DES BORDS DE L'OUSE A CEUX DE LA MERSEY
Grâce à leur rôle même qui frappait les masses, ces hommes devinrent, comme
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ne juste, les héros de prédilection des chants populaires de la Grande- Bretagne . Comme de juste aussi, aux réfractaires de l'ordre politique se joignirent peu à peu des gens d'autre sorte, et la forêt de Sherwood fut bientôt le cambr.dgk. - Tour du collège Saiut-jcan. quartier général des bandits, des fugitifs, des
braconniers endurcis, de tous ceux auxquels répugnait le frein des lois ou qui avaient maille à partir avec la justice. La sentence
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GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE
iïOutlawry avait nécessairement pour effet de condamner à la vie errante du taillis celui qu'elle avait frappé. En Corse, quiconque a eu « un malheur » prend le maquis; en Angleterre, le maquis, c'était la forêt de Nottingham, avec ses halliers
Cambridge. — Pont du collège de la Reine.
impénétrables et quasi vierges. Or la vie errante mène droit au brigandage ; l'homme des bois redevient forcément un fauve, retourne moralement à la sauvagerie; les deux idées, en français, sont même corrélatives : le mot « sauvage », en effet, ne vient-il pas du latin silval
La tradition une fois établie, la poésie, elle, ne distingua pas : c'est ainsi qu'à côté de l'épopée nationale du roi Arthur, il se forma un autre cycle célébrant les buissons et les arbres avec les vaillants qui habitaient parmi les arbres et les buis-
Nottinghamshire. — La forêt de Sherwood.
sons. Robin Hood fut le chef et la personnification de cette gent forestière en laquelle on persista à ne voir que des défenseurs des libertés publiques.
Edouard III, au xiv e siècle, rendit contre ces rôdeurs une loi des suspects. Le statut nous apprend que cette caste se composait alors, en premier lieu, de malandrins organisés en troupes auxquels on donnait le nom de Ravageurs, de Gens de Robert, de Tr aille-bâton, puis de voleurs d'occasion, d'aventuriers, de filous et de malfaiteurs de toute catégorie. Ajoutons-y même un certain nombre de paysans vagabonds qui, notamment après la grande peste de 1649, vinrent rallier le gros des routiers. Tous ces gens avaient, disait-on, « des têtes de loup qu'on pouvait impunément couper ».
Depuis un siècle, la forêt de Sherwood a subi bien des essartements; dans une de ses.vastes clairières, il y a même une ville de 10 000 âmes, Mansfield, qui est le centre d'un marché agricole; ce qu'il en subsiste néanmoins, de Nottingham à Worksop, constitue encore le plus beau reste des anciens massifs arborescents de l'Angleterre. Pour n'être plus peuplée d'hommes-loups, cette futaie n'a pas perdu toute sa grandeur et sa poésie. Des chênes, plusieurs fois centenaires, continuent d'y étendre, au-dessus des aires à pâtis où broutent paisiblement les moutons, leurs ramures puissantes et noueuses; l'orme, le hêtre et le frêne continuent d'associer leur ample frondaison à celle de cette essence reine. L'ensemble, à coup sûr, avec les parcs de plaisance et les maisons de campagne épars clans les intervalles du fourré, ne rend plus l'image de ces sombres zones sylvestres qui couvraient jadis les comtés actuels de Nottingham, de Gloucester et de Hamps ; mais, que voulez-vous ! depuis que le monde existe, l'œuvre de déboisement a toujours marché en raison directe de la civilisation, et les contrées de l'Europe où la déforestation a été le plus complète et le plus rapide sont aussi, la Grèce en témoigne, celles où la culture matérielle et morale a jeté ses plus vifs rayonnements.
Dans le comté de Derby, qui se déroule plus à l'ouest, des collines considé râbles commencent à nous apparaître. Ce ne sont pas encore ces montagnes du Cumberland vers lesquelles nous nous dirigerons tout à l'heure; mais les coupes boisées du terrain, qu'interrompent de gracieuses vallées, préludent déjà d'une façon pittoresque à la chaîne Pennine qui, plus loin, prolonge jusqu'aux Gheviots d'Ecosse ses reliefs de 900 mètres de haut.
