‹ L'Europe pittoresqueChapitre 87 sur 141 · COUP D'ŒIL SUR BERLIN ET SES ENVIRONS — POTSDAM · texte numérisé non relu

COUP D'ŒIL SUR BERLIN ET SES ENVIRONS — POTSDAM

On ne peut pas dire que l'âge d'or du Saint-Empire germanique ail été le règne de Frédéric II. Tandis que ce petit-fils du fameux Barberousse, visant à la fois la souveraineté de Jérusalem et l'héritage des Hohenstaufen dans les Deux-Siciles, guerroie tour à tour en Asie pour le pape, et au delà des monts contre le pape, l'Allemagne, où le principe de la féodalité n'a pas encore cédé la place à celui de la confédération, reste le pays privilégié de la violence et de l'anarchie. Sur la terre et sur l'onde les routiers porte-glaive s'en donnent à cœur-joie. Deux districts, particulière-

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ment, les bords du Rhin et ceux de l'Elbe, sont le théâtre de leurs libres exploits. Des burgs innombrables, construits par eux le long de ces fleuves, ils rançonnent au passage les navires, ils guettent les marchands pour les dépouiller. A la fin, le négoce du Nord, las des pilleries de ces malandrins, se décide à former une contre-ligue de cités qui, en l'absence de tout autre recours, se chargera de se protéger elle-même et veillera à la sûreté du transit.

L'initiative fut prise par trois villes qui, en raison même de leur situation, se voyaient en outre exposées aux incursions des pirates Scandinaves : Brème, Hambourg et Liibeck. En l'an 1241, les trafiquants des bouches du Weser, de l'Elbe et de la ïrave s'unirent en une alliance offensive et défensive, qui, d'un vieux mot gothique employé pour la première fois dans la traduction de la Bible d'Ulphilas, prit le nom de Hansa.

Cette association, destinée à devenir la plus vaste qui ait jamais existé, leva, à frais communs, une armée, construisit des vaisseaux de guerre, et, dès ce moment, déclina la fortune des écumeursde grands chemins. Bientôt tout trembla devant cette Hanse teutonique, qui châtia le roi de Danemark comme un simple vi/ang, et traversa victorieusement tout le moyen âge, en attirant successivement à elle plus de quatrevingts places marchandes de l'Europe septentrionale, de Cologne à Cracovie, de Reval à Amsterdam et à Londres. Bergen, la capitale des iarls norvégiens, aussi bien que Novgorod la Grande, devinrent ses comptoirs. Ces bourgeoisies, àl'exemple desquelles s'associèrent un moment, de leur côté, les cités rhénanes des Alpes au Rhin, avaient d'ailleurs un haut sens du droit et maintenaient entre elles une stricte police. Si l'une des parties contractantes manquait à ses engagements ou commettait un acte arbitraire, elle était expulsée de la communauté, traitée par les autres en ennemie, et c'était pour elle la ruine assurée.

Les rois, jaloux de la puissance de la Hanse, s'efforcèrent en vain de l'amoindrir; c'était la Hanse qui, au besoin, faisait et défaisait les souverains. Sa dissolution résulta en partie de son succès même, du relâchement qui suit les grandes causes gagnées. Quand le double but qu'elle visait, la sécurité et l'extension du négoce, eut été atteint à souhait, l'individualisme reprit le dessus; les villes s'émancipèrent l'une après l'autre de l'alliance. La découverte des deux Indes, en ouvrant aux marins des routes et des régions plus lointaines, contribua aussi à ruiner le faisceau, qui ne se trouvait plus orienté dans l'axe du nouveau négoce. Au xvi e siècle, Charles- Quint, qui, suivant le mot de Mignet l'historien, « était à lui seul une coalition », celle des monarchies contre les villes libres, acheva d'anéantir la puissance de cette confédération de marchands.

Seules les trois cités fondatrices restèrent unies par un lien étroit, et jusqu'à nos jours elles ont conservé, avec leur régime républicain et leurs libres institutions, revisées toutefois dans ces derniers temps, le vieux nom de « villes hanséatiques ». La reine des trois, actuellement, c'est Hambourg, qui, avec ses 571 000 âmes (650000 y compris Altona, recensement de 1890), est, après Berlin, la plus grosse agglomération de l'Allemagne.

