GAND
domination féodale; seulement, au comte de Flandre, il voulait substituer le prince de Galles, fils aîné d'Edouard III d'Angleterre.
Ce fut sa perte. Accusé de trahison par ses ennemis, il fut assailli par une foule
Oudenaedk. — Hôtel do Ville. (Voy. p. 54 )
mutinée que conduisait le syndic des tisserands, et frappé de mille coups sur le seuil même de sa maison (19 juillet 1345).
Trente-sept ans plus tard (1382) , son fils Philippe essaya de reprendre son œuvre ; comme lui, il reçut le serment du bourgmestre et des corporations. Cette fois encore, les nobles et les chevaliers du comte furent battus par les travailleurs de Gand, et, un moment, le second Artevelde, devenu à son tour « régent » de Flandre, put se croire
tout près de toucher le but. Le désastre de Roosebeke mit fin à ce rêve patriotique. Neuf mille Gantois restèrent en monceau sur le champ de bataille; dans le tas on retrouva le corps d'Artevelde; Charles VI, dit une chronique d'Oudenarde, le foula dédaigneusement sous ses pieds et le fit pendre à un arbre comme celui d'un « vilain ».
Dans un coin de ce même Marché du Vendredi, à propos duquel nous avons évoqué cet épisode de l'histoire de Gand, vous pouvez voir encore une grosse bombarde en fer forgé, mesurant 18 pieds de long sur 10 pieds 6 pouces de circonférence, et pesant 33 600 livres. Cette monstrueuse pièce d'artillerie, qui joua son rùle dans la lutte précitée du xiv° siècle, s'appelait « Margot l'enragée » [Bulle Griete); elle se faisait entendre, disait-on, de 5 lieues le jour et de 10 la nuit.
Voulez-vous maintenant jeter un regard à l'antique beffroi de la fière commune? Le voici devant vous, à l'angle de la rue Saint- Jean, dardant en l'air sa grande tour carrée, symbole des libertés flamandes. Dans la cage du colosse trônait jadis la fameuse cloche Roland, qu'on tintait en cas d'incendie et qu'on sonnait à volée pour l'émeute.
Quant à la cathédrale Saint-Bavon, c'est une somptueuse église ogivale, avec de merveilleuses chapelles où le pinceau des Rubens, des Van Eyck et des Van Coxcie a semé à profusion les chefs-d'œuvre. Vous n'avez qu'à monter au sommet de l'édifice pour retrouver la perspective de ces vastes campagnes potagères, de tous côtés irriguées parles eaux et sillonnées par une active batellerie, que déjà vous avez contemplées du haut de la flèche d'Anvers.
Une des tours que, de là, vous distinguez au loin vers le sud, en suivant de l'œil le sillon gris de l'Escaut, est le beffroi de l'hôtel de ville d'Oudenarde.
Oudenarde ou Audenarde, qui fut jadis, elle aussi, une cité puissante et guerrière, n'est plus à présent qu'une petite ville peuplée de 7 ou 8 000 âmes, dont l'occupation principale est la tannerie; mais elle a conservé du passé un monument qui, à lui seul, rend témoignage de son ancienne gloire : c'est son palais municipal en style ogival fleuri, d'un jet si hardi et si noble.
La façade est tout un festonnement de pierre où, à un fouillis de feuillages et de tiges, s'enlace une légion de bêtes rampantes ou volantes. Sur les deux étages, décorés de niches à pinacles et surmontés de fines tourelles, repose un toit constellé d'aiguilles, de lucarnes, de statues, où le maître de l'œuvre, Van Pede, semble avoir voulu épuiser tous les caprices de l'architecture de son temps.
Au dedans de l'édifice, dans la salle du Peuple, il y a une splendide cheminée dont la balustrade est guillochée à l'égal d'une dentelle et qui abrite sous un triple pinacle les statues de la Vierge, de la Justice et de l'Espérance. Citons aussi le portail de la salle des Échevins, avec ses innombrables ciselures. L'un et l'autre sont dus au ciseau de Pierre van der Schelden.
Bruges. — Le canal du Rosanc.