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TOME II

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SUISSE EN DEÇA DU GOTHARD ET DU BERNINA

châtaigniers; et les conifères non seulement y atteignent une taille plus élevée qu'ailleurs, mais ils y poussent aussi plus haut leurs stations. Lé sapin, qui s'arrête d'ordinaire en Suisse à 1800 mètres, monte en Engadine à 2100 mètres; le mélèze et l'arolle croissent encore, vigoureux et superbes, à 2300 mètres. Les autres essences s'aventurent de même à plus de 500 mètres au-dessus de leur zone habituelle, surélévation qui d'ailleurs correspond à celle de la limite des neiges, située ici 400 mètres plus haut que dans le reste de la Suisse.

Et que d'échantillons de végétaux de l'époque miocène, émigrés jadis du septentrion, et demeurés depuis lors dans le pays, le botaniste peut récolter! Voyez, par exemple, ce saule au feuillage blanchâtre qui croît aux bords du lac de Saint- Moritz : c'est le « saule lapon », le même qu'on retrouve encore sur le pourtour des lacs Scandinaves. Et, toujours grâce à l'élévation du sol, les plantes les plus fines et les plus délicates se cueillent presque sans effort. Telle variété rare que, dans les Alpes valaisanes ou vaudoises, on ne pourrait se procurer qu'au prix d'une longue et dure ascension par delà la zone du dernier sapin, se rencontre ici sous votre main, en pleine forêt, à quelques minutes des lieux habités et des casinos où l'orchestre résonne. Les deux flores, celle de la plaine et celle des sommets, aux stations habituellement si distantes, semblent, en Engadine, venir au-devant l'une de l'autre, comme si elles voulaient marier leurs couleurs. Le naturaliste, assis tranquillement sous un arolle, peut arracher d'une main une fleur de l'avant-mont ou originaire de la vallée même, et, de l'autre, une corolle, fille des cimes, descendue avec les glaciers.

C'est à la fin de juin surtout, la dernière neige à peine disparue, que s'étalent ces magnificences régionales. Je me souviens, pour ma part, d'avoir cueilli presque d'une poignée, aux environs de Silvaplana, toute une gerbe de fleurs incomparables, un bouquet radieux où, à côté du myosotis azuré, de l'œillet rose, de la gentiane bleue, s'épanouissaient la marguerite blanche et le rhododendron aux corymbes purpurins.

Engiadinal Terra fina ! dit une chanson populaire du pays. Terre d'Engadine, haussée jusqu'aux nuages, faut-il donc te quitter si tôt? Mais l'homme est ainsi fait : monté sur le faîte, il aspire à descendre, et puis le vert plateau que draine l'Inn naissant a beau être le « toit » de l'Europe, il n'est pas le terme de notre voyage.

Le Vorarlberg. — Un chalet

et.

AUTRICHE-HONGRIE ET BAS-DANUBE

DU HAUT DU PF/ENDLER- A TRAVERS LA FORÊT DE BREGENZ LA ROUTE DE L'ARLBERG ET LA DESCENTE EN TIROL COUP D'ŒIL SUR L'ŒTZTHAL- D'INNSBRUCK A KUFSTEIN

Bregenz, Ïex-Brigantwm des Romains, est la porte du Vorarlberg, c'est-à-dire du pays situé au-devant de l'Arlberg, comme le Vorarlberg lui-même est le vestibule du Tirol. Le site a eu de tous temps une certaine importance ; c'était là que la grande chaussée stratégique qui venait par Caria (Coire) des Alpes Rhétiques se bifurquait, d'un côté, sur Augsbourg (Auguste Vmdelkorum) , et, de l'autre, sur Râle (Auguste Rauracorum). Ràtie à la pointe sud-est du lac de Constance, la jolie petite ville autri-

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chienne a, comme Lucerne, son Righi, qui attire dans la belle saison d'innombrables bans de touristes. C'est cette montagne du Pfœndler dont la tête verdoyante et chevelue s'élève à 1 060 mètres au-dessus d'elle.

Le Pfaendler est, sans conteste, le plus délicieux signal qui existe sur tout le pourtour de la « mer souabe ». De l'esplanade de l'auberge construite à sa crête, on aperçoit, à l'œil nu, s'il vous plaît, le clocher de la cathédrale de Constance. De là, en obliquant de droite à gauche, on découvre le canton entier de Thurgovie, puis, dans l'éther bleuâtre, la chaîne des Alpes de l'Oberland, en deçà le pêle-mêle des monts d'Appenzell et de Saint-Gall, et, plus à l'ouest, la vallée d'alluvion où le Rhin, désormais formé et adulte, déroule son long ruban argenté. Encore n'est-ce pas tout le

Ll N D AU.

Entrée du port.

panorama. Plus près de soi, au premier plan, on a le contraste des gorges boisées d'où s'échappe 1' Acb.de Bregenz [Ach, Aach, en Suisse Aa, du latin Aqua, eauj'etdes districts grarieux et bien cultivés qui avoisinent immédiatement le lac. Et de quelœil charmé un suit la ligne ondulée des rivages helvétiques et allemands, dont les renflements et les découpures commencent, à gauche, à la baie de Rorschach, et, à droite, par delà un chapelet de cottages et de jardins, à celle petite Venise bavaroise'de Lindau, qu'un viaduc de chemin de fer et un pont de bois long de 300 mètresrelient seuls à la terre ferme!

