TOME II
accomplissent leur tâche mystérieuse et fatale, et les innombrables baies des hauts bâtiments usiniers jettent le soir, sur la ville affairée, des traînées de lumière fantastiques.
Ajoutons que, pour faciliter l'écoulement de ses produits, Gand a voulu être un port : un canal, où peuvent accéder des navires d'un tirant de 6 mètres, la relie au havre néerlandais de Terneuzen, sur la bouche occidentale de l'Escaut.
Si son jardin botanique est célèbre, sa banlieue elle-même est toute une idylle. Impossible de rêver une flore plus belle que celle qui s'étend, sur des centaines d'hectares de terrain, autour de la ville et lui forme comme une ceinture d'enclos enchantés. Que de cargaisons de tulipes et de jacinthes, rivales de ces oignons fleuris dont la Hollande avait jadis le monopole, sortent de ces serres embaumées pour envahir tous les marchés du monde ! Bambous, caroubiers, palmiers d'Inde, bananiers d'Afrique, orchidées de toute nature y croissent aussi, sous les brumes du septentrion, dans des centaines de hangars qui émerveillent l'œil du visiteur par leur coloris chatoyant.
Gand n'est pas seulement la ville de Belgique où convergent le plus de chemins de fer; avec ses canaux et les bras multiples de ses quatre rivières, l'Escaut, la Lys, la Moere et la Liève, qui la découpent en vingt-six îlots réunis par une centaine de ponts, elle est en outre, comme Amsterdam, une sorte de Venise du Nord.
Toutefois, on l'a déjà remarqué, le vrai cours d'eau nourricier de la ville, ce n'est pas l'Escaut, dont le lit ressemble ici à une sorte de fossé croupissant, c'est son tributaire la Lys. Venue de France, comme l'Escaut, elle coule claire, alerte, bruissante, pénètre par tous les quartiers, se faufile, avec ses îlots, ses écluses, ses bateaux ventrus, entre tous les pâtés de maisons. Aussi, devant cette abondance d'ondes qui les menacent continuellement du fléau de l'inondation, les Gantois, depuis neuf cents ans, n'ont-ils cessé de creuser des canaux d'écoulement et de créer autour d'eux tout un labyrinthe d'artères aquatiques.
De même, pour loger leur grosse industrie dont l'essor va toujours croissant, ils ont dû pratiquer de vastes percées à travers leurs vieux quartiers historiques. Sans souci du passé et de ses gloires, les fumantes cheminées des fabriques se dressent au cœur même de la ville, en face des fiers pignons moyen âge. Ce n'est pas à dire pour cela que Gand ait fait table rase de ses trésors archéologiques. Peu de villes d'Europe, au contraire, restent plus originales à ce point de vue.
De quelque côté que vous y alliez, partout vous retrouverez des palais communaux, d'antiques demeures aux frontons et aux fenêtres historiés, aux sculptures et aux balcons fantaisistes. Begardez, sur le quai aux Herbes, point qui, de tous temps, a été un des plus animés de la cité, ces quatre pittoresques maisons, qui mirent leurs torses archaïques dans un canal toujours encombré de flottilles de bateaux. Celle du milieu surtout est un vrai bijou de style gothique.
Dans ce palais de la première moitié du xvi c siècle, qui, de la base au faite, n'est que saillies de pierre et pinacles, siégeait la corporation des Francs-Bateliers (navîeurs). Sur le Marché du Vendredi, les anciennes abbayes des métiers ont disparu,