‹ L'Europe pittoresqueChapitre 132 sur 141 · SOUS L'ILE DES SERPENTS · texte numérisé non relu

SOUS L'ILE DES SERPENTS

tour, à perte de vue, ce ne sont que marais d'où s'exhale la fièvre et qu'enveloppent des nuées de moustiques. Dans la belle saison, le vaste palus se couvre de roseaux que les habitants pauvres utilisent pour la confection de nattes et de corbeilles. Le bras du sud se subdivise lui-même en deux rameaux : à gauche, celui de Sou-

B a s Danube.

Rivo bulgare.

lina, à droite celui de Saint-Georges (Kcdrille-Boghadi). Le bras de Soulina est le seul qui se prête aisément à la navigation. C'est le chenal régularisé et entretenu par la commission danubienne. Il est large de 70 à 80 mètres sur une profondeur de 5 à 7 mètres. 12 000 navires y passent chaque année. Le bras de Saint-Georges, plus spacieux et plus profond, mais ensablé à son embouchure, communique avec les

Bas Danuue.

Rive valaque.

lagunes voisines par la dérivation du Dunawetz. Le lido sis en face de ces lagunes a trois ouvertures sur la mer Noire, de sorte que le fleuve, en réalité, a maintenant quatre bras et sept débouchés. Les îles formées par les embranchements fluviaux sont elles-mêmes entrecoupées d'un dédale de canaux secondaires ; elles ne représentent guère que des aires de roseraies alternant avec des nappes stagnantes. De l'embouchure de Kedrille à Wilkovo, la pêche est des plus abondantes. On y capture surtout force carpes, esturgeons et maquereaux. C'est, rappelons-le, avec les œufs

AUTRICHE-HONGRIE ET BAS-DANUBE

de l'esturgeon femelle qu'on fait le fameux caviar russe. Les patrons de ces actives pêcheries sont, pour la plupart, des Grecs.

Ce littoral ouest du vieux Pont-Euxin n'a certes rien de souriant, et l'on comprend de reste le chagrin d'Ovide de se voir relégué loin de Rome, dans cette morne région gétique, et aussi ce titre de Tristes donné par lui aux derniers ouvrages qu'il y composa. La côLe qui se déroule au sud, vers Mangalia et Varna, garde le cachet de la Dohroudja. Celle qui se dirige au nord, le long de la Bessarabie, n'offre qu'une ligne basse et marécageuse.

La mer Noire elle-même, si souvent tempétueuse, mérite bien son nom. On ne sait pas, il est vrai, d'une manière certaine d'où lui vient sa désignation actuelle. Sur telle carte et dans tel atlas du xv» et du xvr siècle, on la trouve appelée Mare

Bas Danube.

Ruine romaine.

Majus, Mar Maggiore. Est-ce à cause des nuages qui l'enveloppent [surtout en hiver, ou par allusion aux pirates qui l'ont écumée à diverses époques, qu'elle a reçu et gardé finalement celte dénomination de « mer Noire »? On m'a affirmé que ce sont les Turcs qui lui ont donné les premiers cette qualification caractéristique de Mare Moro. Et elle répondrait à l'épithète à'A-Xenos, « inhospitalier », que les Grecs eux-mêmes auraient d'abord appliquée à ce bassin mal hanté et dépourvu de bons mouillages. Ce ne serait que plus tard, après que ces parages eurent été civilisés et pacifiés par de nombreuses colonies de Milet, qu'à ce mot à'A-Xenos on aurait substitué celui (VEu-Xenos (Euxinus, Euxin), qui a un sens tout contraire. Le changement ne daterait, en ce cas, que du commencement du vn e siècle avant notre ère. Hérodote, lui, appelle la mer Noire Mare Cimmerium ; c'est une réminiscence de la légende des Argonautes où le pays des Cimmériens est représenté comme le vestibule de l'Enfer antique. Pour Strabon, c'est le Mare Colchicum ; pour Claudien, c'est YAmazonius Pontus, autrement dit la mer des Amazones; pour Tacite et Plutarque enfin, c'est le Mare Ponticum.

Page 1