Sur le lac lui-même, quel mouvement! Le Bodemee, comme on l'appelle ici de son vrai nom, est resté la grande artère commerciale des pays qui sont sur ses bords. Au lieu de séparer, comme le Léman, deux régions absolument différentes de mœurs et d'histoire, il est le Irait d'union qui rapproche les Cantons de la Suisse orientale des contrées germaniques sises à l'opposé. Loin d'y avoir tué la navigation comme sur le Léman, l'établissement des chemins de fer l'y a au contraire rendue plus active.

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A TRAVERS LA FORÊT DE BREGENZ. 40c

L'invention des bateaux à vapeur n'y a pas non plus supprimé le mouvement primitif des barques à voiles. A côté des quarante ou cinquante pa- ; quebots qui en sil-

lonnent tous les jours la surface, les coches d'eau continuent d'accomplir leurs voyages silencieux, et de contribuer à la vie du bassin. C'est qu'au lieu de se faire parallèlement aux rivages, le trafic ici se fait surtout dans le sens ransversal. Chaque petite cité de la côte a ainsi son port bruyant et toujours

visité, entrepôt de produits manufacturés ou de céréales, où ne chôment guère la vente et l'échange.

Descendons maintenant du Pfaendler, pour nous diriger tout d'abord vers l'écheveau de gorges et de forêts que

Dans la Foret de Brboesï,

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je vous ai montré à l'horizon sud, et d'où sort l'Ach torrentueuse. La Forêt de Bregenz, comme on appelle cette partie antérieure des Alpes du Vorarlberg qui s'étend entre la frontière bavaroise et la double vallée du Rhin et de 1*111 , ne mérite plus tout à fait son nom. Depuis le temps où, suivant la légende, un gland pouvait, sans toucher terre, y rouler d'arbre en arbre jusqu'au Bodensee, le district a été singulièrement essarté. Les pûtis y tiennent aujourd'hui autant de place peut-être que les bois, ce qui ne l'empêche pas de posséder encore de splendides massifs de toute essence.

La première étape du parcours commence d'ordinaire au charmant bourg de Schwarzach, situé déjà à plus de 700 mètres au-dessus de la mer. La coupure dans laquelle vous vous engagez est d'abord assez large et assez lumineuse ; mais bientôt, à un détour à gauche, le défilé se rétrécit, et vous voilà dès lors cheminant entre de silencieux fourrés de pins, sous lesquels courent des ruisselets murmurants. Plus loin la route, ou plutôt le sentier — il n'y a guère ici de chemins carrossables, — se transforme en une rampe ardue qui escalade en zigzag une muraille rocheuse pour replonger ensuite dans une brèche encore plus solitaire que la précédente. Dans cette parlie initiale du trajet, les rochers cependant ne sont que l'exception; le relief luimême y présente des coupes assez douces. La caractéristique de ce dédale odorant et sylvestre, ce sont les fermes ou les groupes de chalets que l'on aperçoit tantôt sur les pentes, tantôt dans des brèches qui s'ouvrent entre les arêtes disjointes des montagnes. Les communes ici ne se composent guère que de hameaux épars ou de demeures isolées, et si, comme il m'est arrivé à moi-même, vous visitiez cette Forêt de Bregenz au sortir du canton suisse d'Appenzelï, vous seriez tout de suite frappé, j'imagine, de certaines analogies dans le site.

Ici comme là, ce ne sont que pentes, contre-pentes, combes ayant leur figure à part. Au lieu de longues rangées de crêtes, de murs continus séparant nettement des sillons de vallées, c'est un système de pans coupés, de menus plateaux, d'intumescences courtes et hachées. Il s'ensuit que chaque habitation rurale, chaque Hehnat, comme on dirait dans les Rhodes, a son mouvement de terrain propre et original.

A moins d'avoir vu de près ces maisons, d'y être entré, d'y avoir logé, jamais on ne se figurerait ce qu'elles sont. Impossible de rêver des boiseries, des chevronnages plus coquets que les leurs; on les croirait presque bâties de la veille, tant elles sont plaisantes et soignées. Et ce n'est pas seulement une affaire d'extérieur, un trompel'œil pour engager le touriste à s'inhumer, loin du bruit, loin du monde, dans ces solitudes idylliques et agrestes ; le dedans du nid en vaut le dehors. Même propreté merveilleuse, même luxe de menuiserie. Les auberges mêmes où le piéton s'arrête sont de vrais bijoux d'aménagement, avec leurs tables de chêne poli, leurs bahuts ouvragés, leurs poêles aux carreaux de briques glacées, leurs parquets luisants, et leurs rideaux aussi lustrés que leurs parquets.

11 faut vous le dire, à la vérité, les Vorarlbergeois ne se bornent pas à élever du bétail et à fabriquer des fromages : ils excellent aussi à travailler le bois. C'est de la Forêt de Bregenz que proviennent, en majeure partie, ces beaux ouvrages de chêne ou de noyer sculpté qu'on trouve dans les grands magasins de Vienne et des villes de

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