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COUP D'ŒIL SUR L'ILE D'ANGLESEY

La Severn franchie, nous voici dans le pays de Galles (Wales), dont le comté de Monmouth et les rives de la Wye figurent comme le vestibule d'entrée.

Rien de plus enchanteur que cette vallée de la Wye, avec ses semis de roches pittoresques et ses massifs touffus de verdure. Près du confluent de la rivière se trouve Chepstow, dont le beau pont tabulaire est l'œuvre de l'ingénieur français Brunel. Là encore se dresse sur une éminence sourcilleuse un château ruiné que précèdent deux tours massives de l'époque normande. Plus loin, en continuant de longer l'estuaire de la Severn, large ici comme un bras de mer, on arrive à l'embouchure de l'Usk et à la ville de Newport, qui est le havre d'exportation des produits

régionaux.

Le lecteur sait-il que ce district possède l'industrie charbonnière et métallurgique la plus florissante qu'il y ait au inonde? Le touriste, en tout cas, à moins qu'il n'y ait intérêt de métier, ne se préoccupe guère de ce point de vue. A peine débarqué

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COMTE DE MONMOUTII.

aux bords de l'Usk, il court droit à Caerléon, la cité des légendes, où, « sept fois à Pâques et cinq fois à Noël », le roi Arthur tenait cour plénière.

Siluée à 4 kilomètres en amont de Newport, cette ville, qui n'est plus actuelle-

Le Mo.nmuuthshire. - La Wye, vue du château de Chepstow.

ment qu'une bourgade, avait été, au temps des Romains, sous le nom à'Usca Situmm, le chef-lieu de la Britanma secunda. Ses palais somptueux, ses toits dorés, ses temples, ses bains, ses aqueducs en faisaient alors une sorte de petite Rome provinciale. Mais de cette époque lointaine il ne lui reste plus que des débris d'enceinte, avec un certain nombre d'antiquités rassemblées dans un musée, et le rayon-

GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE

nement de l'âge gallois d'Arthur a d'ailleurs complètement éclipsé cette première période de splendeur, qui n'avait rien eu de national.

Le roi Arthur devint, on le sait, au xu° siècle, le personnage autour duquel gravita tout un cycle de poèmes épiques et de romans. Il fut le héros type en leque s'incarnèrent à cette époque tous les souvenirs primitifs de la chevalerie.

Les bardes cambriens avaient célébré ses hauts faits contre ces Saxons et ces Angles envahisseurs qui finirent par refouler l'élément celtique du pays dans l'étroite péninsule montueuse comprise entre le canal de Bristol et l'estuaire de la Dee. Les trouvères à leur tour, amplifiant sur la tradition, montrèrent Arthur parcourant le monde pour le délivrer des géants et des monstres. Comme notre paladin Roland, il possédait une épée merveilleuse, Dure-Entadle, qu'il avait extraite, aussi facilement que d'un simple fourreau, du bloc de rocher où elle était encastrée. Ce fut même cet exploit qui lui valut d'être acclamé roi par les nobles bretons, après la mort d'Uter Pendragon.

Dans l'intervalle de ses expéditions, il revenait se reposer à Caerléon, où chaque année, aux grandes fêtes, il recevait et traitait fastueusement la fleur des rois, des barons et des chevaliers de l'Europe entière. Il n'y avait pas de l'Occident à l'Orient un preux qui ne se crût tenu d'aller à sa cour. Quiconque recherchait la gloire passait le détroit pour voir par ses yeux le prince gallois dont la courtoisie et la splendide hospitalité étaient renommées en tout pays. Les humbles aimaient Arthur parce qu'il était bon et secourable; les puissants lui rendaient hommage apree qu'ils l'admiraient en l'enviant; les porte-couronne même le flattaient, parce qu'ils avaient peur qu'il ne conquît le monde et ne les dépossédât de leurs États.

Dans un champ près du musée de Caerléon, on ne manquera pas de vous montrer une enceinte creuse, de forme elliptique, qui mesure 200 pieds carrés environ : les gens du pays veulent y voir l'emplacement de la fameuse table ronde, emblème de l'égalité chevaleresque, autour de laquelle s'asseyaient les convives du héros gallois; mais, entre nous, les rangs de gradins qu'on y a retrouvés prouvent que c'est tout bonnement un ex-amphithéàtre romain.

Quand Arthur mourut, son épée disparut magiquement, et lui-même il eut une tin non moins mystérieuse que celle de Romulus au Vallon de la Chèvre. Une barque conduite par les fées Morgane et Viviane s'en vint, dit-on, enlever son corps et le porta dans une île près de Glastonbury. Mais le peuple kymrique ne voulut pas croire qu'il fût mort. Comme Barberousse, Arthur était censé reposer dans une caverne enchantée d'où il devait sortir un jour pour délivrer la Bretagne. Vainement le roi Henri II Plantagenet, afin de porterie coup de mort h la légende, fit-il faire, dans le cimetière de l'abbaye de Glastonbury, des fouilles qui mirent à jour la soidisant sépulture du prince breton, un chêne creux rempli d'ossements gigantesques : les Gallois ne virent dans cette prétendue trouvaille qu'une supposition insidieuse de la politique et s'en tinrent à leur antique tradition.

Jusqu'au cinquième Plantagenet, Edouard I er (1272-1307), les successeurs d'Arthur se maintinrent indépendants défait au sein de leurs montagnes. Leur vassalité envers la couronne n'était que nominale. Edouard résolut enfin de la rendre

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