STOCKHOLM ET LE LAC M/ELAREN
par les flots du détroit qui relie le Mselareu à la mer, que partent par centaines les minuscules paquebots à vapeur et les bateaux-mouches qui sillonnent, suivis de bandes de cygnes, ce bassin de 90 kilomètres de long et de 1200 de superficie.
Au-dessous est le faubourg plébéien et bourgeois de Sôdermalm (île du Sud), rattaché lui-même au quartier du continent par des ponts; au nord s'étend l'immense massif de Norrmalm aux péninsules déchiquetées qui, avec ses artères rectilignes, ses maisons monumentales, ses beaux ombrages, son Théâtre royal, son
Académie des sciences, son Observatoire, son È= ^
Palais du prince héritier, son l'arc Berzélius, représente aujourd'hui la région aristocratique de
Stockholm. A ce quartier lui-même attient par des ponts tout un semis d'îlots qui ressemblent à des barques amarrées aux flancs d'un vaisseau : l'île aux: Navires (Skeppsholm), où sont les chantiers et les arsenaux, Ladugardslandet, Kungsholm on l'île du Roi.
Étrange ville, où les places sont des lacs, les rues des bras de mer, les carrefours des points de départ d'artères aquatiques qui s'enfuient de là entre les groupes pressés de maisons et les quais étroits fourmillant de piétons, pour dessiner dans toutes les directions un réseau de lagunes fantastiques où les steamers-omnibus, les barques, les canots de toute forme évoluent, se croisent, se poursuivent, el où à chaque crique s'amarre un bateau! Et quel merveilleux décor fait à Stockholm, du
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côté de l'est, l'îlot forestier du Djurgarden! Figurez-vous, non pas un parc, mais une vraie futaie de 6 kilomètres de long, restée à son état primitif, avec des arbres trois ou quatre fois séculaires, des rochers tapissés de mousse, des allées qui montent, descendent et se tordent à perte de vue.
C'est la promenade de prédilection des habitants de la ville; du pavillon de Rosendal et de la tour du Belvédère, bâtis là sur les berges dominant la baie, ils se plaisent à contempler le labyrinthe de leur cité insulaire avec la grande coupe lacustre qui se déroule à l'ouest. Même au temps des frimas, quand le détroit, obstrué par les glaces, rive au quai les joyeuses flottilles d'embarcations qui remplacent, à Stockholm, les voitures, le Djurgarden n'est point pour cela délaissé. Des nuées de traîneaux aux tintantes clochettes affluent vers la vieille forêt, aussi belle sous son linceul de neige, avec ses branches que le givre décore de cristallisations fantastiques, qu'aux plus douces journées du printemps ou de l'été. Ses bosquets ressemblent alors à un immense massif de corail. C'est la grande féerie hivernale si bien décrite par Andersen, le peintre des sites septentrionaux, le triomphe de cette rude saison à laquelle les païens du Nord souhaitaient la bienvenue, dans la nuit du 26 octobre, par un sacrifice solennel où ils mangeaient de la chair de cheval. Tout le fin lacis des rameaux entre-croisés à l'infini, que l'épaisseur du feuillage empêche d'apercevoir en été, se détache nettement à l'œil, éclatant et immaculé, comme si un Ilot de lumière ruisselait sur chaque fibre. Le bouleau pleureur s'agite au vent de bise, ressaisi, semblc-t-il, d'un frémissement de vie; une poussière de diamant s'épand sur toutes choses. Sur la nappe de neige, sur les stalactites rigides qui tombent des rameaux, comme de longues larmes figées au passage, on croit voir briller d'énormes pierres précieuses ou brider d'innombrables lumières minuscules, plus scintillantes que la neige elle-même.
Ajoutez, de l'autre côté de la ville, le splendide Maelaren avec sa bordure de rochers, de montagnes, de forêts, de châteaux, ses berges toutes entaillées d'anses, les 1 300 îles et îlots semés à sa surface, et vous aurez une idée sommaire du site de la métropole de la Suède.