Le hasard de mes pérégrinations a voulu que je connusse Hambourg avant d'être

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allé à Anvers; puis, après avoir vu Anvers, j'ai tenu à retourner à Hambourg. Certes le grand port de l'Elbe, double d'ailleurs de celui de l'Escaut, offre des replis fuyants, des profondeurs et des arrière-plans mystérieux que l'autre n'a pas. Celui-ci, en revanche, grâce à son dessin plus net et plus simple, a peut-être, dans son aspect, une majesté qui frappe davantage. Somme toute, je serais embarrassé de dire lequel des deux l'emporte sur l'autre, au point de vue du pittoresque et de l'ensemble. Pour l'ancienneté, cependant, si l'on en croit une légende hambourgeoise, ce serait à la cité de la Hanse que la palme, à coiq» sur, devrait revenir.

On raconte, en effet, qu'après le déluge, Ham (Cham), le fils de Noé, s'en alla

Environs de Hambourg. — Pont sur I Kll><

parle monde avec ses enfants et sa femme. A force de s'éloigner des régions ensoleillées de l'Est, il arriva, à la racine de la péninsule danoise actuelle, près de l'embouchure d'un large fleuve, tributaire du brumeux Océan du Nord, et là il s'arrêta pour se bâtir une forteresse, qu'il appela, de son nom, Hains Durg. Sa descendance peupla après lui le pays et donna naissance à la ville qui y existe à présent.

Une autre tradition, qui ne remonte [dus aux temps de la (lenèse, dit que lorsque le paganisme eut été détrôné en Orient, une troupe de païens, adorateurs forcenés de Jupiter Hammon, émigrèrent vers ces mêmes rives de l'Elbe et y construisirent un nouveau temple à leur dieu: d'où la désignation à'Hammonburg appliquée à la localité. Quand Cbarlemagne, ajoutent les Hamburgixche Sagen, vint plus tard dans la contrée, il y remplaça d'autorité le culte oriental par celui du Christ, et le sanctuaire païen par une cathédrale, tout en laissant néanmoins à l'endroit son appellation antérieure.

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La vérité, c'est que le nom de Hambourg paraît venir d'une grande forêt, en saxon Hamm ou Hammc — l'expression n'a plus aujourd'hui que le sens de « haie », de « taillis », d' « abatis d'arbres » — qui couvrait alors les rives de l'Elbe et celles de l'Alster. Et ce fut sur le second de ces fleuves, un affluent de droite du premier, que la ville primitive de Hammaburg fut fondée par Charlemagne en l'an 805. Seulement, il y a beaux jours que les Hambourgeois, à l'aide de deux vastes saignées faites dans

Hambourg — Une fiethe (canal navigable).

le marais intermédiaire, se sont emparés de l'autre cours d'eau, dont le bras principal pénètre à l'est dans leur ville et s'y ramifie en d'innombrables canaux [Fiethe) que traversent plus de 80 ponts.

Douze mille navires environ, pour la plupart des steamers, entrent annuellement dans ce port. C'est môme uniquement aux trois bavres de la Hanse que l'Allemagne doit d'occuper en Europe le deuxième rang pour la navigation à vapeur, et le quatrième pour la marine à voile, tandis que la France, à ce double point de vue, ne vient qu'en quatrième et en septième lignes. Et les Hambourgeois, quand vous effleurez avec eux cette question, ne manquent pas de vous faire remarquer que leurs six compa-

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gniesde navigation possèdent des paquebots filant de 18 à 20 nœuds àl'heure, et capables de former, en cas de guerre, une flotte d'arrière-ban d'une vitesse supérieure, à laquelle il serait difficile de donner la chasse. C'est le moment d'ajouter que, même avant la guerre de 1870 — j'ai pu le constater par moi-même, — Hambourg était une des villes d'Allemagne où, malgré les façons accueillantes particulières à sa population, l'animosité contre la France était, au fond, le plus prononcée. S'en trop étonner ne serait pas raisonnable : les souvenirs de la dure occupation de 1806 sont restés vivaces sur l'Elbe inférieure, et le résultat le plus clair de l'épopée napoléonienne a été de semer contre nous en Europe plus de rancunes que la Saint- Bartliélemy n'en avait laissées au cœur des huguenots.

