SUR LE BAS-DANUBE
voudrait bien voir aujourd'hui, pour sa tranquillité personnelle, un peu plus capables de défendre à eux seuls ce qui leur reste en deçà du Bosphore.
A la courbe suivante du Danube, voici, à droite, Sistova (13000 âmes). Avec sa colline semée de ruines, c'est, assurément, une des plus charmantes visions du parcours ; chaque maison y est entourée d'un petit jardin ou blottie dans un massif d'arbres verts. C'est à Sistova qu'on fabrique ces jolies cruches poreuses de terre noire mélangée de graphite dont les formes antiques sont un vrai régal pour les
Bas Danube.
yeux. La ville, malheureusement, est morne et sans vie, depuis l'émigration en masse de sa population musulmane (1878).
Plus en aval se présentent face à face Giurgevo et Roustchouk. Giurgevo (21000 habitants) est eu terre roumaine; Roustchouk (30 000), point de départ du chemin de fer de Varna, est uue place bulgare, située au sommet d'une falaise à pic que couronnent de luisants minarets. Le Danube y a 3 kilomètres de largeur, et je me souviens avec plaisir de l'animation de ce petit port, comble de barques fruitières aux voiles blanches et de bateaux turcs aux coupes toutes plus archaïques les unes que les autres.
Un peu plus loin, avant d'arriver à Silistrie ( 1 1 000 habitants), on range à gauche le confluent de la petite rivière l'Ardjich, que grossit en amont la Dimbovitza : cette dernière est le cours d'eau qui arrose Bucharest. La capitale de la Roumanie, à laquelle Giurgevo sert de port, occupe le centre de la steppe qui s'étend de ce côté nord entre le cours du Danube et les Alpes de Transylvanie, continuation du relief
AUTRICHE-HONGRIE ET BAS-DANUBE
des Carpathes. Bientôt nous atteignons Rassova, petit port de 2000 âmes, à partir duquel le fleuve infléchit brusquement vers le nord, en longeant à droite le fameux désert de la Dobroudja, cette « Roumanie transdanubienne » qu'occupaient autrefois les Gètes, les premiers ancêtres des Moldo-Valaques. C'est à deux pas de là, sur la côte pontique de Tomi, que le poète Ovide fut exilé par Auguste, pour avoir surpris, à ce qu'on croit, un secret d'État, et qu'il mourut si tristement en l'an 17 de notre ère, âgé de soixante ans environ. Ce district était la limite extrême des possessions romaines au nord-est, et l'on y voit encore les restes de la double muraille transversale élevée sous l'empereur Valens (377), du Danube à la mer Noire.
Après s'être resserré à Hirsova (6 000 habitants), le fleuve se ramifie de nouveau jusqu'à l'entrepôt de Brada (28000), et atteint, au sommet de sa courbe septen-
Bas Danube. — Koustchouk.
trionale, le grand port franc de Galatz, peuplé de plus de 80000 âmes. C'est là que siège, on le sait, la commission internationale du Danube, instituée, à la suite de la guerre de Crimée, par l'article 10 du traité de Paris, en vue d'assurer la libre navigation du cours d'eau. Les sept puissances qui y sont représentées sont, en dehors de la Roumanie, la France, l'Angleterre, la Russie, l'Autriche, l'Allemagne, l'Italie et la Turquie.
Sons l'île des Serpents. — Au delà de Galatz, le Danube, bordé sur ses deux rives de grands lacs et de marécages, reprend sa direction normale d'ouest en est, et arrose à gauche la ville russe de Reni. Tout de suite après, à Toultscha (20 000 habitants), commence son delta terminal.
La nappe fluviale se partage en deux bras. Celui du nord, ou bras de Kilia, forme frontière entre la Russie'et la Roumanie; la dernière localité riveraine y est, à gauche, le bourg pêcheur de Wilkovo (2 300 âmes), sis à 5 milles environ de la mer Noire. Les maisons, ou plutôt les huttes, en sont construites sur pilotis; tout alen-