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EN AVAL DE DINANT

rière lui à main gauche l'énorme renflement rocheux dont la citadelle de la ville forme en quelque sorte le premier contrefort, infléchit dans la direction de l'est, et,

Meuse wallonne. — Huy, vu do la rivière.

serpentant sous de jolis coteaux, atteint la petite cité d'Huy, une des localités les plus anciennes du pays wallon.

Huy compta, dit-on, autrefois jusqu'à dix-sept monastères, dont l'un renfermait le tombeau du fameux moine Pierre l'Ermite, à la voix duquel furent décidées les croisades. Avec sa grande tour carrée, ses porches curieux, son massif de maisons pittoresques, ses vieux toits en auvent, sa belle église Notre-Dame, appuyée, elle aussi, aune haute assise de rocher, et au chevet de laquelle il faut voir ce délicieux portail de la Vierge, un vrai bijou de pierre fouillée représentant l'Adoration des Mages, Huy ressemble un peu à Dinant. C'est tout à la fois un lieu de villégiature charmant

Huy. — Portail do la Vierge.

et la « ruche ouvrière » par excellence de cette contrée de plaines et de culture qui s'appelle la Hesbaye.

Cette zone limoneuse de Belgique, à la glèbe étonnamment fertile, s'étend entre la Campine , les Flandres, la Sambre et la Meuse, et comprend au centre le Brabant, au sud et au sud-ouest le Hainaut et le Tournai sis. A perte de vue, les moissons y ondulent.

Des bois, de jolis villages, de vastes prés où s'alignent des rangées de peupliers, d'énormes fermes aux murs épais, bâties comme des forteresses, forment avec les champs de céréales etde plantes oléagineuses le caractère du site régional, un peu assombri, il est vrai, dans la seconde moitié de ce siècle, par l'invasion de l'industrie métallurgique et les bavures noires des cheminées d'usines.

LiBOB. — Quai de la Batte. [Voy. p. 18.)

Passé Huy, il vous faut dire adieu aux paysages idylliques et tranquilles dont vous avez eu jusqu'ici la vision. Vous entrez, de ce pas, dans la grande fournaise liégeoise, le pays du charbon et du fer. Partout crépite l'incendie, attisé nuit et jour par les hommes; la traînée de feu industrielle étreint le fleuve même. On croirait traverser une terre volcanique en éruption. Voici Jemeppe, puis la verrerie de Val Saint-Lambert, puis Sering, le Creusot de la Belgique, avec ses laminoirs et ses hauts fourneaux d'où jaillissent le tonnerre et l'éclair, et enfin, un peu au delà du confluent de l'Ourthe, la métropole du pays wallon, l'ex-cité épiscopale de Liège. A l'issue du village de Kinkempois, la grande ville se découvre à vous, avec son amphithéâtre de collines, sa citadelle, son île du Commerce, ses ponts aux arches puissantes, sous lesquels la Meuse coule majestueusement, et ses longs quais aux lignes pittoresques, le quai des Tanneurs, le quai de la Batte, si animé, si populeux, où des fenêtres de la vieille maison Arnold, non loin du bâtiment historique où se trouve le mont-de-piété, j'ai, des mois durant, contemplé à loisir le menu trafic des oiseleurs et le défilé des petites voitures maraîchères attelées de chiens.

Au quai de la Batte, vous êtes en plein dans le vieux Liège. Prenez une des rues tortueuses qui y découpent le massif des maisons : vous déboucherez sur le Grand Marché, jadis le forum de la ville. C'est une place oblongue, encadrée parles hôtels à pignons dentelés des corporations de métier, et décorée, à son centre, d'une colonne annelée, au haut de laquelle s'entrelace un groupe de Grâces.

Cette colonne, soutenue par quatre lions accroupis, sert de couronnement à une fontaine dont les ondes murmurantes semblent raconter la chronique des âges disparus. Le monument, en effet, occupe l'emplacement de la fameuse borne, surmontée d'une croix et d'une pomme de pin, emblème de l'association dans le nord, au pied de laquelle, auxv e siècle, se promulguaient les lois et se rendait la justice.

C'était le Perron de Liège, tribunal au loin redouté. A trente lieues de là, le plus fier chevalier tremblait, en se voyant cité à la « ville noire » et forcé de comparaître devant la juridiction de l'anneau. En revanche, le voyageur qui, en ces temps d'insécurité et de troubles, apercevait au loin, après tant de mauvais pas franchis, la fumée de la grande forge liégeoise, rendait grâce à Dieu et se rassurait; « la cendre de houille, les scories de fer, lui semblaient plus douces au marcher que les prairies de la Meuse ». Le fameux Anglais Jean de Mandeville, ayant fait le tour du monde, s'en vint à Liège, et « s'y trouva si bien, qu'il n'en sortit jamais ».

On sait quelle envie et quelles haines excitèrent la puissance et la liberté orageuse de la noble cité ouvrière de l'Ardenne; son nom seul mettait en fureur les puissants de l'époque. Un demi-siècle durant, la maison de Bourgogne en rumina l'abaissement et la ruine; puis, quand elle l'eut bien isolée, par l'acquisition des pays d'alentour, elle entreprit de lui parler en maîtresse. Devant ces menaces, Liège s'arma ; ce fut le duel de l'esprit féodal et de l'esprit industriel, duel que je ne puis raconter ici, et qui, par la faute de la France, aboutit au triomphe complet du

premier.

Charles le Téméraire, l'exterminateur de la cité, fit abattre la borne du Perron, quarante mille habitants furent massacrés; entre Sainte-Walburge et l'Ourthe, tout

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