La Frète Banse-Stadt, comme on dit là-bas, est-elle aujourd'hui de tout point satisfaite? Incorporée au nouvel empire germanique, elle a, il est vrai, conservé son autonomie d'État libre ; elle a toujours son sénat, qui exerce, comme par le passé, le pouvoir législatif; elle a encore sa Bùrgerschaft, formée de 160 ou 180 bourgeois qui discutent et sanctionnent les lois ; elle envoie en outre trois députés au Reichstag ; mais elle a vu remplacer par une garnison prussienne son ancienne garde civique et son petit corps d'Hanséatcs ; le vieux drapeau de la cité, portant le château fort à trois tours si redouté jadis des vikings, a disparu de ses monuments et des mâts de ses navires. Cuxhaven même, qui lui appartient, à l'entrée ouest de l'immense estuaire, a été sur le point de lui échapper; la Prusse visait à s'en emparer pour en faire un havre riva du sien; elle lui offrait en échange Alloua, tellement lié déjà, de situation comme d'intérêts, avec elle, que le marché n'eût été qu'une duperie. Aussi le sénat a-t-il tenu bon, et les Hambourgeois, dont le budget n'est guère inférieur à celui de Berlin, ont résolu de trancher la question en créant eux-mêmes, pour leur propre compte, à l'embouchure de leur fleuve nourricier, cet avant-port indispensable, où leurs gigantesques transatlantiques pourront, l'hiver notamment, quand l'Elbe est envahie parles glaces, débarder à l'aise sans allèges. Peut-être, à l'heure où ces lignes paraîtront, ce nouveau havre de Cuxhaven sera-t-il bien près d'être achevé.

Une chose frappe tout de suite à Hambourg le voyageur qui vient d'Amsterdam, d'Anvers ou de Marseille. Cette immense ruche de. travail et de négoce, formée d'un labyrinthe de chenaux découverts ou souterrains, de docks, de chantiers, de bassins fourmillants de navires et de gondoles, est comparativement silencieuse. Point de tapage et de cris inutiles ; rien que des bruits essentiels du labeur. D'ivrognes, il n'y en a presque point; ils sont incontinent empoignés. Même dans le faubourg Saint-Paul, qui est, du côté d'Altona, le quartier des marins et des plaisirs populaires, comme dans l'écheveau tortueux de la basse ville, voisine de l'Alster, que le terrible incendie de 1842 n'a pas entièrement consumé, il règne, au milieu du tumulte, un esprit d'ordre qui étonne l'étranger. Chaque fraction du trafic a d'ailleurs son emplacement défini. Les docks, d'un développement de près de 7000 mètres, appartiennent aux vapeurs et aux grands navires; des bassins particuliers, l'Oberhafen, par exemple, sont affectés auxgabares et péniches; d'autres, tels que le Grasbrook et le Sandthor, ne reçoivent que les steamers desservant l'Europe. Mais la caractéristique ici, ce sont les rangées de magasins qui bordent les canaux reliant l'Elbe à l'Alster. Leurs portes

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ouvrant sur l'eau même, les vaisseaux s'y déchargent directement, et il est curieux de voir manœuvrer toutes ces grues hydrauliques dont les flèches, fixées au dernier étage des maisons, hissent les ballots aussi haut que l'on veut.

Dans les ruelles même de la vieille ville, les constructions, si chancies et si sombres qu'elles soient, ont leur cachet original et plaisant. Chacune d'elles, dédaigneuse des lois de la voirie, qui n'existaient point d'ailleurs en leur temps, s'est plantée à sa guise sur le sol boueux. A côté d'une habitation basse et en bois, se dresse une demeure de briques, flanquée de pignons latéraux, agrémentée de frises, de rampes, de chapiteaux... et de fleurs. Les balcons surtout ont une audace de pose insensée. Non contents de chevaucher l'un sur l'autre, ils vont, aux étages supérieurs, s'avançant tellement sur la rue, qu'ils rejoignent presque ceux d'en face. Autre détail typique : beaucoup de boutiques sont dans les sous-sols; quant aux cabarets, ilssont tous dans des caves; le vin sans doute y paraît plus frais, la soupe à la bière meilleure, et la confiture, qui est le condiment ordinaire du gibier, plus savoureuse aux gosiers du terroir.

La ville neuve, au contraire, dont les carrières de Pirna, situées sur l'Elbe même en amont, ont fourni les matériaux de construction, forme autour du bassin de l'Alster intérieur un massif monumental et grandiose; ni Amsterdam ni Anvers n'ont rien qui s'y puisse comparer; seuls Paris, Vienne et Pétersbourg ont d'aussi magnifiques immeubles. Et, sur le tout, de hauts clochers d'églises, s'élançant hardiment dans les airs, Sainte-Catherine, Saint-Michel, dont la tour monte à 138 mètres, Saint- Nicolas, qui a une flèche plus élevée encore (147 mètres). N'oublions pas de mentionner la Bourse, le plus vaste édifice de ce genre qu'il y ait, je crois, en Europe, le palais des Beaux-Arts, le Johanneum, le Grand-Théâtre, et ce jardin zoologique, dont les Hambourgeois sont, à bon droit, si fiers.

