A TRAVERS LE PAYS DE GALLES
pêche el de cabotage, Vëx-Seffontium des Romains, ne compte guère plus de 10000 habitants. C'était là que primitivement les druides et les bardes leurs associés, qui présidaient aux destinées de la nation kymrique, tenaient leurs assemblées sacro-saintes aux équinoxes et aux solstices. Quand les prêtres bretons eurent été massacrés en l'an 60 par Suetonius Paulinus et que l'introduction du christianisme dans l'île eut achevé de les détrôner, les bardes ne laissèrent pas de leur survivre et de conserver une partie de leurs pratiques et de leurs rites. Ce furent ces » néo-druides », comme on les a nommés, qui attisèrent le mouvement de résistance celtique contre les Angles et les Saxons d'abord, puis contre les Normands.
Aujourd'hui encore, en souvenir d'eux, ont lieu à Caernarvon des assemblées bardiques qui attirent les populations d'alentour. Ces joutes littéraires, poétiques
Environs de Caernarvon. — Sommet du Snowdon.
et musicales à la fois, fondées, dit-on, par le roi Arthur, s'appellent Eisteddtfod. Elles sont destinées à exciter le développement des talents et à raviver le goût des traditions qui firent la gloire du pays. Des récompenses solennelles y sont décernées aux auteurs des meilleures poésies kymriques et des chants les plus inspirés. Le lieu de réunion est un cercle de pierres sacrées sur la place du Château.
Ce château de Caernarvon, qui remonte, comme celui de Harlech, au règne d'Edouard I" (tin du xm e siècle), est une des plus belles ruines qu'on puisse voir. Il s'élève suf un rocher au bord de la mer et se compose de nombreuses tours réunies par des murailles massives et communiquant entre elles au moyen d'une triple galerie. Du donjon principal, celui de l'Aigle, au faîte duquel mène un escalier de 158 marches, on jouit d'une splendide perspective sur tout le district et le golfe. C'est dans ce castel que la reine Éléonore mit au monde le premier « prince de Calles », dont j'ai parlé ci-dessiis.
La cime maîtresse de la contrée et de toute la presqu'île galloise est le Snowdon,
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en kymrique Pen-Eriri, « pic des Aigles », qui dresse au sud-est de Caernarvon ses assises d'ardoises traversées de roches porphyriques. Cette « montagne des montagnes », dont l'altitude atteint presque 1100 mètres, est couverte de neige six mois de l'année. A l'époque glaciaire, elle était le centre de six épanchements qui rayonnaient dans les vallées situées à ses pieds. De ces antiques coulées il reste, dans les divers cirques du massif, des lacs d'eau verte profonds qu'on désigne sous le nom de Llyns. Le Snowdon était jadis pour les bardes une sorte de Parnasse : le jour où s'écroulera ce « pic de l'Awen », c'est-à-dire de la Muse, sera, prophétisaientils, le dernier du inonde.
En attendant que cette prédiction se vérifie, tout un peuple de touristes fait,
Environs de Capel Ciieig. — Le Fort do Merlin.
chaque été, l'ascension et le tour de la grande sommité galloise. La vue de l'horizon de collines, de vallées, de promontoires et de golfes, s'étendant de la baie de Cardigan au détroit de Menai et à Holy-Head, récompense de leurs peines les grimpeurs, lesquels ont, pour surcroît, le plaisir de parcourir, à l'aller ou au retour, la fameuse passe de Llanberis, ouverte au nord de la cime.
D'énormes rochers couchés ou debout le long d'un torrent qui va se jeter près de là dans le lac Saint-Peris forment l'encadrement de ce défilé, qui longe le village de Capel Curig et offre à sa partie supérieure un aspect de désolation lugubre. Non loin de là est le rocher dit le « Fort de Merlin », puis un autre lac, le Llyn Dînas, entouré d'un cercle de monts magnifiques, et, de l'autre côté du Snowdon, le pont romantique d'Aber-Glas-Llyn, qui a sa légende, comme le pic de l'Awen. Quand on se penchait autrefois sur sa rampe toute tapissée de lierre, on entendait sortir du fond de l'abîme un appel de détresse pareil à celui d'un homme qui se noie. Mais malheur au voyageur compatissant qui essayait de porter secours à l'être suppose
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irons de SwiSBKA. — Le pont d'Aber-Glas-Llyn.