Le grand cours d'eau de la contrée, c'est le Trent, qui débouche dans ce vaste estuaire de l'Humber (50 kilomètres de long) où est situé le gros port de Hull. Ici, c'est-à-dire à l'endroit où l'Angleterre va se rétrécissant entre les deux mers, nous sommes juste à la hauteur de Manchester et de Liverpool. 11 nous suffit d'incliner un peu au couchant pour nous retrouver, près du pays de Galles, sur les bords de la Mersey, la rivière du monde qui fait mouvoir le plus de roues et de manufactures, et celle aussi qui, après la Tamise, porte le plus grand nombre de navires.
Manchester est, on le sait, avec ses 600000 âmes, la ville par excellence de l'industrie cotonnière ; elle est, non pas sur la Mersey même, mais sur un petit affluent, l'Irwell, à 50 kilomètres sans plus de l'immense havre qui lui envoie, à l'état
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York. — La cathédrale et les portes
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brut, la matière qu'elle exporte ensuite à l'état ouvré. Des usines, des maisons de briques, des magasins, quelques monuments de construction récente, l'hôtel de ville, le palais des Assises, voilà tout ce que le chef-lieu du Lancastre offre au touriste épris de curiosités d'un autre ordre. De même, des docks immenses, des nuées de navires, un beau tribunal, un musée, un tunnel sous-fluvial reliant la ville à son faubourg effectif de Birkenbead, voilà, d'autre part, tout le bilan de Liverpool, ce gigantesque et tumultueux entrepôt, auquel manquent et manqueront toujours les aspects pittoresques de Hambourg et d'Anvers.
Le pays lui-même, malgré la richesse de ses villes, produit une impression de tristesse. Ce n'est en somme qu'un marais, compris entre les montagnes et la mer. Le terrain d'argile résistante se prête à peine à la culture; le vent, la pluie, la fumée, les scories et la poussière noire de charbon achèvent le désagrément de l'ensemble. Ce n'est que dans le haut bassin de la Mersey, et, plus au sud, sur les rives de la Dee, c'est-à-dire dans la région de Chester, que le sol redevient verdoyant et enfante ces gras herbages broutés par plus de 100000 vaches dont le lait fournit le fameux fromage que l'on sait.
Quittons vite ce rivage de la mer d'Irlande et rétrogradons vers York.
Ce comté agricole est de beaucoup le plus grand de l'Angleterre. Assez uni à l'ouest et à l'est, il se renfle au nord en un vaste plateau de 5 à 600 mètres de haut, où tout est en pâturages. La ville d'York (50 000 âmes), qui en est le chef-lieu, est située sur la petite Ouse, un affluent de l'estuaire de l'Humber que des bâtiments de plus de 100 tonneaux remontent jusqu'à ses quais.
Cet ancien Eboracum des Romains était resté une cité importante au temps de l'Heptarchie anglo-saxonne. S'il n'est pas certain que Constantin le Grand y naquit, il l'est du moins que Septime-Sévère y mourut en 211, et que le célèbre Alcuin y vit le jour en 735. Ce dernier, en 760, devint le directeur de l'école yorkaise, renommée alors dans tout l'Occident. Appelé ensuite par Cbarlemagne, il ne quitta plus la France, où, sous la direction de l'empereur, il entreprit la restauration des lettres. Il mourut en 804 à l'abbaye de Saint-Martin, qu'il avait reçue en don et où il avait créé une école à l'imitation de celle d'York. Ce fut lui qui inventa la division de l'enseignement en sept arts libéraux, correspondant aux sept jours de la semaine, qui subsista pendant tout le moyen âge. Le trivium, rappelons-le, bien que la mention n'ait plus pour nous qu'un intérêt fort rétrospectif, comprenait la grammaire, la logique et la rhétorique, toutes trois adoptées en l'honneur de la Trinité ; les autres branches, au nombre de quatre Upiachimim), en souvenir des quatre fleuves du Paradis, étaient l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie : voilà certes un programme d'études que le temps a singulièrement amplifié.
Les anciens remparts d'York (Old-Wall) existent encore en partie : six portes et vingt tours avec leurs poternes, dont on peut prendre une idée par les figurations d'angle de la gravure jointe à notre texte. Cette enceinte, pavée en briques, forme aujourd'hui une promenade agréable autour de la ville. Ce fut sur les créneaux de Micklegate Bar, une des portes ici reproduites, qu'après la bataille de Wakefield (1460), où les partisans de la Rose blanche furent défaits, Henri VI fît planter, avec
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