SUR LA COTE D'ANTRIM
haut de 20 mètres. Puis, bientôt, les roches basaltiques commencent à dominer. A un endroit de la route, on aperçoit un îlot fantastique qu'une fissure d'une profondeur de 30 mètres de haut sur 20 de large sépare du rivage : c'est le Carrick-a-Rede. Par-dessus le précipice, de minces planchettes assujetties à des cordes forment un pont volant que les enfants et les femmes des pêcheurs franchissent journellement presque au pas de course.
Enfin, vis-à-vis de Portaru, se dresse sous l'escarpement des falaises un étagement de colonnes noires, les unes reposant sur des assises d'ocre rouge ou jaune, les autres ayant pour support un talus de terre, d'autres au contraire plongeant dans la mer; les fûts sont tantôt d'un seul bloc, tantôt composés de morceaux joints ensemble, mais l'emboîtement est toujours tel qu'une lame de couteau ne passerait pas entre eux : c'est la surface supérieure de cette colonnade qui constitue la fameuse Chaussée des Géants.
Pour la visiter, on s'embarque à la petite crique de Port-na-Bo (Port de la Vache).
Vu du large, l'enchevêtrement ne produit pas autant d'effet qu'on le croirait. Le regard est plutôt attiré par les sept ou huit baies grandioses qu'il entoure. Il faut s'approcher de la Chaussée ou même poser le pied dessus pour juger de l'étonnante formation.
Ce dallage se divise en trois branches, un peu inclinées vers la mer : la grande, la moyenne et la petite. La grande, à marée basse, émerge sur une longueur de 240 mètres environ et une largeur maximum de 120 mètres; au point le plus élevé, elle n'est qu'à 11 mètres au-dessus du flot. Reste à savoir jusqu'à quelle distance cette mosaïque naturelle s'étend dans les régions sous-océaniennes. La seconde, presque aussi large, mais moins longue, a été appelée, à cause de son aspect cellulaire, le « Rayon de Miel ». La troisième a beaucoup moins d'importance. Il ne faudrait pas croire qu'on marche là-dessus comme sur un parquet; l'aire est fort peu régulière en somme, et à mesure qu'on s'éloigne de la mer, son irrégularité s'accentue.
Ces colonnes, à 5, 6 ou 7 pans, sont, dit-on, au nombre de 40 000; j'ignore qui en a fait le compte exact. Les guides, bien entendu, ont donné à certains de ces groupements des noms plus ou moins expressifs. Sur la chaussée du milieu, ils vous montrent, par exemple, la « Chaise de la Dame », formée d'un accouplement de piliers figurant un fauteuil; sur la grande chaussée, ils vous font voir le « Salon de lord An tri m ».
Les falaises cannelées et les baies qui regardent l'étrange jetée ne sont pas moins curieuses que la jetée elle-même. La plus belle anse est « l'Amphithéâtre du Géant », demi-lune régulière dont la partie inférieure est composée de colonnes de 20 mètres de haut, et la supérieure d'un rang de piliers de 30 mètres, ayant pour soutènement un énorme piédestal de matières volcaniques. C'est là que se trouvent les <( Orgues du Géant », colonnades de 40 mètres d'élancement, dont la dénomination indique la forme caractéristique. Cet assemblage de tuyaux de basalte fut construit, dit la légende, par un géant qui avait la passion de la musique, et quand
236 GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE
Ossian, le vieux barde écossais du ni 5 siècle, qui était le fils du roi Fingal, chantait,
en s accompagnant sur cet instrument, ses poésies vagues et nébuleuses qui ressemblent à la plainte inarticulée des mers du Scpten trion, tous les géants avec leurs femmes etleurs enfants faisaientcerclesurlachaussée pour l'écouter dans un religieux silence. Hélas !
depuis l'arrivée de ces maudits » Saxons (les Anglais), ajoute volontiers l'Irlandais, quand il s'aperçoit que le visiteur est Français, les antiques mélodies ne résonnent plus sur ces
Cùte d'An tri M. — Pleaskin Head.
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