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en péril ! Celte plainte n'était qu'une ruse de l'Esprit des eaux, une espèce de Loreley galloise qui attirait ainsi le passant pour l'entraîner dans le gouffre.
Nous voici parvenus de ce pas à l'extrémité septentrionale de cette étrange péninsule gaélique, une des plus anciennes terres existantes, si, comme le disent les géologues, elle fut le premier noyau de l'île bretonne qui, à l'époque primaire, émergea au-dessus de l'Océan. Là, en deçà du beau promontoire d'Orme's Head,qui
Conway. — Lo Château : Ruines de la salle de festin {banqueting hall).
porte un phare hdut de 98 mètres, s'élève sur une pente abrupte, à l'embouchure de la rivière de Conway, la petite ville du même nom (4000 habitants). Ce n'est guère qu'un bourg féodal blotti autour d'un antique château contemporain de celui de Caernarvon. Rien de plus fier comme aspect que ce manoir à l'enceinte puissante qu'ont chanté tant de poètes britanniques. Sa tour circulaire renferme une pièce de 40 mètres de longueur éclairée par une superbe fenêtre ogivale, et il faut voir surtout, au clair de la lune, les ruines de son banqueting hall (salle de festin), avec le treillissement de lierre et de plantes grimpantes qui en font le débris le plus fruste et le plus poétique que l'on puisse rêver.
Un pont tubulaire traverse la rivière au pied de ce castel; après quoi, le chemin
Anglesey, — Phare de Holy-Head.
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de fer qui sillonne cette côte tourmentée serpente comme il peut, à grand renfort de travaux d'art dispendieux, d'un cap et d'un golfe à l'autre, jusqu'à la ville moderne de Bangor, où se fait la bifurcation des voies : l'un des rameaux de la chaussée continue de courir vers le sud pour longer le littoral gallois; l'autre infléchit à l'ouest pour traverser le détroit de Menai et gagner le port de Holy-IIead.
Deux ponts réunissent ici la grande terre à la petite : l'un est le pont suspendu, long de 325 mètres, que maintiennent en l'air 16 chaînes fixées de chaque côté aux roches du rivage; l'autre, placé à 1 mille (1609 mètres) du premier, est le pont tubulaire construit par Stephenson il y a quarante ans, et qui sert à la voie ferrée. 11 mesure 525 mètres de longueur, et sa pile centrale s'appuie à un écueil situé au milieu du détroit. L'un et l'autre ont assez de hauteur au-dessus des plus fortes marées (30 mètres) pour que les bâtiments ordinaires puissent passer dessous voiles déployées.
Anglesey ou Anglesea, l'antique Mona, « l'île ombragée » des bardes, a perdu sa parure de forets. Ce coin de terre celtique, où les prêtres des Gaules venaient chercher l'initiation, serait aujourd'hui tout nu, n'était les magnifiques jardins qu'on y a créés et dans lesquels la douceur du climat permet aux bambous de croître en plein air. Comme Wight, comme Jersey et tout l'archipel normand, elle attenait autrefois au continent. Les flots l'en ont après coup détachée, et le canal de séparation semble même se creuser de siècle en siècle. On parle en effet d'un temps où l'on pouvait, à marée basse, aller à cheval d'Anglesey à la côte de Galles. Actuellement, la passe a une profondeur minimum de i mètres. La capitale, Beaumaris, sise à l'entrée nord du bras de mer, compte 2000 âmes environ. A part les découpures des rivages et les perspectives de l'horizon marin, le pays n'offre point du reste de curiosités extraordinaires. A l'exlrémité ouest du massif insulaire est un îlot jusqu'auquelest poussé le chemin de fer : c'est Holy-Head, dont le port est dominé par un rocher abrupt; sur un écueil, tout à fait au nord-ouest, un phare de premier ordre signale aux marins la route de Liverpool et celle du détroit de Menai.
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Wesimoeblasd, — Cottages