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A TRAVERS LE PAYS DE GALLES

effective; il attaqua le roi Llewellyn, le battit en plusieurs rencontres ainsi que les seigneurs gallois, et obligea ce peuple réfraetaire à lui jurer obédience et fidélité. De ce moment date le titre que porte aujourd'hui l'héritier présomptif du trône britannique. Un fds lui étant né pendant qu'il se trouvait dans le pays, Edouard nomma cet enfant « prince de Galles ». C'est ainsi que chez nous, à partir du règne de Charles V, l'achat de la province du Viennois, dont les comtes s'intitulaient « dau-

phins », à cause de l'animal symbolique figurant dans leurs armes, valut aux fils •aînés de nos souverains l'appellation qu'ils ont gardée jusqu'à la fin de la monarchie.

Au delà de Newport, qui fait encore partie du Monmouthshire, on entre dans le pays de Galles proprement dit, et dès Cardiff, au confluent de la rivière Taff et du golfe de Bristol, on entend résonner l'idiome national des anciens Bretons, le Wels/i, comme on l'appelle.

Le comté de Clamorgan, dont cette petite ville industrielle est le chef-lieu, est également un district d'usines où l'on travaille le fer, le cuivre et le plomb, fournis par les mines d'alentour. De là jusqu'à Neath et jusqu'à Swansea, on n'aperçoit plus que des collines glabres sur^lesquelles ondoient comme des nuages gris les gerbes de fumée vomies par les cheminées des fabriques; l'air ambiant est tout im-

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prégné des vapeurs sulfureuses et arsenicales que dégagent les manufactures de cuivre.

Swansea, dont le nom signifie « mer du Cygne », est la plus grosse cité de la Galles du Sud et compte 70 000 âmes environ. Là, sur l'éperon rocheux et sauvage du Gower, se trouve le grand dolmen dit la « Pierre d'Arthur ». Dans la péninsule galloise comme clans notre Bretagne, les mégalithes surabondent. Celui-ci est un bloc de 14 pieds de haut sur 7 d'épaisseur, qui recouvrait sans doute autrefois une de ces fontaines médicinales consacrées parle culte des druides. Plus d'une source régionale passe aujourd'hui encore pour avoir de merveilleuses vertus curatives,

Swansea. — Pierre d'Arthur.

et les gens du pays qui les visitent y jettent une épingle après avoir bu de leur onde.

Dans un poème du cycle de la Table Ronde écrit chez nous au xu° siècle par le trouvère Chrétien de ïroyes sur une donnée primitive d'un barde du Clamorgan, il est question d'une fontaine de cette sorte dont l'eau répandue au dehors avait pour effet d'exciter un violent orage. Le bassin, dit le poète, en était d'or, et l'on y accédait par un perron tout en rubis et en émeraudes. Un imprudent en ayant troublé l'onde sacro-sainte, un « chevalier noir » vient pour le combattre; mais il est tué par l'audacieux Kénon, qui raconte précisément, après coup, son étrange aventure aux commensaux d'Arthur occupés à boire l'hydromel, tandis que le roi sommeille.

Au nord-ouest de Swansea, au sommet d'une autre baie dans laquelle débouche le fleuve Towy, voici maintenant la vieille cité de Caermarthen, qui fut longtemps la capitale des Gallois, et dont un voyageur compare le site gracieux à celui de

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Quimperlé, le chef-lieu de notre « Arcadie bretonne ». C'est lu que se bifurquait jadis la chaussée romaine qui portait le nom de Via Julia.

La tradition veut que le fameux prophète Merlin y soit né; la contrée, en tout cas, est pleine de son souvenir. A une lieue de la ville environ, un rocher creux est réputé être la grotte où la fée Viviane emprisonna pour toujours l'enchanteur, qui s'était endormi sans méfiance sur ses genoux. Dans une des rues de Caermarthen se dresse également le « chêne de Merlin ». Los habitants étaient convaincus que, le jour où les rameaux de cet arbre tomberaient, tout le comté disparaîtrait sous l'eau; aussi l'ont-ils enduit de chaux pour le préserver, ainsi qu'eux, de la ruine finale.

Un autre trait de ressemblance entre le pays de Galles et notre province d'Armorique, c'est l'abondance de superstitions et de mythes.

Tout un peuple de fées et d'êtres surnaturels y détient l'empire de l'air et des eaux. Souvent même chaque maison ason esprit du foyer, ce Puck dont il est question dans le Songe d'une nuit d'été de Shakspeare, et qu'on retrouve aussi en Frise et en Islande sous un nom à peu près identique. Ce génie familier balaie volontiers la maison et rend toutes sortes de services, ce qui ne l'empêche pas de jouer, à l'occasion, de vilains tours aux hôtes du logis, de s'amuser à faire aboyer 1rs chiens et à causer des peurs blêmes aux jeunes tilles. 11 y a aussi les « lutins du feu » qui, sous la forme de Gammes bleuâtres, hantent certaines combes marécageuses du pays, en sonnant du cor ou en produisant d'autres bruits étranges, effroi des humains. On devine que ces esprits follets, qui passent pour emporsonner les gazons et pour incendier le foin et le blé, ne sont autres que les émanations gazeuses provenant des matières organiques en décomposition dans les eaux.