Stockholm ne date que du xm e siècle. Avant que le jarl norvégien Birger l'eût fondée à l'endroit où le Maelaren s'épanche par un courant rapide dans le sein de la Baltique, la capitale du pays était Upsal, et Upsal elle-même avait succédé à Sigtuna, sa voisine du Staket-fiord, laquelle avait eu pour devancière Bjorkœ, la vieille cité d'Odin sise dans une île du lac, à 40 kilomètres plus à l'ouest. Bjorkœ n'est plus aujourd'hui qu'une nécropole peuplée de deux milliers de tombeaux. De Sigtuna, qui eut, assure-t-on, six lieues de tour, il ne reste que l'emplacement, marqué par une maison solitaire. L'ancienne Upsal elle-même, Gamlo-Upsala, est devenue un simple village perdu à la base de monticules sableux où la tradition place les sépultures des trois grandes divinités du Walhalla, Odin, Thor et Freya. Dans la plaine semée de tombes innombrables s'élève une petite église bâtie, dit-on, sur les ruines du grand temple où trônaient les dieux Scandinaves.
L'Upsal actuelle, qui servait originairement de port à l'autre, n'est qu'une ville de sept milliers d'àmes, mais qui possède la fameuse Université, dite Carolina
Stockholm. — Le Djilrgarden.
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fondée en 1477 par le roi Charles IX, ainsi que le plus bel édifice religieux du pays, une cathédrale du xm" siècle à deux tours terminées par des coupoles en forme de tiares. Outre l'idole du dieu Thor, conservée sans rancune dans la sacristie, on y remarque les monuments funéraires du chancelier-régent Oxenstiern, le tombeau du célèbre professeur Linné, et celui de Gustave Vasa, le roi qui, au xvi° siècle, affranchit la Suède du joug de la Norvège et introduisit le luthéranisme dans la contrée. Le château massif en briques rouges flanqué de tours rondes, qu'on aperçoit sur notre gravure h droite de la cathédrale, est la forteresse que ce prince érigea au sommet d'une des éminences de la ville.
Outre les deux éléments ethniques, Gôtar (Goths) et Svear (Suédois), dont l'amal-
Le lac M&elaren .
game constitue le fond de la population norvégienne et suédoise, une troisième race s'efforce de refluer des déserts pierreux et glacés du Nord vers les régions plus clémentes du Midi : c'est celle des Sames ou Lapons. Dans ces derniers temps, elle s'est môme avancée, à l'ouest, jusqu'aux plateaux du Hardanger, sous le 60 e degré de latitude. Du côté de la Suède, au contraire, on a réussi à enrayer tant bien que mal le mouvement d'invasion en parquant les tribus nomades dans les territoires appelés Lappmarken qui s'étendent, sur un espace presque égal à la France, entre la Finlande et l'océan Glacial.
Pour les rejoindre au sein de leurs Marches propres, nous aurions donc, du point où nous sommes, à fournir bien des étapes encore; il nous faudrait d'abord franchir, au-dessus de Stockholm, ce beau district dalécarlien qu'arrose le Dal-Flf ; il nous faudrait ensuite traverser plusieurs autres grands fleuves tributaires du golfe de Bothnie : l'Angcrmanaa, cours d'eau aussi large que le Danube, qui dévale des monts entre de magnifiques forêts, en formant sur un archipel d'îlots des chutes encadrées de sites romantiques; l'Umea, dont les flots charrient à la mer tant d'im-
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APERÇU DU PAYS DES LAPONS
menses radeaux de bois ; le Skclleftea, le Pitea, l'Ulea, où nous pourrions contempler au passage la plus ample cataracte qu'il y ait en Europe — plus de 1000 mètres de large sur 80 mètres de haut, — et enfin la Tornéa, dont la Russie possède la rive
gauche.
