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BERLIN ET SES ENVIRONS

Une des grandes voies adjacentes est la Friedrichstrasse, qui, du sud au nord, a un développement de 3 300 mètres. À sa partie septentrionale, et tout près de l'Opéra, nous trouvons la place des Gendarmes, que notre gravure représente. Cette aire, dont la partie médiane porte le nom de place de Schiller, à cause du monument en marbre blanc de Carrare qui y est érigé au grand poète, a pour encadrement, outre de belles maisons particulières datant du siècle dernier, deux églises, l'église française, et la nouvelle église ou cathédrale, bâtie en 1882, puis la Comédie (Schauspielhaus). Ce dernier édifice, de style grec, est l'œuvre de Schinkel, un de ces artistes berlinois qui ont achevé, en notre siècle, de donner à la ville de la Sprée l'aspect architectural qu'elle présente.

Mais le monument classique par excellence, le vestibule triomphal des Linden, c'est la Porte de Brandebourg, dont nous reproduisons aussi une image. Elle fut érigée par Langhans, de 1789 à 1793, sur le motif des Propylées d'Athènes. Haute de 27 mètres sur une largeur plus que double, elle est percée de cinq ouvertures que séparent de puissantes colonnes doriques. Le passage du milieu en est exclusivement réservé aux voitures impériales. Son couronnement est un Quadrige de la Victoire dû au sculpteur Schadow. Ce bronze de mètres de haut a fait le voyage de Paris. En 1807, les Français l'enlevèrent pour en orner l'arc de triomphe de la place du Carrousel; mais il fut repris en 1814. Dans les ailes du massif, il y a, ou du moins il y avait, récemment encore, un bureau de télégraphe et de poste pneumatique, puis un corps de garde. Entre la Porte et l'entrée des Linden s'étend la place-square de Paris; au sud se dressent, entre autres édifices, le palais Blucher (légation d'Autriche), une caserne d'officiers qui est, m'a-t-on dit, la propriété du 1 er régiment de la garde à pied de Polsdam, et le palais du comte Arnim-Boitzenburg, œuvre du grand artiste Knoblauch. Au nord, le numéro 5, si j'ai bonne mémoire, est occupé par l'ambassade de France.

Les Allemands appellent Berlin la « ville de l'intelligence », Intelligenzstadt, et elle justifie à bien des égards cette désignation; on ue peut toutefois s'empêcher de constater que le premier des dieux de son Olympe artistique, c'est Mars, avec toute son escorte homicide et farouche. Et, comme de juste, ce sont, avant tout, les héros essentiellement prussiens qui dominent dans ce panthéon en plein air. A l'entrée des Linden, devant le Palais impérial, assez simple, par parenthèse, s'élève sur un piédestal magnifique la statue colossale de Frédéric le Grand, Frédéric l'Unique, que le Berlinois appelle plus familièrement « le vieux Fritz » ; il est entouré des généraux de la guerre de Sept Ans. A quelque heure de la journée que vous passiez par là, vous êtes sûr de trouver une foule de curieux en contemplation devant ce simulacre. Sur la place de l'Opéra, les marbres de Scharnhorst et de Bïilow regardent le bronze de Blucher, le batailleur brutal qu'on a surnommé le « Maréchal En Avant » (Marschall Vorwdrts), et qui a l'air, par le fait, de foncer droit sur vous, son sabre de hussard au poing. Le beau pont qui conduit de l'Arsenal au Château a pour décoration spéciale un alignement marmoréen de blocs allégoriques représentant l'éducation du guerrier; le tout, sans préjudice du monument commémoratif de la guerre de 1870, érigé sur la place Royale, et cent autres œuvres de même sorte. L'étranger, à la

ALLEMAGNE

longue, se sent agacé de toutes ces figurations martiales, comme il le serait au milieu d'un musée où il n'y aurait que des tableaux de batailles. Certes tous les pays se font honneur d'immortaliser de cette façon les souvenirs de leur gloire militaire; Paris aussi a ses héros d'airain ou de calcaire qui racontent aux petits-fils les exploits des aïeux; mais, grâce à cet art des transitions qu'il possède si bien, les choses s'arrangent et se nuancent de manière à ne froisser ni l'œil ni l'esprit; les statues et les monuments de guerre ont le bon goût de s'espacer et de se fondre dans ce vaste ensemble, où les aspects les plus divers se marient harmonieusement l'un à l'autre. A Berlin, au contraire — est-ce une question de tempérament? — l'apparat ne perd jamais ses droits. Les soldats illustres, les gagneurs de batailles s'y détachent crûment en vedette ou s'y massent comme pour une offensive nouvelle; on dirait qu'ils sont compris, eux aussi, dans le devis permanent de mobilisation.

Les faubourgs industriels de Berlin, que nous n'avons pas le temps de visiter, se développent, je l'ai dit, surtout vers le nord : c'est le Moabit, c'est le Wedding, c'est le Voigtland, c'est Oranienburg. Là tout est ateliers, fabriques, « forges de Vulcain », aux cheminées éternellement fumantes. Là aussi, une sorte de Bièvre qu'on nomme la Panke, et qui naît près de Bernau sur le Buthenfeld, charrie ses eaux noirâtres à la Sprée. x\u sud, au contraire, vers le Jardin zoologique et les splendides gares d'Anhalt et cle Potsdam, s'étendent des promenades et de vastes boulevards. Des milliers de maisons, de ce côté, ont encore leur entourage de jardins, destinés à disparaître tôt ou tard pour faire place aux « immeubles de rapport » qu'une spéculation effrénée ne cesse de bâtir dans les quartiers excentriques.

Laissons de côté ces régions urbaines, où règne en maître un prolétariat dont nous n'avons pas à prévoir ici le rôle politique et social, et reprenons notre course vers l'ouest.

A la suite des Linden verdoie le Thiergarten, magnifique massif d'arbres aménagé, il y a trois siècles et demi, par le Grand Electeur Joachim II, le môme qui a construit plus au nord cette fameuse résidence de Monbijou où logea Pierre le Grand en 1707. Cette promenade, unique en son genre, n'est d'ailleurs que le reste d'une ancienne forêt qui rejoignait de ce côté le bourg de Lietzow et la ville actuelle de Charlottenbourg, célèbre par son château et son parc. Au delà nous touchons au district des lacs.

Ce chapelet d'étangs et de bassins naturels, qui se déroule au confluent de la Havel et de la Sprée, est dû, paraît-il, aux ravinements de l'Oder, qui, à une époque antéhistorique, au lieu de gagner la Baltique, allait au nord-ouest s'unir à l'Elbe et se déverser dans la mer du Nord. Cette partie de la campagne berlinoise offre, il faut en convenir, des recoins agrestes et pleins de charme. De Bosenthal à Potsdam, ce ne sont que nappes d'eau frémissantes et ombreuses sur lesquelles circulent bateaux à vapeur et esquifs de toute sorte. Au nord, c'est-à-dire en aval, dans un pittoresque repli de la Havel, voici le lac de Tegel, où Guillaume de Humboldt eut son Tusculum et aux rives duquel il a maintenant son tombeau. Près de là, voici le lac de Liepnitz, puis le Weissensée, où mène le tramway de la place Alexandre, puis Pankow, avec sa « Source de santé » que Frédéric I er , au cours d'une chasse, découvrit dans le jar-

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