Ces populations de race kymrique n'ont pas seulement gardé du vieux temps leurs idées et leur langue; elles en ont aussi retenu, comme on le verra ci-après le goût de cette poésie bardique en laquelle excellaient leurs aïeux. La fameuse harpe galloise elle-même, dont les accords furent l'accompagnement de tant de récits épiques, s'est transmise, quoique un peu modifiée, de génération en génération. La

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Harpe galloise

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tcli/n, comme on l'appelle, est aujourd'hui un instrument à triple rang de cordes, dont les artistes du terroir tirent tantôt des mélodies douces et mélancoliques, tantôt des sons vibrants et guerriers. Chaque seigneur de Galles autrefois avait son harpiste, de même que tout châtelain de l'Ecosse avait son joueur de cornemuse, et le roi Arthur avait institué des prix que l'on décernait aux meilleurs ménestrels.

Le comté de Pembroke, dont le nom signifie « tête de péninsule », et la plus grande partie de celui de Cardigan appartiennent encore à South Wales (Galles du Sud), dont les plus hautes cimes, même dans la chaîne des Black montains (montagnes Noires), n'excèdent guère 7 ou 800 mètres. Dans la Galles du Nord, qui commence au delà du promontoire d'Aberytswith, à peu près au milieu de la baie de Cardigan, vont s'offrir à nous des sommités d'une élévation plus considérable. On peut dire cependant, en thèse générale, que ce qui fait l'originalité de toute cette péninsule britannique, c'est moins l'altitude de ses reliefs que la variété infinie de ses aspects, le charme sauvage de ses vallées, son riche habillement de verdure, son abondance d'eaux ruisselantes et de lacs. Et, à ce point de vue même, c'est encore le nord qui est le mieux partagé.

La série des paysages grandioses s'ouvre de ce côté par le fier sommet du Gadair-ldris (890 mètres), qui commande d'une part le comté de Merioneth, et de l'autre celui de Montgomery. Le district à travers lequel on chemine et à l'horizon duquel on le voit se dresser, sitôt que l'on dépasse à gauche le port précité d'Aberytswith, est beaucoup plus âpre et accidenté que la région située en deçà, et plus on s'avance, plus les lieux revêtent un caractère solitaire et sauvage. Après avoir été l'asile des derniers défenseurs de la nationalité galloise, celte partie de la presqu'île devint, au xvi e siècle, le quartier général d'une célèbre bande de brigands, les « hommes rouges », qui était la terreur des populations. Chaque soir, dit-on, les fermiers plaçaient des faux dans leurs cheminées pour empêcher les malandrins d'entrer chez eux par cette voie. 11 fallut mettre sur pied tout un corps de troupes pour purger la contrée de ces écumeurs, auxquels s'étaient joints, comme il arrive toujours en pareil cas, des soldats débandés à la suite de la dernière guerre, celle des Deux-Roses, et des mécontents de toute sorte.

Le Cadair-Idris, ou « siège d'Idris », tient son nom d'un certain géant Idris, analogue à notre Gargantua, qui habitait jadis son sommet. Le col par lequel on franchit la montagne ressemble à un port pyrénéen. D'énormes blocs de rocher, menaçant de s'écrouler sur la tête du touriste, enserrent des deux côtés le défilé, au fond duquel, dans un précipice, gronde un torrent aux ondes laiteuses.

La gorge passée, les sites reprennent une figure plus riante, les hauteurs s'abaissent peu à peu, et l'on arrive à une large et fertile vallée, dite la « vallée des Noisetiers » — on pourrait aussi bien l'appeler la vallée des Bruyères, — où s'élève la ville de Dolgelly. Plus à l'ouest, au bord de la mer d'Irlande, s'échelonnent Barmouth et Harlech.

Barmouth offre peu d'intérêt; en revanche, Harlech se recommande par son vieux château, un des plus beaux du pays de Galles. Ce burg à quatre tours, construit

S W an SB A. — Phare de cette ville.

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par Edouard I er , le Plantagenet qui entreprit, je l'ai dit, d'asservir les Gallois,

s'élève sur un énorme rocher dominant l'Océan. C'est là que se réfugia Marguerite d'Anjou après la bataille de Northampton (1440).

Tout au fond de cette même courbe qui ferme au nord la baie de Cardigan, mais de l'autre côté de la jolie rivière de Glas-Llyn, dont les eaux cristallines reflètent tant de bois verts et de bruyères violettes, on aperçoit, faisant face à Harech, le petit port de Trémadoc. Dans les monts d'alentour, l'aimant abonde, dit-on, au point d'affecter sensiblement l'aiguille de la boussole sur les navires qui approchent de cette côte.

Franchissons d'une enjambée le long promontoire qui s'avance ici dans la mer d'Irlande : nous voici à Caer-

narvon, cheflieu du comté de Merionetli.

Ce port de

Caernarvon. — Lo Cliàtcau.

El

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