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COMTES INSULAIRES

avait moulu « une armée », et dans la nuit arriva un « roi de la mer », qui tua le prince et s'empara d'un immense butin. Ce fut la fin de la « paix de Frôdi ». Mysingr — c'était le nom du viking — emporta le moulin sur son navire, avec Fenja et Menja, et, en route, il ordonna à celles-ci de lui moudre du sel. Tout le jour, les meules marchèrent. A minuit, les jeunes filles demandèrent à Mysingr si elles avaient assez moulu de sel. « Non, continuez », répondit le viking. Fenja et Menja continuèrent, si bien qu'au bout de quelque temps le vaisseau, surchargé, coula. Et, à l'endroit où il s'était englouti, dans le détroit de Pentland, il se forma un tourbillon, dû à l'engouffrement des flots au travers du trou de la puissante meule toujours en travail. Et c'est depuis ce temps-là, ajoute la légende, que la mer est salée.

L'archipel des Orcades ou Orkney (îles des Phoques), qui forme, à lui seul, un comté de l'Ecosse, se compose de vingt-sept îlots habités et d'une quarantaine d'ilôts de pâture. Kirkwall, la localité principale, sise dans Pomona, compte 4 000 habitants. Ces intumescences, aux rivages capricieusement découpés, sont faites d'un grès rouge sur lequel il n'y a pas d'arbres, mais où croissent des herbages. Elles sont, en général, peu élevées, sauf l'île d'IIay, au sud, qui offre une sommité de près de 500 mètres. C'était jadis le repaire principal des pirates Scandinaves qui venaient y mouiller leurs navires en forme de dragons qu'on appelait ellïdes.

A 80 kilomètres plus au nord, il y a encore un autre comté insulaire, formé par une centaine d'îlots, les Shetland. Plus sauvages et plus abruptes que les Orcades, ces terres n'ont aucune végétation arborescente; mais elles possèdent des tourbières, et leurs pâturages nourrissent une race de poneys estimée. Lerwick, la plus grande, est peuplée de cinq milliers d'âmes.

Doublons maintenant le cap Wrath et visitons le littoral ouest. Là, le long des rivages, extraordinairement déchirés, je l'ai dit, s'étend une longue chaîne d'îlots rocheux, dentelés, remplis de lacs et de tourbières, qui semblent, de loin, constituer un massif unique. Aussi les Écossais les désignent-ils d'ordinaire sous le nom de Long Island (longue île) : ce sont les Hébrides, dépendance marine du comté de Ross. Plus près de la côte et plus au sud sont d'autres îles qu'on rattache volontiers aux précédentes, et dont quelques-unes ne sont pas inconnues du lecteur. Trois d'entre elles surtout sont célèbres : Iona, où saint Colomban fonda en 565 son monastère de moines convertisseurs, et d'où il alla ensuite créer dans l'est de la Suisse le fameux cloître bénédictin de Saint-Gall ; Mull, dominée par le Ben More (987 mètres), et Staffa, « l'île sombre des bardes ».

Staffa est toute petite — 4 800 mètres de long sur 2 400 de large ; — elle n'en est pas moins la vraie reine de ce sauvage détroit, jadis domaine de ces « lords des îles » dont Walter Scott a chanté les exploits. Elle se compose d'un plateau escarpé, de 44 mètres de haut, qui, à distance, paraît informe, et qui est coupé sur tout son pourtour par des falaises de basalte à colonnes. Ni arbres, ni arbustes ; l'hiver y dure dix mois; les vents y déferlent violemment toute l'année. L'été cependant quelques troupeaux y viennent brouter un gazon chétif.

Deux curiosités hors ligne y attirent les touristes. L'une est la caverne de Clam,

GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE

dont le plafond est divisé en compartiments pareils aux cellules d'un rayon de miel, et dont les parois, hautes de 9 mètres, recourbées sans nulle solution de continuité, ressemblent à une carcasse de navire. L'autre est la fameuse grotte découverte en 1772 et consacrée à Fingal parles admirateurs des vieilles fictions bardiques que le maître d'école et littérateur écossais Macpherson a traduites ou créées en partie sous le nom de « poèmes d'Ossian ».

De loin, rien en Staffa ne frappe le regard; puis tout à coup, au détour d'un promontoire, on se trouve à l'entrée de l'étrange nef, où l'on pénètre comme dans un temple gothique par une ouverture d'une douzaine de mètres de large. La voûte est à 18 mètres de hauteur; l'eau, dans la galerie, a une profondeur de 4 mètres. Quand la mer est calme, le visiteur peut s'avancer au loin dans cette avenue à la fois liquide et rocheuse, entre deux rangées de colonnes de taille inégale, aux arêtes prismatiques ciselées, croirait-on, par la main d'un maître de l'œuvre : une vraie forêt de piliers où la vague fait entendre des mugissements rythmiques. Aussi les anciens Gaëls appelaient-ils cette caverne 1' « antre de la musique ». Les vieux bardes, dit la légende, y chantaient en s'accompagnant de cette harpe traditionnelle que j'ai décrite à propos de notre promenade au pays de Galles. Dans les jours d'orage, les sonorités harmonieuses du milieu prennent une intensité tout autre : c'est comme un fracas de canonnade qu'on entend des côtes de Mull, c'est-à-dire à plus de 10 kilomètres de distance.

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