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LES GROTTES DE HAN

et de fantasmagories dantesques. La belle rivière de Lesse, affluent oriental de la Meuse, s'y engouffre avec fracas pour ne reparaître qu'à un kilomètre et demi de là, sur l'autre versant de la montagne. Cette « Babylone des ténèbres », comme on l'a nommée, a été découverte par hasard en 1814. De même que dans la grotte des Fées de Saint-Maurice-en-Valais, on n'y pénètre que par une fente étroite, avec des guides munis de flambeaux. Les yeux et l'esprit restent confondus de la singularité grandiose du spectacle. Bastions, minarets, piliers, tours, dômes, ogives, porches, toutes

Dînant. — La galerie du Précipice dans les grottes de Han. (Voir p. S.)

les formes architecturales, tous les dessins de basiliques, de pagodes, de mosquées, de palais, se succèdent en ce royaume de la chimère et de l'énigme, dont je veux au moins vous donner une vision.

On traverse d'abord la salle Blanche, ainsi nommée de la couleur de ses stalactites et de ses rochers, le Trou au salpêtre, la salle des Scarabées, celle des Benards et de Proserpine, la grotte d'Antiparos, la galerie de l'Hirondelle; après quoi on s'engage dans un corridor de 115 mètres de long appelé la Grande Bue. Celui-ci, tout en marbre noir veiné de blanc, conduit à un autre district souterrain exploré seulement dans ces derniers temps : ce sont les Grottes Mystérieuses.

Les voûtes en sont décorées de pendentifs, d'aiguilles, de colonnettes, de dra-

peries ondoyantes et à plis, nées de la concrétion calcaire aux inépuisables caprices (groupe des Danaïdes et de l'Alhambra). On arrive ensuite à une troisième série de salles, d'un caractère encore différent : l'une d'elles présente des ossements fossiles incrustés dans la pierre, entre autres une énorme mâchoire de mammouth. Plus loin, on atteint la salle du Dôme, qui mesure 70 mètres de haut sur 123 de long; malgré les feux de paille allumés par les guides, on n'en peut voir qu'une partie à la fois.

De gigantesques stalagmites en jonchent le sol. Ici, c'est un Mausolée d'albâtre ; là, c'est un bloc noirâtre, aux cristallisations étincelantes et creux à l'intérieur : on l'appelle le Boudoir de Proserpine; ailleurs, c'est un Géant coiffé d'une tiare, puis le trône colossal de Pluton. Dans un coin de l'enceinte infernale s'ouvre la bouche noire d'un précipice; le gouffre est si profond qu'une pierre n'en atteint le fond qu'au bout de plusieurs secondes.

Pas d'autre bruit dans ce caverneux empire que celui de la goutte d'eau qui tombe par intervalles isochrones et continue dans la masse rocheuse son travail de désagrégation séculaire dont les résultats nous confondent. Ce Tartare, plein de fantômes et de sortilèges, a 1 500 mètres de longueur, et l'on en visite la dernière section en bateau, à travers de nouveaux couloirs accidentés de blocs monstrueux et aux parois bizarrement fissurées.

Sortons de cette région toute frissonnante d'enchantements et d'effrois, et, en plein air, au grand jour, le long de la Meuse toujours murmurante, reprenons notre promenade en aval. Quelle est cette ville au site étrange qui s'adosse, sur la rive droite du fleuve, aune énorme muraille de roc hérissée d'une antique forteresse? C'est Dinant, la perle du plateau, Dinant jadis « la plus marchande, la plus riche, la plus forte cité, de par deçà les monts », comme dit la grande Chronique des Chartreux.

Liège et elle formaient alors, au sein de l'Ardenne, une sorte de a petite France wallonne », que Louis XI laissa exterminer sans merci par les ducs Philippe et Charles de Bourgogne. On avait beau dire à Liège « qu'elle était allemande et du cercle de Westphalie, elle n'en voulait rien croire; elle laissait sa Meuse descendre aux Pays-Bas; quant à elle, sa tendance était de remonter ».

Autant en faisait Dinant, qui, de même que Liège, trafiquait surtout avec nos provinces du Nord, envoyait à la France sa taillanderie et sa dinanderie. En ce temps-là, vous le savez, elle était fameuse au loin par ses batteurs en cuivre : le « métier de la batterie » avait fait la ville et la constituait tout entière. « Ce pot, ce chaudron héréditaire, comme dit un historien, fut longtemps l'honneur du foyer dinantais, le symbole sacré du travail commun. » La maison venait-elle à brûle^ à être pillée, le batteur emportait, sauvait son pot de métal luisant, « comme Enée avait emporté ses dieux ». Et ce n'était pas, croyez-le bien, de la grosse chaudronnerie d'Auvergne; c'était un art véritable, qui rivalisait presque avec le grand art de la fonte.

L'année 1466 vit sombrer définitivement cette gloire forgée à coups de mar-

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