AUX LACS DE KILLARNEY
réunit un vieux ponl. Il faut atterrir à sa rive orientale pour visiter la ruine pittoresque de Muckross Abbey, englobée dans le domaine d'un grand propriétaire du
pays, el gagnera deux milles au-dessous de ce vénérable débris l'avenue qui conduit à la Tore cascade, dont les ondes écumanles tombent d'une hauteur de 18 mètres dans un étroit ravin encadré de eoni-
Je vous recommande aussi, au sud du lac, l'ascension des pentes déchiquetées du Mangerton. Là, dans une vasque ovale, à 800 mètres de hauteur, vous verrez une source noire toujours agitée, presque en ébullition, qui s'harmonise à merveille avec les roches nues qui l'entourent. C'est encore une de ces riviéreltes mélancoliques de l'Irlande que les couches de tourbe à travers lesquelles elle se voit obligée de passer ont transformée en une sorte de Styx aux eaux troubles et sinistres. La légende, il est vrai, explique tout différemment la couleur sombre el l'aspect turgescent du ruisseau. Elle dit que le grand chef de clan O'Donogbue, dont je vous reparlerai tout à l'heure, s'en alla un jour faire visite à Satan dans cet antre de montagne, et qu'alors
lu la nue. — Macgillycudy's Reeks.
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Satan, pour fêter son hôte, emplit d'un capiteux whisky la coupe dulaquet : de là le nom de Bol de punch du Diable (Devil's punch Bowl) par lequel on désigne ce bassin
dans le pays.
Profitez également de cette grimpade pour bien contempler à l'horizon ouest la
Lac Inférieur. — Innisfallen.
cime imposante des Macgillycudy's Reeks, du haut de laquelle, par un temps clair, on discerne, du côté de la mer, les trois baies de Bantry, de Kenmare et de Dingle — c'est au sud de cette dernière qu'est l'île Vale.ntia, — et, au nord, le sillon majestueux du Shannon, le roi des fleuves irlandais, qui, après avoir traversé, lui aussi, plusieurs lacs et franchi un défilé superbe entre deux massifs de montagnes, aboutit à l'estuaire allongé de Limerick.
Le lac inférieur de Killarney, qu'il nous reste à voir, est le plus grand des trois
Lac Inférieur. — Ross Castle.
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(près de 13 kilomètres carrés). On y entre également par un étroit canal qui débouche dans 1;, charmante baie de Glena, dont les rives ne sont que cottages, gerbes d'eau ruisselantes, forêts de hêtres et de frênes, bouquets de sureaux aux grappes pendantes. Ce majestueux bassin, environné de hauteurs moins abruptes que celles des lacs Supérieur et Moyen, et qu'emplit le mugissement lointain de la fameuse cascade d'O'Sullivan, renferme une trentaine d'îles. Innisfallen et Ross, vieux nids de moines et de prêtres, en sont de beaucoup les plus curieuses.
La première, dite « île des Saints », est toute jonchée de ruines sacrées. Là se dressait autrefois une de ces abbayes qui semblaient, tout autant que l'arbousier, un produit naturel du sol irlandais. Elle avait été fondée par Finian le Lépreux,' fils d'un roi de Munster, qui s'y retira vers l'an 600. Le monastère était vénéré entre tous ceux de l'Occident, et l'on y mettait en dépôt les trésors et objets précieux du pays. C'est dans ce centre intellectuel que furent écrites les fameuses Annales universelles et irlandaises dont le manuscrit original se trouve à la bibliothèque Bodléienne d'Oxford. Le débris le mieux conservé de ce cloître est une chapelle isolée à la pointe d'un petit promontoire.
L'île Ross, qui est en réalité une presqu'île — car une chaussée basse la rattache à la côte orientale du lac, — était jadis le domaine de ces turbulents O'Donoghue dont les légendes locales narrent à satiété les hauts faits. Les restes de leur château la dominent; mais les échos de la ruine solitaire aussi bien que ceux des bosquets qui l'entourent ne répètent plus guère d'autre bruit que le bramement du cerf qui vient, matin et soir, s'abreuver aux ondes du bassin ou le cri sauvage du cormoran qui plonge à la poursuite du poisson.
