‹ L'Europe pittoresqueChapitre 68 sur 141 · DANS LES FIORDS NORVÉGIENS - BERGEN ET CHRISTIANIA · texte numérisé non relu

DANS LES FIORDS NORVÉGIENS - BERGEN ET CHRISTIANIA

EXCURSION AU TÉLÈMARK.

Du haut d'un énorme bastion de roc posé au-dessus d'une muraille perpendiculaire, à la crête tour à tour unie ou dentelée, nous dominons la mer immense, toujours mugissante, l'Océan glacial et tempétueux des antiques trolls, la plaine d'eau infinie où, au printemps, les îlols de glaces flottantes venus du Spit/.berg passent avec leur architecture fantasmagorique d'arcades, de piliers, d'aiguilles colossales destinés à s'écrouler peu à peu aux souffles dissolvants du sud; immédiatement sous nos pieds, à 300 mètres de profondeur, les vagues écumeuses se brisent à la paroi de granit où le quartz étincelle, pour aller s'engouffrer à droite et à gauche dans un sund étroit, tout déchiqueté de baies minuscules, que précède un semis d'écueils noirs ;

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PÉNINSULE SCANDINAVE ET DANEMARK

des légions criardes de mouettes, de goélands, de stercoraires volent autour de l'îlot, pourchassant les oiseaux plus petits, épiant aussi les poissons, attaquant même à fleur d'eau la vorace et gigantesque morue ; en fait de végétation, quelques bouleaux nains sur la pente à pic couverte d'éboulis, quelques lichens bruns ou des mousses rougeàtres à la cime saupoudrée de terre jaune; puis, tout en bas, là où une mince couche d'humus apparaît entre les rochers et la mer, une flore plus verte d'angéliques, de renoncules, d'andromèdes, de myosotis et de gazons fleuris.... Où sommes-nous? Au cap Nord. Comment y sommes-nous arrivés? Je vais vous le dire.

Des côtes ossianiques de l'Irlande et de l'Ecosse, nous avons continué de cingler en avant, par delà ces archipels semi-fantastiques, les Hébrides, les Orcades,les Shetland, dont je vous ai fait brièvement la peinture; puis, fendant les eaux tièdes du Gluf-Stream, nous avons atteint, à 335 kilomètres du dernier promontoire calédonien,

une nouvelle terre insulaire , perdue dans les bûmes septentrionales : elle doit son nom de Fœrœer, « îles des Brebis », aux troupes de moutons sauvages qu'y trouva le pirate norvégien Floki, quand il y aborda au ix° siècle.

11 y a quelques années, la première du groupe qui se présentait de ce côté aux regards, c'était le récif de Munken (le Moine) ; mais il a depuis lors disparu dans les profondeurs de l'Océan ; aujourd'hui, c'est Suderô, aux gisements de houille sousmarins exploités par une compagnie française, qui salue le voyageur venant du sud. Toutes ces îles, au nombre d'une centaine, mais dont vingt ou trente seulement ont des habitants, constituent de hautes terres abruptes, entre lesquelles circulent, par des détroits resserrés, des stôrms ou courants réguliers que les indigènes utilisent pour la navigation et la pèche. Il s'y trouve aussi, malheureusement, par endroits, des gouffres et des tourbillons, hantés, dit la tradition, par les nikôrs ou « hommes de mer », effroi des matelots.

Les Fserœer appartiennent, on le sait, au Danemark. On prétend que Christophe Colomb y atterrit en 1467, et que, de là, il alla en Islande, où les habitants lui apprirent qu'il existait, plus loin à l'ouest, un pays appelé Vinland, avec lequel ils étaient en relations : ce Vinland, ou Terre du vin, n'était autre que l'Amérique.

Le point culminant des îles montagneuses des Brebis, découpées de baies extrê-

Sous le cap Nord.

Iceberg flottant.

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