ANVERS : LE PORT ET LA VILLE
Tourangeau, avait commencé petitement. Vers 1550, avec sa femme, une Normande originaire de Caen, il était venu ouvrir à Anvers une modeste boutique au-dessus de la Bourse des Marchands. Sa femme vendait du linge; lui, il vendait des livres. Avec quelque argent qu'on lui avança, il s'établit ensuite près de l'église Saint- Augustin; puis il monta un atelier, et enfin il acquit, dans le voisinage de la place Rubens, l'immeuble qui porte son nom.
Avec ses fenêtres à meneaux de plomb et à travées saillantes, son labyrinthe de
Anvers. — Musée rlantin : cour intérieure.
pièces immenses reliées par un autre labyrinthe de couloirs et d'escaliers, cette maison représente encore intact tout l'agencement intérieur d'une habitation bourgeoise du xvi 6 siècle. Elle a gardé son mobilier et tout son appareil primitif : presses, caractères, vitrines garnies d'éditions et de gravuresirares, lambris décorés de peintures du temps, tout y reporte la pensée à trois cents ans en arrière.
Dans sa grande cour, d'une harmonie parfaite, il y a une vigne toujours reverdissante qui date du temps même de Plantin. Là, au rez-de-chaussée, on vous montrera le cabinet de travail de Juste Lipse, dont les murs sont tapissés en cuir de Cordoue, et la chambre des correcteurs, qui tous furent des hommes célèbres. Les ouvrages publiés par l'imprimeur portèrent d'abord comme marque typographique
un arbre au tronc duquel s'enroulait une vigne; un vigneron coupait près du sol les mauvais bourgeons. A cet emblème fut ensuite substituée une main sortant des nuages et tenant un compas d'or, avec cette devise : Labore et constantia. Ce second écusson figure encore aujourd'hui sur la porte d'entrée de la maison. Puis Moretus, le gendre et l'associé de Plantin, le remplaça plus tard par la figure d'un « roi maure venant, guidé par une étoile, adorer le Messie ».
Le Musée de la ville est le plus opulent sanctuaire d'art que possède la Belgique. On sait de quel vif éclat la peinture a brillé à Anvers, avec Hubens, Jean Yan Eyck, Van Dyck, Jordaens, Ruysdael. Des centaines de tableaux de maîtres flamands et hollandais du xiv e au xvm e siècle se marient dans ce précieux dépôt aux plus belles toiles d'Italie et d'Allemagne. Et, il n'est que juste de le dire, les Anversois d'aujourd'hui n'ont point trop dégénéré de leurs aïeux, ces hommes de haut goût et de nobles instincts, chez lesquels la pensée de l'utile et les préoccupations du trafic s'associèrent toujours aux aspirations de l'ordre le plus idéal. La tradition flamande continue de s'enseigner dans l'Académie de peinture de la richissime cité de l'Escaut; chaque année, des ateliers locaux, sortent des œuvres remarquables que se disputent les amateurs d'élite. Le peuple lui-même, dans ce centre de mercantilisme, est resté artiste jusqu'au bout des ongles; il vénère sa vieille et glorieuse école, il est fier de l'héritage que lui a légué le passé, et il faut voir de quel air radieux et quasi inspiré le moindre courtaud de boutique vous montre la demeure de Rubens sur la place de Meir et sa statue sur la place Verte,
Klandres. — Les dîmes.