POTSDAM ET SANS-SOUCI
din d'un meunier, et qui est depuis lors demeurée en honneur. Viennent ensuite le Teufelsee ou « lac du diable », le Plôtzensée ou « lac aux gardons », plus au sud, les pineraies de Grùnewald et le Halemee, sans parler de bien d'autres coupes, aux rivages tout habillés de verdure.
La région entière, en effet, n'est qu'arbres, bosquets et pâtis. Chaque route môme y a sa bordure de peupliers et de bouleaux dont les branchages s'agitent et bruissent au vent de la lande comme des cimiers de casques de uhlans.Et ce sylvestre décor date de loin. De même que le roi-soldat astreignait le conseil municipal de Berlin à l'obligation de bâtir annuellement deux centaines de maisons, de même, avant lui, le Grand Électeur forçait le paysan d'entourer sa demeure d'un morceau de verger, et ne l'autorisait à se marier -.
Potsdam. — Le moulin de Sans-Souci.
que sous la condition de planter six chênes et de greffer six arbres forestiers. Nicht raisonniren, obéir et se taire, telle a été de tous temps la consigne dans ce pays d'entre Elbe et Oder.
D'une baie et d'une vasque fluviale à l'autre, nous voici arrivés à 26 kilomètres de Berlin-, à la ville princière de Potsdam, peuplée de 50 000 âmes environ. Ce Ver-
ALLEMAGNE
ailles des Hohenzollern est sis, lui aussi, sur un évidement de la Havel, découpé de johs golfes et de détroits, daus lequel se reflètent ses coupoles et ses tour, Rien <m'l voir ses constructions uniformes, semblables à des files de soldats alignées on se souvient tout de suite que cette place a été jadis le grand champ de parade où le second roi de Prusse Frédéric-Guillaume aimait à faire manœuvrer ses régiment, de grenadiers géants. On prétend même - c'est un détail qui ne m'a point frappé dans ce pays ou les hommes sont généralement de haute taille;- on prétend que les habitants de cette cité officielle et morne sont encore exceptionnellement grands et 1 on explique le fait par la sélection, en disant que le roi-sergent, afin d'assurer à ses successeurs des recrues d'élite comme les siennes, y maria ses plus beaux spécimens de guerriers à des femmes de stature adéquate.
Après avoir visité le château et le Lustgarten, puis ce moderne palais d'été qui porte le nom de Babelsberg, gagnez vite, à l'ouest, le coteau de Sans-Souci Une superbe allée vous y conduira au sortir ,1e la porte ,1e Brandebourg. La vieille résidence illustrée par Frédéric le Grand est un édifice tout simple, à un seul étage où 1 on monte par une succession de terrasses. La nouvelle, au contraire, sise à 2 kilomètres de 1 autre, est une immense construction renfermant près de deux cents chambres.
Outre la fameuse Salle de Marbre où le prince traitait Voltaire, d'Alembert La Mettrie, et les autres écrivains, ses « confrères », on vous montrera à Sans-Souci la pièce dans laquelle il mourut. Le plafond y offre un détail d'ornementation particulier auquel se rattache un souvenir historique : c'est une toile d'araignée en or où sont incrustées deux mouches et une grosse araignée porte-croix de même métal Un jour - au lendemain de la conquête de la Silésie, - le roi allait, comme de cou urne, prendre son chocolat du matin, quand une araignée se laissa choir du plafond dans la tasse Frédéric versa alors le breuvage dans une jatte qu'il présenta à ses deux lévriers favoris. A peine les bêles eurent-elles bu qu'elles tombèrent en syncope et expirèrent... C'était le cuisinier du château qui, payé, dit-on, par l'Autriche avait tenté d'empoisonner le monarque. Le coupable n'attendit pas son compte : en apprenant ce qui s'était passé, il se tua d'un coup de pistolet
Et le moulin dont parle la chronique, existe-t-il encore? me demanderez-vous Oui et non. Un moulin à vent s'élève toujours derrière la galerie de tableaux voisine de la grotte de Neptune; seulement, ce n'est plus celui de ce hardi paysan Grœbenitz qui tint s. bien tête au roi en le menaçant des juges de Berlin. L'édieule primitif a ete incendie vers 1791, puis reconstruit aussitôt tel que vous le voyez aujourd'hui Il fut ensuite acheté par Frédéric-Guillaume IV, le Hohenzollern qui, après avoir déclare en montant sur le trône, « qu'il n'y aurait jamais une feuille de papier entre lui et son peuple », n'en dut pas moins en 1848 octroyer une charte parlementaire a ses sujets révoltés; il est depuis lors revenu à la famille du meunier historique laquelle, si je ne me trompe, le détient à bail emphytéotique
Dresde. — Vue prise bous un des ponts de l'Elbe.