L'Alster, en dehors de la ville, est bordé de localités charmantes, de villas pittoresques, de jardins, que dessert un service régulier de petits vapeurs. Quant à l'Elbe, elle présente deux aspects. Agauche, du côté du Hanovre, les bords en sontmonotones et plats; mais sur la rive droite, c'est-à-dire holsteinoise, le sol se renfle en de menus coteaux entrecoupés de frais vallons où nichent des villages industriels et vivants. C'est là aussi, à 2 kilomètres seulement de Hambourg, que se trouve la grande ville d'Altona, encore un port franc, qui ne forme en réalité qu'un tout avec son voisin. Plus en aval se dresse le cap Blankenese (le cap Brillant), dont les pentes touffues sont la promenade de prédilection des habitants des deux villes. Puis, bientôt, les berges s'abaissent, et de l'autre côté de la rivière, large de plusieurs kilomètres, il n'y a plus jusqu'à la mer qu'une vaste plaine alluviale, une marche, comme on dit là-bas, où, de loin en loin seulement, apparaît une habitation rurale. L'embouchure du fleuve, sise à 110 kilomètres de Hambourg, ne mesure pas moins de 10 lieues en largeur; malheureusement, elle est entravée de bancs de sable qui y rendent le pilotage nécessaire; le chenal, ici, malaisé et tortueux, se déroule le long de la rive gauche, celle où s'élèvent, pour cette raison même, les ouvrages de défense et les forts à batterie. A droite se montre Brunsbùttel, où aboutira le canal de jonction que l'on construit de la Baltique à la mer du Nord et qui doit permettre aux plus gros navires et aux

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flottes de guerre les plus formidables d'aller, eu quelques heures, de Kiel à l'estuaire de l'Elbe, et vice versa. Deux phares, l'un à Cuxhaven, l'autre à deux lieues au large, sur l'îlot de Neuwerk, appelé jadis Neu-Oge (Nouvel-Œil), indiquent aux navires l'entrée du cours d'eau.

C'est à l'extrémité sud-ouest de la péninsule hanovrienne, qui sépare icil'Elbe el la Weser, que se trouve, à 30 kilomètres de la mer, la deuxième ville libre hanséatique, Bremcn ou Brème, qu'un canal unit à Hambourg. Quoique plus petite et

LÙBEOK.

bien moins peuplée (115000 âmes), elle prime encore celle dernière pour le commerce avec l'Amérique et le transport des émigrants. Elle est le siège du Lloyd de l'Allemagne du JNord, et ses baleinières vont jusque dans l'océan Antarctique. Ce sont ses marins qui, au xu° siècle, ont fondé Riga.

La vieille ville, bâtie sur la rive droite du Qeuve, renferme les monuments historiques, la cathédrale, l'hôtel de ville du xv siècle, la Bourse, les comptoirs, les habitations du gros négoce, et, sur la place du Grand Marché, celle statue colossale de Roland, qui, dans les municipes d'autrefois, était l'emblème de la haute justice. La Weser, malheureusement, n'est pas accessible, comme l'Elbe, aux forts bâtiments; aussi les marchands brémois ont-ils un avant-port en aval, au confluent de la rivière Geeste. Sur un terrain acheté là au Hanovre vers 1830, ils ont creusé des bassins, construit des quais et des docks, et le développement de ce nouveau havre, qui porte le nom de Bremerhafen, a été si rapide et si prodigieux, qu'il a fallu en 1863 y ajouter

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un troisième port, celui de Geestemùnde, dont la profondeur est telle qu'il pourrait, au besoin, servir de station à une flotte de guerre.

Pour aller de Brème àLubeck, la troisième cité historique de la Hanse, il nous

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LUbeck. — Le Burgthor.

faut traverser de biais, outre la Marche nord du Hanovre, toute la presqu'île holstei-

noise qui s'étend à l'est de l'Elbe, et gagner le golfe de la Baltique qu'on appelle la

baie de Neustadt. L'estuaire ici est celui de la Trave, petite rivière de 14 lieues de

"long seulement, qui sort des lacs marécageux du Holstein, et dont la rive droite est

mecklembourgeoise.

Entre ce cours d'eau à l'ouest et celui de la Wakenitz à l'est, s'allongent les col-

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fines qui portent Lùbcck, ainsi nommée, dit-on, de son fondateur, le roi des Wilses Luiba, qui avait fait d'elle sa place d'armes contre les envahisseurs obotrites. Après avoir été la capitale officielle de la Hanse, le siège des assemblées du Bund, la cité dont les règlements commerciaux faisaient loi, elle s'est vu supplanter de nos jours par ses deux sœurs de la mer du Nord. Sa population n'atteint pas 60 000 âmes, ce qui ne l'empêche pas de recevoir encore plus de 4 000 navires annuellement; les plus gros, il est vrai, s'arrêtent à Travemïmde, son avant-port, à 15 kilomètres en aval.