Nous nous retrouverions alors dans cette zone polaire déjà entrevue, dans ces solitudes inhospitalières et mornes, où le seigle pour monter en épis ne dispose que
l'PSAL.
La Cathédrale.
de soixante-dix jours par an, cl où le pêcheur, dès la fin de septembre, ne tire plus de l'eau que des filets vides.
La population laponne, au nombre de 70 000 tètes environ, qui occupe ces confins du inonde Scandinave, se divise en gens des fielde et en gens des forêts. Les premiers errent, avec leurs rennes, sur les cimes découvertes que racle la bise du septentrion, et ils n'ont pour habitations que des tentes de cuir dont le groupement forme un camp. Il faudrait les voir dans leurs trous fumants, besogner, avec leurs chiens bruns et velus à leurs pieds, en attendant que la neige trop épaisse les oblige à descendre sur les bords des lacs, et à s'en aller de là en traîneaux vendre dans les villages d'en bas leurs peaux, leurs fromages et leur colle. A leur type seul on devinerait leur origine asiatique. Le visage est basané, la tête grosse; les yeux
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enfoncés, dépourvus de cils, obliquent vers les tempes comme ceux des Chinois; le
nez est court et épaté, la pommette proéminente, la bouche large et la lèvre mince; peu de barbe, des cheveux plats et lisses, des oreilles saillantes, des jambes légèrement arquées, une voix grêle.
Ces homoncules, dont la taille n'excède guère l m , 50, — carie squelette de Laponne haut de 2 mètres qu'on montre au musée de l'École de médecine de Stockholm n'est, à coup sûr, qu'une anomalie, — sont pourtant extrêmement agiles, en dépit de leurs apparences de lourdeur, et ils nagent tous comme des phoques. Leurs chaussures sans talons figurent des espèces de sacs; pour vêtements, ils portent une tunique de peau de renne, le poil tourné en dehors, et tombant jusqu'aux genoux sur un pantalon de même nature; pour coiffure, un bonnet fourré. Ne reconnaissez-vous
Subdb. — Une chute de l'Àngermanaa.
Suéde, — Le fleuve Lulea.
pas à ces traits les spécimens de la race, tels que vous en offrait naguère le Jardin d'Acclimatation de Paris?
Le ruminant du Nord qui fournit à tous les besoins des Lapons n'est pas un être moins bizarre que le pasteur dont il subit le joug. Le renne, que les Grecs ne
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APERÇU DU PAYS DES LAPONS
semblent pas avoir connu, mais que Pline mentionne, est, on le sait, une espèce de cerf au museau velu, aux jambes robustes, avec des poils jusque sous les pieds, ce qui lui permet de courir sur l'arène de glace ou de neige durcie, et portant un bois ramifié aussi long parfois que son corps. Partout où croissent lichens et mousses, il trouve provende à son gré. Sans lui, les solitudes du Nord seraient impraticables, comme le seraient, sans le chameau, les déserts de l'Afrique. Sa vraie
PÉNfKSULE Scandinave. — Un camp de Lapons.
patrie, cependant, est encore plus rapprochée du pôle : c'est le Spitzberg, c'est le Groenland: en Laponie, le type de l'animal offre déjà des dégénérescences.
Ce sont surtout les Lapons des bois qui possèdent les grands troupeaux de rennes. Moyennant une faible redevance à l'État, ils ont le droit de faire pâturer leurs bêtes dans les forêts du nord de la Suède. Plus heureux que leurs congénères des hautes plaines montantes que l'on appelle Fielde, ils habitent de vraies huttes de bois, à moins que l'abondance de neige ne les force à percher sur les arbres. D'autres tribus s'adonnent spécialement à la pêche; mais celles-là occupent de préférence les rives des derniers fiords norvégiens. Les uns et les autres, du reste, tendent de plus en plus vers un train d'existence sédentaire.
Un trait qui leur est commun à tous, c'est la malpropreté dans leurs personnes et clans leurs demeures. Bien que la puce, assure-t-on, ne vive pas eu Laponie, ils se