Ces deux morceaux de terre féeriques appartiennent à la famille d'un pair d'Irlande, lord Kenmare, qui possède à la rive septentrionale d'innisfallen un fastueux manoir doublé d'un parc admirable dont l'entrée est volontiers ouverte au touriste. Seulement, le lord, dit-on, n'y a presque jamais résidé, « de crainte des coups de fusil des Fénians ». On ajoute qu'un artiste épris de ces sites « au sourire lumineux », comme dit Thomas Moore, a fait offrir aux seigneurs de l'endroit un demi-million comptant pour 500 mètres de terrain sur Ross Island, et que les seigneurs ont refusé.
Voulez-vous, avant de quitter Killarney, que je vous narre la légende, la genèse poétique en quelque sorte, de cette triple cavité lacustre? La voici en deux mots.
^ Autrefois, tout ce district était une fertile vallée où un clan prospérait sous l'égide des O'Donoghue susnommés. Dans la montagne il y avait une source merveilleuse qui était cachée sous une pierre. Et, de même que le roi d'Is en Rretagne venait ouvrir chaque mois, à l'aide de sa clef d'argent, l'écluse de la digue protectrice de sa ville, de même, dans ce pays de Killarney, une jeune fille chargée de ce soin écartait quotidiennement la pierre de la source, juste le temps nécessaire à l'irrigation de la plame. Or, un jour, l'ondine oublia de replacer la vanne sur l'orifice : le lendemain, toute la contrée était sous l'eau. Les habitants toutefois ne périrent pas dans l'inondation. Ils continuèrent et continuent encore de vivre sous la nappe aquatique, et les pêcheurs prétendent même qu'on les entend parfois causer et chanter. La légende
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Cùte d'Antrim. — Chaussée des Géants.
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ajoute qu'une fois tous les sept ans le chef de la peuplade engloutie sort de son humide empire pour chevaucher jusqu'à la tombée de la nuit à travers les vallées et les monts. Quiconque rencontre alors le cavalier mystérieux est assuré d'obtenir richesse et bonheur.
Gagnons maintenant à l'extrémité opposée de l'Irlande ce comté d'Antrim dont la grande ville de Belfast est le chef-lieu. La nature va nous y offrir des merveilles d'un ordre tout différent : c'est la féerie de ces formations volcaniques auxquelles on donne le nom de basaltes. Les masses de lave en fusion vomies par les cratères sousmarins ont engendré là, en se refroidissant, des cristallisations côtières disposées en blocs prismatiques et à pans, que le travail des eaux a ensuite sculptées ou polies de
Côte d'Antrim. — Carrick-a-Rede.
la plus grandiose façon. La vague, en affouillant ces blocs, les a convertis tantôt en d'immenses « tuyaux d'orgues » suspendus au flanc des falaises, tantôt en des colonnades majestueuses superposées en faisceaux par étages, avec des tourelles, des pignons, des détails d'architecture singulière, tantôt enfin en de gigantesques degrés ou en des aires au carrelage régulier creusées d'innombrables cavernes, analogues à cette grotte écossaise de Fingal que je vous ai décrite.
C'est à la station balnéaire de Portrush, au-dessous de la ville de Coleraine, près de l'embouchure du Ban, émissaire du lac Neagh, que se rendent d'ordinaire les touristes désireux de visiter cet étrange district. Des véhicules de toute sorte et même un tramway électrique permettent de suivre le littoral, dont on s'écarte toutefois de temps en temps pour couper au raccourci par les landes nues du plateau.
Dans la première partie du trajet, les falaises, d'abord calcaires, figurent une longue muraille blanche que les morsures de la mer ont changée en un véritable crible. Un de ces reliefs, la Tête du Géant, présente le profil d'un crâne humain