Sa décadence même, qui l'a dispensée de se transformer à grands frais comme Hambourg, lui a valu de conserver davantage sa physionomie d'autrefois. Elle est, en somme, avec Danzig, la ville la plus curieuse que je connaisse sur tout le littoral sud de l'Ost-Sée. Rien que le reste de son enceinte, flanquée jadis de 14 bastions, lui donne un cachet caractéristique. Au nord, par exemple, se dresse leBurgthor, vieille porte du xv" siècle que notre gravure représente, et qui n'est elle-même qu'un débris de tout un massif de tours accolées primitivement l'une à l'autre. Au sud, du côté de Hambourg et du Lauenbourg, s'élève le Mùhlenlhor, qui se relie à l'est au Huxterthor. A l'ouest, enfin, est la porte du Holstein.

Regardez à présent la place du Marché : le moyen âge y revit tout entier. A droite s'offre à vous le Rathhaus (hôtel de ville], appelé anciennement Langen-Eus. Bâti au temps de Henri le Lion, puis brûlé au xiv° siècle, il a été reconstruit de 1442 à 1517. Son escalier seul est tout un poème d'originalité architecturale. Les salles de réunion du Conseil et tous les locaux d'affaires se trouvent au premier étage. Le vestibule d'entrée date de 1612. Quant à la fontaine jaillissante qui décore le centre de la place, elle n'a été érigée que de nos jours (1873).

A côté de l'hôtel de ville s'élève l'église ogivale Sainte-Marie, qui contient une Danse des morts et une curieuse horloge astronomique. Entre les deux constructions se trouvait dans le principe un portique où les cloutiers et fabricants d'aiguilles avaient leurs boutiques. Le Rathhaus est relié d'autre part à la chancellerie par un contrefort en arc rampant, où je me souviens d'avoir vu deux bas-reliefs tout à fait fantaisistes. L'un représente deux hommes qui, un joug autour du cou et séparés par un feu, s'efforcent de se prendre au corps et de se brûler mutuellement la barbe. L'autre figure deux chiens se disputant à coups de crocs un os qui n'est pas même « médullaire ».

La maison de la Compagnie des marchands témoigne encore de la puissance et de la richesse de l'ancienne bourgeoise lùbeckoise. Jusqu'au xvi e siècle, ces marchands formèrent une sorte de patriciat gouvernant; puis le parti populaire l'emporta, et, après bien des péripéties, la Constitution, telle qu'on l'a revisée, reste, de nos jours, démocratique. L'hôtel de la Gilde des marins renferme, outre un bel escalier, une immense salle à piliers où s'asseyaient jadis sur trois rangées de bancs distinctes les navigateurs qui parcouraient la Baltique, ceux qui allaient spécialement à Rergen, et ceux qui sillonnaient l'Atlantique. Vous pourrez voir suspendus à sa voûte toutes sortes de modèles de navires, entre autres celui du vaisseau amiral Y Adler (l'Aigle), qui fut construit en 1566, à l'occasion d'une guerre contre la Suède. A cet

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hôtel grandiose sont annexées une série de demeures affectées aux veuves des marins. C'est devant le Burgthor que s'étend la plus spacieuse banlieue de la petite république enserrée entre le Holstein prussien, le Mecklembourg grand-ducal et quasi féodal, et la baie où se trouve l'embouchure de la Trave. De ce côté verdoie le bois de Lauerholz, avec son chêne historique et énorme, dit la Jahheiche, qui était jadis un but de pèlerinage. Près de la forêt, à l'est, est le bourg de Wesloe, où se dresse le monument du major Ludwig von Arnim, commandant de la cavalerie hanséatique, qui fut tué là en 1813 par un boulet. La contrée est, au demeurant, monotone et triste; ce sont toujours ces territoi- ^ . .res plats, où alternent ce que dans le pays on appelle

la Marche et la

Geest : l'une tout à fait basse, mais

plus fertile, avec

des espaces boisés

de place en place;

l'autre plus élevée

et plus glabre, espèce de steppe

herbu entrecoupé

de champs et de

cultures. Ces aspects dénués de

pittoresque sont

d'ailleurs ceux de

toute la plaine de -7-.:^

platl deutsch qui

s'étend le long de

la Baltique; nous

pourrions la suivre

vers l'estjusqu'aux

Haffs de Danzig

et de Kœnigsberg :

partout nous y retrouverions ces quatre dominantes du site régional : sables,

landes, marécages et lagunes.

l.uBEck. — Escalier de l'hûtel île ville.

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