‹ L'Europe pittoresqueChapitre 91 sur 141 · BERLIN ET SES ENVIRONS · texte numérisé non relu

BERLIN ET SES ENVIRONS

grosse officine industrielle de tout le continent. Les Autrichiens sont trop fiers de Vienne pour condescendre à admirer franchement cette rivale, devenue si vite une maîtresse, et dont l'ordonnance quasi militaire contraste tant avec la grâce et l'aisance pittoresque de leur métropole du Danube. Les Italiens, eux, voient surtout en Berlin la tête casquée de ce nouveau Bund dont ils se sont faits un des membres. Quant aux Français, dont bien peu la visitent, ils estiment que, malgré l'ampleur de ses proportions et de ses monuments, elle garde encore trop l'air d'une parvenue entre les capitales de l'Europe ; ils trouvent que tout y est trop guindé, trop théâtral, trop visiblement arrangé pour l'effet, trop « temple de la gloire » enfin. Mais le moyen d'éviter ce défaut pour une ville en majeure partie neuve, et qui, afin de se hausser au niveau de sa fortune politique, a dû se faire subir en quelques années la série d'accroissements et de transformations que les autres grandes capitales ont mis des siècles à accomplir?

Un îlot de la Sprée, Kollin, Kôlln — c'était la dénomination générique appliquée à ces reliefs insulaires, — a été, avec un village du nom de Berlin, qui s'élevait également, au xn G siècle, sur la r'we orientale du cours d'eau, le noyau primitif, la Lutèce de la ville. Après avoir vécu d'abord côte à côte, les deux bourgades se fondirent en un môme municipe qui, de bonne heure, fut admis dans la Hanse. Quoiqu'elle fût la résidence officielle de ces margraves qui étaient destinés à devenir rois de Prusse, la localité n'offrit longtemps qu'un aspect assez misérable, en comparaison de certaines villes voisines, telles que Brandebourg, Spandau et surtout Dantzig, cette « Venise du Nord », déjà célèbre à cette époque par ses édifices, ses églises, ses maisons aux façades grandioses et aux pignons ornés de sculptures. Les premiers embellissements de Berlin-Kôln datent de Frédéric II Dent-de-Fer (1440- 1470), qui en fit le chef-lieu de l'Électoral. Ce fut ce prince qui commença, au bord de la Sprée, la construction du fameux Château que ses successeurs ne cessèrent d'agrandir et de métamorphoser. Interrompu un instant par la terrible guerre de Trente Ans, l'œuvre de transformation reprit avec le Grand Électeur, et dès lors elle ne s'arrêta plus.

Le marché aux Poissons dans l'île, la rue de Stralau sur la rive droite, marquent encore remplacement d'où est partie celte énorme agglomération qui étend aujourd'hui ses bras en tous sens, vers l'ouest et le nord principalement, comme c est aussi le cas de Paris. Toutes les bourgades et les communes ouvrières de ces deux cotés ont été ou sont sur le point d'être englobées dans la ville, et le temps n est pas loin peut-être où l'on pourra dire Berlin-sur-la-Havel aussi bien que Berlin-sur-la-Sprée. Hors de l'Amérique, il n'y a pas d'exemple d'une cité qui ait crû d'une aussi rapide façon.

Somme toute, les principaux édifices se groupent sur un espace assez restreint, répondant à l'ancien Berlin-Koln, entre la porte de Brandebourg et l'extrémité des Linden. Là se dressent le Palais impérial, l'Arsenal, l'Opéra, la Bibliothèque, la Bourse, en style vénitien, le Palais du prince héritier, la primitive église dédiée à saint Nicolas, le patron des marchands de la Sprée, avec sa tour de 90 mètres de haut, et l'Hôtel de Ville, avec une tour de 7 mètres encore plus

ALLEMAGNE

élevée. Cette région est le centre oflieiel et brillant vers lequel rayonnent les plus belles rues, et autour duquel se développent les autres districts urbains (Friedriehstadt, Dorolheenstadt, Luisenstadt, etc.), qu'enveloppe à leur tour le cercle exté-

rieur des faubourgs. G'est là aussi, d'est en ouest, que court, sur 11 kilomètres de longueur, rattachant entre elles les diverses gares déjà reliées par un ra'dway de ceinture, le cliemin de fer métropolitain, sillonné de 700 trains par jour.

Les fameuses Linden (Unter den Linden, Sous les Tilleuls), quadruple allée, non pas seulement de tilleuls, mais aussi de marronniers, mesure 1 300 mètres de long sur 54 de largeur. Toute bordée de palais et de magasins somptueux, elle est, on le sait, la promenade fashionable de Berlin. Elle fut commencée par la princesse Dorothée, la seconde femme du Grand Électeur; celle qui bâtit également le quartier appelé de son nom Dorotltcenstadt, et où s'établirent spécialement les protestants chassés de France par la révocation de l'édit de Nantes.

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