AU BASSIN DE LA SEVERN
villas ont envahi les coteaux d'alentour. Le gros du massif urbain, composé de rues étroites et irrégulières, et dominé par une cathédrale de style normand au porche original, offre un aspect assez imposant; pour l'étranger, néanmoins, la vraie curiosité ici, c'est la vallée même de l'Avon, à commencer par ce faubourg de Clifton,
où un pont suspendu d'une travée unique, long de plus de 200 mètres, est jeté à 74 mètres au-dessus de la coupure fluviale . A son extrémité dressent les roches fameuses de Saint- Vincent; plus loin, toujours en l'ace des gorges de la rivière, s'étendent les magnifiques bois de Leigh. Une fois de plus, nous avons affaire à un de ces districts britanniques auxquels se lient les plus célèbres créations de la poésie nationale. Si la muse de Pope semble, comme on l'a dit, s'être inspirée en son harmonieux début des verdoyantes retraites de Windsor, les bords de la Severn et ceux de l'Avon de Bristol, avec leurs frais herbages où pâturent des milliers de vaches, nous reportent aux radieuses descriptions de Milton.
GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE
Le beau comté de Gloucester, dans lequel nous sommes entrés de ce pas, a pour chef-lieu la ville du même nom, Yex-Glevum des Romains, peuplée de 40 000 âmes environ. Sise sur la rive droite de la Severn et communiquant avec la mer par un canal de 16 milles de long (25 kilomètres 700 mètres), elle possède, elle aussi, un port intérieur où peuvent atterrir des bâtiments de 400 tonneaux. Son monument principal est sa cathédrale moyen âge, dont la grande tour surmontée de quatre clochetons aigus offre un aspect tout à fait grandiose.
Plus au nord, dans le comté dont Birmingham est la grande cité fabricante et
Warwick. — Le Château.
industrielle, coule un autre Avon également tributaire de la Severn, et qu'on appelle l'Avon de Stratford. Là, sur un rocher que baigne l'onde murmurante, se dresse le plus beau morceau d'architecture féodale qui existe outre-Manche : c'est le château du fameux Warwick.
La ville de Warwick, à l'extrémité ouest de laquelle il s'élève, a elle-même un certain air de noblesse, avec ses vieilles maisons, dont notre gravure donne un spécimen, sa curieuse école de Saint-John et son église qui contient le tombeau du comte de Leicester, le favori d'Elisabeth; mais, n'eût-elle à nous montrer que l'exrésidence du « faiseur de rois », nous serions tenus de nous y arrêter.
Loin d'avoir été égrugée par le temps, comme la plupart des castels du même âge, cette demeure est restée aussi somptueuse et aussi vivante qu'à l'époque où son fier seigneur l'habitait. Entourée de splendides massifs d'arbres, elle présente de près comme de loin, avec sa large façade crénelée et son hérissement de tours et
Warwick. — Maison sous 1<< Château.
GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE
de donjons, un aspect quasi fantastique. On y arrive par une superbe avenue profondément encaissée entre deux âpres murailles de roc vif dont les parois sont ornées d'une flore merveilleuse. L'Avon serpente à travers le parc, planté d'essences pour la plupart funéraires, ifs, sapins, chênes verts, houx, cyprès, saules pleureurs, bouleaux aux branches frémissantes. Mais quand au sortir de la sombre allée on débouche dans la cour du château, à ces images de tristesse succèdent des aspects lumineux et riants : on croirait quitter le royaume des ombres pour entrer dans un monde étincelant de variété et de couleur.
L'aire montueuse où l'on se trouve offre un assemblage de constructions de toutes les époques : palais, burg féodal, édifice mauresque ou de la Renaissance; les styles les plus divers s'y marient sous un treillissement fleuri de glycine, de vigne vierge et d'autres arbustes aux gaies frondaisons. Pénétrez dans l'intérieur du manoir : que de collections rares, que de tableaux, de portraits, d'oeuvres artistiques de toute sorte y émerveilleront vos regards ! N'oublie/, pas aussi de visiter, au centre du parc, la serre où est conservé le fameux « vase de Warwick » qui provient de la villa d'Hadrien.
En ce castel se résume une partie de l'histoire de l'Angleterre. Là vécut, au temps d'Alfred le Grand, Gui de Warwick, le « sanglier noir », dont les armoiries, outes saxonnes, portaient un ours appuyé sur une massue. C'était, raconte la chronique, un géant de 9 pieds de haut, qui tuait un taureau d'un coup de poing. Dans un petit musée du manoir on vous montrera son glaive, son casque et l'immense pot d'airain où ses mets se cuisaient.
Ce hobereau farouche finit dans la peau d'un ermite. Il disparut tout à coup pour se retirer au creux d'un rocher. De temps à autre seulement, méconnaissable sous sa longue barbe et ses cheveux en broussailles, il venait à la porte de sa résidence recevoir les aumônes de sa femme, qui le croyait mort. Puis, sur le point de décéder, il renvoya son anneau de fiançailles à la dame de Warwick, qui arriva lui fermer les yeux et le rejoignit, quinze jours après, dans la grotte où il gisait inhumé.
Des Warwick, le célèbre manoir, qui n'était alors qu'une sorte de forteresse féodale, passa, sous les Stuarts, à une autre famille qui le transforma en un fastueux rendez-vous de courtisans. Aujourd'hui, si je ne me trompe, il est la propriété des Gréville.
Si Warwick est le plus intact et le plus soigné des antiques châteaux de la Grande-Bretagne, son voisin lvenilworth au contraire, que l'on aperçoit au loin du haut de ses tours, est la ruine romantique par excellence. Cette belle résidence, détruite parles soldats de Cromwell, ressemble, on l'a dit, au « palais du temps ». A chacune de ses pierres s'attache un souvenir historique; les noms de Simon de Montfort, de Mortimer, de Henri de Lancastre et d'Elisabeth, la terrible reine demeurée malgré tout populaire, revivent dans ce monceau de débris, où sur des assises romanes s'élèvent des constructions normandes accrues de bâtiments de la Renaissance.
En partant de Warwick, vous rencontrerez ce splendide relief, illustré de nou-
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KENILWORTH veau en notre siècle par un roman de Waltcr
Scott, sur un monticule situé au milieu d'une plaine verte qu'arrose une jolie riviérette bleue terminée par un lac.
Une immense forêt, celle d'Arden, couvrait autrefois ce district, égayé aujourd'hui par une localité de bains sulfureux et ferrugineux, Leamington-Spa, que fréquentent en foule oisifs et malades. Le castel, entouré d'un fossé profond, a été récemment l'objet d'un essai de restauration ; néanmoins, avec ses vieilles tours massives flanquées d'escaliers et de galeries où niche l'oiseau de proie, il représente toujours une image de délabrement et de mort. Dans son enceinte effondrée ont poussé des arbres et des arbustes de toute espèce. Aussi bien que le Colisée de Rome, cette ruine a sa flore, qui, sans contrat, a pris possession des quartiers de roc disjoints, des statues et des corniches ébréchées. A l'intérieur la mousse tapisse les cheminées elles frises; les baies en ogive des antiques salles ont un man-