draps. Aujourd'hui, bien qu'elle ait encore d'importantes fabriques, sa population est diminuée de plus de moitié, et, au seul aspect de ses rues et de ses places en partie désertes, on devine que c'est une ville du passé.

Sa décadence date de la fin du xvi e siècle, époque où la peste y enleva cinquante mille habitants. Seule la grande place carrée sur laquelle se dressent l'église Saint- Pierre et l'hôtel de ville est toujours un centre assez animé.

L'hôtel de ville, ce chef-d'œuvre du « maître maçon » Layens, a été comparé à une chasse immense. Nul monument belge, en effet, n'est plus richement sculpté au dehors. Avec ses tourelles élancées, son fourmillement de statuettes et de dais, sa floraison prodigieuse de feuillages et de guirlandes de pierre, ses innombrables niches peuplées de bêtes symboliques, il est un enchantement pour les yeux. En face de lui s'élève l'ancienne Collégiale, aux tours inachevées, a laquelle s'accotent de petites maisons basses. Cet édifice possède quelques œuvres d'art remarquables, et ses vingthuit faisceaux de colonnettes ont une ampleur de style majestueuse. Quant à la

fameuse Université catholique, qui est l'âme de la vieille ville brabançonne elle occupe 1 ancienne halle aux draps; sa bibliothèque, sans cesse accrue par une série de legs, de donations et d'achats, est célèbre dans toute la Belgique.

Au delà de la place, la voie se resserre; des ruelles se détachent à droite et à gauche. Les unes conduisent aux quais de la rivière, les autres à une zone urbaine remplie de grands murs sévères, de bâtiments aux airs recueillis, de séminaires de couvents, de porches sculptés. Dans les recoins, des christs surgissent, ou bien des vierges apparaissent en des niches : c'est le quartier sacro-saint des écoles Allons toujours : la solitude devient de plus en plus sensible; des plaques de verdure s'en tremêlent aux maisons silencieuses; puis on arrive à une région reculée où, au bord de petites rues aux noms caractéristiques, rappelant les joies de la béatitude et les visions du monde ultra-terrestre, s'alignent des constructions de briques précédées de jardins, décorées de statuettes de saints et de saintes : vous avez devant vous un béguinage.

Qu'est-ce qu'un béguinage? C'est un lieu de refuge où des femmes, généralement d un âge mûr, que le train du monde a lassées, se retirent, moyennant une certaine somme, pour y vivre en commun, sans toutefois faire de vœux perpétuels et s'astreindre à la discipline monastique. Elles forment là de petits groupes, logeant travaillant et priant sous le même toit. Chaque matin elles se réunissent dans l'ouvroir pour besogner, en récitant le rosaire ; après quoi elles peuvent sortir à leur eré Le soir, seulement, les rues sont closes et un silence absolu règne sur cette cité de dévotion.

Chaque couvent, comme on appelle ces maisons, a sa supérieure et sa kloesterine (sacristine).

Qui n'a pas vu une béguine belge n'a qu'une notion incomplète du monde des fantômes et des spectres; qui n'a pas pénétré dans un béguinage ne se figure qu'impar fortement jusqu'à quel point l'être humain, sans renoncer tout à fait au siècle peut se pher aux mouvements mécaniquement répétés des mêmes tâches revenant chaque jour aux mêmes heures. En n'importe quelle ville cle Belgique, il vous arrivera de croiser dans la rue une forme noire enveloppée d'un long manteau sous lequel on perçoit le cliquetis d'un rosaire, et qui glisse plutôt qu'elle ne marche ; la coiffe qui cache a figure mystérieuse a des cassures aux plis raides qui semblent vouloir flageller les épaules : cette créature étrange est une pensionnaire des petites-maisons placées sous le patronage de sainte Beggue.

Sainte Beggue, ou sainte Begga, était une sœur de Pépin de Landen ; ce fut elle qui, au vif siècle, à l'époque où le christianisme fut introduit en Belgique institua dans ce pays la première communauté de ce genre. Plus tard on accusa ces associations mystiques d'aspirer à une perfection impossible et de dédaigner les actes pour ne s occuper que de l'esprit. Au xm° siècle, cependant, les béguines avaient une grande réputation de sainteté. Saint Louis les appela à Paris. Philippe III, le Hardi avant de se prononcer sur la culpabilité de sa femme, une sœur du duc de Brabant, accusée par le favori Pierre de la Brosse d'avoir empoisonné l'aîné de ses beaux-fils, voulut consulter une béguine de Nivelles (le pays de la reine), « laquelle béguine

L ou va in. — Hôtel de Ville.

savait les choses passées et futures ». Laprophetes.se, ajoutons-le, détourna le roi de croire « aux mauvaises paroles qu'on lui avait dites contre la princesse Marie »

Tout, dans ce grand boulevard du catholicisme qu'on appelle Louvain est le triomphe de la règle religieuse et la glorification de l'idée scolastique.

Aux portes de la ville se dresse la somptueuse abbaye de Parc, fondée en 1179 par Godefroy le Barbu, puis accrue et reconstruite, à partir de la fin du xvu c siècle Rien de plus grandiose que l'installation de ce monastère, à la cour duquel on n'accède qu'en franchissant cinq enceintes successives dont chacune s'ouvre par un

Louvain.

Le Bexniina^

porche monumental. A l'intérieur sont des brasseries, des fermes, des moulins, des étables, des granges, des écuries; tout alentour s'étendent de vastes cultures et un parc admirablement touffu. Bonne retraite, s'il en fut jamais, pour s'abstraire des promiscuités du monde, sans se sevrer de ce que le monde a inventé de meilleur pour rendre l'existence douce et commode.

Au nord-est de Louvain, vers Aerschot et Diest, une contrée mélancolique, au sol pauvre et raviné, que jalonnent seulement çà et là des hauteurs chauves et quelques bouquets de sapins noirs, succède aux riants paysages du pays brabançon : on l'appelle le Hageland. Au nord-ouest, au contraire, toujours en marchant vers la Campine, les sites conservent encore une partie des attraits par lesquels se recom-

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