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SOUVENIRS DE FINGAL ET D'OSSIAN

L'irin des Phéniciens, l'île « hyperboréenne » de Diodore de Sicile, à laquelle les Romains, qui ne la connurent pas beaucoup, donnèrent le nom à'Hibernia (terre hivernale), a une histoire d'une simplicité navrante. Les tribus d'origine celtique qui en composaient la population primitive avaient fini par se grouper en un certain nombre de petits royaumes correspondant à peu près aux grandes divisions actuelles du pays, Connaught et Munster à l'ouest, Ulster et Leicester à l'est. Ces clans, peu d'accord entre eux, ne surent pas se défendre contre les pirates Scandinaves qui, au ix e siècle, commencèrent leurs débarquements sur les côtes. Pendant près de deux cents ans, les vïkings ou écumeurs de la mer disputèrent l'île à ses habitants.

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Ceux-ci chassèrent enfin les envahisseurs norvégiens et danois; mais ce fut pour tomber bientôt de mal en pis. Dès 1169, les Anglo-Normands, avec Henri 11, descendent à leur tour en Irlande, et comme les Irlandais, convertis au v" siècle par saint Patrick, en étaient restés au christianisme primitif et ne reconnaissaient pas la prééminence de l'évèque de Rome, que fit le pape Adrien III? 11 concéda purement et simplement le pays au roi plantagenet, sous la condition qu'il l'inféoderait à la juridiction du Saint-Siège.

Catholique fervente, l'Irlande l'est devenue et l'est encore entre toutes les nations. Anglaise de cœur, elle n'a pu le devenir. L'écusson armoriai de la Grande- Bretagne a beau nous montrer la « harpe » d'Érin associée au « lion rouge » d'Ecosse et aux « léopards » d'Angleterre, nous savons ce qu'il faut penser de cet accouplement héraldique. Sept siècles de guerres, de proscriptions, de massacres, n'ont pu étouffer la nationalité irlandaise. Ni les persécutions d'Elisabeth, ni celles de Jacques I er , ni les violences de Cromwell, qui faisait vendre les filles de « l'île sœur » comme esclaves à la Jamaïque et brûler des familles entières dans leurs maisons, ni même 1' « Acte d'union » de 1800, voté par des députés vendus, n'ont pu consommer la conquête morale; les haines n'ont fait que s'exaspérer; l'abîme s'est creusé de plus en plus profond entre les deux races.

Par ses éloquentes protestations, O'Connell a obtenu en 1829 l'émancipation religieuse de son pays; mais la question d'autonomie et celle de la loi agraire ont continué de demeurer pendantes, et à l'agitation légale se sont substitués les complots et les procédés révolutionnaires. Dès 1821 s'était formée l'association mystérieuse des Whiteboys ou « Enfants blancs », ainsi appelés parce que, dans leurs expéditions justicières contre les propriétaires signalés pour leur dureté, ils se cachaient la figure avec un morceau d'étoffe blanche. Après l'épouvantable famine de 1847, qui fit un demi-million de victimes, et l'insurrection de 1848 qui en résulta, les patriotes réfugiés au delà de l'Atlantique organisèrent une autre association, qui, du mot Feinni, appliqué aux ancêtres dans les vieux documents, prit le nom de Fénianisme, et le Fénianisme à son tour enfanta en Irlande la Ligue agraire, le Home Ride (la maîtrise chez soi) et le parti des Invincibles, qui se sont fondus dans la grande Ligue actuelle, et dont le cri de ralliement est : Nofrent, « pas de fermages ». Les adhérents de ce bund, qui se comptent aujourd'hui par millions, réclament l'autonomie de l'île, ou, tout au moins, un parlement national; leur moyen d'action, c'est le boycottage, c'est-à-dire l'inscription sur la « liste noire », avec le meurtre sans phrases au bout, des propriétaires et des fermiers qui refusent de se rallier au programme terroriste de la société.

Voilà, en dépit des accalmies apparentes, où en est l'Irlande à cette heure ; aussi les classes aisées ont-elles à peu près abandonné la contrée, dont la population depuis cinquante ans a diminué presque de moitié, et de 8197000 habitants (recensement de 1841) est tombée à 4 700 000 (recensement de 1891).

Ne vous étonnez donc point, en entrant avec moi à Dublin, d'y trouver tant de casernes et de policemen : l'état de siège, déclaré ou latent, y règne comme en permanence. Malgré ses 255000 âmes, la cité est relativement morne; ses anciens quar-

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IIowtii. — Baie de Dublin.

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tiers manufacturiers sont en grande partie déserts, et, en trop d'endroits, l'effigie de la misère publique saute aux yeux.

Dublin est pourtant ce qu'on peut appeler une belle ville. La large artère de Sackville street, qui rejoint, du nord au sud, le pont à la tète duquel se dresse la statue d'O'Connell, la Grafton street, qui la continue au delà de la Banque (ancien Parlement) et de Trinity Collège (l'Université), sont vraiment des voies dignes d'une capitale. Les quais surtout sont splendides. La Liffey, que les navires d'un tirant de

Howth. — Baie de Dublin.

7 mètres peuvent remonter jusqu'à la Douane, grandiose édifice dont la façade rectangulaire surmontée d'un dôme se développe sur quatre rues, offre, en fuyant entre une double rangée de docks, un aspect tout à fait imposant.

Le géographe Ptolémée, au deuxième siècle avant notre ère, mentionne déjà Dublin comme une localité de pêche importante, et il l'appelle Eblana, nom qui, plus tard, s'est changé en celui de Duibh-Luinn, en celtique « marais noir », sans doute à cause des eaux fangeuses et nauséabondes que le fleuve roule à marée basse. Néanmoins, si ancienne qu'elle soit, la cité n'est devenue qu'après coup la capitale du pays. Le chef-lieu officiel, où se faisait le couronnement des rois, fut d'abord Tara, autrement dit « le Grand Palais », qui s'élevait sur une colline à

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