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L-K Zl'iuekzee. — Moulins d'épuisement

navire, jamais le touriste ne soupçonnerait les catastrophes qui s'y sont accomplies.

La perle de cette côte ouest du Zuiderzée, c'est la toute mignonne île de Marken. Avec son phare et son église, elle émerge à peine au-dessus des flots, qui souvent, en dépit de sa digue, la submergent entièrement. Aussi les habitants, au nombre d'un millier environ, ont-ils construit leurs maisons sur des monticules artificiels constituant autant de bourgades qui, en cas d'inondation, communiquent entre elles au moyen de bateaux. Comme les indigènes de Schcveningen, les insulaires de Marken, tous vivant de la pèche, sont pauvres et contents de leur sort. Ils ont gardé leur costume et leurs mœurs d'autrefois, ils ne se marient qu'entre eux, ne se louent et ne s'établissent jamais hors de leur pays, et meurent pour la plupart sans avoir rien vu du monde que leur île.

Tout à côté, sur la côte, voici Monnickendam, une simple bourgade qui fut jadis une ville florissante, puis Édam, presque aussi déchue, puis Hoorn, l'ex-capitale de la Nord-Hollande, où se fabriqua en 1416 le premier grand filet pour Ja pêche du

HOLLANDE

hareng, et où naquit cet intrépide Schouten qui, le premier, doubla le promontoire extrême de l'Amérique du Sud, appelé, du nom de sa ville, le cap Horn. Hoorn est aujourd'hui le plus grand marché de fromages de toute la région.

Plus loin, voici Enkhuysen, sis à la pointe de terrain qui s'avance le plus dans le Zuiderzée. De toutes les villes « mortes » du golfe, c'est la plus morte. Elle compta jusqu'à 40000 habitants; elle possédait un vaste arsenal, de somptueux édifices, et ses marins passaient pour les plus expérimentés du pays. Actuellement,

Sur le Zuiderzée.

Côte ouest.

elle a 5000 âmes; ses maisons sont vides et croulantes, son port est ensablé, et l'herbe pousse dans ses rues. Il lui reste l'honneur d'avoir donné le jour en 1625 à Paul Potter, le roi des peintres animaliers, un rejeton de l'illustre famille d'Egmonl par les femmes.

A Medemblik, encore un spectre de ville, le golfe n'a plus que quatre lieues do largeur environ. En face, sur la rive opposée, on aperçoit les clochers de Stavoren. En 1222, dit-on, le Zuiderzée, entre ces deux points, n'était qu'un étroit ruisseau qu'on passait sur une planche. Stavoren était jadis la résidence des « rois » de Frise, la « Ninive » de ces districts septentrionaux. Comme la Ninive d'Orient, l'orgueil et le faste l'ont perdue. Voici la légende, telle qu'on la raconte :

Hoorn. — Le marché au fromage.

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Une riche marchande de la localité fréta un bâtiment et l'envoya à Danzig chercher des denrées précieuses. Le capitaine, n'ayant point trouvé à destination la cargaison demandée, emplit son navire de blé, afin de ne point revenir à vide. « Que m'apportes-tu? » lui dit la patronne à son retour. — « Du blé », répondit humblement le capitaine. — « Du blé! Te moques-tu de moi? s'écria la marchande; jette ces vils épis à la mer. » Les gerbes furent noyées; mais la vengeance divine ne se fit point attendre. A l'endroit même où on les avait jetées, se forma un vaste banc de sable cpii obstrua l'entrée du port et ruina peu à peu son trafic. Et, comme preuve de l'authenticité de cette légende, explication toute fantaisiste d'un phénomène d'ordre naturel, on vous montrera près de la jetée de Stavoren une intumescence sousmarine qu'on appelle le « Sable de la dame » (Vrouwenzand), et qui bloque presque le chenal, praticable à grand'peine aux tout petits bâtiments.

Ici, nous sommes parvenus au terme de notre excursion en Hollande. Qu'y at-il là-bas, à l'horizon moite, derrière cette nouvelle rangée de digues en blocs de granit du Nord, étayant toute une armée de palis, rempart de la côte vaporeuse et basse? Deux provinces amphibies encore, celle de Frise et celle de Groningue, puis la vaste baie du Dollart, formée au xnf siècle seulement à l'endroit où l'Ems débouche dans la mer, et, au delà du cours de ce fleuve, l'Allemagne.

Voulez-vous un aperçu sommaire de ces pays transzuiderzéens? En deux traits, je puis vous en faire une esquisse.

Figurez-vous un territoire, composé d'un mélange de sable, d'argile et de tourbe, et sis tout entier, dans sa partie ouest, au-dessous du niveau de l'Océan. Toutes les villes, tous les villages y sont construits sur des pilotis ou sur des éminences artificielles qui portent le nom de Terpen. Du sud au nord de la Frise, jusqu'à Leeuwarden, le chef-lieu, et même jusqu'à la bourgade de Dokkum, plus septentrionale encore, s'étend un long chapelet de lacs poissonneux qui entravent les relations d'un endroit à l'autre, sauf en hiver, où leurs ondes gelées forment une arène luisante sur laquelle filent patineurs et traîneaux. Sur ce sol, où les arbres sont rares, représentez-vous en outre d'immenses surfaces de prairies, découpées par des canaux, parfois même des îlots de verdure flottants, offrant les nuances les plus vives ; au travers de ces prairies, semez d'innombrables troupeaux, produisant un beurre et un fromage renommés : vous aurez déjà une idée de la région.

Quant au type des gens qui l'habitent, peut-être à Amsterdam même avez-vous eu occasion de l'observer. Il n'est pas rare, en effet, de rencontrer sur le Dam ou aux environs des femmes à la fière prestance, portant un diadème ou un casque, comme ces vierges armées qui, dans la mythologie Scandinave, présidaient aux combats : ce sont des paysannes de la Frise et de la Groningue.

De même que les chevaux frisons sont réputés les meilleurs trotteurs de l'Europe, de même les Frisonnes passent pour les plus beaux spécimens du sexe féminin en Néerlande. La légende prétend qu'elles descendent des antiques sirènes de la mer du Nord. Le casque qui leur sert de coitï'ure est en argent ou en or. Il se met sur un

Amsterdam. — Frisonne en costume national.

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HOLLANDE

serre-tête, et se compose de deux plaques légères, réunies par un cercle métallique et ornées de deux grands boutons ciselés. Par-dessus ces plaques, qui aboutissent aux tempes, se place souvent, comme tierce coiffure, un chapeau orné de fleurs et de fruits artificiels.

Les Frisons constituent, eux aussi, une belle et forte race d'hommes, en qui l'amour de la liberté est le sentiment dominant, comme au temps de Drusus et de Tibère. « Les Frisons, dit le vieux code du pays, seront libres aussi longtemps que les vents souffleront dans les nuages. » Cette population est riche d'ailleurs; cent mille francs, chez ces paysans, ne passent point pour une fortune. Leurs voisins de

Hollande. — Paysage do Ruysdael.

la Groningue aiment également la vie aisée et luxueuse. Leurs bâtiments ruraux sont d'une ampleur extraordinaire. Avec leurs nombreuses fenêtres, leur ameublement d'acajou, leurs jardins, leurs pelouses fleuries, leurs potagers combles de légumes, ces demeures sont de véritables châteaux. Derrière le logis est la construction renfermant la grange, l'étable, l'écurie, avec les instruments aratoires les plus perfectionnés. Si vous parcouriez, au printemps, ces districts extrêmes de la Hollande, vous y apercevriez d'innombrables légions d'oiseaux de mer ou de marais. La mouette blanche, les courlis pêcheurs, les canards, les hérons, tous les grands échassiers songeurs sont les rois de cet humide empire où du sol noyé surgissent à foison le nénuphar, le roseau, l'aloès des eaux, et cent autres plantes paludéennes. A l'automne, les grives y abondent, et c'est aussi la contrée de prédilection des cigognes, que le renouveau y ramène chaque année. Sur toutes les habitations, il y a un nid de ces oiseaux, réputés protecteurs du logis, et qui font d'ailleurs la guerre aux crapauds et aux rats. Ce volatile émigrant est aussi l'animal héraldique des Pays-Bas, et on le retrouve à la Haye, sculpté sur maint édifice public.

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